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Full text of "Examen critique de la divergence des opinions actuelles en pathologie cutanée; leçons professées en 1864"

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ÎX4MEN  CRITIQUE 

DE  LA 

DIVERGENCE  DES  OPINIONS  ACTUELLES 

EN    PATHOLOGIE   CUTANÉE 


Paris  --  (raprimerie  Moquet,  rue  des  Fossés-Saint  Jacques,  It". 


EXAMEN  CRITIQUE 


DE  LA 


DIVERGENCE  DES  OPINIONS  ACTUELLES 
EN  PATHOLOGIE  GOTÂNÉE 


LEÇONS  PROFESSÉES  EN  18G4, 
Piir  le  Docleur  B.iaBIJH,  Médecin  dft  l'Hôpital  Sainl-Louis, 

RÉDIGÉES  ET    l'DBLlÉES 

l'ar    le   Docteur    LANGRONNE,    Ancien    Interne    des   Hôpitaux 

Revaes  c(  npprouTCCs»  par  le  professeur 


PARIS 

ADR!l!:N  DI:LAHAYE,  LlBRAlRE-ÉDlTKUll 

VLME    DE    L'ÉCOLli-DE-MÉDECINt: 

1866 


■/^^ 


PRÉFACE 


Les  leçons  que  je  soumets,  aujourd'hui,  à  l'appré- 
cialion  du  public  médical,  ont  été  faites  à  riiô[>ital 
Saint-Louis,  en  1864  et  imprimées  dans  la  Revue  médi- 
cale  de  1865.  Les  deux  épidémies  cholériques,  qui 
viennent  de  se  succéder  à  une  année  d'intervalle^  en 
interrompant  mes  travaux  ordinaires^  m'ont  empêché 
de  les  colliger  plus  tôt  sous  forme  de  brochure.  J^ai 
pensé  d'ailleurs  que  le  moment  de  les  livrer  à  la  publi- 
cité serait  mieux  choisi  à  une  époque  oii  l'atfendon 
ne  serait  plus  détournée  des  études  sérieuses  par  la 
fatigue  et  les  ennuis  de  toute  sorte,  que  causent  aux 
praticiens  les  ^3xigences  de  la  clientèle  en  temps  d'épi- 
démie. 

Dans  ces  leçons,  j'ai  eu  pour  but  de  relever  les  cri- 
tiques de  mes  principaux  adversaires  Aussi,  me  suis-je 
le  plus  souvent  borné  à  me  défendre  sans  adaquor  les 
autres.  Toutefois,  dans  les  questions  graves,  eî  surtout 
dans  celles  qui  intéressent  les  doctrines  et  les  méthodes, 
il  m'est  arrivé  de  sortir  de  mon  rôle  de  défenseur  pour 
devenir  agresseur  à  mon  tour  ;  mais  n'ayant  d'autre  in- 
térêt (|ue  celui  de  la  vérité,  j'ai  dans  mes  attaques  aussi 
bien  que  dans  ma  défense,  gardé  la  mesure  qui  convient 


VI 


à  (ouïe  discussion  scientifique,  ne  mêlant  jamais  à  mon 
argumentation  de  blessantes  personnalités  ou  des  insi- 
nuations malveillantes. 

Comme  on  !e  verra,  j'ai  été  dans  la  nécessité  de  ré- 
pondre à  des  criliques  portant  sur  des  points  très  diffé- 
rents de  mon  ensuignement  : 

r  Critiques  sur  les  d(irlrines  et  la  méthode; 

2°  Criliques  sur  l'arthritis  et  la  dartre  ; 

3°  Critiques  sur  les  affections  parasitaires. 

Nos  leçons  sur  les  affections  parasitaires  ont  fait  le* 
tour  du  monde  et  ont  reçu  partout  l'accueil  le  plus 
favo^rablei  Elles  ont  été  traduites  dans  toutes  les  lan- 
gîUfis:en  Allemand,  en  Anglais,  en  îtalien,  etc.;  j'aurais 
pu  par  conséquent  me  dispenser  de  répondre  aux 
attaques  du  docteur  Chausit  qui,  seul,  proteste  encore, 
au  nom  de  son  maître  M.  Cazenave  contre  l'existence 
des  parasites  végétaux  et  contre  le  rôle  qu'ils  jouent 
dans  la  production  désaffections  cutanées. 

Mais,  écrit  plutôt  pour  les  gens  du  monJe  que  pour 
les  médecins,  le  mémoire  de  M.  Chausit  renferme  tant 
d'arguments  de  mauvais  a!oi,  tant  de  subtilités  propres 
à  séduire  les  demi-savants  que  j^ai  cru  devoir,  dans 
l'intérêt  de  la  vérité,  réduire  à  sa  juste  valeur  toute 
cette  piteuse  argumentation. 

De  t'.'jiles  les  erreurs  que  l'en  peut  commettre, il  n'en 
est  pas  qui  nuisent  plus  aux  progrès  de  la  science  que 
les  erreurs  de  doctrines  et  de  méthodes.  Aussi,  me 
suis  je  appliqué  non-seidement  à  répondre  aux  objec- 
tions qu'on  nous  a  faites  sur  la  partie  de  notre  ensei- 
gnement qui  a  trait  aux  idées  générales,  mais  encore  à 
mettre  à  nu  les  vices  des  doctrines  et  les  imperfections 


VII 

des  méthodes  de  nos  adversaires.  J'ai  combalhi  les 
théories  fausses  par  des  arguments  sans  réplique  :  €  était 
le  seul  moyen  de  convertir  à  nos  doctrines  pathologiques 
tous  ceux  qu'une  éducation  médicale  profondément 
viciée  n'entraîue  pas  irrésistiblement  dans  le  sentier  de 
l'ei'reur.  -  iv..>,- .u   , 

Quant  à  nos  opinions  sur  l'arthritis"  et"  la  dartre 
couisidérées  comme  maladies  constitutionnelles  et  sur 
les  caractères  distinctifsdes  arthritideset  des  herpétides, 
on  sait  qu'elles  ont  rencontré  une  vive  opposition  chez 
cei  tains  auteurs,  ce  qui  m'a  déterminé  à  prendi-è  dans 
les  écrits  de  mes  adversaires  chaque  argument  en  parti- 
ticuîier,  afin  dû.  le  contrôler  et  de  montrer  le  peu  de  cas 
qu'il  fallait  en  hùvb. 

Toutes  les  questions  que  soulève  ce  point  si  contro- 
versé de  pathologie  spéciale  peuvent  se  réduire  à  deux  : 

r  L'arthritis  et  l'heipétis  existent-elles  comme  ma- 
ladies constitutionnelles? 

2°  Le's  arthritides,  les  herpétides  et  les  scrofulides 
forment' elles  trois  familles  distinctes,  trois  groupes 
d'affections  cutanées,  ayant  chacun  des  caractères  ob- 
jectifs suffisants  pour  les  faire  reconnaître  au  lit  du 
malade,  malgré  la  communauté  de  genres  qui  les  tra- 
duisent sur  la  peau? 

Le  sentiment  public,  bien  qu'il  y  ait  encore  confusion 
dans  les  esprits  entre  maladie  constitutionnelle  et  dia- 
thèse,  s'est  prononcé  sur  la  première  question  en  faveur 
des  opinions  que  noi  s  avons  émises;  il  n'en  est  peut- 
être  pas  de  même  de  la  catégorisadon  des  dartres. 
Beaucoup  de  médecins  hésitent  encore  à  voir  des  groupes 
différents  ti  affections  ci.lauétfs  dans  ces  manifestations 


vin 

(jue  nous  désignons  sous  les  noms  de  scrofulides  béni- 
gnes, arlliritides  et  herpétides. 

Mais,  je  le  dis  avec  l'accenl  d'une  conviclion  pro- 
fonde, cette  hésitation  de  leur  part  ne  tient  qu'à 
l'ignorance  des  caractères  objectifs  des  affections  cuta- 
nées propies  à  en  déceler  l'origine  ou  la  nature. 

J'ai  partagé  les  arthrilides  en  trois  sections  : 

PREMIÈRE  SECTION,  arthritides  primitives,  pkin- 

TAjiiÈREs,  siiB-AiGUËs  évy thème  noueux,  papula- 

tuberculeux,  marginé,  circiné,  etc. 

DEUXIÈME  SECTION,  arthritidks   vulgaiues,   com- 
munes, CiRCoiNscRiTEs acué  YOsêe,  lichen  lividus, 

eczéma  sec,  circonscrit,  hidrosadénite exulcérative  de  la 
pâme  de  la  main,  etc. 

TROISIÈME  SECTION,  arthritides  malignes,    irré- 
gulières, GÉNÉRALISÉES,  PSEUDO-DARTRES Eczéma 

dispersé  par  larges  placards,  avec  ou  sans  poussées  hui- 
leuses,  eczéma  nummulaire  simulant  le  psoriasis  her- 
pétique, etc. 

Cl-,  de  ces  trois  seclions  il  n'y  a  que  la  dernière  qui 
puiss(^  faire  naître  qiieUfucs  difiicuUés  pour  le  diagnos- 
tic. Par  leur  dispersion  sur  un  grand  nombre  de  ré- 
gions, par  la  sécrétion  séro-puruienfe  à  laquelle  par- 
fois elles  donnant  lieu,  les  urlhiilidc.s  irréj^ulières  peu- 
vent en  imposer  pour  di^  vraie.^  herj)élides  ;  mais  b; 
mode  de  développemen!^  la  marche  et  la  «lislributifui 
des  placards  éiuplifs  suithoiit  toujours  à  un  médecin 


judicieux  etexpériiuenté  pour  l'empêcher  de  commettre 
une  semblable  erreur. 

C'est  du  reste  à  l'exposé  des  caractères  communs  et 
différentiels  de  chacune  des  sections  d'affeciions  cuta- 
nées qui  traduisent  sur  le  tégument  externe  les  évolu- 
tions successives  de  l'arthritis  et  de  l'herpétis  que  j'ai 
consacré  les  leçons  de  1865.  Recueillies  par  M.  Besnier, 
ces  leçons  paraîtront  prochainement  et  formeront  la 
seconde  partie  de  l'ouvrage  dont  nous  livrons  aujour- 
d'hui la  première  au  jugement  de  nos  confrères.  Elle^ 
compléteront  mon  programme  de  1864  en  faisant 
connaître  les  modifications  que  j'ai  cru  devoir  apporter 
dans  le  classement  comparatif  des  arthritides  et  des 
herpétides. 

Je  ne  puis  terminer  sans  remercier  M.  le  Dr  Lan- 
gronne  du  soin  qu'il  a  mis  dans  la  rédaction  de  ces 
leçons  et  de  la  fidélité  avec  laquelle  il  les  a  recueillies. 

Octobre  1866. 

E'.  Bazin. 


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EXAMEN  CRITIQUE 

DE   LA 


DIVERGENCE  DES  OPINIONS  ÊCTUELLES 


EN    PATHOLOGIE    CUTANEE. 


PREMIÈRE  LEÇON. 
Messieurs, 

De  18S4  à  1862,  j'ai  enseigné  dogmatiquement  la  patho- 
logie cutanée,  et,  l'année  dernière,  je  suis  revenu  sur  les 
syphilides.  Cette  année,  je  me  proposais  de  vous  entretenir 
des  arthritides  et  des  herpétides,  ainsi  que  des  petites  modi- 
fications que  le  temps  et  l'expérience  m'ont  engagé  à  intro- 
duire dans  ces  deux  classes  d'affections. 

Mais,  depuis  quelque  temps,  les  attaques  contre  mes  prin- 
cipes de  médecine  générale  et  contre  mes  doctrines  en  patho- 
logie cutanée  s'étant  multipliées  et  même  étendues  à  des 
sujets  que  je  croyais  ne  devoir  plus  être  l'objet  d'aucune 
contestation^,  j'ai  résolu  de  consacrer  les  leçons  de  cette 
année  à  la  réfutation  des  écrits  qui  ont  été  publiés  contre 
moi.  Je  veux,  une  fois  pour  toutes,  répondre  à  mes  contra- 
dicteurs, en  prenant  dans  chaque  auteur  ses  principaux  argu- 
ments contre  mes  doctrines,  c'est-à-dire  les  phrases  qui, 
pour  moi,  sont  les  plus  choquantes,  afin  de  les  discuter  et  de 
les  réfuter  avec  vous.  D'ailleurs,  comme  le  groupe  des  affec- 
tions arthritiques  n'a  pas  manqué  de  détracteurs,  en  répon- 
dant aux  objections  que  l'on  m'a  faites  à  ce  sujet  je  vous  par- 
lerai des  modifications  que  j'ai  été  amené  à  admettre  dans  la 
famille  des  arthritides. 

Dans  la  guerre  qui  nous  a  été  faite,  on  n'a  pas  toujours  été 


6  PREMlÈhK    LEÇON. 

fort  scrupuleux  sur  le  choix  des  moyens.  Nos  adversaires 
n'ont  pas  toujours  gardé  la  mesure  qui  convient  à  toute  dis- 
cussion scientifique  sérieuse  et  ne  nous  ont  épargné  ni  les 
injures,  ni  les  dénigrements,  ni  les  insinuations  perfides  ou 
mensongères  qui  sont  les  armes  des  mauvaises  causes  :  je  n'u- 
serai pas  de  représailles  à  leur  égard,  persuadé  que  la  modé- 
ration, la  bonne  foi  constituent  les  meilleurs  moyens  de  faire 
triompher  la  vérité. 

Gomme  les  idées  générales  dominent  les  faits  particuliers, 
et  qu'on  doit  avoir  des  notions  d'ensemble  avant  d'aborder 
l'étude  des  détails,  je  suivrai  le  même  ordre  que  dans  mes 
précédentes  leçons,  c'est-à-dire  que  je  commencerai  par  la 
réfutation  des  attaques  dirigées  contre  mes  principes  de 
médecine  générale  :  viendront  ensuite  les  critiques  sur  les 
doctrines  en  pathologie  cutanée.  C'est  à  M.  Devergie,  le  plus 
sérieux  et  le  plus  constant  de  mes  contradicteurs,  le  seul 
qui  m'ait  directement  attaqué  sur  mes  principes  de  médecine 
générale,  que  je  vais  répondre  aujourd'hui. 

On  lit  dans  le  Traité  pratique  des  maladies  delà  peau^ 
de  M.  Devergie,  3^  édition, p.  686  : 

«  Dès  la  première  édition  de  cet  ouvrage,  nous  avons  cherché 
à  rapprocher  intimement  les  maladies  cutanées  des  maladies  des 
autres  tissus.  Nous  nous  sommes  attaché  à  les  assimiler.  »... 

Suit  un  résumé  de  la  doctrine  de  M.  Devergie,  qu'il  for- 
mule ainsi  : 

«  Les  maladies  de  peau,  communément  désignées  sous  le  nom 
de  dartres,  ne  sont  autres  que  des  états  morbides  tout  à  fait  iden- 
tiques avec  ceux  des  autres  tissus.  » 

Plus  loin  : 

«  Depuis  quelques  années,  les  choses  ont  bien  changé  de  physio- 
nomie. Un  grand  réformateur  de  mots,  et  par  suite  de  choses,  a 
fait  de  toute  la  pathologie  un  ensemble  nouveau,  en  donnant  à  la 
maladie,  à  V affection,  au  symptôme  une  signification  que  personne 
ne  leur  donne,  et  il  faut  bien  ajouter,  que  tout  le  monde  repousse. 
Puis  il  a  rattaché  toutes  les  maladies  à  cinq  causes  différentes  : 
V hermétisme,  Varthritisme,  la  scrofule^  la  syphilis,  le  parasi- 


RÉPONSE  A   M.  DEVERGIE.  7 

tisme.  De  sorte  qu'aujourd'hui,  il  n'est  pas  nécessaire  de  poser 
un  diagnostic  pour  traiter  une  affection  cutanée  ou  autre,  il  suffit 
d'en  rechercher  la  cause,  car  la  cause  étant  connue,  la  thérapeu- 
tique en  découle  naturellement  ;  qu'importe  qu'un  malade  ait 
un  eczéma,  un  herpès,  un  lichen,  un  rupia  ou  un  pemphigusl  la 
question  n'est  pas  là  :  le  tout  est  de  savoir  si  la  cause  en  est  ^er- 
pétique,  arthritique, parasitaire j  etc.,  et  dès  lors  à  chaque  classe 
se  rattachant  un  agent  thérapeutique,  le  médecin  applique  cet 
agent. 

«  11  n'est  même  pas  nécessaire  d'étudier  les  maladies  de  peau. 
11  suffit  que  l'on  constate  une  maladie  ou  une  affection  à  la  peau; 
alors  on  rattache  l'affection  à  l'une  des  cinq  causes,  et  le  tour  est 
fait.  Ce  n'est  pas  que  M.  Bazin  en  agisse  ainsi.  Loin  de  nous  cette 
pensée  ;  il  pose  parfaitement  et  fortement  un  diagnostic.  Mais  ce 
que  je  viens  de  dire  est  une  conséquence  forcée  de  ses  doctrines. 

«  Notre  collègue,  M.  Hardy,  a  adopté  les  mêmes  idées;  il  les 
professe  à  l'exclusion  de  l'arthri tisme,  dont  il  n'admet  pas  l'exis- 
tence. Seulement  la  dartre  de  M.  Hardy  n'est  pas  la  dartre  de 
M.  Bazin,  comme  Varthritis  de  M.  Bazin  n'est  pas  l'arthritis  aux 
yeux  de  Al.  Hardy.  Voilà  les  doctrines  du  jour,  doctrines  très 
heureusement  homogènes  !  elles  servent  d'enseignement  à  la  gé- 
nération actuelle. 

«  Ainsi,  tandis  qu'Alibert  s'est  efforcé  de  chercher  à  établir 
des  groupes  de  maladies  plus  ou  moins  homogènes,  d'en  spécifier 
les  caractères,  et  de  donner  une  forme  scientifique  et  pratique  à 
tout  ce  que  l'on  désignait  avant  lui  sous  le  nom  banal  de  dartres; 
tandis  que  Biett,  en  introduisant  en  France  la  méthode  de  Willan, 
a  cherché  à  faire  reposer  sur  l'anatoraie  pathologique  les  carac- 
tères de  chacune  des  maladies  de  la  peau;  alors  qu'il  s'est  appli- 
qué à  rechercher  si  ces  formes  morbides  ne  nécessitaient  pas  cha- 
cune une  médication  spéciale,  et  il  faut  bien  le  dire,  contrairement 
aux  assertions  de  MM.  Bazin  et  Hardy,  qui  ont  fait  fi  de  Biett  et 
l'ont  traité  de  Willaniste,  Biett  était  le  plus  fort  thérapeutiste  de 
son  époque;  c'est  à  lui  que  l'on  doit  les  grandes  médications  de 
notre  temps  :  l'arsenic,  la  teinture  de  cantharides,  l'aconit,  etc., 
et  MM.  Bazin  et  Hardy  n'y  ont  rien  ajouté  ;  c'est,  dis-je,  lorsque 
ces  résultats  acquis  ont  été  étendus  depuis  ces  grands  maîtres  par 
leurs  successeurs,  que  MM.  Bazin  et  Hardy  viennent  ramener  la 
science  avant  son  point  de  départ,  et  la  conduisent  pe    à  peu  à 


8  PREMIÈRE    LEÇON.'     '  " 

l'état  d'enfance,  d'ignorance'  ïnëmë/^ôU>èMUë.îV-^\6i^^èêfm\ 

ce  siècle.  -'-   '  '  '^m'^h^<nm'b   stjpilfoqBiorfj 

«  Le  tout,  pour  avoir  fait  revivre  des  mots  ouWiiés^iqBéijjetCfeni 

une  perturbaticnnidraio  dans. l^egprit; des  malades,;  qi]i,>à^i'pigj,^f 

dn  mot  dartre,  primilivoiïiiant  C'«li.pîoyOoip::>J:ACiWaiOTi"'(i?a,<'#ji¥?if 
sorte  do,  réprobation  sur l!'j;nflivid>iflmaJ|î4P].r;^i^s^i^5%j j^i^  \\ 

bioiilôî,  aperçu  de  ce  résultat  i'aial,  et;„  s'est-il  empre^^^-(^e  rpra- 
plucer  la  darlro  par  r/ier/;éif(/e,,.son  synony,me  ,çpmm,g   '^^^ 
dartre  et  herpès  siffoifiaient  la  'même  chose,  yi    -,       \     \  .         \ 

Suit  une  critique  des  diafcljièses  sur  laquelfeiinbusîi^îviirfe 
drons  plus  taM.  Puis  l'auteur  termine  son  attaque.  s^ioteépiJir 
trines,  en  ajoutantiiu/  -^wa   -"'mIm  -.^-i:  >;i;i.i)  ti;i':»j_  j*^*  i^ijjod-lcî 

«  M.  Baumes  (dd^E*^ôt]yMWMM^^BÊ?^lfi^-'éïyH«pâ|,9^^^ 
ché  à  élablir  des  généralisations  du  même  genrô^.'i/îq.affJJ.'f)  'éoblid 

»  Pour  lui,  lout.es  les  maladies  dérivent  de  la  fluxibnjàÉ®^  ,41 

admet  7  espèce^  :  1°  fluxion  de  cause  externe;  2°  iluxionj ir^llgcii]^ 

ou  sympathique  de  la  fluxion   d'un  autre    organe  p ri i>jiîti,Yei;qi^pt 

malade;  3°  fluxion  déplacée;  k°  fluxion  excentrique,  tenant,  à;  un 

trouble  introduit  loui  à  coup  ou  plus  ou  moins  lentement  .dans  le 

système  nerveux,  dans  l'ensemble  de  l'organisation;  5°  fluxion  par 
j.  „  ,      r^  »    ■     ■^■      ,  •        r,  n    •  .  •  !..  j;  iiji  ima 

diatnese;  6°  fluxion  iGiopathique;  7°  fluxion  complexe.  »    ,,    ,, 
•  •  ■    rrie'/orT  .M 

Ces  phrases  vont  nous  fournir  le  sujet  de  cette  première 
leçon.  Mais  avant  toute  discussion,  je  crois  deyqir,,déclç^rjep 
ici;,  publiquement,  que  dans  cette  polémique  sqr,  des  dlv^^çri 
gences  d'opinions,  je  mets  complètement  de  côté  fa  personne 
de  M.  Devergie,  dont  je  respecte  infiniment  le  caractère ,  et 
pour  lequel  i'ai  toujours  eu  et  ne  cesserai  ianiais  d'avoir  lu 

plus  profonde  estime.  V.^o^rftRihonu'b  Jcionè^  ifijy 

Entrons  donc  immédiatement  en  matière  et  C3;npa^|:|ns  ^^ 
peu  ma  pathologie  générale  à  celle  de  M.  Devergie,  ^ , ,;. 

M.  Devergie  est  le  dermatologiste  qui  s'est  le  plus  préoc- 
cupé de  mes  principes  ea  pathologie  générale.  Je  dirai  plus  : 
lui  seul  en  a  compris  la  véritable  importanc>^.  et  a  osé  lèâ'ktta- 
quer directement.  '  '  "i" -u; 

Dans  la  première  et  la  seconde  édition  de  son  ouvrage, 
M.  Devergie  regarde  la  pathologie  générale  comme  un  préli- 
minaire indispensable  à  l'étude  de  la  pathologie  spéciale  et 


REPONSE  A    M.  DEVERGIIJ.  \) 

prfyfesse.qid'un  médecin  sans  doctrines  ne  peut  avoir  qu'une 
thérapeutique  d'empirispie  et  de  tâtonnement.  Aussi,  les 
li70  premières  pages  de  son  traité  sont-elles  uniquement 
ôoïisacrées  à  la  pathologie  générale  et  à  l'exposé  de  ses  doc- 
Iffft^S^'^éïi! "^dermatologie.  'Mais,  dans  la  troisième  édition  il 
ti'âccôrdc  plus  àla  pathologie  générale  la  même  importance 
èï  îa  rejette  à  la  fin  de  son  livre-  C'est  à  mon  avis  un  grand 
fort;  'c'est,  permettez-moi  l'expression,  mettre  la  charrue 
devant  les  bœufs.  Il  semble  que  dans  l'intervalle  qui  a  séparé 
ces  deux  dernières  éditions,  quelque  événement  soit  venu 
ébranler  profondément  les  opinions  du  médecin  de  l'hôpital 
St-Louis  et  jeter,  dans  ses  idées,  une  véritable  perturbation. 
jQIe&t,i  -en  effet,  pendant  cet  espace  de  temps  qu'ont  été  pu- 
bliées d'une  part,  nos  leçons  sur  les  affections  génériques  de 
la  peau,  et  d'autre  part,  la  thèse  inaugurale  de  M.  Baudot,  oii 
îeè  d'ôêtrines  de  notre  collègue  se  trouvent  discutées  et  appré- 
Idlêës  à  leur  juste  valeur. 

"^Prenons  acte,  pour  commencer,  du  fait  singulier  que  je 
Sl|rikf'e,  'quelle  que  soit  d'ailleurs  l'explication  qu'on  veuille 
len  lui  donner.  - . 

M.  Devergie  tenant  dire  :  «  Voilà  ce'  que  ']  avais  fait;  mais 

(1  aujourd'hui  leschoses  sont  bien  changées »  il  importe 

àè 'rechercher  avec  vous  ce  qu'il  avait  fait.  Or,  ce  qu'il  avait 
faïi  se  résume  en  cette  phrase  :  Les  maladies  de  la  peau  ne 
diffèrent  pas  des  maladies  des  autres  organes  ;  ce  qui  veut 
dire,  par  les  développements  qu'il  donne  ensuite,  que  lesdar- 
^tre!3',''pRi^'ex'emple,  ne  dépendent  qu'exceptionnellement  d'un 
état  général,  d'une  diathèse,  et  que  c'est  dansle  tempérament 
du  sujet,  sa  constitution,  l'hérédité,  les  milieux  ambiants, 
les  circonstance^  ■  physiques   qu'il'' faut' éri  rechercher   les 

:  -oli]  'iriili -d,  .'ifmôn'''2  '■!i2M(,ir[.ti;',i  w 

Cette  doctrine  repose  sur  un  théorème  composé  des  quatre 

propositions  suivantes  : 

,'vjt  l?La  généralité  des  maladies  de  la  peau,  a,  pour  forme  mor- 
ijiida  çrdipaii^e,  l'élément  inflammatoire.  »  .,^  ..r...... 

t9  «^j^^iLes  maladies  de  la  peau  peuvent  être  déterminées  par  toutes 


10  PREMIÈRE    LEÇON. 

les  causes  qui  produisent  les  maladies  des  autres  tissus  ou  organes; 
causes  physiques,  causes  morales;  hérédité,  climat  sous  lequel  vit 
l'individu,  tempérament,  constitution  du  sujet,  âge,  organisation 
spéciale  de  la  peau 

«  3»  Les  maladies  de  la  peau  suivent  dans  leur  évolution  la 
même  marche  et  présentent  les  mêmes  terminaisons  que  les  ma- 
ladies des  autres  organes.  » 

«  i"  Si  les  form.es  morbides  sont  beaucoup  plus  variées  dans 
les  maladies  cutanées,  c'est  que  le  tissu  de  la  peau  est  le  plus 
complexe  de  tous  les  tissus  de  l'économie,  » 

Ces  quatre  propositions  ne  supportent  pas  l'examen.  Démon- 
trer qu'elles  sont  fausses,  c'est  ruiner,  du  même  coup,  la 
doctrine  à  laquelle  elles  servent  de  base.  Or,  rien  n'est  assu- 
rément plus  facile,  et  il  suffit  d'un  seul  coup  d'œil  pour  aper- 
cevoir aussitôt  le  peu  de  solidité  des  arguments  de  M.  De- 
vergie. 

Première  proposition.  La  généralité  des  maladies  de  la 
peau  «,  pour  forme  morbide  ordinaire^  l'élément  inflamma- 
toire.Et  d'abord  M.  Devergiene  semble  pas  se  rendre  un  com- 
pta bien  exact  de  ce  qu'il  faut  entendre  par  inflammation. 
S'il  est  vrai  que  dans  l'érysipèle,  par  exemple,  il  y  ait  un  élé- 
ment inflammatoire  incontestable,  je  crois  que,  pour  être 
dans  le  vrai,  il  faut  renverser  sa  proposition,  car  dans  lagéné- 
ralité  des  cas^cet  élément  n'existe  pas.  Mon  éminent  confrère 
prend,  pour  de  l'inflammation,  la  simple  congestion  et  con- 
fond ainsi  deux  états  morbides  très-différents;  delà  son  erreur 
et  les  déductions  fausses  qu'il  en  a  tirées. 

Il  lui  suffit  que  dans  une  affection  cutanée,  il  y  ait  de  la  rou- 
geur et  du  gonflement,  qu'il  y  ait  du  prurit  pour  déclarer  un 
état  inflammatoire  des  parties.  C'est  ainsi  qu'il  voit  de  l'in- 
flammation dans  le  psoriasis  oii,  dit- il,  la  peau  est  rouge  et 
tuméfiée,  dans  le  pityriasis  oii  il  y  a  du  prurit  et  quelquefois 
de  la  rougeur,  dans  le  porrigo  decalvans,  dans  l'albinisme  ac- 
cidentel et  partiel,  dans  le  pityriasis  versicolor  !  Ne  sait-il 
pas  que  l'inflammation  est  essenticflement  caractérisée  par 
la  stase  du  sangdansles  capillaires  et  l'extravasation  d'unpro- 


RÉPONSE  A    M.  DEVERGIE.  Il 

duit  nouveau,  la  lymphe  plastique;  que  rinflammation  pré- 
sente quatre  phénomènes  locaux  (douleur,  rougeur,  tumé- 
faction, chaleur)  qu'on  devrait  retrouver  constamment  dans 
un  organe  aussi  accessible  à  nos  sens  que  la  peau  !  Oi^i  a-t-il 
jamais  vu  ces  caractères  réunis  dans  les  affections  qu'il  nous 
cite?  Certes  je  pourrais,  à  bon  droit,  renvoyer  à  M.  Dever- 
gie  le  reproche  qu'il  me  fait  de  tout  confondre.  Plus  loin  il 
ajoute  : 

•  Certes,  si  vousprenez  ces  formes  morbides,  quand  elles  datent 
de  plusieurs  mois,  de  plusieurs  années,  vous  n'observerez  phis  les 
phénomènes  de  l'inflammation  ;  mais  il  nous  suffit  de  constater 
qu'il  est  une  période  d'invasion  de  la  maladie,  où  cette  période 
inflammatoire  a  existé,  pour  que  nous  n'isolions  pas  ces  maladies 
des  autres.  » 

"Quoi!  parcequ' une  affection  de  peau  aura  présenté  pendant 
une  très  minime  partie  de  sa  durée  un  élément  inflamma- 
toire, (et  nous  venons  devoir  ce  que  M.  Devergie  entend  par 
là),  on  devra  se  déclarer  satisfait  et  rapprocher  cette  affection 
des  inflammations  des  autres  organes,  sans  tenir  aucun  com- 
pte des  autres  caractères  plus  importants  qui  lui  donnent  un 
cachet  spécial. 

D'ailleurs,  nous  ferons  remarquer  quel'élément  inflamma- 
toire n'est  pas  unemaladie,  comme  le  croit  M.  Devergie;  c'est 
•Vin  mode  pathogénique,  et  qui  n'est  pas  plus  ordinaire  dans 
les  affections  de  la  peau  que  la  simple  congestion  ou  la  fluxion, 
que  les  vices  de  sécrétion  qui  sont  aussi  des  modes  pathogé- 
niques. 

Cette  proposition  est  inadmissible. 

Deuxième  proposition.  Les  maladies  de  lapeati  joeiivent  être 
déterminées  par  toutes  les^  causes  qui  produisent  les  maladies 
des  autres  tissus  ou  organes:  causes  physiques  ^causes  morales^ 
hérédité^  etc. 

Evidemment,  il  y  a  là  confusion  entre  la  cause  efficiente 
et  les  causes  prédisposantes  et  occasionnelles.  De  toutes  les 
causes  énumérées  par  M.  Devergie  il  n'en  est  pas  une  seule 
qui  soit  capable  de  produire  ou  d'expliquer  la  maladie.  Gom- 


i'2  ■      PREMIÈRE    LEÇON. 

méÂfr^ admettre,  par  exemple,  qu'une  émotion  morale  ,pijii^f§ 
engendrer  un  psoriasis  ou  toute  autre  affection;  du;  jiijlmjg 
tKrôïe?'Â'  Gêiêémptev  rien  -  n Régalerait; à  Qoup  sûrila,  f^éqi^^i^fl^ 
dupsbriasis',  car  il  est  peu  de  causés  qu'on  retrouve  plus,  soiir 
Yent  en  pathologie  que  les  causes  morales.  Qui-ne;yait,i!en_fe, 
'l|Û^!la<ïâyise' morale  n'agit,  dans  ce  cas^  qu'à  la /iina.piè?ft^'5y,|i 
^tiMiiilànt  moAidepour  éveiller  la  cause  intei'P'e/0U]l9,|)râdi&- 
"posten  latente^'    '  ^■■•''  ''    ■  :-^>i^.:'>-^'>umdnïtp'i  qo 

Troisième  PROPOsrriow .  Les  màlacdes  dk'tà'pîedu ^èïâêè'Hfdé^s 
leur  évohdion  la  même  marche  et  présentent  les' mêntéstèf- 
niinaisons  que  les  maladies  itek  autres orgtcéés'.  '"-'^'■^  J&lio/ 

rMais  les  dartres  sont  lentes  dans  leiir  marcli'ë;'eîlës^î'éë^ 
cliyent  opiniâtrement....  Savez-\'ous  comment  M.  Dëvérg'ie 
explique  ces  conditions'  exceptionnelles  f  par  le  cbhïàfefâe  l'air 
sur  la  peau  !  par  sa  mobilité  sur  les  parties  sous-jacentés.-^pâr 
le  frottement  continuel  des  Yêtements,  mais' alors' pôlifquoi 
tant  de  différences  entre  les  affections  de  caLisë  externe  èi 
celles  de  cause  interne  ?  Pourquoi  les  unes  guérisSérit-'élfés 
par  le  simple  repos  et  dans  un  temps  fort  court,  tandis ;que 
les  autres  se  perpétuent  presque  indéfiniment^ 'malgré-les 
traitements  les  mieux  dirigés?  Et  cependant  la  situation  de 
la  peau  restjfelarmérrieid^nstous  les  cas;  i les  rnèmes  influenpes 
extérieures  viennent  agir  incessamment  sur  eUe^Jij^jî  a.i^onc 
autre  chose  que  n'a  pas  vu  M.  Devergie.  ;    ,■,  k-,]  .-Jr;! 

"^1  QIjItrième  proposition.  Si  les  formes  morbides  sont  biBau- 

''^hoûjf''^plU's~\M'H'èmd6ms  les  inaladies  cutanées^  œ'est'^U&.ie 

^ti^sû'''dê'  la peaM'^eW  l& plus  complexe  dé'  'toumies'fàsmide 

ïéconbrnie.   '  '  '  •''''•'î ''    '  ':=!"nTv— ::;;,  jùm/,.^,!.  a<; 

Cette  proposition  repose  tout  entière  sup'Hî^ei'îerreur 
'ariatdmiqtié 'dés  plus  évidentëè'/^js  auonan^r  ^imh  suïï 

'  'i'Gertès,  là  peaii  offre  une  organisation  très-complexe; 'mais 
"l'estomac,  le  foie,  les  reins,  ne  lui  cèdent  nullement  sous  ce 
rapport.  On  trouve  dans  ces  organes  des  éléments  extrême- 
meiit  divers  :  ùii  parenchyme,  de  l'épithélium,  des  glandes, 
des  artères,  des  veines,  des  vaisseaux  lymphatiques,  des 
nerfs,  du  tissu  conjonctif,  et  si  l'on  pouvait  tenir  compte  de 


RÉPONSE  A  M.   DEVERGIE.  13 

chaque  circonstance  an  atomique  (forme  de  vascularisation, 
hypertrophie,  produits  sécrétés,  etc.),  on  aurait  tout  autant 
de  variétés  dans  les  maladies  de  l'estomac,  du  foie,  des  reins 
que  dans  les  affections  de  la  peau  oii  toutes  ces  circonstances 
a-Hàtomiques  sont  des  caractères  objectifs  accessibles  à  nos 
ttioyens  d'investigation.  C'est  en  effet  ce  qui  est  arrivé  pour 
l'œil  dont  l'exploration  est  devenue  si  facile  depuis  l'emploi 
de  l'ophthalmoscope,  et  il  suffît  d'ouvrir  les  traités  d'ophthal- 
mologie  pour  se  convaincre  de  l'infinie  variété  qui  existe  dans 
les  maladies  des  yeux. 

Voilà  donc  ce  que  M.  Devergie  avait  fait  et  ce  qu'il  résume 
en  cette  phrase  :  «  Les  maladies  de  la  peau,  désignées  com- 
pte ^lunément  sous  le  nom  de  dartres,  ne  sont  autres  que  des 
«  états  morbides  tout-à-fait  identiques  avec  ceux  des  autres 
«  tissus.  )) 

Mais  ces  propositions  de  M.  Devergie,  dont  nous  venons 
d'établir  le  peu  de  fondement,  avaient  pour  but  de  dé- 
montrer : 

1»  Que  la  pathologie  cntanée  doit  rentrer  dans  la  patho- 
logie commune  ; 

2°  Que  les  maladies  de  la  peau  ne  doivent  pas  former  une 
catégorie  à  part,  isolée  du  reste  de  la  pathologie. 

Or,  si  les  prémisses  sont  fausses,  interprétées  d'une  cer- 
taine façon,  les  conséquences  sont  vraies. 

Je  suis  d'accord  avec  M.  Devergie,  quand  il  dit  que  la  pa- 
thologie cutanée  doit  rentrer  dans  la  pathologie  générale.  Je 
suis  d'accord  avec  lui  lorsqu'il  dit  que  les  maladies  de  la  peau 
ne  doivent  pas  former  une  catégorie  à  part,  isolée  du  reste  de 
la  pathologie. 

Tous  deux,  nous  nous  sommes  proposé  de  rattacher  à  la 
pathologie  commune  les  dermatoses  qui  en  avaient  été  sépa- 
rées par  les  doctrines  Willaniques  et  Alibertistes  et  de  les 
replacer  sur  le  cadre  nosographiquc. 

Mais,  cette  bonne  pensée  est  comprise  d'une  manière  bien 
différente  par  M.  Devergie  et  par  moi.  Suivant,  mon  hono- 
rable adversaire,  les  maladies  de  la  peau  sont  identiques  aux 


!J4  PREMIÈRE    LEÇON. 

autres,  parce  qu'elles  sont,  comme  ces  dernières,  des 
phlegmasies  :  elles  doivent  leur  être  assimilées  parce  qu'elles 
ont  les  mêmes  causes,  la  même  marche,  les  mêmes  terminai- 
sons. On  tire  de  là  cette  conséquence  qu'il  n'y  a  qu'une  seule 
maladie,  quant  à  la  nature,  la  phlegmasie  et  des  variétés  sui- 
vant le  siège  :phlegmasies  de  la  peau, du  foie, de  l'estomac,  etc. , 
variétés  encore  selon  que  tel  ou  tel  élément  constitutif  de  la 
peau  est  atteint  ;  comme  déduction  logique  qu'un  seul  traite- 
ment, le  traitement  antiphlogistique,  doit  être  mis  en  usage 
pour  toutes  les  maladies.  Mais  M.  Devergie  n'est  pas  sysié- 
matique,  et,  sans  donner  autrement  ses  raisons,  il  ne  veut 
des  antiphlogistiques  que  pour  le  début  des  dartres,  comme 
si  elles  n'étaient  pas,  selon  lui,  des  phlegmasies  à  la  fin 
aussi  bien  qu'au  début.  Vous  voyez,  Messieurs,  que,  quoi 
qu'il  en  dise,  M.  Devergie  est  en  principe  plus  Broussaisien 
que  Broussais  lui-même. 

Oui,  dirons-nous,  les  maladies  de  la  peau  doivent  être 
rattachées  à  la  pathologie  commune  parce  qu'elles  ne  sont 
que  des  affections  qui,  comme  celles  des  systèmes  muscu" 
laire,  nerveux,  digestif,  etc.,  procèdent  souvent  d'un  même 
état*  morbide  qui  est  la  maladie  ou  la  source  commune  de  ces 
affections  simultanées  ou  successives  de  la  peau,  des  muscles, 
des  nerfs,  du  foie,  de  l'estomac,  du  cerveau.  Je  n'assimile 
point  les  maladies  de  la  peau  à  celles  des  autres  systèmes  : 
les  identifier  serait  absurde;  mais  je  les  fais  dépendre  les 
unes  et  les  autres  d'un  même  principe  :  Tétat  morbide  de  l'inn 
dividu  ou  la  maladie. 

M.  Devergie  ne  fait  que  rapprocher  les  maladies  de  la  peau 
des  autres  maladies;  il  leur  laisse  leur  indépendance,  leur 
autonomie,  tandis  que  moi  je  les  associe  les  unes  aux  autres, 
sous  le  nom  d'affections,  pour  constituer  la  maladie  consti- 
tutionnelle, assignant  à  chaque  groupe  la  place  ([u'il  doit 
occuper  dans  l'évolution  de  cette  maladie. 

[Jn  exemple  vous  fera  mieux  saisir  ma  pensée  :  un  scro- 
fulcux  a  été  successivement  atteint  de  kératite,  de  lupus,  de 
tubercules   pulmonaires  :  voilà  trois  affections    successives 


RÉPONSE  A   M.  DEVERGIE.  IS 

qui,  pour  M.  Devergie  seront  trois  maladies  différentes,  tan- 
dis que  pour  moi  elles  ne  feront  que  marquer  trois  termes 
d'une  seule  et  même  nnité  pathologique,  la  scrofule. 

Vous  savez  maintenant  ce  que  M.  Devergie  avait  fait  :  un 
simple  rapprochement,  déduit  d'une  fausse  doctrine,  des 
maladies  de  la  peau  et  de  celles  des  autres  organes. 

Revenons  à  ses  attaques. 

Je  vais  analyser  avec  vous  le  long  extrait  de  son  ouvrage 
que  je  vous  ai  lu  au  commencement  de  cette  leçon. 

Et  d'abord  vous  avez  pu  remarquer  que  l'on  ne  ménageait 
pas  les  expressions. 

«  Il  n'est  pas  même  nécessaire  d'étudier  les  maladies  de  la 
«peau.  Il  suffit  que  l'on  constate  une  maladie  ou  une  affection 
«  à  la  peau,  alors  on  rattache  l'affection  à  l'une  des  cinq  causes, 
et  le  tour  est  fait  !  !  !  ■ 

On  m'accuse  presque  de  prestidigitation  et  d'escamotage  ; 
il  est  vrai  que  l'on  ajoute  un  léger  correctif,   en  daignant 
accorder  quelque  valeur  à  mes  diagnostics.  C'est  vraiment 
fort  heureux  ! 
Que  me  reproche  donc  tant  M.  Devergie  ? 
D'être  «  un  grand  réformateur  de  mots  ))   mais  oii  sont 
donc  les  mots  que  j'ai  réformés  ?  je  l'avoue,  j'ai  donné  au 
mot  teigne  par  lequel  Alibert  désignait  les  maladies  les  plus 
diverses  du  cuir  chevelu,  une  signification  plus  précise,  plus 
en  harmonie  avec  les  progrès  de  la  science,  en  appliquant 
exclusivement  cette  dénomination  aux  affections  parasitaires 
des  poils.  Méritaije  pour  cela  l'expression  dédaigneuse  de 
noire  honorable  confrère  ?  le  public  médical  a  répondu  suffi- 
samment en  acceptant  ma  définition. 

Si  j'ai  réhabilité  le  mot  hydroa  en  lui  donnant  un  sens 
précis,  qu'il  était  loin  d'avoir  dans  les  œuvres  de  Joseph  Frank, 
je  pense  qu'on  ne  saurait  non  plus  m'en  blâmer.  Il  y  avait, 
dans  la  science  un3  confusion' regrettable  sur  lliorph  iris. 
La  description  que  MM.  Gibcrt  et  Gazenave  donnent  de  cette 
affection  montre  qu'ils  entendent  par  là  une  variété  d'herpès 
circîné,  caractérisée  par  l'existence  d'iui  cercle  herpétique, 


ié  VKEMIÈRE     LEÇON. 

autour  duquel  s'en  développe  un  second  et  quelquéfôîd'itn 
troisième.  Ces  divers  groupes  concentriques  peuvent  offrir 
dés'lfiiiances  variées,  dues  à  l'évolution  succe'ssi'xpe'de  ciSâ'di"^ . 
Yers  cercles.  Cette  affection  est  purement  pâi'àfeïlair^.' Elle 
ne  doit  pas,  par  conséquent  être  confondue  avec  l'herp6's"iris 
de  Batemaii,  quipour  moi  est  une  affeetîôtti'àkktiti^W^ 
présente  des  caractères  bien  distincts.  Dans  mèè'Iéçcnîé  su^r 
les  affections  génériques  de  la  peau,  j'ai  insisté  sur  les  diffé- 
rences capitales  de  ces  deux  affections.  Permettez-moi^  de. 
vous  les  rappeler  succinctement.  '  ^^  J^^^^/  ^^^^  ■cîî^iip 

L'herpès  iris  de  Bateman  est  un  herpès  a  grosses ^Yésictil'ëfe"" 
ces  dernières  sont  presque  imperceptibles  dans  l'herpès îii'î's 
parasitaire.  Dans  l'un,  il  va  souvent  des  prodromes;  îa'l'fikr- 
cMteiesli' rapide;  l'affection' "ôcétfpetotijoùrs  lèspieiaèyîêfe  iMim) 
les^-^ehoux,  la  niuqueusé  buccale,  et  présente  dés  pi a(:îlies"^ta'^ 
tiombreuses  que  dans  l'herpès  iris  parasitaire,  mais hedépa^r 
sant  pas  la  largeur  d'une  pièce  de  un  fràrtc,'si  lîë'tire'^tMfâWs 
quelques  cas'  exceptionnels,  comme  surlèniaMdëdù''ri^^'è^du 
^PaVlHon'  Saiht-M'athieu.  Enfin  si  Ton  obsèi-Ve  T'évëlllttopëri 
voit  que  la  plaque  est  continue,  qu'elle  est  d'abbkl  fornl'éiï^'dr 
uae  vésicule,  qui  se  déprime  et  présente  ùhe  crblàt'é'fe'ënt'ràlfefy 
§'^ntoure  d'un  premier  cercle  blanchâtre,  formé  par, fd^iL'ç.^i- 
derme  macéré,  puis  d'un  deuxième,  qui  n'est  qu'une  aréole 
inflammatoire.  En  dehors,  a  lieu  une  seconde  poussée  d&ivési» 
cules  |)resséesles  unes  contrôles  autres,  de  raanièreMorlmëi'f'tiw 
bourrelet  circonférentiel,  s'entourant  également  d'une  aréole 
inflammatoire.  L'affection  guérit  par  les  alcalins  quand  i^jlq 
pst  successive  et  chronique,  et  par  la  seule  expectatiofl  ,gu^i)d 
eJlleps^,a,ig,^ë  et  p^eudo-ex-^i'ïi thématique.  Da)[isl|^u$î'|e,^]aU;.f^f^f 
l,rc^ire,  on  ne  voit  rien  de  tout  cela.  La  durée  est  longue;  r,af- 
iççtion  pei^t,,  siéger  sur,  tous  les  points, du.fîOiiips, , iEllejÇM 
Ifjçpmpagnée  de  légère^ ;, démangeaisons  .Çjl;  ijoq,  jd^pjfiQ^fSrr 
nc^esnt^.  Elle  est  presque  tonJQurs  suivip  de;  furfuratioq  ,(piityi7 
riasis  alba)  et  de  sycosis,  quand  la  région,  est  velue.,  Elle  dis- 
parait^^parr^pilatipn  et  jes  parasJti.Qides.,  Dç  plus,  les  cariactères 
objectifs  j riÇ)  §pnjt].,  j)jas  A^s j  ja^iê^ies;; ^ Jgg  iflaqiU^s  - s^pt  jpao^ns 


RÉPONSE   A  M.\DEyERGIE.  17 

sailli^^teg5*^ll^fl^nj^afLQ^S; ^loips .tranchées.  Lacent^;^ ide lapla- 
queiesi]eplus  souvent  vide,  quelquefois  occupé  par  un  groupe 
d.e,ti:ès-p,eti,te,a  vésicules  ou  par  les  squames  qui  les  rempla- 
ç^i^iiijt.  L§§  a;npe!aux  concentriques,  sont  gouges,;  érythémateux, 
¥^}iiiQ4.îlpjit^j  QUi.sqjuaipeuXj ,  iSépa-yési  ijes;  uns;  de^_  autres  pan  de^ 
gro4)i(P|C^ii  Viésipuleu^.  Voilàj  certes,  deux  affectioQs  bien  dis- 
tiHiçt<?S_4jl?ioiiïjif|uoi,  donc^  .leur,  donnerait-on  le  inême  nom.? 
-oiîlft  Q%$i^T!e'-epcoxe>  si  j'ai.ré^l^abilité  lesj:^qisçnid^-fi^Q.\i^p,om.-i 
/y/^o/z/^ç^  que  j'applique  à  l'urticaire  et  au  pempliigus  chroni- 
ques, cela  tient  à  ce  que,  pourmoi  qt  pour  tous  ceux  qui 
oji.lîibiiii'^ /  ab,ser,yé  les  faits.  r,urtiqairQ,eti  ],«  pempliigus  diffè- 
i'çi]tte&^çflfipll,çment  à  l'état  aigu  et, ^.l'état), chronique 'f)[j  ;,y.j 
^!  jl)ans  le  pi'emier  cas,  on  a  affaire  à  des  pseudo^exanthème^ 
(û,^yi^,ç^  .jo^rti^e  ^t,  buHeuse),  c'est-^i-çlire  ,à,  fies  affections .pi^é- 
pf^(il(f)eS), f[^: jp^r^o^rqirQes, .fébriles,  af apt, i^i§ , çwJ^t,e; du,i^éfi,v disf 
pai;aissmii;  sans,  traitement  et  n'aya,nt  a^pun  retent,issemei>t 
f^çljie|,ix,svu-, l'économie.       ;,     ;■       .   ■     .  :  ,.  ,,i  ,;,,i;. 

j[,l<)i(^;i^.lç,;, deuxième  cas^  il rs'figi t. d'affections,,  tQujpur$,[lQ^7 
glie^p,,^Gj]fjcp?y  dilficiles  à  guérir.  L'urticaire  chronique  résistç 
$p,^vent  aux  niédications  les  plus  rationneliie§,i,Leipi^niphir 
ç^^Ml^W^^fïM^ Çsyvè^: SQuyent, m/^i;^  .      .  .  ..,hj  „.-i/ -hju 

-f(tVyjê%rtMdë«Mté"*Uip'a'Ch©^'4'î^^ 

'àUimiMni''à>i\i  inalddlê,  à  V affection,  'a\\  sympt p me,  W)ië?^\^n\^\(i?i-^ 
<< -l'i'on: '(^'Lie  personne  ne  leur  donne,  et,  il  fuut  bien  ajouter,  ^U6 
wi.lioutiite  monde  repousse?  »).,,     ,    ;    ,,  ,  .,    j.'i.j 

''^'{Iïïe''dWJse 'ïïï'étdmrè,  em^^  É!'DëVé^^ië;'iîliï'k'ëittà^ 
(jl'i'è  kit  'le  ^éiis  '  \\xé  '  'je'  'dôA'rië  '  àtix'  teïôts' ' 'hiîtladîè,  '  àfféètion', 
kyiWpIfô'iÏÏè','  éï  i^Mî  a's'ÔLÏvent  l'ocCasiM  d'employer  les  ttêmes 
rhôts,  n'ait 'paè  daigné  nous  en  donner  une  définition  dans 
son  olivrâgë.  Apres  un  reproche  aussi  nettement  formulé 
qu'e''ée!lur'i(^u6'jVorf^''^ne'z'd'ètitêndre,  vous  pourMei^"Vbtt^ 
attendre  à  voir  mon  lionoraHe  collègue  exposer  les  raisons 
qui  lui  font  rejeter  ma  définition.  Il  en  donne  une  seule, 
c'6st''que 'ttiut  le  monde  la  repousse.  Vous  me  permettrez, 
Messieurs,  de  ne  pas  trouver  cette  raison  aussi  péremptoire 
que  M.  Devergie.  D'abord,  il  n'est  pas  juste  de  dire  que  tout 


18  PREMIÈRE    LEÇON. 

le  monde  repousse  ma  définition  ;  un  grand  nombre  de  mé- 
decins l'ont  adoptée.  Ensuite,  en  admettant  comme  parfaite- 
ment fondée  l'assertion  de  M.  Devergie,  est-ce  que  tout  le 
monde  ne  peut  pas  avoir  tort?  Avant  Galilée,  tout  le  monde 
admettait  la  rotation  du  soleil  autour  de  la  terre  immobile. 
Est-ce  à  dire  pour  cela  que  Galilée  avait  tort  de  soutenir  le 
contraire  ? 

Voyons  un  peu  les  différentes  manières  de  considérer  la 
maladie  qui  ont  cours  dans  la  science. 

Admettrons-nous  la  doctrine  organique,  galénique,  dans 
laquelle  les  maladies  ne  sont  que  des  lésions  d'organes?  Evi- 
demment non.  Il  n'est  pas  vrai  que  la  maladie  ne  soit  qu'une 
lésion  d'organes  ;  car,  malgré  les  progrès  de  l'anatomie 
pathologique,  on  connaît  beaucoup  de  maladies  sans  lésions. 

Dire  avec  d'autres  que  la  maladie  est  un  désordre  notable 
des  fonctions,  c'est  la  confondre  avec  le  symptôme.  Les 
hippocratistes  anciens  et  modernes  qui  ont  assimilé  la  mala- 
die à  une  fonction,  ont  confondu  la  pathologie  et  la  physio- 
logie. 

Pouvons-nous  trouver  dans  la  lésion  et  le  trouble  de  la 
fonction  réunis  les  éléments  nécessaires  pour  définir  la  ma- 
ladie? Pas  davantage;  nous  supprimons  ainsi  le  moyen 
terme,  qui  rend  compte  des  rapports  entre  les  lésions  et  les 
symptômes  dont  les  disproportions  ne  s'expliquent  que  par 
l'intervention  de  la  maladie. 

Pour  moi,  la  maladie  est  un  état  accidentel  et  contre  nature 
de  l'homme,  qui  produit  et  développe  un  ensemble  de  désor- 
dres fonctionnels  et  organiques,  isolés  ou  réunis,  simultanés 
ou  successifs. 

L'affection,  c'est  l'état  morbide  d'une  partie  du  corps  com- 
prenant l'ensemble  des  lésions  et  des  troubles  fonctionnels 
qui  reconnaissent  pour  cause  la  maladie. 

Le  symptôme  est  une  modification  morbide  de  l'action  or- 
ganique, de  la  fonction,  ou  un  changement  perceptible  aux 
sens  dans  les  qualités  physiques  de  l'organe  ou  des  matières 
excrétées. 


KÉPONSE  A    M.  DEVERGIE.  19 

Quoi  de  plus  simple,  et  en  même  temps  quoi  de  plus  vrai  que 
ces  définitions  ?Ellesdomient  en  quelques  mots  une  idée  aussi 
complète  et  aussi  juste  que  possible  des  mots  maladie,  affec- 
tion, symptôme. 

«  Puis  il  a  rattaché  toutes  les  maladies  à  cinq  causes  dilfé- 
M  rentes  :  l'herpétisme,  Varthritismc,  la  scrofule,  la  syphilis  et 
«  le  parasitisme,  » 

M.  Devergie  confond  la  maladie  avec  la  cause.  L'herpé- 
tisme, l'arthritisme,  la  scrofule,  la  syphilis  et  le  parasitisme 
ne  sont  pas  des  causes;  ce  sont  tout  autantde  maladies. 

Quant  aux  affections,  je  les  ai  partagées  en  deux  classes, 
conformément  à  la  division  des  maladies. 

Affections  de  cause  externe. 

Affections  de  cause  interne. 

Dans  les  premières,  j'ai  établi  des  subdivisions  suivant  le 
mode  d'action  delà  cause  externe. 

;  J'ai  eu  ainsi  une  première  section  d'aflections  déterminées 
par  une  cause  physique  ou  mécanique  (action  des  instruments 
vulnérants,  morsures  d'animaux  non  venimeux,  action  de  la 
chaleur,  du  froid,  de  l'électricité,  de  la  pression  lente). 

Et  une  deuxième  section  d'affections  provoquées  soit  direc- 
tes (circumfusa  et  applicata,  contact  de  substances  irritantes, 
inoculation  de  substances  putrides,  vénéneuses,  virulentes; 
produits  d'une  sécrétion  normaleou  anormale  agissantcomme 
corps  étranger,  parasites),  soit  indirectes  ou  pathogénétiques 
(aliments,  poisons  et  médicaments). 

Quant  aux  affections  de  cause  interne,  je  lésai  divisées  en 
huit  sections  : 

1°  Affections  pestilentielles  ; 

2"  Fébriles; 
.  ..S"  Exanthématiques  ; 

4°  Pseudo  exanthématiques  ; 

5°  Phlegmasiques  ; 
.  ,6°  Hémorrhagiques  ; 

„.,7°  Symptomatiquesd'uneiarthritis,  herpétisme,  scrofule^ 
maladie  constitutionnelle     (         syphilis,  lèpre. 


20  PREMIÈRE    LEÇON. 

S**  Symptomatiqiies  de      \     à  produits  inflammatoires, 
diathèses  >  —         homœmorphes, 

j  —         hétéromorphes. 

Pour  chaque  maladie,  j'admets  une  prédisposition  ou  cause 
interne.  N'y  a  t-il  pas  là  plus  de  cinq  causes  ? 

«  De  sorte  ([u'aujourd'hui  il  n'est  pas  nécessaire  déposer  un 
diagnostic  pour  traiter  une  affection  cutanée  ou  autre;  il  suffit 
d'en  rechercher  la  cause,  car,  la  cause  connue,  la  thérapeutique 
en  découle.  » 

C'est  toujours  la  même  idée,  M.  Devergie  confond  la  cause 
instrumentale  avec  la  cause  interne,  la  maladie  avec  l'affec- 
tion. Il  a  bien  mal  compris  mes  doctrines,  s'il  en  a  tiré  la 
conséquence  qu'il  n'est  pas  nécessaire  de  poser  le  diagnostic 
de  l'affection,  puisque  je  reconnais,  au  contraire,  que  cela 
a  une  grande  importance.  Je  suppose,  par  exemple,  que  j'aie 
à  traiter  un  malade  atteint  d'eczéma.  En  l'interrogeant,  j'ap- 
prends que  son  affection  est  survenue  à  la  suite  d'un  refroidis- 
sement. Je  connais  donc  la  cause  occasionnelle.  Mais  est-ce 
que  cela  suffit?  Pourrai-je  traiter  mon  malade  sur  cette 
simple  donnée?  Evidemment  non.  Il  faut  que  je  complète 
mon  diagnostic,  car  je  sais  que  l'eczéma  peut  être  rapporté  à 
la  dartre,  à  l'artliritis,  à  la  scrofule,  au  traumatisme,  et  c'est 
seulement  quand  je  connaîtrai  la  nature  de  l'affection,  que  je 
pourrai  commencer  un  traitement  rationnel. 

«  Qu'importe  qu'un  malade  ait  un  eczéma,  un  herpès,  un  li- 
chen, un  rupia  ou  un  peraphigus,  la  question  n'est  pas  là  :  le  tout 
est  de  savoir  si  la  cause  en  est  herpéli-que,  arthritique,  parasitaire, 
etc.,  et  dès  lors,  à  chaque  classe  se  rattachant  un  agent  thérapeu- 
tique, le  médecin  applique  cet  agent.  » 

Ici  M.  Devergie  complète  sa  pensée;  il  confond  le  genre 
avec  la  nature. 

Dans  la  doctrine  de  M.  Devergie,  un  seid  problème  se  pré- 
sente, c'est  le  diagnostic  du  genre  :  on  cherche  si  le  malade 
a  un  eczéma,  un  herpès,  un  lichen.  .  .  .  Les  antécédents 
du  malade,  les  rapports  des  affections  entre  elles,  la  simili- 
tude du  traitement  général  pour  plusieurs  d'entre  elles  ne  sont 
rien  pour  mon  savant  collègue.  Il  suffit  de  savoir  que  le  ma- 


RÉPONSE  A    M.  DEVEKGIE.  21 

lade  a,  un  herpès  ou  un  rupia  ;  sur  ce  diagnostic  repose  toute 
la  thérapeutique. 

itE^ans  ma  doctrine,  il  y  a  toujours  trois  problèmes  à  résou- 
dre :  On  doit  rechercher  :  ^  (  /.  .ainyiia 
j,,Jja  lésion  élémentaire  ;                                   , .,  aj-io^  sQ  » 
jilla'affection  générique;  rjoq  i)!Jso((:r!r.ii- 
'^^utia  nature  de  l'affection  ;                               .  jdo'jofj'j-;  ^ 

Quoi  qu'en  dise  M.  Devergie,  le  diagnostic  de  la  nature  de 
Taffectionest  le  plus  important,  et  quelquefois  le  seul  possible  : 
qui  ne  sait  que,  dans  les  syphilides,  il  est  souvent  difficile  de 
dire  quelle  est  la  lésion  élémentaire  primitive  ?  Du  reste,  a-t- 
on besoin  de  le  savoir  pour  rattacher  l'afTection  à  la  syphilis? 
Nullement,  on  a  assez  d'éléments  de  diagnostic  dans  les  anté- 
cédents, la  forme,  la  couleur,  le  siège,  la  marche  de 'L'érup- 
tion. Toutes  les  syphilides  d'une  même  époque  guérissent  par; 
le  même  traitement.  n  .i,!,,.. 

^'''Qu'importe  alors  desavoir  si  l'on  a  eu  affaire  à  unepapule^ 
îi  due  vésicule,  à  une  pustule ?   tuii-Uu'i   VJii !).;>.  .i,!o)  siip 

Dans  la  scrofule,  l'arthritis,  l'herpétisrtfe,^  c'esUlà' niêmè- 
chose.  Les  affections  de  même  nature  présentent  des  carac- 
tères communs  qui  permettent  de  les  rattacher  à  la  maladie  i 
dont  elles  émanent;  cependant  le  diagnostic  de  la  lésion  élé-^- 
mentaire  est  alors  plus  important  que  dans  la  syphilis, ■  et;' î 
quoi  qu'en  dise  M.  Devergie,  je  fais  une  très  juste  apprécia- 
tion de  son  importance.  J'en  tire  même  des  conséquences 
pourle  traitement  local.  (Gonspersion  de  poudres  desséchan- 
tes et  astringentes  dans  les  affections    vésiculeuses ,  hui- 
leuses ;  application  d'huile  de  cade  dans  les  affections  squ'à-' 
metises).'  '»'">'i"''  "  /•■  •'  .rv^mj  .U.   m 

11  en  est  de  môme  pour  le  genre.  Quand  je  vôîè'ti'ri'hiÉllfidé'' 
atteint  depuis  plusieurs  années  d'unsycosis  rebelle,  avant  do 
chercher  si  l'affection  est  parasitaire  ou  arthritique,  j'ai  ùhe' 
indication  locale  pressante  a  remplir.  Je  fais  d  abord  épiler 
mon  malade.  Pourquoi  ?  parccque  dans  les  sycosis  anciens, 
de  quelque ^ilature  iqu'ils  soient,  l'affection  est  entretenue  pal' 
l'irrîÉatîolïl^uè  produisent  sur  les  follicules  pileux  les  poils  ou 

2 


22  PREMIÈRE    LEÇON. 

débris  de  poils  altérés  qui  font  l'effet  d'épines  enfoncées  dans 
la  peau.  Par  l'épilation  je  fais  cesser  cet  état  de  choses.  C'est 
alors  seulement  qu'il  est  important  de  reconnaître  la  nature 
du  sycosis,  car  il  se  présente  une  autre  indication,  c'est  d'em- 
pêcher que  le  poil  ne  repousse  altéré.  Si  l'altération  dépend 
delà  présence  de  champignons,  il  suffira  de  tuer  ces  végé- 
taux par  des  lotions  parasiticides.  Si,  au  contraire,  on  juge  le 
sycosis  arthritique,  (je  "vous  ai  donné  les  caractères  différen- 
tiels des  différentes  espèces  de  sycosis  dans  mes  leçons  sur 
les  affections  génériques),  on  attaquera  la  maladie  constitu- 
tionnelle par  les  alcaHns. 

De  même  quand  un  malade  se  présente  avec  un  lichen, 
on  peut,  avec  avantage,  faire  disparaître  l'affection  locale 
par  des  applications  réitérées  d'huile  de  cade.  Ensuite  on 
empêche  l'affection  de  récidiver,  en  prescrivant  un  traitement 
général  approprié  à|la  maladie  constitutionnelle  qui  a  produit 
le  lichen. 

Vous  voyez  donc  bien  que  mes  doctrines  sont  tout  autres 
que  ne  le  dit  M.  Devergie  et  que,  pour  moi,  l'état  local  est 
apprécié  à  sa  juste  valeur. 

«  Il  n'est  même  pas  nécessaire  d'étudier  les  maladies  de  la  peau. 
Il  suffit  que  l'on  constate  une  maladie  ou  une  affection  à  la  peau? 
alors  on  rattache  l'affection  à  l'une ^  des  cinq  causes,  et  le  tour  est 
fait.  » 

C'est  toujours  la  même  insinuation  :  faire  croire  que  la 
maladie  est  la  cause.  Ondirait  que  c'est  par  simple  fantaisie, 
par  pur  caprice  que  je  déclare  une  affection  arthritique  ou 
dartreuse.  G^est  une  grande  erreur. 

Dans  tout  ce  que  j'ai  dit  à  ce  sujet,  je  n'ai  jamais  procédé 
par  l'hypothèse,  mais  toujours  par  l'observation.  Ce  sont  les 
nombreux  faits  que  j'ai  vus  qui  m'ont  appris  le  déroulement 
des  maladies  constitutionnelles^  les  rapports  des  affections  entre 
elles,  leur  évolution  toujours  la  même,  leur  ordre  de  succes- 
sion, et  enfin  les  caractères  objectifs  qui  font  qu'elles  portent, 
pour  ainsi  dire,  l'empreinte  de  la  maladie  qui  les  produit. 

Mais  M.  Devergie  se  sent  très  mal  à  l'aise  sur  ce  terrain. 


RÉPONSE  A   M.  1>EVERG1E.  23 

et  au  lieu  de  continuer  à  attaquer  mes  doctrines  seules,  il 
revient  à  son  ancien  système  qui  consiste  à  m'associer 
MM.  Hardy  et  Baumes,  et  à  faire  peser  sur  moi  les  vices  des 
doctrines  des  autres.  Je  ne  saurais  trop  protester  contre  cette 
manière  de  faire  de  la  critique  scientifique. 

Voici  le  passage  de  M.  Devergie. 

«  Notre  collègue  M.  Hardy  a  adopté  les  mêmes  idées;  il  les  pro- 
fesse, à  l'exclusion  de  rarlhritisme,  dont  il  n'admet  pas  Texistence. 
Seulement  la  dartre  de  M.  Hardy  n'est  pas  \a.dartre  de  M.  Bazin, 
comme  l'arthritis  de  M.  Bazin  n'est  pas  Varthi^itis  aux  jeux  de 
M.  Hardy.  Voilà  les  doctrines  du  jour,  doctrines  très-heureuse- 
ment homogènes  1  Elles  servent  d'enseignement  à  la  génération 
actuelle  1  » 

«  Ainsi,  tandis  qu'Alibert  s'est  efforcé  de  chercher  à  établir  des 
groupes  de  maladies  plus  ou  moins  homogènes^  d'en  spécifier  les 
caraclères  et  de  donner  une  forme  scientifique  et  pratique  à  tout 
ce  que  l'on  désignait  avant  lui  sous  le  nom  banal  de  dartres;  tan- 
dis que  Biett,  en  introduisant  en  France  la  méthode  de  Willan,  a 
cherché  à  faire  reposer  sur  l'anatomie  pathologique  les  caractères 
de  chacune  des  maladies  de  la  peau;  alors  qu'il  s'est  appliqué  à 
rechercher  si  ces  formes  morbides  ne  nécessitaient  pas  chacune 
une  médication  spéciale,  et  il  faut  bien  le  dire,  contrairement  aux 
assertions  de  MM.  Bazin  et  Hardy  qui  ont  fait  fi  de  Biett  et  l'ont 
traité  de  Willaniste,  Biett  était  le  plus  fort  thérapeutiste  de  son 
époquej  c'est  à  lui  que  l'on  doit  les  grandes  médications  de  notre 
temps  :  l'arsenic,  la  teinture  de  cantharides,  l'aconit..,  et  MM.  Ba- 
zin et  Hardy  n'y  ont  rien  ajouté;  c'est,  dis-je,  lorsque  ces  ré- 
sultats acquis  ont  été  étendus  depuis  ces  grands  maîtres  par  leurs 
successeurs,  que  MM.  Bazin  et  Hardy  viennent  ramener  la  science 
à  son  point  de  départ  et  la  conduisent  peu  à  peu  à  l'état  d'enfance 
et  d'ignorance  même  où  elle  était  plongée  avant  ce  siècle.  Le  tout 
pour  avoir  fait  revivre  les  mots  oubliés,  qui  jettent  une  perturba- 
tion morale  dans  Tesprit  des  malades^  qui,  à  l'instar  du  mot  dar- 
tre primitivement  employé  par  eux,  impriment  une  sorte  de  ré- 
probation sur  l'individu  malade.  Aussi  M.  Bazin  s'est-il  bientôt 
aperçu  de  ce  résultat  fatal  et  s'est-il  empressé  de  remplacer  la 
dartre  par  ïherpétide,  son  synonyme,  comme  autrefois  dartre  et 
herpès  signifiaient  la  même  chose...  » 


24  PREMIÈRE   LEÇOM. 

«  M.  Baumes  de  Lyon,  avant  MM.  Bazin  et  Hardy  avaient  cher- 
ché à  établir  des  généralisations  du  même  genre....  Pour  lui,  tou- 
tes les  maladies  dérivent  delà  fluxion...  .  » 

Qu'ont  de  commun  mes  doctrines  avec  celles  de  M.  Bau- 
mes, qui  est  organicien,  et  par  conséquent  se  sépare  de  moi 
dès  le  principe,  qui  confond  l'affection  etla  maladie,  et  groupe 
les  affections  cutanées  d'après  un  mode  patliogénique  varia- 
ble, la  fluxion  ? 

Quant  à  M.  Hardy,  de  grandes  différences  d'opinions  lesé- 
parent  demoi.  Et  d'abordM.  Devergie  secontrediten  disant  : 
{(  La  dartre  de  M.  Hardy  n'est  pas  la  dartre  de  M.  Bazin.  »  Il 
est  bien  évident  alors  que  M.  Hardy  n'a  pas  adopté  les  idées 
de  M.  Bazin  et  ne  peut  les  professer. 

S'il  est  vrai  que  M.  Hardy  a  admis  mon  traitement  de  la 
gale  et  Ta  rendu  plus  rapide,  mais  moins  sûr  en  rapprochant 
les  frictions  insecticides;  s'il  est  vrai  qu'ilpartage  mes  idées  sur 
les  maladies  parasitaires  et  sur  le  traitement  de  la  teigne,  il 
est  juste  de  dire  que  là  s'arrête  l'analogie  entre  nos  doctrines. 
Tout  cela  n'est  qu'un  très  petit  coin  du  tableau,  et,  pour  les 
affections  de  cause  interne,  il  y  a  entre  nous  des  divergences 
capitales,  comme  vous  le  verrez  dans  une  des  leçons  suivan- 
tes. Je  ne  vois  donc  pas  de  quel  droit  M.  Devergie  associe 
toujours,  dans  son  argumentation,  deux  doctrines  aussi  dif- 
lérentes. 

M.  Devergie  se  contredit  encore  en  m'accusant  d'avoir 
réhabilité  le  mot  dartre  et  en  disant  plus  loin  que  je  l'ai  rem- 
placé par  le  mot  herpétlde.  Si  je  n'emploie  pas  le  mot  darti"c, 
ce  n'est  pas,  commedit  M.  Devergie,  parcequ'il  entraîne  une 
flétrissure  morale  des  individus  et  des  familles  et  porte  la 
désolation  dans  leur  cœur.  A  ce  compte,  j'aurais  encore  bien 
des  mots  à  changer  et  avec  plus  d'apparence  de  raison,  comme 
par  exemple  les  mots  scrofule,  syphilis^  que  l'on  emploiejour- 
nellementau  litdes  malades, et  qui, à  mon  avis,  sont  bien  plus 
terribles  et  mieux  compris.  J'avais  une  raison  plus  sérieuse, 
c'e^^t  que  le  mot  dartre  me  semblait  très  vague  et  en  le  rem- 
plaçant  [lar  hcrpclismc  pour  la  maladie  constitutionnelle  et 


RÉPONSE    A  M.  DEVERGIE.  2o 

par  /ierpéfides^onv\es  affections  cutanées  (mots  que  M.Dever- 
gie  veut  bien  trouver  gracieux),  j'ai  cru  que  l'on  avait  immé- 
diatement une  idée  plus  nette  des  objets  à  désigner,  surtout 
si  on  les  compare  aux  termes  syphilis  et  svphilides. 

Glissons  sur  cette  magnifique  épopée  et  sur  les  phrases  à 
effet  où  mon  savant  collègue  me  reproche  d'être  ingrat  envers 
Biett  et  de  l'avoir  traité  de  Willaniste.  Que  M.  Devergie  le 
sache  bien,  je  me  glorifie  d'être  Willaniste,  parceque  je  trouve 
que  Willan,  en  fondant  les  ordres  et  les  genres  des  affections 
cutanées  sur  la  lésion  élémentaire  et  les  caractères  constants 
qu'elle  présente  àsa  période  d'état,  a  rendu  un  immense  ser- 
vice à  la  dermatologie.  Mais  pour  moi  la  connaissance  de  la 
lésion  élémentaire  et  de  l'affection  générique  n'est  pas  tout; 
il  faut  y  joindre  celle  de  la  nature  des  affections. 

Que  dirai-je  de  ce  reproche  si  dur,  de  ramener  la  science  à 
l'état  d'enfance  et  d'ignorance  oii  elle  était  plongée  avant  ce 
siècle?  je  le  repousse  formellement,  parceque  : 

r  J'ai  admis  le  progrès  réalisé  par  Willan;  j'ai  adopté  en 
grande  partie  ses  formes  élémentaires  pour  établir  les  genres 
qu'il  importe  de  connaître  dans  toutes  les  phases  de  leur  évo- 
lution; je  les  ai  complétées  en  y  ajoutant  le  furoncle,  l'hyper- 
trophie crypteuse,  le  godet  favique,  les  tumeurs  du  mycosis 
fongoides  qu'elles  ne  comprenaient  pas. 

2°  Parceque  M.  Hardy  et  moi,  nous  nous  sommes  occupés 
delà  solution  d\m  problème  important  et  difficile,  la  nature 
de  l'affection,  problème  qu'avant  nous  on  ne  posait  môme 
pas. 

Quand  M.  Devergie  vient  nous  dire  :  «  Voilà  les  doctrines 
du  jour  très-Z/eureuseinent  homogènes]  Elles  servent  d'ensei- 
gnement à  la  génération  actuelle,  »  je  réponds  à  M.  Dever- 
gie :  Quand,  il  y  a  quinze  ans,  vous  étiez  à  la  tête  de  l'ensei- 
gnement de  la  pathologie  cutanée,  pensez  vous  que  vos  doc- 
trines étaient  plus  homogènes  avec  celles  des  autres  médecins 
de  Saint-Louis? 

La  classification  que  vous  donnez,  est-elle  homogène  ? 

Une  bonne  classification  repose  sur  un  principe  unique.  La 


2è  PREMIÈRE  LEÇON. 

Yôlre  repose  sur  des  principes  essentiellement  différents. 
Vous  classez  les  affections  cutanées  tantôt  d'après  l'iden- 
tité de  cause  et  de  traitement,  tantôt  d'après  la  forme 
morbide,  tantôt  d'après  le  produit  morbide  et  l'accident  mor- 
bide, tantôt  d'après  l'origine  climatérique.  Peut-on  trouver 
une  classification  plus  dissonante? 

Les  formes  cliniques  admises  par  M.  Devergiene  sont  pas 
plus  homogènes.  C'est  lui  qui  est  l'inventeur  des  formes 
composées  (herpès  rupiforme,  psoriasiforme,  pemphigoide; 
impétigo  ecthymatiforme,  sycosiforme)  et  autres  monstruo- 
sités pathologiques  que  l'on  ne  trouve,  heureusement  pour  les 
malades,  que  dans  l'ouvrage  de  M.  Devergie. 

Parlerai-je  de  l'homogénéité  de  sa  thérapeutique  ? 

Qui  de  vous,  Messieurs,  n'a  entendu  parler  de  ce  fameux 

sirop  composé  oii  le  fer,  l'iode,  le  potassium,  l'arsenic  et  le 

mercure  se  donnent  rendez- vous  dans  la  même  bouteille  et 

^  avec  lequel  M.  Devergie  semble  se  dire  :  La  nature  plus  habile 

que  moi  saura  bien  choisir  ce  qui  lui  convient. 

De  tout  ce  qui  précède,  j^  crois  être  en  droit  de  conclure  : 

1°  Que  la  doctrine  de  M.  Devergie  est  radicalement  fausse  ; 

2°  Qu'il  fallait  en  proposer  une  autre  qui  fût  plus  en  rapport 
avec  les  progrès  de  la  dermatologie. 

3°  Que  les  attaques  dirigées  contre  mes  doctrines  par  M.  De- 
vergie, dans  la  dernière  édition  de  son  ouvrage,  n'ont  aucune 
valeur  et  ne  sauraient  entraîner  la  conviction  dans  les  esprits 
qui  considèrent  les  choses  avec  impartialité  et  sans  préven- 
tion. 


DEUXIÈME  LEÇON. 


Messieurs, 

On  lit,  dans  le  programme  du  cours  de  Pathologie  interne 
fait  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  par  M.  Monneret,  les 
phrases  suivantes  : 

On  a  dit  que  les  dermatoses  scrofaleuses  n'excitaient  pas  de 
démangeaisons,  ce  qui  est  faux  (?)  ainsi  qu'il  est  aisé  de  s'en  con- 
vaincre dans  le  prurigo  des  vieillards  (2""^  année,  page  143). 

Vous  entendez,  Messieurs,  dans  le  prurigo  des  vieillards! 
Ahuno  disce  omnes. 

Et  plus  loin  pag.  147,  à  l'article  Historique  et  hiUiogra- 
phie  : 

«  Bazin,  Leçons  sur  la  scrofule,  in-8°.  1861.  Rien  de  nouveau 
dans  ce  livre.  » 

A  propos  de  la  diathèse  dartreuse  (pag.  169)  : 

«  Caractères  des  dartres  de  la  peau.  —  Incertitude  complète  à 
ce  sujet.  —  Les  prétendus  caractères  assignés  aux  dartres  nulle- 
ment fondés.  — Les  livres  récents  sont  pleins  d'assertions;  rien  de 
plus  ! » 

Au  sujet  du  rhumatisme  (pag.  129). 

«  Les  caractères  tirés  du  siège  et  de  la  forme  des  éruptions 
rhumatismales  sont  fort  incertains.  On  les  a  réunis  aux  éruptions 
goutteuses,  mais  à  tort;  nous  admettons  qu'elles  sont  distinctes 
des  rhumatismales.  Rien  dans  les  signes  qui  les  fasse  reconnaître, 
quoi  qu'en  aient  dit  M.  Bazin  et  d'autres.  » 

A  l'article  goutte  (pag.  137). 

«  Goutte  de  la  peau.  —  On  a  inventé  un  mot  nouveau  dans  ces 
derniers  temps  (arthritide).  La  chose  est  très  ancienne  ;  le  mot  est 
mauvais  ;  il  confond  deux  maladies  très  distinctes  en  ime  seule  — 


28  nET'XiÈaiK  Li:(jON, 

Les  maladies  cutanées  goutteuses  n'ont  rien  qui  puisse  les  diffé- 
rencier des  autres,  si  ce  n'est  leur  origine.  — Caractères  spécifiques 
assignés  à  tort  par  M.  Bazin  à  ces  maladies  -,  pas  un  seul  de  réel  ; 
on  ne  peut  faire  une  pathologie  cutanée  à  part  avec  les  maladies 
goutteuses  de  la  peau  ;  toutes  s'y  retrouvent  de  même  que  dans  les 
autres  diathèses.  » 
A  l'article  Maladies  de  lapeau  (S""  année,pag.  115). 

«  Sont-ils  (les  parasites)  cause  ou  effet  de  la  maladie  ?  Il  leur 
faut  un"  terrain  approprié;  il  est  possible  qu'ils  ne  soient  que 
l'effet,  mais  ils  deviennent,  à  leur  tour,  cause  de  toutes  sortes 
d'accidents  et  pénètrent  dans  les  bulbes  et  les  follicules.  » 

Ainsi,  pour  M.  Monneret,  aucun  progrès  n'a  été  réalisé  en 
dermatologie  depuis  quinze  ans. 

Voulez-vous  savoir  oii  M.  Monneret  place  le  progrès  ?  c'est 
dans  le  programme.  Ecoutez-le  : 

«  Le  jour  où  chacune  des  sciences  qui  constituent  la  médecine 
sera  complètement  exposée  dans  un  programme,  un  immense  pro- 
grès sera  réalisé,  marquera  l'enseignement  et  facilitera  les  études.  » 

Je  suis  de  sou  avis,  et  je  pense  même  que  ce  sera  un  pro- 
grès non  seulement  dans  l'enseignement,  mais  encore  dans  la 
science. 

Cependant  M.  Monneret  a  des  scrupules  ;  il  doute,  il  a 
quelques  craintes;  il  se  demande  ingéniiment  si  la  faiblesse 
des  élèves  ne  doit  pas  lui  être  imputée. 

Après  avoir  lu  attentivement  le  programme  du  cours  de 
pathologie  interne  et  quatre  gros  volumes  de  pathologie  dite 
générale,  je  déclare  que  les  œuvres  de  M.  Monneret  justi- 
fient ses  craintes. 

Mais  il  n'entre  pas  dans  le  plan  de  ces  leçons  d'attaquer  les 
ouvrages  de  M.  Monneret,  et,  puisque  ce  sont  les  résultats  de 
mes  propres  recherches  qui  font  le  sujet  de  la  contestation, 
je  dois  me  borner  à  me  défendre. 

Laissant  momentanément  de  côté  les  attaques  de  M.  Mon- 
neret sur  les  affections  cutanées  dartreuses^  arthritiques  et 
parasitaires,  dont  il  sera  parlé  prochainement,  je  consa- 


RKl'ONSE  A    M.  MON^ERET.  29 

crerai  la  leçon  d'aujourd'hui  à  celles  qui  concernent  la  scro- 
fule et  j'espère  vous  démontrer  : 

1°  Que  l'expression  diathèse  scrofuleuse  est  mauvaise, 
parce  que  la  scrofule  est  une  maladie  constitutionnelle  et  non 
une  diathèse;  que  la  théorie  de  M.  Monneret  sur  les  dia- 
thèses  est  une  théorie  fausse  qui  ne  diffère  en  aucune  façon 
de  celle  des  localisateurs  absolus. 

2°  Qu'on  ne  peut  sans  injustice  affirmer  que  les  leçons  de 
M.  Bazin  sur  la  scrofule  ne  renferment  rien  de  nouveau. 
Elles  ont  au  contraire  imprimé  un  véritable  progrès  à  la 
symptomatologie,  au  diagnostic  et  à  la  thérapeutique  des 
affections  cutanées  scrofuleuses. 

3°  Enfin  que  le  but  principal  de  ces  leçons  a  été  précisé- 
ment de  démontrer  les  caractères  propres  et  différentiels  des 
manifestations  cutanées  de  la  scrofule;  que  par  conséquent 
il  n'est  pas  vrai  de  dire  que  «  la  diathèse  scrofuleuse  a  une 
«  dermatologie  très  variée  dont  il  est  impossible  de  tracer  les 
«  caractères.  » 

Premier  point.  —  Examinons  d'abord  ce  que  c'est  qu'une 
diathèse  en  général,  puis  nous  prendrons  la  diathèse  scrofu- 
leuse en  particulier.  . 

La  question  des  diathèses  est  grosse  d'intérêt.  Elle  domine 
l'étude  des  affections  de  la  peau,  et  je  dirai  même  de  la  patho- 
logie tout  entière.  Aussi,  les  médecins  de  tous  les  temps  et 
de  toutes  les  écoles  en  ont-ils  bien  compris  l'importance,  et 
voit-on  chacun  d'eux  lui  donner  une  signification  en  rapport 
avec  ses  doctrines  ou  l'idée  qu'il  se  faisait  de  la  maladie. 

Je  n'ai  pas  le  dessein  de  vous  faire  l'historique  des  diverses 
manières  de  comprendre  la  diathèse,  qui  ont  été  professées 
depuis  Hippocrate  ;  ce  serait  une  étude  fastidieuse  et  inutile. 
Je  veux  seulement  vous  dire,  en  quelques  mots^,  les  opinions 
qui  ont  cours  dans  l'état  actuel  de  la  science  et  le  rôle  que  les 
différents  auteurs  font  jouer  à  la  diathèse  dans  la  production 
des  maladies  de  la  peau. 

Ces  opinions  peuvent  se  réduire  à  trois  principales  : 

Première  opinion.  —  Les  uns,  comme  le  professeur  Hébra," 


30  DEUXIÈME  LEÇON. 

de  Vienne,  et  le  professeur  Lebert,  repoussent  complètement 
de  fait  ,ladiatlièse.  Ce  sont  des  localisateurs.  Pour  M.  Lebert,, 
par  exemple,  il  n'y  a  pas  d'entité  morbide  distincte  appelée 
scrofule  ;  il  n'y  a  que  des  scrofules,  c'est-à-dire  une  série  de 
maladies  locales,  reliées  entre  elles  par  une  disposition  spé- 
ciale de  l'organisme,  à  laquelle  il  veut  bien  conserverie  nom 
de  scrofuleuse.  Mais  il  n'admet  pas  la  scrofule  en  tant  que 
maladie  constitutionnelle  ;  il  l'a  démembrée,  en  décrivant 
comme  autant  de  maladies  distinctes  des  affections  tubercu- 
leuses qui  s'y  rattachent  évidemment. 

Sa  classification  des  affections  cutanées  est  entièrement 
fondée  sur  la  physiologie  pathologique  :  "  '  ^-^  ~ .'      ^^ 

A.  Maladies  dues  à  une  altération  de  la  circulation. ,-       .f  r 

B.  Maladies  dues  à  une  altération  de  la  sécrétion  et  delà  nutri- 
tion. 

C.  Maladies  dues  à  des  parasites  du  règne  animal  et  végétal 
vivant  sur  la  peau. 

Deuxième  opinion,  —  D'autres  n'admettent  la  diathèse 
que  dans  certains  cas,  pour  expliquer  certains  groupes  d'af- 
fections cutanées,  et  la  repoussent  dans  les  autres  cas.  A  cette 
deuxième  opinion  se  rattachent  MM  Devergie  et  Monneret  : 

«  Toutefois  en  dehors  de  ces  conditions  les  plus  généralement 
observées  (tempérament,  constitution,  hérédité,  climat,  profes- 
sions, causes  morales,  privations),  il  faut  convenir  que  lorsque  la 
même  affection  se  généralise  à  la  peau  sans  cause  appréciable,  il  y 
a  là  dans  le  sang,  dans  les  tissus,  dans  toute  l'économie,  une  in- 
fluence occulte,  un  principe  morbide  dont  la  nature  nous  fuit,  nous 
échappe,  et  que  nous  attaquons  quelquefois  avec  bonheur  par  un 
seul  et  même  agent.  Ce  principe,  qui  constituait  le  virus  des  an- 
ciens, est  appelé  diathèse  par  les  médecins  modernes  qui  se  rat- 
tachent volontiers  à  ces  anciennes  idées. 

Pour  nous,  tout  disposé  que  nous  sommes  à  admettre  des  dia- 
ttîèses,  nous  ne  sous-entendons  pas  par  ce  mot  un  état  occulte  né 
d'un  principe  général  morbide  toujours  le  même,  qui  aura  son 
antidote,  comme  le  pourrait  être  un  virus.  La  disposition  morbide 
pourra  avoir  ses  sources  diverses  et  se  rattacher  à  des  conditions  de 
tempérament,  d'âge,  de  constitution,  d'hérédité. 


RÉPONSE  À   SI.  MONNERET.  31 

Ainsi  la  disposition  strumeuse  n'est  que  la  conséquence  de  la 
prédominance  exagérée  du  système  lymphatique,  de  même  que  la 
diathèse  iichéno'ide  n'est  que  le  résultat  de  la  prédominance  exa- 
gérée du  système  nerveux  général  et  de  celui  de  la  peau  en  parti- 
culier, de  même  encore,  en  dehors  de  ces  conditions,  il  peut 
exister  des  diathèses  dont  la  nature  et  la  cause  ne  peuvent  pas  être 
saisies  et  que  nous  apprécions  seulement  par  l'agent  propre  à  les 
combattre,  agent  dont  l'expérience  nous  a  montré  l'efficacité.  Mais 
il  y  a  loin  de  ces  idées  à  la  pensée  qui  rattache  toujours  à  une 
seule  et  même  cause  le  principe  morbide  de  plusieurs  maladies.  » 
(Devergie,  3  édition,  page  688.) 

M.  le  professeur  Monneret  (programme  du  cours  de  pa- 
thologie interne,  3'  année^  page  116  et  suivantes)  divise  les 
maladies  de  la  peau  ainsi  qu'il  suit  : 

1°  Maladies  idiopathiques  locales,  c'est-à-dire  formant  à  elles 
seules  des  entités  morbides  bien  déterminées. 

—  A  des  fièvres. 
■  B  des  affections  virulentes. 

—  G  des  maladies  venimeuses. 

—  D  des  intoxications. 
I —  E  des  diathèses. Parmi  celles- 

2-  Maladies  symptomatiques.<^       "  '\f^,^^  rhumatisme  et  la 
•'    ^  IN        goutte,  la  scrofule  et  la  dar- 

tre, comme  se  manifestant 
par  des  éruptions  cutanées, 
mais  dont  il  est  impossible  de 
déterminer  les  caractères 
spécifiques. 

3°  Maladies  tégumentaires(~  d'un  état  gastrique  elbilieux. 
sympathiques,  ) — d  une  maladie  chronique  de 

(       l'estomac,  du  gros  intestin. 

Troisième  opinio?i.  —La  diathèse  existe  pour  tous  les  cas. 
Ainsi,  pour  M.  Hardy,  la  diathèse  est  commune  à  plusieurs 
maladies;  aussi,  abstraction  faite  des  syphilides  et  du  groupe 
des  scrofulides  malignes,  toutes  les  affections  cutanées  de 
cause  interne  sont-elles,  pour  ce  médecin,  les  produits  d'une 
seule  diathèse,  la  diathèse  dartreuse. 

Aucune  de  ces  opinions  ne  saurait  me  satisfaire,  Messieurs, 
car  je  suis  de  cette  école  qui  admet  une  distinction  capitale 
entre  la  maladie,  l'affection,  la  lésion  et  le   symptôme;  et 


32  DEUXIÈME  LEf;OX. 

je  VOUS  ai  dit  que  la  question  des  diatlièses  se  trouvait  entiè- 
rement subordonnée  à  la  manière  de  comprendre  et  définir 
la  maladie. 

Que  nous  dit  Chôme!  dont  les  idées  sont  acceptées  par  la 
plupart  des  auteurs  contemporains? 

«  La  maladie  est  un  désordre  notable  survenu,  soit  dans 
«  la  disposition  matérielle  des  parties  constituantes  du  corps 
((  vivant,  soit  dans  l'exercice  des  fonctions.  » 

Il  rejette  la  distinction  de  l'affection  et  de  la  maladie. 

Il  admet  une  disposition  latente,  inconnue  dans  son  es- 
sence, propre  à  chaque  maladie  interne. 

Pour  lui  «  la  diathèse  est  une  disposition  en  vertu  de  la- 
{(  quelle  plusieiu's  organes  ou  plusieurs  points  de  l'économie 
((  sont  à  la  fois  ou  successivement  le  siège  d'affections  spon- 
((  tanées  dans  leur  développement  et  identiques  dans  leur 
u  nature,  lors  môme  qu'elles  se  présentent  sous  des  appa- 
((  rences  diverses.  » 

Elle  est  commune  ii  plusieurs  maladies. 

Vous  voyez  que  le  symptôme  et  la  lésion  sont  confondus 
avec  la  maladie;  par  conséquent  cette  définition  est  inaccep- 
table pour  moi. 

La  prédisposition  latente  commune  à  plusieurs  maladies, 
dont  parle  Ghomel,  n'ex.iste  pas;  car  ce  qu'il  appelle  des 
maladies  n'est  qu'un  ensemble  de  symptômes  et  de  lésions. 

Du  reste,  cette  définition  est  essentiellement  vicieuse;  en 
effet,  puisqu'il  faut,  pour  qu'il  y  ait  diathèse,  que  plusieurs 
organes  de  l'économie  soient  affectés,  on  serait  amené  à  éli- 
miner des  affections  diathésiques,  le  cancer,  par  exemple, 
quand  il  reste  localisé  dans  un  seul  organe,  ce  qui  est  évi- 
demment inadmissible. 

M.  le  professeur  Monneret  adopte  aussi  la  définition  de 
Galien  et  fait  consister  la  maladie  dans  une  lésion  appréciable 
de  la  matière  organisée  et  vivante,  de  ses  propriétés  physi-, 
ques  et  vitales,  ou  dans  un  trouble  de  ses  fonctions.  On  ne 
doit  pas,  dit-il,  s'embarrasser  de  l'étude  mystérieuse  d'enti- 


ItÉKOASE  A  M.  -MU>.^EMEr.  3o 

tés  que  nous  ne  pouvons  saisir,  et  perdre  de  vue  l'observa- 
tion pure  et  simple  des  phénomènes  morbides. 

De  ce  que  nous  ne  pouvons  saisir  Tentité  qui  est  au  dessus 
du  phénomène  sensible,  il  ne  s'ensuit  pas  que  cette  entité 
n'existe  pas.  C'est,  permettez  moi  la  comparaison,  comme  si 
l'on  disait  au  mathéraacien  qu'il  doit  supprimer  de  ses  calculs 
]'iniini,  parceque notre  esprit  est  impuissante  lecomprendre. 
Or  cette  notion  sïmpose  à  nous,  présente  et  lumineuse  dans 
son  obscurité,  avec  toute  la  force  d'une  vérité  démontrée. 
Ainsi  en  est-il  de  la  maladie  selon  moi  ;  désignez  la.  si  vous 
voulez,  par  une  inconnue,  para:...,  mais  au  moins  ne  la  sup- 
primez pas.  Pour  M.  Monneret,  la  diathèse  est  un  état  géné- 
ral de  l'organisme  héréditaire  ou  inné,  rarement  acquis,  tout 
à  fait  latent,  jusqu'à  l'tipoque  oii  il  détermine  une  maladie 
générale  caractérisée  par  des  lésions  ou  des  troubles  fonction- 
nels, disséminésdans  un  grand  nombre  de  points,  mais  iden- 
tiques par  leur  nature  et  cédant  à  la  même  médication. 

La  diathèse  constitue,  pourle  môme  auteur,  une  sorte  d'in- 
cubation analogue  à  l'incubation  des  maladies  virulentes,  et 
qui  aboutit  à  un  état  pathologique  qu'il  appelle  maladie  dia- 
thésique. 

Cette  définition  est  passible  de  plusieurs  reproches;  on  peut 
demander  à  M.  Monneret,  comme  à  Cliomel,  comment  il 
reconnaît  l'identité  de  nature;  car  nous  verrons  plus  loin 
qu'il  n'admet  pas  de  caractères  spécifiques  aux:  maladies  dia- 
thésiques.  De  plus,  la  diathèse,  comme  il  la  comprend,  ne 
ditTère  pas  de  la  prédisposition  qui  doit  cependant  en  être 
séparée. 

D'autres  ont  fait  consister  la  diathèse  dans  une  altération 
du  sang;  ils  l'ont  donc  confondue  avec  la  lésion. 

En  résumé,  pour  les  organiciens,  tous  les  groupes  de  phé- 
nomènes observés,  tous  les  syndromes  sont  autant  de  mala- 
dies différentes.  Or,  l'observation  démontre  que  ces  mala- 
dies, si  différentes  qu'elles  paraissent  dans  la  forme,  ne  sont 
pas  toujours  complètement  isolées  les  unes  des  autres; 
qu'elles  sont  fréquemment  rattachées  par  un  lien  comnnui 


34  DEUXIÈME  LEÇON. 

facile  à  saisir  ;  qu'elles  peuvent  disparaître  soiis  l'influence 
des  mêmes  moyens  thérapeutiques  :  c'est  à  ce  lien  commun 
que  les  auteurs  ont  donné  le  nom  de  diathèse,  chacun  selon 
sa  manière  de  voir. 

On  comprend  pourquoi  une  semblable  doctrine  ne  peut 
être  la  nôtre.  Toutes  ces  maladies,  qui  sont  dominées  par  un 
même  principe,  ne  sont  pas,  pour  nous,  des  maladies  diffé- 
rentes, mais  des  affections  que  nous  rapportons  à  une  seule 
unité  pathologique. 

Mais,  dira-t-on  scrofule  ou  diathèse  scrofuleuse,  qu'im- 
porte? N'est  ce  pas  une  seule  et  même  chose?  Il  importe  beau- 
coup, Messieurs,  en  théorie  comme  en  pratique;  il  y  a  là  plus 
qu'une  simple  dispute  de  mots.  Non,  votre  diathèse  scrofu- 
leuse n'a  rien  de  commun  avec  l'unité  pathologique  que  nous 
appelons  scrofule  ;  ici;,  tout  se  tient,  tout  s'enchaîne,  tout  se 
succède  avec  un  ordre  déterminé  et  constant  ;  là  au  contraire, 
rien  de  fixe,  rien  de  précis,  tout  est  soumis  au  hasard  ;  votre 
diathèse  est  là  comme  un  principe  caché  toujours  menaçant, 
comme  une  sorte  d'imminence  morbide  sans  cesse  suspendue 
sur  la  tête  du  malade. 

Et  puis,  voulez-vous  connaître  les  conséquences  prati- 
ques de  votre  doctrine  ?  Voici  un  malade  qui  a  été  atteint 
de  gourmes  en  son  enfance,  d'ophthalmies,  d'écrouelles  sup- 
purées,  qui  a  un  lupus,  des  tumeurs  blanches,  des  caries  os- 
seuses et  même  des  tubercules  dans  les  poumons,  c'est-à- 
dire  qui  a  parcouru  toutes  les  phases  de  la  scrofule.  Un  eczéma 
survient  chez  ce  malade,  comme  il  arrive  journellement  ; 
vous  partisan  de  la  diathèse,  vous  direz  aussitôt  :  eczéma 
scrofuleuX;,  et  en  cela  vous  commettrez  une  grossière  erreur. 
C'est  qu'en  effet  l'heure  des  scrofulides  superficielles  est  de- 
puis longtemps  passée;  le  malade  en  est  aux  affections  viscé*- 
ralesj  à  la  quatrième  période  de  la  scrofule,  et  la  maladie 
constitutionnelle  ne  parcourt  jamais  une  seconde  fois  le  même 
cercle. — Si  donc,  chez  un  tel  malade,  vous  observez  un  eczéma^ 
cette  affection  est  nécessairement  d'une  autre  nature;  elle  est 


RÉPONSE  A  M.  MOISNEKET.  3S 

arthritique  ou  dartreuse,  mais  \ous  ne  la  guérirez  pas  par  la 
médication  anti-scrofuleuse. 

Pour  moi,  la  diathèse  est  une  maladie  aiguë  ou  chronique, 
pyrétique  ou  apyrétique,  contagieuse  ou  non  contagieuse, 
caractérisée  par  la  formation  d'un  seul  produit  morbide  qui 
peut  avoir  son  siège  indistinctement  sur  tous  les  systèmes 
organiques  (exemples  :  tubercule,  cancer). 

Je  regarde  donc  les  diathèses  comme  une  classe  de  mala- 
dies bien  distinctes  et  qui  diffèrent  des  maladies  constitu- 
tionneUes,  en  ce  que  celles-ci  sont  caractérisées  par  un  en- 
semble de  produits  morbides  et  d'affections  très  variées.  Le 
mot  diathèse  acquiert  ainsi  un  sens  précis;  il  signifie  mala- 
die et  non,  comme  dans  l'école  organicienne,  tout  à  la  fois 
cause  et  maladie. 

Il  est  en  médecine  de  ces  mots  qui  ont  une  très  grande  va- 
leur, et  auxquels  on  doit  attacher  un  sens  rigoureux,  sous 
peine  de  ne  jamais  s'entendre;  tel  est  le  mot  affection,  dont 
la  signification  varie  pour  la  plupart  des  auteurs  qui  l'em- 
ploient. Un  de  nos  anciens  internes,  M.  Louis  Fournier, 
dans  sa  thèse  inaugurale  sur  la  synthèse  pathologique  (thèse 
de  Paris,  1861)  pense,  contrairement  à  nous,  qu'il  faut  con- 
server au  mot  affection  le  sens  traditionnel  que  lui  donne 
l'école  de  Montpellier. 

Pour  lui,  l'affection  est  une  modification  générale  survenue 
dansl'organisme  et  constituée  elle-même  par  une  série demo- 
difications  qui  se  succèdent  en  produisant  des  actes  morbi- 
des, c'est-à-dire  fonctionnels  ou  organiques,  isolés  ou  réunis, 
simultanés  ou  successifs.  La  maladie  est  l'acte  morbide  par 
lequel  se  traduit  l'affection;  de  plus  il  croit  inutile  de  faire 
deux  classes  différentes  des  maladies  diathésiques  etconstitu-* 
tionnelles. 

M.  Fournier j  j'ai  le  regret  de  le  dire,  n'a  pas  compris  mes 
doctrines. 

L'affection,  dans  le  sens  que  lui  donne  l'école  de  Mont- 
pellier, signifie  l'état  morbide  général  du  corps  vivant,  des 
humeurs  et  des  parties  solides.  Elle  ne  diffère  de  la  maladie 


30  iti:i  \ij:.mi<:  ij:(;(»i\. 

que  par  son  étciitliie,  sagùnéralisuLiuii;  c'est  comme  si  nous 
disions  affection  générale  et  allection  locale.  C'est  toujours 
le  sens  galéniqiie  :  de  locis  a//'cclis. 

La  maladie,  pour  nous,  est  un  état  abstrait,  une  con- 
dition j)arti('uli(3re  de  l'être  ù  la([uelle  on  ne  peut  assigner  ini 
siège  déterminé^  pas  plus  qu  on  ne  j»eut  assigner  un  siège 
à  la  santé  :  appeler  cet  état  afleclion,  c'est  conlbndre  la  doc- 
trine organopatliique  avec  la  doctrine  andropatliique,  (pas- 
sez moi  cette  expression),  c'est  nielti'e  toujours  la  soutlVance 
dans  les  organes  au  lieu  de  la  mettre  dans  riionnue. 

M.  Monneret,  lui  aussi,  entend  l'aH'ection  connue  l'école 
de  Montpellier.  Il  la  considère  comme  un  état  morbide  du 
corps,  comme  l'état  général,  (pii  jH'ovoqne  l'état  local  ou  la 
délermiiuition  Diorhidc  locali'  ([\i\\  a[)[)elle  maladie.  Il  réha- 
bilite la  doctrine  al)surde  des  éléments  morbides  et  compare 
les  maladies  aux  corps  inorganicpies  dont  l'association  peut 
donner  lieu  à  des  combinaisons  plus  ou  moins  complexes,  bi- 
naires, ternaires,  quaternaires,  etc.  ;  il  admet  la  génération  des 
maladies  parles  affections,  des  allections  par.  les  éléments 
morbides;  les  lésions  cugendi'ent  les  lésions,  les  [thénomènes 
))rocijdent  des  phénomènes  et  les  symptômes  des  synptômes. 
—  Pour  M.  Monneret, l'alTection,  ladiathèsesont  de  sinqiles 
éléments;  aussi,  en  jiarle-t-il  à  peine  dans  sa  Pathologie 
générale. 

Assurément,  Messieiu's,  cette  doctrine  des  éléments  est 
encore  bien  au-dessous  de  celle  de  (.Ihomel,  ([ui  repose  au 
moins  sur  un  l'ait  d'observation  vrai,  le  ra[)port  des  allections 
entreelles.  Celle  de  M.  Monneret  ne  repose  que  siu*  des  hyi>o- 
tlièses  et  sur  l'axiome  :  Post  /toc,  crgo  proplcr  hoc. 

(^e  système  a  un  grand  inconvénient,  c'est  de  l'aire  en- 
gendrer les  unes  par  les  autres  les  nombreuses  allections 
([ui  ont  un  ]K)int  de  dé[)art  conmum  dans  la  maladie. 
N'allez  pas  croire,  toutefois,  Messieurs,  qu'en  rapportant 
à  la  maladie,  connue  à  une  source  commune,  tous  les  phé- 
nomènes morbide?,  nous  rejetions  conq)létement  le  synq)- 
tôine   du    ^Miiptome  :    non,    on    l'ttbserNC   l'réquemmenl, 


liKl'OiNSE  A  M,   MONiNKi;i;i'.  H7 

mais  alors  la  relation  est  facile  ù  établir,  Facile  à  ex[)liqiier 
entre  le  symptôme  et  les  j)li6nomènes  qui  lui  sont  sub- 
ordonnes. Le  rapport  est  ici  toujours  proportionnel  et  fa- 
cile à  saisir.  Ainsi  la  pfdeur,  la  fatigue,  l'abattement,  la  dé- 
pression momentanée  des  forces,  qui  accompagnent  et  sui- 
vrnt  \i\  vomisseincnt  sont  des  symptômes  du  symptôme; 
ils  cèdent  avec  la  cause  ([uiles  a  déterminés  et  leur  intensité 
est  j)ro[>ortionnelle  à  l'intensité  de  la  cause;  mais  en  est-il  de 
mûrac  entre  certaines  al'iections  que  l'on  rencontre,  parfois, 
simultanément  sur  le  même  sujet? 

L'urticaire,  la  gastralgie  et  l'acné  rosée  sont  trois  affec- 
tions ([ui  se  trouvcMit  souvent  réunies  sur  le  même  malade. 
Les  [)artisans  do  la  doctrine  des  éléments  vous  diront  que 
c'est  la  gastralgie  qui  produit  l'iu-ticaire  et  l'acné  par  une 
sorte  de  sympatliio  morbide,  et  ils  vous  donneront  comme 
preuve  que,  si  l'on  guérit  la  gastralgie,  on  fait  disparaître» 
aussi  l'urticaire  et  l'acné. 

Au  premiei- abord,  l'argument  paraît  sans  réplique,  car  le 
l'ait  est  vrai.  Mais,  Messieurs,  il  faut  voii;  comment  on  guérit 
cette  ('s|i('ci'  de  gastralgie.  C'est  par  un  traitement  appro- 
prié' à  la  in;dailie  cDustitutionnellc  qui  produit  les  trois  affec- 
tions, je  veux  dii'e,  par  les  alcalins.  Or,  ce  n'est  1)lis  seule- 
ment la  gastralgie  (jue  l'on  attaque  ainsi,  on  attaque  aussi 
l'artliritis  de  la([uelle  dépendent  gastralgie,  m'ticaire,  et 
acné  rosée,  delà  est  si  vrai  que  si  l'on  traite  la  gastralgie 
artbritique  [lar  l'opiimi  ou  ])ar  les  arsenicaux,  qui  réussis- 
sent souvent  dans  la  gastralgie  simple,  non  seulement  on  ne 
guérit  pas  l'urticaire  et  l'acné  rosée,  mais  on  les  exaspère. 

Ija  gastralgie  ne  produit  donc  pas  plus  l'urticaii-e  et  l'acné 
rosée,  ([ue  les  accidents  du  tube  digestif  ne  produisent  les 
lâches  rosiies  de  la  lièvre  typhoïde,  ce  que  personne  n'admet 
aujourd'hui. 

K\I)li(pie-t-(ai  davantage  la  production  des  symptômes 
|)ar  la  foniie  des  éléments  anatomiques  ?  Pas  le  moins  du 
inonde.  Prenons  une  alfectiou  [)apuleuse,  le  lichen  par  exem- 
ple. Vous  saveii  ([ue,  dans  cette  affection;  les  démangeaisons 

3 


38  DEUXIÈME  LEÇON. 

sont  tantôt  atroces,  tantôt  faibles,  tantôt  nulles.  Croyez -yous 
que  c'est  le  volume  ou  la  forme  des  papules  qui  vous  ren- 
dront compte  du  plus  ou  moins  de  prurit?Non;  l'observation 
démontre  qu'il  n'y  a  aucun  rapport  entre  le  prurit  et  la  pa- 
pule, (prurigo  sans  papules).  La  seule  explication  ration- 
nelle, c'est  que  le  lichen  est  une  affection  générique  pouvant 
dépendre  de  plusieurs  maladies  différentes  et  qu'il  se  pré- 
sente dans  ces  maladies  avec  des  caractères  différents  :  c'est 
ainsi  que  le  lichen  syphilitique  n'est  accompagné  d'aucune 
démangeaison.  Dans  le  lichen  arthritique,  la  démangeaison 
est  faible  et  se  présente  plutôt  sous  forme  de  picotements  et  de 
fourmillements  ;  elle  est  atroce  et  constitue  un  véritable 
supplice  pour  le  malade  dans  le  lichen  dartreux. 

La  diathèse,  pour  M.  Monneret,  est  un  simple  élément 
producteur  de  maladies.  Ainsi  la  diathèse  scrofuleuse,  par 
■  exemple,  est  un  élément  morbide  engendrant  toutes  les  dé- 
terminations morbides  locales  ou  maladies  scrofuleuses.  Mais, 
dit-il,  ces  maladies  scrofuleuses,  les  dermatoses,  par  exemple, 
ne  diffèrent  pas  des  dermatoses  dues  à  d'autres  causes.  La 
preuve  qu'il  donne  de  son  assertion,  il  la  trouve  dans  le  pru- 
rigo des  vieillards  : 

«  On  a  dit  que  les  dermatoses  scrofuleuEe?  n'excitaient  pas  de 
démangeaisons,  ce  qui  est  faux,  ainsi  qu'il  est  aisé  de  s'en  con- 
vaincre dans  le  prurigo  des  vieillards.  » 

M.  le  professeur  Monneret  a  bien  mal  choisi  son  exemple, 
et  il  était  impossible  de  mieux  nous  montrer  son  incompé- 
tence en  dermatologie. 

Qui  a  jamais  dit  que  le  prurigo  des  vieillards  était  scro- 
fuleux?  Personne  assurément.  Le  prurigo,  chez  les  scrofu- 
leux,  est  une  affection  légère,  et,  si  on  devait  le  ranger  par- 
mi les  dermatoses  scrofuleuses,  il  faudrait  le  placer  dans  les 
scrofulides  bénignes.  Or,  les  scrofulides  bénignes  sont  l'apa- 
nage delà  jeunesse;  elles  constituent  une  des  manifestations 
les  plus  précoces  de  la  scrofule,  et  on  ne  les  rencontre  jamais 
chez  les  malades  avancés  en  âge. 

L'identité  des  caractère?  des  affections  prouve  l'identité  de 


RÉPONSE  A  M.  4H01SJNKKET.  39 

nature.  C'est  un  l'ait  fondamental  qui  domine  toute  la  patho- 
logie cutanée.  Pourquoi  M.  Hardy  n'admet-il  qu'une  seule 
nature,  la  dartre?  C'est  qu'il  ne  reconnaît  pas  aux  affections 
leurs  caractères  spéciaux,  et  qu'il  est  ainsi  forcé  de  les  rappor- 
ter à  la  même  maladie.  Il  est  entraîné  à  faire  une  seule  entité 
morbide  de  trois  maladies  bien  distinctes  :  la  scrofule,  l'ar- 
thritis,  l'herpétisme.  Aussi  est-il  bien  embarrassé  pour  don- 
ner un  nom  à  certaines  éruptions  psoriques  qui^  pour  tout  le 
monde,  constituent  de  l'eczéma.  L'eczéma  étant  pour  lui  tou- 
jours dartreux,  il  est  réduit  à  désigner  ces  éruptions  sous  le 
nom  impossible  d'erytlième  vésiculo-pustuleux. 

Comme  nous  venons  de  le  dire,  M.  Monneret  refuse  tout 
caractère  spécifique  aux  manifestations  de  la  diathèse  scrofu- 
leuse;  dans  ce  cas  pourquoi  admettre  ce  genre  de  dermatoses? 
Comment  et  à  quels  signes  le  savant  professeur  peut-il  re- 
connaître que  telle  éruption  est  en  effet  une  maladie  scrofu- 
leuse?  pourquoi  ne  serait-ce  pas  une  maladielocale  intercur- 
rente, une  coïncidence  ou  une  complication? 

Se  fondera-t-il  sur  le  tempérament  l}mphatique  du  ma- 
lade? Le  tempérament  lymphatique  ne  peut  faire  naître  la  scro- 
fule; tout  au  plus  peut-il  en  appeler  les  manifestations  sur  le 
système  lymphatique.  D'ailleurs  il  suffît  de  parcourir  nos 
salles  pour  voir  que  les  tempéraments  lymphatiques  sont  en 
minorité. 

Est-ce  la  faiblesse  de  la  constitution  qui  décèlera  le  scrofu- 
leux?  Vous  êtes  à  même  de  remarquer  que  beaucoup  de  nos 
scrofuleux  sont  au  contraire  d'une  forte  constitution. 

Enfin,  est-ce  la  connaissance  de  la  diathèse  scrofuleuse  qui 
conduira  le  médecin  au  diagnostic  delà  nature?  Non,  car  en 
supposant  qu'il  arrive  à  reconnaître  la  diathèse  en  dehors  de 
toute  manifestation  (ce  qui  n'est  autre  chose,  pour  le  dire  en 
passant,  qu'une  pétition  de  principe)  on  pourra  toujours  lui 
soutenir  que  l'affection  qu'il  observe  n'est  pas  dénature  scro- 
fuleuse, qu'elle  peut  appartenir  à  toute  autre  diathèse;  à  quoi 
il  n'aura  certes  rien  à  répondre  si,  comme  M.  Monneret,  il 
n'admet  pas  de  caractères  propres  pour  les  dermatoses  de 


40  DEUXIÈME  LEÇON. 

cause  iiilernc.  11  n'aura  «Jonc,  s"il  est  logique^  aucune  raison 
pour  employer  les  anli-scrofuleux  plutôt  que  toute  autre 
médication  générale,  et  il  ne  pourra  adresser  son  traitement 
qu'à  l'affection  générique. 

En  résumé,  nous  devons  conclure  que  la  théorie  de 
M.  Monneret  ne  rend  aucun  service  dans  la  pratique,  et 
qu'elle  ne  diffère  pas,  de  faif,  de  celle  des  localisateurs. 

Deuxième  point.  — Est-il  vrai  que  mes  leçons  sur  la  scm- 
fule  ne  contiennent  rien  denouveau  ?  Je  prétends  au  contraire 
([u'elles  ont  éclairé  la  symptomatologie,  le  diagnostic  et  la 
thérapeutique  delà  scrofule. 

Avant  moi,  on  admettait  bien  des  maladies  6c^)fuleuse^, 
mais  l'unité  pathologique,  la  maladie  constitutionnelle  delà- 
quelle  dépendent  les  affections  scrofuleuses,  la  scrofule  en  un 
mot,  était  méconnue. 

Je  ne  puis  vous  rappeler  tous  les  ouvrages  éci-its  jusqu'à 
notre  époque  sur  la  scrofule;  presque  tous  sont  remplis  de 
confusion  el;  d'erreurs,  et,  quand  par  hasard  l'auteur  admet 
des  dermatoses  strumeuses,  il  ne  leur  donne  pns  des  ca'-nc- 
tères  suffisants  pour  les  différencier  des  autres  affections 
cutanées. 

Les  dermatoses  scrofuleuses  admises  avant  moi  se  rédui- 
saient à  ])eu  près  au  lupus,  et  encore  voyons-nous  AliLert 
admettre  troisespèces  delu|)us,  un  lupus  scrofuleux,  un  lupus 
syphilitique  et  un  lupus  idiopathique.  Il  faut  arriver  jusqu'à 
M.  Devergicpour  voirlclupus  rangé  définitivomeut  dans  les 
affections  scrofuleuses.M.Devergie  avait  également  soupçonné 
kl  nature  scrofulcusc  de  l'eczéma,  de  l'impétigo,  dans  certai- 
nes conditions  qu'il  a  eu  le  tort  de  ne  pas  déterminer.  Pres- 
([ue  tous  les  auteurs  regardaient  les  affections  cutanées  scro- 
fuleuses comme  dos  complications,  comme  des  dartres  sur- 
venant chez  des  scrofuleux. 

Un  seul  médecin,  M.  Milcent,  auteur  d'une  monographie 
remarquable,  a  admis  la  scrofule  comme  unité  [)athologique, 
et  a  eu  la  gloii'e  de  tracer  le  cadre  de  cette  maladie.   Mais  je 


r.Él'OîVSE  A  M.  MONNERET.  41 

n'oloniierai  pei\>o;ine  en  disant  que,  clans  le  livre  de  M.  Mil- 
cent,  h  pathologie  cutanée  manque  complètement. 

Les  choses  en  étaient  là  lorsque  parurent  nos  Leçons  surla 
scrofule,  en  l'année  1856;]  c'est  alors  que  je  traçai  les  yéri- 
tables  caractères  de  la  scrofule  cutanée,  d'une  part  en  en  dis- 
trayant les  teignes,  et,  d'autre  part,  en  y  faisant  rentrer  un 
certain  nombre  d'affections  génériques  qui  en  restaient  sépa- 
rées. Je  divisai  les  dermatoses  scrofuleuses  en  deux  classes  :les 
scrofulidcs  bénignes  et  les  scrofulides  malignes;  je  décrivis 
les  caractères  généraux  et  particuliers  de  ces  deux  classes, 
leurs  rapports,  la  place  qu'elles  occupent  dans  l'évolution  de 
la  maladie  constitutionnelle. 

Or,  je  le  demande;,  en  présence  de  tels  résultats,  que  devons- 
nous  penser  de  cette  affirmation  de  M.  Monneret  :  ne?i  de 
nouveau  clans  ce  livrel  Je  crois  au  contraire  avoir  présenté 
la  scrofule  sous  un  jour  nouveau  et  essentiellement  pratique. 

M.  Gailleton,  chirurgien  de  l'Antiquaille,  auteur  d'un  mé- 
moire sur  l'eczéma,  tout  en  ne  partageant  pas  mes  opinions, 
me  rend  justice,  quand  il  dit  : 

(1  M.  Bazin  a  eu  le  raéritede  bien  décrire  la  série  des  symp- 
tômes de  la  scrofule  cutanée  »  (Bulletin  de  la  Société  mé- 
dico-prat'que  de  Paris,  années  18G0,  Gl,  G2,  page  ij6). 
M.  Ameuille,  rapporteur  du  précédent  mémoire,  réclame 
pour  son  maître  M.  Hardy:  «  L'auteur  du  précédent  mé- 
«  moire,  dit-il,  pense  que  d'avoir  fait  une  classe  de  maladies 
«de  la  peau  sous  la  dépendance  de  la  scrofule,  comble  une  la- 
ce cune  importante  et  porte  un  coup  aux  doctrines  de  M.  Har- 
«dy.  Mais  ce  dernier  n'admet-il  pas  une  classe  entière  sous 
«  le  nom  de  scrofulides.  » 

Il  est  vrai  de  dire  que  M.  Hardy  admet  une  classe  de  scro- 
fulides, mais  il  la  réduit  à  quelques  affections  malignes,  au  lu- 
pus, tandisqu'il  en  rejette  toutes  les  affections  superficielles, 
eczémateuses  et  autres,  qui  ne  sont  pas  les  moins  nombreu- 
ses ni  les  moins  importantes.  D'où  il  résulte  que  si  quelque 
progrès  a  été  réalisé  dans  cette  partie  de  la  science,  c'est  à 
moi  seul  qu'il  appartient  d'en  revendiquer  tout  l'honneur. 


42  riEUXIÈME  LEÇON. 

Je  n'ai  pas  seulement  reconstitué  la  scrofule,  j'ai  introduit 
dans  la  thérapeutique  des  affections  cutanées  scrofuleuses 
deux  médicaments  nouveaux:  le  chlorhydrate  de  baryte 
qui,  malgré  le  dire  de  M.  Monneret,  rend  d'incontestables  ser- 
vices dans  le  traitement  des  scrofulides  bénignes  exsuda- 
tives,  et  l'huile  de  noix  d'acajou,  que  l'on  peut  aujourd'hui 
considérer  comme  un  des  agents  les  plus  utiles  dans  le  trai- 
tement local  des  scrofulides  malignes. 

De  tout  ce  qui  précède,  je  suis  en  droit  de  conclure  que  si 
mes  leçons  sur  la  scrofule  n'ont  pas  su  plaire  à  M.  le  pro- 
fesseur Monneret,  ce  que  je  regrette  sincèrement,  il  ne  s'en- 
suit pas  pour  cela  qu'elles  ne  contiennent  rien  de  nouveau, 
ainsi  qu'il  a  cru  devoir  l'avancer. 

3™'  Point.  Les  affections  cutanées  de  nature  scrofuleuse 
ont  des  caractères  propres  à  les  faire  reconnaître. 

Mettons  de  côté  les  scrofulides  malignes.  Il  est  aujour- 
d'hui généralement  admis  que  le  lupus  est  une  affection 
scrofuleuse,  que  l'impétigo,  l'ecthyma  et  le  rupia  sont  éga- 
lement, dans  certaines  circonstances,  des  ir  anifestations  de  la 
scrofule  :  il  n'y  a  doute  que  pour  le  groupe  des  scrofulides 
bénignes. 

Sur  ce  sujet  trois  opinions  sont  en  présence  : 

1°  Pour  les  localisateurs,  parmi  lesquels  nous  placerons 
M.  Monneret,  les  scrofulides  superficielles  n'ont  pas  de  ca- 
ractères distincts.  Ce  sont  des  maladies  purement  locales,  ou 
plutôt  de  simples  complications. 

2"  Elles  sont  le  produit  d'une  diathèse;  mais  celte  diathèse 
n'est  pas  la  scrofule.  M.  Hardy  les  considère  comme  des  dar- 
tres modifiées  par  le  terrain  ou  le  tempérament. 

3"  Enfin,  ce  sont  des  affections  symptomatiques  de  la  scro- 
fule; elles  ont  des  caractères  propres^  et  qui  permettent  d'en 
établir  le  diagnostic. 

Examinons  chacune  de  ces  opinions  : 

A.  Ce  sont  des  maladies  locales, de  simples  complications. — 
Singulières  complications,  en  vérité,  qui  se  rencontrent  neuf 
fois  sur  dix,  qui  existent  ensemble,  qui'  offrent  dés  relations 


RÉPONSE    A     M.    MONNERET.  43 

évidentes  entre  elles,  qui  se  succèdent  dans  un  ordre  cons- 
tant, se  montrent  à  une  période  toujours  la  même,  qui  plus 
tard  disparaissent  pour  faire  place  à  des  manifestations  plus 
avancées  de  la  maladie  constitutionnelle! — Singulières  com- 
plications, enfin,  qui  toutes  réclament  aux  mêmes  titres  les 
moyens  thérapeutiques  reconnus  utiles  contre  la  scrofule  à 
son  début. 

M.  Lebert,  imbu  des  doctrines  organopathiques,  n'a  vu 
partout  que  des  maladies  locales,  et  poussant  la  méthode  ana- 
lytique à  ses  dernières  limites,  il  a  méconnu  les  rapports  des 
affections  et  le  principe  commun  qui  les  domine  et  les  relie 
entre  elles.  —  Tout  en  reconnaissant  la  valeur  des  données 
anatomo- pathologiques  dont  il  a  doté  la  science,  je  ne  puis 
trop  déplorer  l'erreur  quia  conduit  un  esprit  d'un  ordre  aussi 
élevé  à  démembrer  une  entité  morbide  aussi  distincte  que  la 
scrofule. 

B.  Les  scrofulides  superficielles,  dit  M.  Hardy,  ne  sont 
que  des  dartres  survenues  chez  des  sujets  scrofuleux. 

Et  pourtant  notre  collègue  admet  que  ces  dartres  présen- 
tent des  caractères  spéciaux  assez  marqués  pour  les  différen- 
cier des  autres  affections  du  môme  ordre  et  qu'elles  exigent 
un  traitement  anti-scrofuleux.  Voici  des  dartres  assurément 
bien  transformées,  bien  peu  semblables  à  elles-mêmes  I 
Mais  qui  leur  a  fait  perdre  ainsi  le  cachet  de  leur  première 
origine?  M.  Hardy  va  nous  l'apprendre.  Le  terrain  et  la 
constitution,  dit-il^  ont  le  pouvoir  de  modifier  les  dartres  ; 
c'est  en  agissant  sur  le  terrain  qu'on  arrive  à  les  guérir.  A 
quoi  je  répondrai  simplement  :  A-t-on  vu  jamais  le  tempé- 
rament et  la  constitution  modifier  les  syphilides  au  point  de 
les  rendre  méconnaissables  I  Suffît-il,  pour  les  faire  dispa- 
raître, de  changer  la  nature  du  terrain  oij  elles  ont  pris 
naissance  !  Nul  n'oserait  le  soutenir.  Que  deviendrait  la  pa- 
thologie, je  vous  le  demande,  si  chaque  affection  pouvait 
ainsi  se  dépouiUer,  suivant  les  cas  et  les  organisations,  des 
caractères  originels  qui  la  distinguent  I 
•    A  l'appui  de  ce  qui  précède  je  vous  citerai  le  fait  suivant: 


44  T)ErXlftME  LEÇON. 

Il  y  a  quelque  temps^  M.  Hardy  avait  institué  un  traitement 
mercuriel  contre  une  scrofulide  qu'il  avait  cru  devoir  consi- 
dérer comme  une  syphilide.  Voyant  que  son  malade  se  trou- 
vait fort  mal  de  ce  genre  de  médication,  il  dut  abandonner 
le  mercure  pour  en  venir  aux  anti-scrofuleux,etle  malade  ne 
tarda  pas  à  guérir.  Ce  fait  était  significatif.  Mais  croyez- 
vous  que  M.  Hardy  en  fut  pour  cela  tenu  à  confesser  son 
erreur  ?  Pas  le  moins  du  monde.  Si  la  médication  anti- 
syphilitique avait  éolioué,  nous  dit-il,  c'est  qu'il  fallait  tout 
d'abord  modifier  le  terrain,  et  ce  résultat  une  fois  obtenu  au 
moyen  des  anti-scrofuleux,  la  manifestation  syphilitique 
n'ayant  plus  de  raison  d'être,  dut  disparaître  spontané- 
ment I 

J'ai  dit  que  M.  Hardy  avait  méconnu  les  rapports  des 
affections.  L'observation  nous  montre,  en  effet,  que  les  scro- 
fulides  bénignes  et  les  scrofulides  malignes  coexistent  sou- 
vent sur  le  même  sujet.  Vous  en  avez  sous  les  yeux  un  bel 
exemple,  au  n"  30  du  pavillon  Saint-Mathieu,  sur  un  indi- 
vidu qui  présente  à  la  fois  de  l'impétigo  des  narines  et  une 
scrofulide  ulcéreuse  du  poignet. 

De  plus,  il  n'est  pas  rare  de  voir  une  scrofulide  bénigne  se 
transformer  in  situ  en  scrofulide  maligne,  et  il  est  impos- 
sible d'admettre  que  l'affection  a  été  dartreuse  pendant  la 
première  moitié  de  sa  durée,  et  scrofuleuse  pendant  la  se- 
conde. 

M.  Hardy  répond  en  disant  qu'il  y  a  eu  erreur  de  dia- 
gnostic. Gela  est  facileàdire;  mais  cela  ressemble  assezà  une 
fin  de  non-recevoir.  L'eczéma  impétigineux,  l'impétigo,  qui 
dans  aucun  cas  ne  laissent  de  cicatrices,  sont  faciles  à  re- 
connaître, même  pour  les  médecins  peu  exercés,  et  il  est  im- 
possible de  les  confondre  avec  une  scrofulide  maligne  à  son 
début. 

G.  Il  me  reste  à  vous  démontrer  que  les  scrofulides  bé- 
nignes ont  des  caractères  propres. 

Gomme  je  viens  de  vous  le  dire,  ces  affections  sont,  dans 
la  majorité  des  cas,  les  premières  manifestations  delà  scro- 


nÉro.Nsi;   a  m.   monneret.  45 

ftile;  elles  disparaissent  spontanément  dans  les  dernières 
périodes  de  la  maladie  constitutionnelle.  Leur  existence  est 
à  peu  près  constante,  et  elles  ne  manquent  guère  que  dans 
la  forme  fixe  primitive.  Un  de  leurs  caractères  les  plus  im- 
portants est  de  s'accompagner  d'un  engorgement  des  gan- 
glions qui  correspondent  à  la  région  où  elles  siègent,  engor- 
gement qui  n'est  que  sympathique,  et  qu'il  faut  bien  se  gar- 
der de  confondre  avec  les  écrouelles  ;  il  en  diffère  en  ce  qu'il 
dépend  d'une  manière  évidente  de  la  scrofulide,  et  disparaît 
quand  celle-ci  est  guérie.  Les  scrofulides  bénignes  ont  une 
prédilection  marquée  pour  la  tête  ;  elles  ne  s'accompagnent 
que  de  faibles  démangeaisons^  à  moins  qu'il  y  ait  complica- 
tion de  parasites  animaux  ou  végétaux  ;  elles  guérissent  sans 
cicatrices;  elles  coïncident  souvent  avec  des  kérato-conjonc- 
ti\ites,  qui  sont  des  manifestations  de  la  même  période. 
Enfin  il  y  a  pour  chacune  d'elles  en  particulier  des  caractères 
spéciaux  que  j'ai  longuement  exposés  dans  mes  leçons  sur  la 
scrofule,  auxquelles  je  renvoie  ceux  d'entre  vous  qui  auraient 
le  désir  d'en  faire  une  étude  approfondie. 

Un  dernier  caractère  de  ces  affections,  c'est  de  guérir  par 
les  antiscrofuleux.  On  pourra  m'objecter  qu'elles  ont  pu  dis- 
paraître sous  l'influence  des  arsenicaux  (Bouchut)  ;  mais,  à 
mon  avis,  il  n'y  a  pas  là  une  véritable  guérison,  et  j'ai  sou- 
vent été  appelé  à  donner  des  soins  à  des  malades  chez  les- 
quels la  disparition  d'une  scrofulide  bénigne  sous  l'influence 
de  l'arsenic  avait  hâté  la  marche  de  la  maladie  constitution- 
nelle, et  amené  des  manifestations  plus  profondes  et  plus 
graves  rie  la  scrofule. 


<-rx:.B- 


TROISIÈME  LEÇON. 


Messieurs, 

Dans  cette  troisième  leçon,  je  vais  vous  entretenir  des  ob- 
jections que  l'on  a  faites  à  mes  classifications  dermatologi- 
ques, et  vous  démontrer  combien  ces  objections  sont  peu 
fondées  et  soutiennent  peu  un  examen  sérieux. 

Vous  connaissez  tous  le  principe  de  ces  classifications  qui 
reposent  sur  les  notions  de  pathologie  générale  que  je  vous 
ai  exposées,  c'est-à-dire  sur  la  distinction  de  la  maladie,  de 
l'affection,  du  symptôme  et  de  la  lésion. 

Pour  moi,  il  n'y  a  pas  de  maladies  de  la  peau  ;  il  n'y  a  que 
dès  lésions  et  des  affections  cutanées. 

Quand  un  malade  se  présente  à  moi,  j'ai  trois  problèmes  à 
résoudre  :  je  recherche  successivement  la  lésion  élémentaire, 
l'affection  générique,  et  enfin  la  nature  de  l'affection.  Cela 
m'a  conduit  à  donner  deux  classifications  parallèles. 

La  première  qui  comprend  tous  les  symptômes  organiques 
de  la  peau,  aussi  bien  les  lésions  élémentaires  primitives 
que  les  lésions  consécutives,  se  divise  en  taches,  boutons^ 
EXFOLIATIONS,  ULCÈRES  ;  c'est  par  elle  qu'on  arrive  à  la  con- 
naissance du  genre. 

La  seconde  rattache  l'affection  générique,  une  fois  connue, 
aux  différentes  maladies  dont  elle  peut  dépendre.  Cette  der- 
nière partage  les  affections  spéciales  de  la  peau  en  deux 
classes  :  l'une  comprenant  les  affections  cutanées  en  voie 
d'évolution,  l'autre  les  difformités  ou  affections  cutanées 
arrêtées  dans  leur  évolution.  La  première  classe,  de  beaucoup 


SUR    LES    CLASSIFICATIONS    DERMATOLOGIQUES.  47 

la  plus  intéressante  pour  le  praticien,  est  divisée  en  deux 
ordres:  affectioiis  de  cause  externe,  affections  de  cause  in- 
terne. Chacun  de  ces  ordres  comprend  lui-même  plusieurs 
sections  sur  lesquelles  je  n'insisterai  pas  davantage,  me  con- 
tentant de  vous  renvoyer  à  mon  traité  delà  scrofule,  oii  vous 
trouverez  ces  classifications  avec  tous  les  détails  que  jene  puis 
vous  rappeler  ici. 

Arrivons  donc  immédiatement  à  l'argumentation  de  mes 
adversaires  et  commençons  parles  attaques  contre  ma  clas- 
sification des  symptômes  organiques  de  la  peau. 

«  L'objection  capitale,  dit  M.  Hardy,  que  nous  ferons  à  la 
doctrine  de  M.  B^zin,  c'est  d'avoir  créé  une  pathologie  générale 
à  lui,  pathologie  qui  n'est  ni  celle  de  Paris,  ni  celle  de  Montpel- 
lier. »  (Leçons  sur  la  scrofule  et  les  scrohilide?,  et  sur  la  syphilis 
et  les  syphilides,  page  11). 

L'objection  ne  me  paraît  pas  aussi  capitale  qu'à  M.  Hardy  ; 
si  je  ne  me  trompe,  on  me  reproche  d'avoir  négligé  les  erre- 
ments de  deux  écoles  célèbres  pour  ce  que  je  crois  être 
l'expression  de  la  vérité.  Est-ce  à  dire  qu'il  n'y  a  point  de 
salut  hors  de  Paris  ou  de  Montpellier,  et  la  médecine  est-elle 
condamnée  à  ne  jamais  sortir  du  cercle  de  ces  deux  doctri- 
nes ?  je  suis  trop  ami  du  progrès  pour  le  croire,  et  je  pense 
qu'il  importe  peu  qu'on  soit  de  Paris  ou  de  Montpellier;  ce 
qui  importe  au  contraire  beaucoup,  c'est  de  ne  pas  dire  qu'on 
vient  de  chez  soi  quand  on  vient  de  chez  le  voisin.  Or,  je  me 
propose  de  vous  faire  voir  que  M.  Hardy  n'est  pas,  sous  ce 
rapport,  à  l'abri  de  tout  reproche.  Les  preuves  de  ce  que  j'a- 
vance abondent  dans  sa  nouvelle  publication  : 

1°  M.  Hardy  ne  veut  pas  de  ma  classification  des  lésions 
cutanées  élémentaires.  Il  prétend  qu'en  voulant  simplifier, 
j'ai  trop  confondu,  et  que  du  reste  mes  quatre  classes  ne  sont 
pas  toutes  admissibles.  Je  soutiens,  moi,  au  contraire,  que 
cette  classification  est  àla  fois  très  commode  et  très  pratique  ; 
qu'elle  facilite  et  abrège  le  travail,  et  conduit  par  la  voie  la 
plus  sûre  au  diagnostic  du  genre.  Et,  en  effet,  ce  qui  frappe 


48  THOISIÈME    LEÇON. 

de  suite  l'observateur,  c'est  l'aspecl  et  la  forme  de  la  lésion  ; 
et,  ce  qu'il  doit  rechercher  tout  d'abord,  c'est  de  savoir  s'il  se 
trouve  en  présence  d'une  tache^  d'un  bouton,  d'une  exfolia- 
tion, d'un  ulcère.  Supposons  une  tache,  par  exemple;  cette 
tache,  une  fois  reconnue,  il  aura  à  rechercher  si  elle  est  for- 
mée par  du  sang'  ou  par  de  la  matière  pigmentaire.  Est-elle 
formée  par  du  sang'?si  elle  disparaît  sous  la  pression  du  doigt 
pour  reparaître  immédiatement  après,  ce  sera  une  tache  hé- 
maleuse  intra-vasculairc,  qui  pourra  être  congestive  ou  in- 
flammatoire; si  elle  persiste  malgré  la  pression,  ce  sera  une 
tache  hémateuse  extra-vasculaire  (pétéchie,  purpura).  Quoi 
de  plus  simple  !  de  môme  pour  les  taches  pigmentaires  ;  y 
a-t-il  une  plus  grande  proportion  de  pigment  qu'à  l'état  nor- 
mal ?ce  sera  une  tache  pigmentaire  hvperchromateuse  (éplié- 
lides,  nigritie,  mélasma).  Y  a-t-il  moins  de  pigment  ?ce  sera 
une  tache  pigmentaire  achromateuse  (achromie  vraie,  pelade)  ; 
enfin  le  pigment  est-il  disposé  irrégulièrement,  de  manière 
à  ce  qu'il  y  ait  certaines  parties  complètement  décolorées,  et 
d'autres  plus  foncées  ?  on  aura  affaire  à  une  tache  pigmen- 
taire dyschromateuse  (vitiligo). 

M.  Hardy  veut  bien,  h  la  rigueur,  accepter  ma  première 
classe  des  taches!  mais  est-il  donc  plus  difficile  de  voir  si  un 
bouton  est  séreux  ou  s'il  est  purulent,  s'il  est  hypertrophique, 
ou  parasitaire  ?  il  ne  faut  pas  avoir  étudié  longtemps  la  derma- 
tologie pour  faire  ce  facile  diagnostic? 

M.  Hardy  repousse  le  mot  exfoliation\)RTce  que,  dil.-il,  le 
sens  grammatical  est  produit  foliacé]  or  l'acné  sébacé  ne 
présente  pas  de  feuillets  !  je  ne  suis  pas  abusé  par  ce  purisme 
outré  de  mon  excellent  collègue,  dont  l'objection  me  semble 
puérile  et  ne  sert  qu'à  déguiser  l'origine  de  sa  classification, 
qui  est  tout  à  fait  calquée  sur  la  mienne.  Voyez  plutôt. 

u  Comme  ces  huit  formes  élémentaires  (celles  de  Willan)  ne 
renferment  pas  toutes  les  formes,  nous  avons  ajouté  les  quatre 
suivantes  :  9°  taches  hématiques,  10*  excroissances;  11"  produits 
exagérés  des  sécrétions  cutanées,  sébacées  et  sudorales;  12*  les 
productions  parasitaires.  »  (Hardy,  loco  cit.,  page  2). 


SLK    LES    CLASSincATlOlSS    DEliMA  lOLOGIQUES.  49 

Qu'avais-je  dit?  j'avais  modilié  la  classilicatioii  de  Willan, 
précisément  parce  qu'elle  ne  contenait  pas  toutes  les  lésions 
cutanées  élémentaires,  par  exemple  :  l'hypertrophie  crypteuse, 
les  tumeurs  de  la  peau  grosses  comme  des  tomates  (mycosis 
fongoïdes)  que  l'on  ne  peut  ranger  dans  les  tubercules,  le 
furoncle,  l'abcès  dermique,  le  godet  faviquc  (Cours  de  sé- 
méïotique  cutanée,  pages  13  et  'J6.  Paris,  I80G).  11  est  facile 
devoir  qu'avec  des  noms  un  peu  différents,  la  classification 
de  M.  Hardy  ressemble  beaucoup  à  la  mienne. 

Il  est  vrai  qu'à  ce  classement  AVillanique,  complété  par 
l'addition  de  nouvelles  lésions  élémentaires,  j'ai  encore 
ajouté  une  quatrième  classe  de  lésions  consécutives,  les 
ulcères,  et  même  une  classe  supplémentaire  composée  des 
cicatrices. 

M.  Hardy  critique  ma  classe  des  ulcères,  qui  ne  sont  pas, 
dit-il,  deslésions  élémentaires  primitives, maisla conséquence 
d'autres  lésions. 

Cette  objection.  Messieurs,  est  plus  spécieuse  que  solide. 
S:uis  doute  ma  classification  des  symptômes  organiques  delà 
]ieui  comprend  des  lésions  consécutives;  mais  pourquoi  n'en 
coinpi'eiidrait-cllc  pas?  est  ce  que  les  lésions  cor);écutives  ne 
Gont  pas  des  symptômes  aussi  bien  que  les  lésions  primitives, 
et  des  synqitômes  qui  frappent  tout  d'abord  l'observateur,  et 
dont  il  a  besoin  de  connaître  la  signification  pour  arriver  au 
diagnostic  :  1"  de  la  lésion  élémentaire;  2"  de  l'affection  gé- 
jiérique? 

Tout  classement  doit  être  considéré  comme  un  guide  pour 
le  diagnostic.  Quel  est  le  but  de  notre  classification  séméïoti- 
que?  c'est  de  conduire  au  diagnostic  delà  lésion  élémentaire 
et  du  genre  par  la  voie  la  plus  simple  et  la  plus  sûre.  Quel 
est  le  but  de  la  classification  de  Willan,  qui  ne  comprend  que 
des  lésions  primitives  ?  c'est  de  nous  mener  au  diagnostic  de 
la  lésion  primitive,  à  la  période  d'état,  ou  ce  qui  revient  au 
môme  à  la  forme  générique  (eczéma,  impétigo,  lichen,  etc)  ; 
classement  important  pour  un  Willaniste, mais  qui  n'est  d'au- 
cune valeur  pour  un  Alibertiste.  Est-ce  qu'Alibcrt  nous  a 


50  TROISIÈME    LEÇON. 

donné  une  classification  des  lésions  primitives  ?  assurément 
non.  Et  ne  voyez-vous  pas  que,  dans  le  livre  de  M.  Hardy,  ce 
classement  des  lésions  élémentaires  constitue  tout  simple- 
ment un  liors-d'œuvre  ou  une  superfétation  ?  En  effet,  quel 
besoin  peut-il  en  avoir  pour  arriver  au  diagnostic  de  son 
eczéma,  qui  débute  tantôt  par  des  vésicules,  tantôt  par  des 
pustules,  tantôt  par  des  papules,  et  d'autres  fois  par  des 
squammes  ? 

2"  M.  Hardy  réclame  pour  lui  la  création  du  mot  scrofu- 
lide  :  «  J'ai  fait  encore,  sous  le  nom  descrofulides,  une  classe 
«  des  affections  scrofuleuses,  qui  peuvent  se  présenter  sous 
M  diverses  formes  élémentaires,  comme  les  syphilides,  mais 
«  conservanttoujours  des  caractères  communs  qui  impriment 
«  à  ces  éruptions  un  air  de  famille  (Hardy,  dartres,  scrofuli- 
((  des,  syphilides,  1860,  p.  XII.) 

M.  Hardy  devrait  se  rappeler  une  petite  brochure  sur 
l'acné  varioliforme  que  j'ai  publiée  en  1851,  c'est-à-dire  neuf 
ans  avant  que  ses  leçons  sur  la  scrofule  eussent  paru,  et  dans 
laquelle  le  terme  de  scrofulide  est  créé  pour  désigner  les 
affections  cutanées  qui  sont  sous  la  dépendance  de  la  scro- 
fule. 

Du  reste,  dans  sa  dernière  publication,  mon  honorable 
collèguo  rabat  un  peu  de  ses  prétentions  en  disant: 

((  M.  Bazin  et  moi,  toics  deux  à  peu  près  en  même  temps, 
«  nous  avons  donné  le  nom  de  scrofulides  aux  manifestations 
((  de  la  scrofule  sur  la  peau.»  Il  faut  espérer  que, dan  s  les  pro- 
chaines éditions,  M.  Hardy  fera  encore  un  pas  vers  la  vérité 
et  me  rendra  complètement  ce  qui  m'est  dû. 

3°  Dans  le  classement  des  syphilides,  j'ai  critiqué  la  mé- 
thode de  Willan,  parce  que  je  trouve  irrationnel  de  prendre, 
pour  base  de  ce  classement,  la  lésion  élémentaire  seule.  On 
arrive  à  rapprocher  ainsi  des  syphilides  qui  apparaissent  h. 
des  phases  très  différentes  delà  maladie.  J'ai  établi  qu'il  y 
avait  grand  avantagea  prendre,  pour  principe  de  classifica- 
tion de  ces  affections,  l'ordre  de  leur  évolution  :  J'ai  donc 
divisé  les  syphilides  comme  il  suit  : 


SUR    LES    CLASSIFICATIONS    DERMATOLOGIQUES.  Ol 

A  Syphilides  résolutives  exanthématiques ,  lesquelles  ont 
pour  caractère  d'apparaître  les  premières,  de  suivre  presque 
immédiatement  ou  d'accompagner  l'accident  initial.  On  re- 
marque souvent  avec  elles  les  phénomènes  généraux  qui 
annoncent  l'invasion  des  fièvres  éruptives.  Elles  sont  exan- 
thématiquesdans  le  sens  qu'Alibert  donnait  à  ce  mot,  c'est-à- 
dire  qu'elles  sont  généralisées  et  ne  s'ulcèrent  pas. 

B.  Syphilides  résolutives  circonscrites.  Leur  caractère  est 
de  se  limiter  aune  partie  du  corps,  de  venir  plusieurs  mois, 
quelquefois  plusieurs  années  après  l'accident  initial,  et 
de  se  terminer  par  résolution,  tout  en  laissant  une  cica- 
trice. 

G.  Syphilides  ulcéreuses,  survenant  à  une  époque  encore 
plus  avancée,  excepté  dans  la  forme  maligne,  oîi  elles  peu- 
vent se  montrer  peu  de  temps  après  le  chancre. 

Que  fait  M.  Hardy  !  il  rejette  également  la  classification 
d'après  la  lésion  élémentaire,  qu'il  avait  adoptée  dans  sa  pre- 
mière édition,  avant  d'avoir  lu  mon  livre,  et  pense  que  l'âge  de 
la  maladie  est  un  meilleur  principe  de  classement.  Seulement 
pour  déguiser  un  peu  lorigine  de  cette  idée  qui  n'est  pas 
sienne,  il  change  les  mots  et  dit  :  syphilides  précoces,  syphi- 
lides intermédiaires,  syphilides  tardives. 

Vous  voyez  que  mon  savant  collègue  pratique,  avec  la 
meilleure  foi  du  monde  et  sans  s'en  apercevoir,  le  système 
de  l'appropriation.  Il  trouve  mon  langage  difficile  à  com- 
prendre (page  H);  il  n'est  que  trop  compréhensible  pour 
lui  I 

D'ailleurs,  je  suis  loin  de  m'en  plaindre;  car  c'est  pour 
moi  la  meilleure  preuve  que  M.  Hardy,  dont  vous  connaissez 
tous  le  talent,  puisse  me  donner  de  l'excellence  et  de  la  vérité 
de  mes  idées. 

M.  Hardy  repousse  ma  définition  de  la  maladie;  il  me  re- 
proche de  n'avoir  considéré  les  maladies  de  peau  que 
comme  des  éruptions  symptomatiques,  secondaires,  variant 
de  nature  suivant  leur  cause,  de  n'avoir  pas  admis,  en  noso- 
logie cutanée,  des  espèces  fixes,  bien  déterminées,  comme 


52  TllOISlÈME     LEÇON. 

l'eczéma,  et  enfin  de  ne  pas  tenir  compte  du  terrain  pour 
expliquer  les  différences  des  affections.  En  attendant,  il  éta- 
blit de  fait  une  différence  entre  l'affection  et  la  maladie, 
puisqu'il  n'admet  pins  que  les  difformités  soient  des  mala- 
dies. 

Mon  savant  collègue, aprè.5  avoir  critiqué  ma  classification, 
annonce  qu'il  a  médité  longtemps  sur  ce  sujet,  que  lui  au>si 
a  proposé  sa  classification,  et  que  finalement  il  pense  qu'il 
est  sage  de  ne  pas  s'arrêter  à  une  classification  purement 
dermatologique,  faite  exprès  et  uniquement  pour  les  maladies 
cutanées. 

Je  répondrai  à  M.  Hardy  qu'il  y  a  longtemps  que  je  répète 
sur  tous  les  tons  que  trouver  une  bonne  classification  des 
maladies  de  la  peau  est  un  problème  impossible,  et  pour  une 
bonne  raison,  c'est  qu'il  n'y  a  pas  de  maladies  de  la  peau  ;  il 
n'y  a  sur  la  peau  que  des  symptômes  et  des  affections  spé- 
ciales. 

M.  Hardy  abandonne  donc  l'idée  de  toute  classification  der- 
matologique. Les  maladies  de  peau  rentrent  pour  lui  dans  le 
classement  des  maladies  des  autres  organes  ;  elles  n'ont  rien 
dé  spécial.  Il  admet  des  maladies  idiopathiques  et  des  mala- 
dies symptomatiques. 

Symptomatiques  de  quoi? d'une  autre  maladie  ;  alors  ce 
n'est  plus  une  maladie,  c'est  un  symptôme. 

J'en  ai  fini.  Messieurs,  avec  les  objections  que  l'on  a  adres- 
sées cl  ma  classification  des  lésions  cutanées,  considérées 
comme  symptômes.  Je  passe  de  suite  aux  attaques  dirigées 
contre  ma  classification  des  affections  spéciales  de  la  peau  : 

((  Qu't'St-cc  donc  qu'âne  classificaîion?  Un  ensemble  mélhodique 
(le  iiKiladies  où  tout  se  lie  et  s'encliaîne,  de  manière  que  l'esprit 
soit  tout  d'abord  frappé  des  liens  qui  rattachent  entre  elles  toutes 
les  maladies,  liens  qui  se  présentent  à  l'esprit  de  telle  manière  que 
le  souvenir  en  soit  facile.  » 

«  Or,  voici  deux  grandes  classes.  Dans  Tune  se  trouvent  les 
affections  de  la  peau  en  voie  d'évolution  ;  dans  l'autre  les  affec- 
tions de  la  peau  arrêtées  dans  leur  évolution, stationnaires;  la  pre- 


SLR    LES    CLASSIFlCATIOiN'S    DERMATOLOGIQUES.  o3 

mière  comprend  tout  ce  qui  constitue  réellement  la  pathologie  de 
la  peau,  toutes  les  affections  cutanées  que  le  médecin  est  appelé  à 
traiter;  dans  l'autre,  au  contraire,  on  ne  trouve  que  les  macules, 
les  états  hypertrophiques  ou  atrophiques,  le  plus  souvent  congéni- 
taux, à  regard  desquels  la  médecine  est  à  peu  près  muette  en  ce 
qui  concerne  les  moyens  curatits  !  » 

«  On  en  conviendra;  le  choix  de  ces  deux  grandes  classes  n'est 
pas  heureux.  » 

«  Dans  la  première  classe,  se  trouvent  deux  ordres  :  affections 
de  cause  externe  ;  affections  de  cause  interne,  et  comme  bon 
nombre  de  maladies  peuvent  se  développer  sous  l'influence  des 
deux  causes,  cette  division  n'apprend  que  fort  peu  de  chose  à  l'é- 
lève et  ne  laisse  rien  dans  l'esprit  ;  ajoutons  qu'elle  conduit  forcé- 
ment à  des  répétitions  dans  les  descriptions » 

Devergie,  {Traité  pratique  des  maladies  de  la  peau.  3°  édition 
page  65.) 

«  C'est  à  Ilippocrate  qu'il  faut  rapporter  cette  distinction  f(inda- 
mentale  et  si  éminemment  pratique  des  affections  cutanées  en 
celles  qui  proviennent  d'une  cause  externe  et  celles  dites  sponta- 
nées qui  proviennent  d'une  cause  interne.  » 

Gibert,  [Traué  des  maladies  delà  peau,  3'^  édit.  page  5.) 

«  M.  Bazin  ne  s'est  pas  disculpé,  suivant  nous,  du  reproche  d'a- 
voir pris  dans  Lorry  ses  divisions  générales  des  affections  cuta- 
nées.  » 

Legrand  du  Saulle  [Gazette  des  hôpitaux). 

M  Lorry  divisait,  comme  M.  Bazin,  les  maladies  de  peau  en 
maladies  provenant  d'une  cause  interne  et  maladies  provenant 
d'une  cause  externe.  » 

Hardy,  [Leçuns  sur  les  maladies  de  la  peau,  page  8.) 

Vous  le  voyez,  Messieurs,  voilà  des  attaques  qui  ne  se  res- 
semblent guère  ;  tandis  que  M.  Devergie  soutient  que  ma  clas  • 
siflcatioii  n'est  pas  pratique,  et  qu'elle  ne  laisse  rien  dans 
l'esprit  des  élèves,  les  autres  la  trouvent  très  bonne,  mais  en 
attribuent  l'honneur  soit  à  Hippocrate,  soit  h  Lorry. 

4 


54  TROISIÈME  LEÇON. 

La  vérité  est  qu'elle  est  excellente^  et  que  seul  je  puis  en 
revendiquer  l'idée  en  toute  conscience. 

Gomment! ce  n'est  pas  une  classification  pratique  que  celle 
qui  sépare  les  affections  en  voie  d'évolution  des  difformités  ? 
Ce  n'est  donc  rien  pour  le  médecin,  de  savoir  que,  dans  un 
cas,  il  a  tout  à  faire  au  point  de  vue  de  la  thérapeutique,  et 
que,  dans  l'autre,  les  moyens  médicaux  sont  tout  à  faitim- 
puisssants?!!  me  semble  que  sil'épithètejor^^f^i^e  peut  être 
appliquée  à  quelque  chose,  c'est  bien  à  cette  division,  la 
question  thérapeutique  devant  primer  toutes  les  autres.  C'est 
sans  doute  de  sa  propre  classification  ou  plutôt  de  son  mode 
de  groupement  des  maladies,  puisqu'il  n'ose  donner  à  son 
essai  le  nom  de  classification,  c'est,  dis-je,  de  son  groupement 
de  maladies  que  M.  Devergie  a  voulu  parler,  en  disant  qu'il 
ne  laisse  rien  dans  l'esprit  des  élèves.  Trouve-t-il  qu'à  l'as- 
pect de  ses  groupes,  resprit  soit  tout  et  abord  frappé  des 
liens  qui  rattachent  entre  elles  les  différentes  maladies  ?  Pour 
ne  prendre  que  son  premier  groupe,  M.  Devergie  ne  sait-il 
pas  queTurticaire,  l'érythème  ne  sont  pas  toujours  des  affec- 
tions exanthématiques,  que  l'érythème  peut  être  encore  arti- 
ficiel ou  parasitaire,  que  l'urticaire  peut  être  pathogénéti- 
que, etc.? 

La  division  de  ma  première  classe  en  deux  ordres  a  égale- 
ment son  importance  au  point  de  vue  du  pronostic  et  de  la 
thérapeutique;  et  l'on  est  immédiatement  frappé  d'une  chose, 
c'est  que  les  affections  de  cause  externe,  telles  que  celles  qui 
résultent  de  frictions  irritantes,  de  la  présence  de  parasites 
animaux  ou  végétaux,  etc..  guérissent  par  des  moyens  sim- 
ples, c'est-à-dire  quand  on  fait  cesser  la  cause  efficiente  de  la 
maladie,  cause  qu'il  nous  est  toujours  facile  d'atteindre. 

Sublatâ  causa,  tollîtur  effectus. 

Les  affections  cutanées  de  cause  interne,  au  contraire,  ne 
sont  modifiées  avec  succès  que  par  une  médication  à  la  fois 
externe  et  interne;  leur  durée  n'est  pas  comparable  à  celle  des 

affertiong  du  premier  onlre. 


SUR    LES    CLASSIFICATIONS    DERMATOLOGIQUES.  S5 

M.  Devergie  m'objecte  qu'il  esL  des  affections  qui  peuvent 
naître  sous  l'influence  d'une  cause  interne  et  d'une  cause 
externe  simultanément.  C'est  vrai  ;  mais  ces  deux  ordres  de 
causes  n'ont  pas  la  même  importance  dans  la  production  de 
la  maladie.  L'une  est  la  cause  efficiente,  l'autre  n'est  que  la 
cause  occasionnelle^  ou  instrumentale,  ce  qui  est  bien  difie« 
rent,  comme  vous  allez  le  voir  : 

Qu'un  scrofuleux  reçoive  un  coup  sur  le  genou,  ce  coup 
pourra  devenir  le  point  de  départ  d'une  tumeur  blanche.  Est- 
ce  une  raison  suffisante  pour  ranger  la  tumeur  blanche 
parmi  les  lésions  traumatiques? évidemment  non,  car  le  trau- 
matisme n'a  été  là  que  la  cause  occasionnelle  ;  il  n'a  fait 
qu'éveiller  les  manifestations  de  la  maladie  constitutionnelle 
sous  l'influence  de  laquelle  était  le  malade,  de  la  scrofule  en 
un  mot,  qui  est  la  véritable  cause  de  l'affertion  articulaire. 

Selon  M.  Gibert,la  division  des  maladies  de  la  peau  en  ma- 
ladies de  cause  externe  et  maladies  de  cause  interne  serait 
due  à  Hippocrate.  Jene  chercherai  pas,  Messieurs,  à  infirmer 
cette  assertion  du  savant  dermatologiste,  mais  je  veux  vous 
mettre  en  garde  contre  le  rapprochement  qui  pourrait  être 
fait  de  cette  division  ancienne  des  maladies  par  les  causes  avec 
notre  division  des  affections  cutanées.  La  première  est  une 
division  purement  étiologique  ;  la  nôtre  entraîne  avec  elle 
une  distinction  de  nature  et  une  spécialité  de  syin[)Lômcs. 
Rendons  cela  plus  clair  par  un  exemple,  et  prenons  cet  exem- 
ple dans  l'affection  de  peau  qu'on  appelle  eczéma.  Eh  bien, 
que  l'eczéma  soit  de  cause  externe  ou  de  cause  interne,  c'est 
toujours  la  môme  affection.  Il  n'y  a  là,  pour  les  dermatolo- 
gistes,  qu'une  seule  et  même  maladie  toujours  identique  à 
elle-même,  quelle  qu'en  soit  la  cause;  pour  nous,  au  contraire, 
les  eczémas  de  cause  externe,  comme  reczéma  psorique, 
celui  dû  à  des  frictions  d'huile  de  crolon,  et  les  eczémas  do 
cause  interne,  le  scrotuleux,  le  dartreux,  etc.,  sont  autant 
d'espèces  différentes,  traduisant  chacune  sur  la  peau,  par  d(  s 
caractères  objectifs  particuliers,  une  entité  morbide  distincte. 
Cette  dernière  division,  remarquez-le  bien,  est  la  seule  dont 


S6'  TROISIÈME    LEÇON . 

on  puisse  dire  qu'elle  est  fondamentale  ^i  éminemment  pra- 
tique. 

Ai-jepris,  dans  Lorry, l'idée  de  mes  divisions  générales  des 
affections  cutanées  ?  nullement. 

Lorry,  que  j'ai  lu  et  relu  beaucoup  plus  souvent  que  mes 
honorables  adversaires  et  dont  je  ne  saurais  trop  vous  con- 
seiller la  lecture,  parcequ'il  contient  d'excellentes  choses, 
Lorry  divise,  il  est  vrai  les  maladies  de  la  peau  en  deux 
classes  : 

Prima  j^ars  eorum  erit  affectuum^  qui  intus  et  in  generali 

corporis  systeniate  enati  ad  culem  feruntur^  etc ,  altéra 

vero  opeins  nostri  parte  eos  exequemur  affectas  qui  in  ipsâ 
cute  qenerantur^ tanquam  in  nidopaterno.  (Lorry,  de  Morlm 
cutaneis,  pag.  165  et  166). 

En  se  bornant  à  la  lecture  de  ces  deux  phrases,  comme 
l'ont  probablement  fait  mes  honorables  adversaires,  on  peut^ 
avec  un  peu  de  bonne  volonté,  y  retrouver  ma  division  ;  mais 
il  n'en  est  plus  de  même  si  l'on  va  plus  loin,  si  Ton  parcourt 
rénumération  des  affections  décrites  dans  les  deux  parties. 

Je  ne  dirai  rien  de  la  gale  ou  de  la  teigne  qui  se  trouvent 
dans  la  première  partie;  à  l'époque  de  Lorry,  ollos  étaient 
considérées  comme  de  cause  interne.  Mais  dans  la  seconde 
partie,  je  vois  figurer  la  gutta  rosea  et  Vaurium  huniiditas 
prœternaturalis,  reconnaissant  pour  causes,  selon  Lorry  lui- 
même,  la  première  la  suppression  des  menstrues,  des  hémor- 
rlioïdes,et  lu  deuxième  une  lymphe  trop  abondante^  une  noiii'- 
riture  excessive,  etc.  ;  preuve  certaine  que  Lorry  avait  pris 
pour  base  de  sa  deuxième  classe,  non  la  cause  externe, comme 
je  l'ai  établi,  mais  le  vice  de  la  peau,  congénital  ou  acquis, 
d'origine  externe  ou  interne. 

Pour  les  affections  de  cause  externe,  j'ai  admis  deux  sec- 
tions :  l'une  formée  des  affections  déterminées  par  une  cause 
physique  ou  mécanique,  l'autre  comprenant  les  affections 
provoquées  (action  non  immédiate). 

M.  Devergie  no  (;(jm|)feui  pa?  bien  «  la  nuance  qu'il  y  a  outre 
une  affection  provoquée  [«.n  auu  ciuioc  luccaimpio  ou  physique  et 


SUR    LES    CLASSIFICATIONS    DERMATOLOGIQUES.  37 

une  affection  provoquée  directe.  Dans  la  première  section,  dit-il, 
on  effet,  je  trouve  placé  l'érylhème  du  premier  degré  de  la  brû- 
lure, (action  du  calorique),  et,  dans  la  seconde,  l'éryllième  déve- 
loppé par  l'action  du  soleil  !  Que  ce  soit  le  caloriijue  artilicielle- 
inent  développé  ou  le  calorique  émané  du  soleil,  n'est  ce  pas  là 
une  cause  du  même  genre,  une  cause  physique,  et  dès  lors  pour- 
quoi deuk'  sections  distinctes  pour  classer  ces  maladies  ?  »  (p.  6Zi). 

Je  n'ai  isima.h  Alt  provoquée  par  une  cause  mécanique, 
mais  bien  déterminée, cq  qui  est  bien  différent.  Si  mon  savant 
collègue  ne  me  comprend  pas,  ce  n'est  certes  pas  faute  d'expli- 
cation. Je  le  renvoie  à  la  première  page  de  mes  leçons  sur  les 
affections  cutanées  artificielles  : 

«  Je  partage  les  affections  cutanées  de  cause  externe  en 
«  deux  sections  : 

«  r  Les  unes  sont  produites  par  une  cause  mécanique  ou 
«  physique;  l'action  est  immédiate, instanta*née,  et  les  tissus 
((  vivants  passent  sans  transition  de  létat  de  santé  à  l'état  de 
«  maladie  ;  la  lésion  infligée  à  la  peau  a  lieu  sur  place,  d'une 
«  manière  entièrement  passive;  la  réaction  n'est  pas  obligée 
«  ou  ne  survient  que  plus  tard,  et  comme  effet  consécutif; 

«  2"  Les  autres  sont  provoquées  ou  artificielles;  l'action 
«  n'est  plus  immédiate,  et  un  intervalle  de  temps  variable 
«  s'écoule  entre  l'application  de  la  cause  et  l'effet  qui  en  doit 
«  résulter.  Tout  d'abord  on  ne  constate  rien  d'appréciable  ; 
«  puis  la  réaction  arrive  et  Téruption  se  manifeste.  Cette  pé- 
((  riode  de  silence  complet  est  assez  comparable  à  la  période 
((  d'incubation  des  fièvres  éruptives.  C'est  une  sorte  de  vibra- 
((  tion  imprimée  à  l'organisme,  et  qui  ne  s'arrête  qu'au  phé- 
«  nomène  morbide.  » 

Je  reprocherai  à  M.  Devergie  de  ne  pas  s'être  donné  la,peine 
d'examiner  plus  attentivement  les  points  sur  lesquels  il  m'ar- 
gumente.  Sans  doute  l'érythème  de  la  brûlure  et  l'érythème 
solaire  ne  diffèrent  pas  assez  pour  qu'on  les  sépare;  aussi 
n'ai-je  jamais  eu  l'intention  de  les  mettre  dans  deux  classes 
différentes.  Si  mon  honorable  collègue  veut  bien  de  nouveau 


S8  TROISIÈME    LEÇON. 

jeter  un  coup  d'œil  sur  mon  tableau  des  affeclions  spéciales, 
il  verra  que  j'ai  dit: 

1"  section,  paragraphe  3,  calorique  :  tous  les  degrés  de  la 
brûlure  depuis  l'éry thème  et  le  coup  de  soleil  jusqu'à  l'es- 
charre. 

2*  section. paragraphe  i,circumfusa,applicata'.Yi\ihêYidiQ;?,. 

M.  Devergle  en  est-il  à  confondre  l'érythème  solaire  avec 
l'éphélide  *?  Ce  sont  pourtant  deux  affections  bien  distinctes  : 

La  première  est  une  véritable  brûlure  au  premier  et  même 
au  second  degré.  Elle  s'accompagne  d'une  sensation  de  chaleur 
et  de  cuisson,  et  est  suivie  d'exfoliation.  Sa  durée  n'est  que 
de  quelques  heures  à  quelques  jours.  Dans  quelques  cas  il  y 
a  production  d'accidents  nerveux  qui  peuvent  être  assez  vio- 
lents pour  entraîner  la  mort. 

La  seconde  n'est  qu'une  affection  dyschromateuse.  Elle  est 
due,  autant  à  la'lumière  qu'à  la  chaleur  solaire.  Elle  ne  s'ac- 
compagne d'aucune  démangeaison  et  disparaît  avec  l'hiver 
pour  revenir  en  été.  Elle  est  tout  à  fait  sans  gravité. 

«  Si  nous  passons  en  revue  les  huit  sections  du  second  ordre, 
nous  vrnons  qjie  les  sept  premières  satisfont  l'epprit  h  prennère 
vue,  niais  elles  ne  sont  piis  exemptes  de  reproches.  Pourquoi  l'é- 
ruption roséoleuse  est-elle  distraite  des  éruptions  exanthémaliques? 
Counnent  le  penjphigus  est  il  rangé  dans  les  pseudo-exanthèmes? 
S'il  est  vrai  qu'il  ait  sa  iorine  aiguë  et  son  évolution  succe^ive  et 
régulière  dans  certains  cas,  il  est  loin  de  présenter  toujours,  et 
même  le  plus  souvent,  ces  caractères.  >• 

Je  suis  heureux  de  voir  M.  Devergie  m'accorder  que  huit 
de  mes  sections  satisfont  l'esprit  à  première  vue.  C'est  déjà 
quelque  chose. 

Pourquoi  l'éruption  roséoleuse  est-elle  distraite  des  érup- 
tions exanthématiques  ? 

La  raison  en  est  bien  simple  ;  c'est  que  les  pseudo-exan- 
thèmes dans  lesquels  j'ai  rangé  la  roséole, sont  bien  différents 
des  vrais  exanthèmes.  Pout-on,  en  effet, comparer  la  roséole, 
maladie  sans  aucune  espèce  de  gravité,  et  qui  n'est  même  pas 


SUR    LES     CLASSIFICAIIONS    DEKMA  rOLOGIQUES.  59 

toujours  précédée  de  phénomènes  généraux,  à  la  scarlatine, 
à  la  rougeole,  à  la  variole  dont  l'évolution  est  si  régulière, 
que  l'on  peut  dire  à  jour  fixe  quel  symptôme  doit  se  produire, 
qui  s'accompagnent  toujours  de  symptômes  variés  du  côté  des 
différents  appareils,  enfin  dont  le  pronostic  doit  toujours  être 
réi:ervé,  même  dans  les  cas  les  plus  bénins  en  apparence  ? 

M.  Devergie  me  reproche  d'avoir  rangé  le  pemphigus  dans 
les  pseudo-exanthèmes,  en  donnant  comme  raison  qu'il  est 
loin  de  présenter  toujours  la  forme  aiguë,  ainsi  qu'une  évo- 
lution régulière  et  successive. 

Je  n'ai  jamais  dit  le  contraire,  et  je  suis  loin  d'admettre, 
comme  le  dit  M.  Devergie,  que  le  pemphigus  soit  toujours 
un  pseudo-exanthême,  et  dépende  dans  tous  les  cas  de  la 
môme  maladie.  Il  y  a  un  pemphigus  des  enfants,  une  fièvre 

huileuse,  un  pemphigus  des  vieillards .et  pour  moi  ce  sont 

des  affections  n'ayant  de  commun  que  la  lésion  élémentaire, 
la  bulle.  Encore  est-il  vrai  de  dire  qu'il  y  a  des  différences 
importantes,  dans  la  bulle  du  pemphigus,  suivant  la  nature 
de  l'affection  que  l'on  considère  -.dans  le  pemphigus  arthri- 
tique aigu,  les  bulles  sont  inégales  et  irrégulières  ;  à  l'état 
chronique,  elles  sontconftuentes  et  groupées  sur  des  surfaces 
érysipélateuses,  inégales,  ne  dépassant  jamais  le  volume 
d'une  noix,  remplies  d'un  liquide  séro-purulent,  qui  se  con- 
crète en  croûtes  d'un  brun  jaunâtre.  Dans  le  pemphigus 
dartreux  aigu,  les  bulles  sont  arrondies  et  bien  circonscriies; 
à  l'état  chronique,  elles  se  montrent  d'emblée  sur  une  partie 
de  peau  qui  conserve  sa  coloration  normale,  et  sont  à  peine 
entourées  d'une  légère  auréole  rosée  ;  le  liquide  qu'elles  ren- 
ferment est  toujours  séreux.  Les  bulles  ont  des  parois  minces 
et  se  crèvent  peu  de  temps  après  leur  apparition.  Ces  diffé- 
Tences  vous  montrent  assez  qu"il  n'y  a  pas  de  rcpélitions  en 
classant  le  pemphigus  tantôt  dans  les  pseudo-exanthèmes, 
tantôt  dans  les  arthriiides,  tantôt  dans  les  herpétides. 

«  Qu'est  ce  que  celle  scclion  des  affecUons  phlegmasiques  et 
qu'est-ce  que  la  section  des  éiuplions  fébriles,  exanthémateuses 


GO  1  p,oisii:me  i.eçon. 

et  pseudo-exanthématauses   ne  comprepani  pas  uniquement  des 
phlegmasies? 

«  D'ailleurs  l'érysipèle,  qui,  à  lui  seul,  représente  cette  section 
phlegmasique,  n'est  il  pas,  dans  les  99/100  des  cas,  une  éruption 
syniptomatique  et  non  pas  une  phlegmasie  franche,  locale? 

Symptomatiqiie  de  quoi  ?  M.  Devergie  oublie  de  nous  le 
dire.  Il  est  toujours  imbu  de  cette  idée,  que  toutes  les  affec- 
tions cutanées  sont  des  phlegmasies.  Il  fait  toujours  la  même 
confusion  de  la  phlegmasie  véritable  avec  l'état  congestif  ou 
inflammatoire,  qui  du  reste  n'est  que  secondaire  dans  la  plu- 
part des  affections  que  nous  considérons.  Tout  le  monde  sait 
que  certaines  affections  peuvent  s'accompagner  d'un  état 
inflammatoire  sans  être  des  phlegmasies.  Le  travail  inflam- 
matoire, qui  se  développe  autour  des  tubercules  et  des  can- 
cers, n'est  pas  une  phlegmasie.  De  môme,  dans  la  fièvre 
typhoïde,  il  ne  vient  plus  à  personne  l'idée  d'appeler  phlegma- 
sie l'état  inflammatoire  des  follicules  de  l'intestin  grêle. 

«  Si  nous  prenons  le  genre  herpétides,  nous  y  trouvons  sous 
le  nona  à'herpétides  pseudo-exanthématigues ,  la  roséole,  l'urti- 
caire, le  zona,  le  pemphigus,  qui  composaient  la  quatrième  sec- 
tion, et  ainsi  de  suite  pour  toutes  les  autres  maladies  :  de  sorte 
que  si  le  lecteur  veut  bien  jeter  un  coup-d'œil  sur  toutes  ces  divi- 
sions, il  verra  le  pemphigus  entrer  dans  six  divisions  distinctes  de 
maladies;  l'eczéma  dans  trois,  et  il  pourrait  être  dans  cinq  divi- 
sions, car  il  existe  des  eczémas  scrofuleux  et  syphilitiques,  Téry- 
thème  morcelé  en  cinq  autres  parties  ;  le  chancre  sy[)hililique 
figurant  comme  phénomène  local  dans  les  affections  de  cause  di- 
recte, et  dans  les  syphilides  comme  affeclion  propre,  de  sorte  qu'à 
force  d'avoir  voulu  catégoriser,  M.  Bazin  a  fait  une  classification 
inacceptable.  » 

Toute  l'objection  repose  sur  la  manière  différente  que  nous 
avons,  M.  Devergie  et  moi,  de  considérer  les  affections  cuta- 
nées. Ce  que  mon  savant  collègue  regarde  comme  maladie, 
je  ne  le  considère  que  comme  symptôme  ;  par  conséquent,  il 
ne  devrait  pas  s'étonner  de  voir  dans  ma  ciassification,  le 


SUR   LES    CLASSIFICATIONS     DERMATOLOGIQUES.  tJl 

même  symptôme  figurer  dans  plusieurs  maladies.  Prenons 
un  exemple,  et  choisissons  une  affection  générique  qui  soit 
la  traduction  sur  la  peau  de  plusieurs  états  morbides  très- 
distincts,  comme  l'urticaire.  J'avoue  que  s'il  n'y  avait  aucune 
différence  entre  les  urticaires  dues  à  l'ingestion  du  copaliu  ou 
des  moules,  l'urticaire  arthritique  ou  dartreuse,  et  l'urticaire 
pseudo-exanthématique  (fièvre  ortiée),  M.  Devergie  serait  en 
droit  de  trouver  ma  classification  inacceptable  ;  mais  l'obser- 
vation m'a,  au  contraire,  démontré  que  chacune  de  ces  va- 
riétés a  des  caractères  spéciaux  : 

L'urticaire  des  moules  s'accompagne  des  symptômes  d'un 
véritable  empoisonnement  ;  malaise  général,  anxiété  épigas- 
trique,  vomissements,  gêne  de  la  respiration,  petitesse  et 
fr/'quence  du  pouls,  gonflement  de  la  face.  L'éruption,  qui 
est  générale,  se  présente  sous  deux  aspects  différenta  :  tantôt 
d'un  rouge  intense  et  uniforme,  elle  simule  l'éruption  de  la 
scarlatine,  tantôt  elle  prend  la  forme  de  l'urticaire  fébrile.  Il 
y  a  toujours  de  vives  démangeaisons,  et  il  survient  souvent 
des  accidents  nerveux  qui  peuvent  entraîner  la  mort. 

L'urticaire  copahique  a  une  prédilection  marquée  pour  les 
poignets,  les  malléoles,  les  genoux,  les  mains,  les  pieds.  C'est 
par  là  que  l'éruption  débute  et  c'est  là  qu'elle  est  toujours  le 
plus  marquée.  Elle  se  distingue  de  l'urticaire  fébrile,  en  ce 
que  les  éléments  éruptifs  sont  plus  uniformément  rouges, 
présentent  un  contour  plus  net,  sont  moins  mobiles;  le  pru- 
rit est  aussi  moins  vif. 

L'urticaire  arthritique  aiguë  survient  sous  l'influence  du 
froid.  Elle  est  accompagnée  d'une  congestion  intense  de  la 
peau  et  souvent  même  de  petites  hémorrhagies  dans  l'épais- 
seur du  derme.  A  l'état  chmnique,  ollo  est  caractérisée  j)ar 
des  tubérosités  plus  on  moins  voliuiiiiiousos,  d.ires,  accom- 
pagnéesde  tension, de  gèiiodans  les  ii'iouvenionts,  et  laissant 
des  dépressions  comme  ciciitriciollos.  La  coloration  est  vineuse 
comme  celle  de  tontesles  arl.hritides;  l'affection  s'acconqtagne 
do  picotements,  de  fourmillements  qui  sont  bien  diffi-rents 
des  démangeaisons  si  vives  qui  caractérisent  les  herpétides. 


62  TROISIÈME    LEÇON. 

L'urticaire  dartreuse  survient  à  la  suite  de  fatigues,  d'é- 
motions... Elle  semontredanslanuitet  disparaît  dans  le  jour. 
Sa  couleur  n'est  jamais  violacée,  mais  seulement  d'un  rose 
pâle.  Le  prurit  est  irrésistible  et  prive  le  malade  de  sommeil. 

Enfin  l'urticaire  fébrile  ou  fièvre  ortiée  présente,  comme 
tous  les  pseudo-exanthèmes,  des  prodromes  (malaise,  lassi- 
tude, céphalalgie,  fièvre)  qui  durent  deux  ou  trois  jours.  L'é- 
ruption se  compose  de  papules  rosées,  blanches  au  centre, 
très  fugaces,  dont  l'apparition  est  successive  et  s'accompa- 
gne de  gonflement  de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire  de  la  région 
sur  laquelle  siègent  les  éléments  éruptifs. 

M.  Devergie prétend  que  j'ai  admis  trois  variétés  d'eczéma 
et  que  j'aurais  pu  en  admettre  cinq. 

J'en  ai  admis  Lien  davantage  ;  pour  moi  l'eczéma  peut 
être  : 

—  Artificiel,  c'est  à-dire  le  résultat  de  frictions  irritantes. 

—  Parasitaire  (eczéma  psorique) . 

—  Arthritique. 

—  Dartreux. 

—  Scrofuleux,  et  même  syphilitique. 

-J'ai  insisté  sur  les  caractères  de  l'eczéma  scrofuleux  ;  mais 
j'ai  émis  des  doutes  sur  l eczéma  syphilitique,  le  seul  eczéma 
constitutionnel  admis  par  les  Willanistes,  parce  que  l'affec- 
tion, que  l'on  décore  de  ce  nom,  ressemble  peu  à  l'eczéma 
artificiel  que  l'on  doit  prendre  pour  type.  Il  n'y  a  ni  prurit,  ni 
suintement,  ni  croûtes;  c'est  une  simple  affection  vésiculo- 
pustuleuse  ;  mais  ce  n'est  pas  là  un  véritable  eczéma.  Pour 
M.  Devergie,  il  suffit  qu'un  malade  soit  sous  le  coup  de  la 
syphilis,  pour  que  toutes  les  affections  cutanées  intercurren- 
tes soient  syphilitiques.  Gela  n'est  pas  acceptable,  parce  que 
les  maladies  constitutionnelles  ne  s'excluent  pas. 

Il  est  vrai  que  quelques  affections  sont  sur  la  limite  et  peu- 
vent être  produites  à  la  fois  par  une  cause  externe  et  par  une 
cause  interne.  M.  Devergie  s'étonne  de  voir  figurer  le  chan- 
cre syphilitique  parmi  les  affections  de  cause  externe  et  parmi 
les  affections  de  cause  interne  ;   il  lui  semble  que  ce  classe- 


SUR    LES    CLASSIFICATIONS    DERMATOLOGIQUES.  63 

ment  nous  oblige  à  des  répétitions  :  cette  objection,  qui  paraît 
sérieuse  au  premier  abord,  n'a  aucune  importance.  Sans 
doute  il  est  nécessaire  d'inscrire  parmi  les  affections  de  cause 
externe  les  accidents  initiaux  de  la  vérole,  le  chancre  induré 
et  la  plaque  initiale  qui  se  distingue,  à  cause  de  cette  double 
origine,  des  plaques  consécutives  survenues,  sous  la  seule 
influence  de  la  maladie  constitutionnelle  ;  mais  ce  n*est  là 
qu'une  simple  mention,et  pour  la  description  de  ces  accidents 
on  renvoie  le  lecteur  à  l'histoire  de  la  syphilis  constitution- 
nelle, dont  la  plaque  initiale  fait  partie  intégrante  et  ne  sau- 
rait être  détachée  sans  que  cela  nuise  au  tableau  symptôma- 
tologique  de  la  maladie  vénérienne. 

Vous  voyez,  Messieurs,  que  si  l'on  veut  se  donner  la  peine 
d'examiner  la  question  avec  impartialité^  les  attaques  de  mon 
savant  collègue  se  réduisent  à  peu  de  chose,  et  qu'il  est  diffi- 
cile d'y  trouver  une  seule  preuve  bien  sérieuse  de  ce  qu'il 
avance. 

Il  a  été,  je  dois  l'avouer,  mieux  inspiré  en  se  rejetant  sur 
la  forme  de  la  rédaction  d'un  de  mes  ouvrages  dont  il  cite  un 
passage  en  l'entremêlant  de  poir>ts  d'exclamation  et  de  nom- 
breux hélas.  J'accepte  facilement  le  reproche  que  M.  Devergie 
fait  au  style  de  mes  phrases,  n'y  attachant  pas,  quant  à  moi, 
une  bien  grande  importance;,et  ayant  l'habitude  de  ne  consi- 
dérer que  le  fond  dans  un  ouvrage  scientifique.  Mon  excellent 
collègue  me  pardonnera,  je  l'espère,  si  mes  livres  ne  sont  pas 
empreints  de  l'exquise  modestie  que  l'on  trouve  toujours 
dans  les  siens  alliée  au  talent,  quand  je  lui  aurai  rappelé  que 
je  n'écris  pas  mes  leçons  moi-même,  et  que  par  conséquent  la 
responsabilité  du  style  incombe  au  rédacteur. 

Je  termine  et  résume  cette  leçon  en  vous  rapprochant  pa- 
rallèlement la  doctrine  de  M.  Devergie,  celle  de  M.  Hardy,  et 
la  mienne,  persuadé  que  vous  ne  serez  pas  embarrassés  pour 
voir  de  suite  de  quel  côté  est  la  vérité. 

Dans  ces  dernières  années,un  cri  général  s'est  élevé  parmi 
les  médecins  pour  reconnaître  la  nécessiu'i  d'une  bonne  clas- 
sification des  maladies  de  la  peau.  C'est  pour  répondre  à  ce 


\ 


64  TROISIÈME  LEÇOA'. 

besoin  que  M.  Devergie  a  proposé  un  mode  de  groupement 
des  maladies  cutanées  dont  le  principe  varie.  11  prend  en 
considération  tantôt  l'analogie  de  causes  et  de  traitement, 
tantôt  la  forme  morbide,  tantôt  le  produit  ou  l'accident  mor- 
bide, tantôt  rt)rigine  climatérique.  Selon  lui,  les  maladies  de 
la  peau  ont  été  trop  longtemps  séparées  des  autres  maladies. 
Elles  leur  sont  identiques  par  la  forme, la  nature, l'évolution, 
la  marche,  les  terminaisons.  Ce  sont  toutes  des  phlegmasies, 
et  comme  telles  on  doit  les  rapprocher  des  phlegmasies  du 
tissu  cellulaire,  du  foie,  du  poumon...  je  crois  vous  avoir 
démontré  dans  la  première  leçon  le  peu  de  fondement  de  cette 
doctrine;  je  n'y  reviendrai  pas. 

M.  Hardy,  à  son  tour,  dit:  J'ai  cherché  pendant  longtemps 
une  boime  classification  des  maladies  cutanées,  et  aujour- 
d'hui je  crois  qu'il  est  sage  de  se  servir  tout  simplement  delà 
classification  qu'on  adopte  pour  toutes  les  espèces  nosologi- 
ques.  11  admet  donc  des  maladies  générales  et  des  maladies 
locales^  idopathiques  et  symptomatiques,  protopathiques  et 
deutéropathiques.  Cependant  dans  la  fièvre  typhoïde  il  n'ose 
plus  dire  qu'il  y  a  des  maladies  de  peau;  ce  sont  des  affections 
cutanées  fébriles  ! 

Pour  moi,  les  maladies  de  la  peau  ne  sont  pas  des  maladies, 
mais  des  parties  de  maladie.  Ce  sont  des  symptômes  d' un  état 
morbide  plus  général  dont  elles  constituent  une  période,  et, 
de  même  que,  dans  les  fièvres  continues,  les  taches  rosées 
lenticulaires,  les  sudamina,  les  taches  bleues,  les  pétéchies 
ne  sont  pas  toute  la  maladie,  ainsi,  dans  les  maladies  cons- 
titutionrelles^  les  affections  cutanées  ne  représentent  qu'un 
fragment  de  l'entité  morbide.  Le  problême  se  réduit  donc  à 
assigner  aux  affections  cutanées  la  place  qu'elles  occupent, 
la  phase  qu'elles  représentent  dans  les  maladies  constitu- 
tionnelles; c'est  ce  que  je  me  suis  proposé  de  faire  dans  mes 
différents  ouvrages.  C'est  à  vous,  Messieurs,  qui  avez  été  à 
même  de  vérifier  mes  doctrines  au  lit  du  malade,  déjuger  si 
elles  sont  véritablement  l'expression  des  faits. 


QUATRIÈME  LEÇON. 


Des  genres  en  pathologie  cutmiée. 

Messieurs, 

On  lit  à  la  page  14  du  rapport  fait  par  M.  Ameuille,  à  la 
Société  médico-pratique  de  Paris,  sur  les  mémoires  de 
MM.  Gailleton  et  Lafont-Gouzi,  dont  le  sujet  est  l'eczéma, 
les  lignes  qui  suivent  : 

«  L'école  de  M,  Bazin  défmit  reczéma  une  affection   de  Fenve- 

«  loppe  cutanée  ou  muqueuse  qui  se  caractérise  à  son  début,  soit 

«  par  des  taches  exanthématiques,  soit  par  des  vésicules,  soit  par 

«  des  tissures,  soit  par  des  pustules,  soit  par  des  squauies,  soit  par 

«  des  papules;  qui,  plus  tard,  provoque,  habituellement  le  suin- 

«  tement  d'une  sécrétion   séreuse  ou   séro-purulenfe  de  quantité 

«  tort  variable  et  empesant  le  linge,  et  qui  se  termina-,   enliu    par 

c(  desquamation.  » 

Voilà  comme  on  écrit  l'histoire  !  A  Dieu  ne  plaise  qu'une 
pareille  déJBnition  de  l'eczéma  soit  jamais  donnée  par  mon 
école.  Je  comprends  que  des  médecins,  connaissant  peu  mes 
doctrines  et  n'ayant  pas  étudie  spécialement  les  affections  cu- 
tanées, puissent  me  l'attribuer;  mais  j'ai  peine  ù  concevoir 
qu'un  médecin  aussi  distingué  que  M.  Ameuille,  qu'un  élève 
de  M.  Hardy,  qui,  par  conséquent,  devrait  être  au  coura  ntdes 
opinions  professées  à  l'hôpital  St-Louis,  et  qui,  rapporteur 
d'une  commission  chargée  de  décerner  un  prix  sur  l'eczéma, 
devrait  connaître  à  fond  la  question  qu'il  est  chargé  de  juger, 
j'ai,  dis-je,  peine  a  concevoir  ({ue  M.  Anieiiille  puisse  mettre 
sur  mou  compte  un  pareil  langage. 


66  QUATRIÈaiE    LEÇON 

Il  me  semble,  toute  vanité  mise  de  côté,  que  je  suis  assez 
riche  de  mon  propre  fonds  sans  qu'on  vienne  encore  me  faire 
endosser  la  responsabilité  des  opinions  des  autres.  La  défini- 
tion de  l'eczéma,  que  M.  Ameuille  donne  comme  étant  la 
mienne,  est  précisément  celle  de  M.  Hardy,  et  je  saisis  cette 
occasion  pour  protester  une  fois  de  plus  contre  l'association 
que  l'on  fait  continuellement,  soit  par  ignorance,  soit  volon- 
tairement, des  opinions  de  mon  savant  collègue  et  des  mien- 
nes. 

Pour  moi,  «  l'eczéma  est  une  affection  de  la  peau  caracté- 
«  risée,  à  sa  période  d'état,  par  l'existence  de  vésicules  peti- 
«  tes,  acuminées,  agglomérées  sur  une  surface  plus  ou  moins 
«  étendue,  et  contenant  un  liquide  séreux  et  transparent,  vé~ 
«  siculesqui  s'affaissent lorsquele  liquide  qu'elles  contiennent 
«  est  résorbé,maisquile  plus  souvent  se  rompent  après  vingt- 
ce  quatre  ou  quarante-huit  heures  d'existence,  et  auxquelles 
«  succèdent  l'exhalation  et  la  sécrétion  d'un  liquide  séreux 
«  et  transparent  qui  se  concrète  en  lamelles  plus  ou  moins 
«  épaisses  et  ensuite  en  une  simple  exfoliation  de  l'épi- 
«  derme.»  (y\ffections  génériques  de  la  peau,  page  138.) 

Je  consacrerai  la  leçon  d'aujourd'hui  à  vous  montrer  la 
supériorité  de  cette  détinition  sur  celle  que  me  prête 
M.  Ameuille,  et  à  vous  expliquer  comment  il  était  impos- 
sible que  cette  dernière  sortît  de  mon  école. 

On  procède,  Messieurs,  à  l'étude  de  la  pathologie  par  deux 
méthodes  :  l'une  est  la  méthode  analytique  ou  séméiologique; 
l'autre  est  la  méthode  synthétique  ou  nosologique. 

Willan  a  adopté  la  méthode  analytique,  et,  prenant  pour 
base  de  sa  classification  la  lésion  élémentaire  à  sa  période 
d'état,  il  a  rangé  les  afl'ections  cutanées  en  huit  classes,  sui- 
vant qu'elles  étaient  caractérisées,  dans  leur  phase  de  plus 
grand  développement,  par  un  exanthème,  par  des  vésicules, 
des  bulles,  des  pustules,  des  papules,  des  squames,  des  ma- 
cules ou  des  tubercules.  J'ai  également  suivi  la  méthode  ana- 
lytique; seulement  je  la  comprends  autrement  et  plus  lar- 
gement que  Willan. 


DES  GEiNRES  E^  PATHOLOGIE   CUTANÉE.  67 

L'auteur  anglais  avait  cru  établir  une  classification  de  ma- 
ladies ;  je  vous  ai  fait  voir  qu'il  n'avait  donné  qu'une  classi- 
fication de  lésions  ou  d'affections.  La  période  d'état  d'une  af- 
fection cutanée  est  le  symptôme  organique  le  plus  important  ; 
en  cela  je  suis  d'accord  avec  Willan.  Mais  je  dois  ajouter 
que  le  pathologiste  anglais  ne  s'est  pas  suffisamment  placé 
au  point  de  vue  du  diagnostic,  et  c'est  là  dessus  que  je  veux 
un  instant  attirer  toute  votre  attention. 

Tout  élément  éruptif  ne  peut  avoir  plus  de  cinq  pério- 
des dans  son  évolution  :  c'est  pour  cela  que  j'ai  partagé 
les  symptômes  organiques  de  la  peau  en  cinq  classes  qui 
correspondent  à  ces  transformations  successives  de  la  lésion 
cutanée.  Prenez,  par  exemple,  l'ecthyma  syphilitique  :  il 
peut  se  présenter  successivement  à  votre  observation  sous 
forme  de  tache,  de  bouton,  de  croûte,  d'ulcère  et  de  cicatrice. 
Mais  chez  le  même  malade,  et  dans  le  cours  de  la  même 
éruption  on  peut  observer  à  la  fois  des  phases  du  début  et  de 
la  terminaison. 

D'un  autre  côté,  l'éruption  au  lieu  d'ê^e  simple  est  sou- 
vent composée.  La  peau  présente  un  mélange  de  lésions  dif- 
férentes et  à  des  périodes  différentes  de  leur  évolution.  De 
sorte  qu'il  est  facile  de  se  tromper  dans  la  succession  des 
symptômes  organiques  en  rapportant  à  une  éruption  ce  qui 
appartient  à  l'autre  :  de  là  une  confusion  étrange  des  ordres 
et  des  genres. 

Cette  confusion,  Messieurs,  a  existé  dans  la  science  jus- 
qu'à Wil'an.  C'est  ainsi  que,dansles  auteurs  grecs  et  latins, 
les  mots  eczéma^  lichen^ pityriasis^  im-petigo^  etc.,  parfaite- 
raentconnusdes  anciens,  et  fréquemment  employés  par  eux, 
n'ont  aucune  signification  précise,  parce  que  toutes  ces  affec- 
tions ayant  entre  elles  des  symptômes  communs,  et  aucun 
auteur  n'ayant  fait  connaître  le  caractère  dislinctif  de  cha- 
cune d'elles,  on  ne  peut  savoir  au  juste  à  quelle  affection  ils 
appliquaient  telle  ou  telle  dénomination.  Il  est  même  certain 
qu'ils  devaient  donner  souvent  un  nom  différent  à  la  même 


68  QUATRlÈMli     LEÇON. 

affection,  selon  qu'ils  l'observaienlà  telle  ou  telle  période  de 
son  évolution. 

Willan  s'est  donc  acquis  une  gloire  impérissable,  en  nous 
donnant  les  moyens  d'établir  une  ligne  de  démarcation  entre 
les  formes  cliniques  ;  je  dis, moi, entre  les  ordres  et  les  genres 
des  affections  cutanées. 

En  étudiant  révolution  de  la  lésion  élémentaire,  Willan 
a  été  frappé  de  ce  fait  que  le  seul  symptôme  organique, qui  lui 
fût  exclusivement  propre;,  était  celui  qui  représentait  la  lésion 
à  sa  période  d'état,  de  maturité  ou  de  plus  haut  développe- 
ment. Il  importe  donc,  comme  je  viens  de  le  dire,  de  reclier- 
clier,  toujours,  en  présence  d'une  affection  cutanée,  le 
symptôme  organique  qui  constitue  la  période  d'état;  mais 
cette  période  d'état  ne  saute  pas  tellement  aux  yeux  qu'il  soit 
facile,  dans  tous  les  cas,  de  la  reconnaître  de  prime  abord.  Il 
y  a  plus,  c'est  que,  dans  beaucoup  de  cas,  elle  n'existe  pas  en- 
core, ou  bien,  elle  a  cessé  d'exister  au  moment  où  on  observe 
le  malade,  et  ce  n'est  que  par  la  valeur  séméiologique  des 
autres  symptômes, c'est-à-dire  des  états  primitifs  ou  consécu- 
tifs, qu'il  est  possible  d'arriver  au  diagnostic  de  la  lésion  élé- 
mentaire ;  de  là,  la  nécessité  de  connaître  la  valeur  aljsolue  et 
relative  de  chacun  des  symptômes  organiques  de  la  peau.  Je 
reviendrai  tout  à  l'heure  sur  ce  point  important  de  séméio- 
tique  cutanée,  qui  manque  complètement  dans  les  œuvres  de 
Willan. 

Appliquons  les  données  willaniques  à  l'étude  de  l'eczéma. 
Si  nous  observons  avec  soin  un  malade  affecté  d'eczéma, 
et  si  nous  recherchons  la  lésion  élémentaire  à  son  parfait  dé- 
veloppement, nous  voyons  que  c'est  une  vésicule.  L'affection 
s>}ra  donc  comprise  dans  Tordre  des  vésicules.  Voilà  déjà  un 
premier  pas  de  fait  dans  le  diagnostic.  Mais  nous  savons  qu'il 
V  a  d'autres  affections  cutanées,  vésiculeuses  à  la  période 
d'état.  Telles  sont  :  la  gak^  ]essuda?7ïùia,\si  ?niiiaii-c,V herpès, 
la  varicelle,  Vhydroa.  Il  nous  faudra  donc  connaître  les  ca- 
ractères propres  de  la  vésicule  dans  chacune  de  ces  affections^ 
pour  pouvoir  distinguer  le  genrCf 


DES  GENRES  EN  PATHOLOGIE  CUTANÉE.         69 

Nous  verrons  que  les  vésicules  de  V eczéma  sont  petites, 
acuminées,  réunies  en  grand  nombre  sur  des  surfaces  plus 
ou  moins  larges,  qu'elles  contiennent  un  liquide  séreux  et 
transparent,  qui,  tantôt  est  résorbé  (alors  la  vésicule  s'af- 
faisse), tantôt,  au  contraire,  détermine  la  rupture  de  la  vési- 
cule et  continue  à  s'exhaler  et  à  se  concréter  en  croûtes  plus 
ou  moins  épaisses,  auxquelles  succède  une  exfoliation  épi- 
dermique.  Toutes  les  fois  donc  que^  dans  une  affection 
cutanée,  nous  trouverons  des  vésicules  avec  les  caractères  que 
nous  venons  d'énumérer,  nous  pourrons  être  sûrs  que  nous 
avons  affaire  à  un  eczéma,  et  nous  le  distinguerons  des  autres 
affections  vésiculeuses,  où  ces  caractères  n'existent  pas. 

Dans  la  gale^  en  effet,  les  vésicules  sont  isolées.  Elles  sont 
papuleuses  à  leur  base,  transparentes  à  leur  sommet,  qui 
se  termine  en  pointe;  à  côté  d'elles  existent  presque  tou- 
jours des  vésicules  perlées. 

Dans  la  miliaire  sudorale,  les  vésicules  sont  moins  acumi- 
nées, moins  fugitives  que  dans  l'eczéma;  elles  sont  également 
plus  espacées,  et  forment  des  plaques  dont  le  contour  n'est 
pas  net.  Enfin,  la  sécrétion  séreuse,  qui  succède  à  leur  rup- 
ture, est  peu  abondante,  et  se  concrète  en  squames  plus  fines 
et  moins  nombreuses. 

Les  sudamina  ne  sont  jamais  accompagnés  de  rougeur  des 
téguments  ;  ils  sont  formés  par  de  petites  vésicules  que  l'on 
ne  peut  bien  voir  qu'en  les  examinant  obliquement,  à  cause 
de  leur  extrême  transparence  qui  les  fait  ressembler  à  des 
gouttes  de  sueur. 

Les  vésicules  de  Y  herpès  sont  groupées  sur  des  surfaces 
rouges  et  enflammées.  Elles  persistent  intactes  pendant  trois 
ou  quatre  jours,  et  forment  ensuite,  en  se  desséchant,  des 
croûtes  dont  la  durée  ne  dépasse  pas  huit  à  dix  jours,  et  aux- 
quelles succèdent,  soit  des  maculatures  rougeâtres,  soit  des 
ulcérations  qui  guérissent  rapidement.  Elles  sont  toujours 
moins  nombreuses  et  plus  volumineuses  que  celles  de  l'ec- 
zéma. 

Dans  la  varicelle^  les  vésicules  sont  précédées  de  petites 

h 


70  QUATRIÈME    LEÇON. 

ta'ches  rouges.  Elles  sont  tantôt  pointues,  tantôt  aplaties, 
tantôt  conoïdes.  D'abord  transparentes  et  légèrement  rou- 
geâtres,  elles  deviennent  opaques  \ersle  troisième  jour,  puis 
se  flétrissent  et  se  dessèchent  vers  le  cinquième  jour,  et 
donnent  enfin  naissance  à  des  croûtes  brunâtres  qui  tombent 
vers  le  neuvième  jour. 

Dans  Vhydroa^  l'éruption  vésiculeuse  est  des  plus  remar- 
quables. On  observe  d'abord  une  tache  violacée  sur  laquelle 
se  développe  une  vésicule  dont  le  centre  se  dessèche  rapide- 
ment, et  est  occupé  par  une  petite  croûte  noirâtre  ;  tandis 
que,  par  suite  de  la  résorption  du  liquide  qui  se  fait  à  la  cir- 
conférence vers  le  deuxième  jour,  l'épiderme  macéré  s'appli- 
que sur  le  derme.  Endehorsde  cette  zone  d'épiderme,  il  peut 
se  produire  plusieurs  cercles  concentriques  de  vésicules  dont 
l'évolution  est  successive. 

Vous  voyez  que,  dans  chaque  affection  vésiculeuse,  la  même 
lésion  élémentaire  à  sa  période  d'état,  la  vésicule,  a  des  carac- 
tères particuliers,  ce  qui  permet  de  reconnaître  et  de  diffé- 
rencier ces  affections  les  unes  des  autres,  et  d'en  former  au- 
tant de  genres  distincts. 

la  vésicule  eczémateuse,  avec  les  caractères  que  je  vous  ai 
donnés,  est  donc  le  signe  essentiel  et  nécessaire  du  genre  ec- 
zéma. C'est  le  seul  qui  soit  constant;  car,  je  vous  rappellerai 
que  les  taches  congestives,  qui  précèdent  habituellement  la 
poussée  vésiculeuse,  peuvent  manquer  dans  certains  cas.  J'en 
dirai  autant  du  fendillement  épidermique  et  des  papilles  li- 
chénoïdes  qui,  du  reste,  sont  toujours  des  états  consécutifs  à 
la  vésiculation. 

L'objection  que  M.  Devergie  fait  à  la  définition  de  Willan 
est  plus  spécieuse  que  solide  :  il  lui  reproche  de  prendre,  pour 
caractère  de  l'eczéma,  précisément  l'état  que  le  médecin  est 
le  moins  à  même  d'observer,  à  cause  de  sa  durée  éphémère  : 
la  vésiculation. 

Mais,  s'il  est  vrai  que  le  médecin  ne  voit  que  rarement  les 
vésicules,  il  ne  s'ensuit  pas  qu'elles  n'existent  pas  à  titre  de 
caractère  constant;  et,  du  reste,  on  a  toujours  les  renseigne- 


DES  GENRES  EK  PATHOLOGIE  CUTANÉE.  71 

ments  des  malades,  qui  savent  très -bien  dire  que  leur  affec- 
tion a  commencé  par  des  boutons  pleins  d'eau. 

D'ailleurs,  quelle  est  la  valeur  des  phénomènes  que  M.  De- 
vergie  préfère  pour  caractériser  l'eczéma  : 

La  rougeur?  Je  viens  de  vous  dire  qu'elle  n'était  pas  cons- 
tante. 

La  démangeaison  permanente?  Qui  de  vous  n'a  vu,  chez 
nos  arthritiques,  et  même  chez  nos  scrofuleux,  des  eczémas 
ne  s'accompagner  d'aucun  prurit  ? 

La  sécrétion  de  sérosité  limpide  et  ciirine  tachant  le  linge 
en  gris  et  C em-pesant?  L'eczéma  arthritique  est,  dans  la  plu- 
part des  cas,  au  contraire,  d'une  ^sécheresse  remarquable,  et 
c'est  même  là  un  de  ses  principaux  caractères.  En  outre, 
cette  sécrétion  de  sérosité  n'est  pas  propre  à  l'eczéma  ;  on  la 
retrouve  dans  d'autres  affections  (pemphix) . 

Enfin,  ïétat  ponctué  et  rouge  de  la  peau?  Sans  doute,  ce 
serait  un  bon  signe  ;  mais  il  est  impossible  d'en  tenir  compte 
dans  tous  les  cas,  quand  les  croûtes  et  les  squames  sont  abon- 
dantes. 

Vous  voyez  donc.  Messieurs,  que  la  définition  de  Teczéma 
ne  peut  reposer  sur  ce  groupe  de  phénomènes,  auquel  notre 
savant  collègue  attache  tant  d'importance;  et  cela,  pour  une 
bonne  raison,  c'est  qu'aucun  d'eux  n'est  constant. 

Tous  les  auteurs  qui  se  sont  écartés  du  sens  précis  que  Wil- 
lan  a  donné  au  mot  eczéma,  tous  ceux  qui  ont  cru  donner  une 
définition  plus  complète  et  plus  juste,  en  y  faisant  rentrer 
comme  lésions  anatomiques  élémentaires  caractéristiques  des 
élats  qui  ne  sont  évidemment  que  secondaires,  et  qui  peuvent 
manquer,  n'ont  eu  aucune  idée  des  genres  en  pathologie  cu- 
tanée, et  n'ont  introduit  dans  l'étude  des  affections  génériques 
de  la  peau  qu'obscurité  et  confusion. 

M.  Hardy  a  rejeté  le  progrès  réalisé  parWillan,  en  der- 
matologie, en  définissant  l'eczéma  :  «  une  affection  de  l'en- 
((  veloppe  cutanée  ou  muqueuse  qui  se  caractérise  à  son 
«  début,  soit  par  des  taches  exanthématiques,  soit  par  des 
«  vésicules,  soit  par  des  fissures,  soit  par  des  pustules,  soit 


72  QUATRIÈME    LEÇON. 

«  par  des  squames,  soit  par  des  papules  ;  qui,  plus  tard,  pro- 
«  voque  habituellement  le  suintement  d'une  sécrétion  séreu- 
({ se  ou  séro-purulente  de  quantité  fort  variable,  et  qui  se 
((  termine  enfin  par  desquamation.  » 

C'est  une^suppression  complète  des  genres  î  plus  d'impé- 
tigo, plus  de  pityriasis,  plus  de  lichen  !  Tout  cela,  c'est  de 
l'eczéma.  «  C'est  même,  dit  M.  Hardy,  l'avantage  de  notre 
((  définition.  Elle  permet  de  grouper  en  un  seul  genre  tant 
«  d'affections  que  l'école  anatomique  avait  séparées  et  consi- 
«  dérait  comme  distinctes;  seule,  elle  réunit  et  présente  un 
«  faisceau  unique  de  toutes  ces  variétés,  qui  ne  sont,  les  unes 
((  que  les  périodes  ou  les  degrés  successifs  d'une  _  même  ma- 
«  ladie,  les  autres  que  les  aspects  divers  de  cette  même  af- 
M  fection  variant  suivant  son  siège  et  suivant  les  conditions 
«  particulières  inhérentes  au  sujet  atteint.  Malgré  son  appa- 
•  «  rente  laxité^  cette  définition  répond  à  peine  à  toutes  les 
«  formes  que  peut  revêtir  l'eczéma,  mais,  du  moins,  nous 
«  signale-t-elle  le  hen  qui  les  réunit  toutes  et  nous  indique- 
«  t-elle  dès  lors  qu'un  principe  commun  doit  présider  à  leur 
«  thérapeutique.  )>  Hardy  (Affections  cutanées  dartreuses, 
page  62). 

Ainsi  mon  savant  collègue  n'est  même  pas  encore  satisfait! 
il  trouve  que  sa  définition  pourrait  dire  encore  davantage  !  il 
ne  lui  coûterait  pas  plus  d'y  faire  entrer  les  "huit  formes  de 
Willan;  elle  serait  alors  complète  1  On  ne  peut  pas  ainsi, 
Messieurs,  et  vous  le  comprenez  aisément,  supprimer  d'un 
trait  de  plume  tous  les  genres;  une  pareille  confusion 
n'existe  pas  heureusement  dans  la  nature.  Une  telle  mé- 
thode, en  privant  le  diagnostic  de  toute  précision,  fait  rétro- 
grader nécessairement  la  science  et  la  ramène  à  ce  qu'elle 
était  avant  que  Willan  en  eût  débrouillé  le  chaos,  et  y  eût 
fait  pénétrer  la  lumière. 

M.  Hardy  prétend  que  la  simplicité  apportée  par  Willan 
dans  le  diagnostic  est  plus  apparente  que  réelle,  parce  que  la 
lésion  élémentaire,  prise  pour  base  par  le  médecin  anglais, 
a  une  durée  éphémère,  et  que,  du  reste,  il  n'est  pas  philoso- 


DES  GENRES  EN  PATHOLOGIE  CUTANÉE,  73 

phique  de  ne  prendre  pour  base  d'une  classification  que  le 
point  de  départ  de  la  maladie.  Il  fait  encore  d'autres  objec- 
tions aux  Willanistes.  Ainsi,  dit-il,  la  lésion  élémentaire 
peut  varier  pour  la  même  maladie  ;  de  plus,  la  méthode  de 
Willan  ne  donne  aucune  indication  pronostique  et  théra- 
peutique, et  enfin  elle  a  le  tort  de  rapprocher  des  maladies 
'qui  n'ont  entre  elles  de  rapport  que  la  lésion  élémentaire 
comme  la  gale  et  l'eczéma,  la  variole  et  l'acné,  et  d'éloigner 
des  maladies  analogues,  comme  l'eczéma  et  l'impétigo.  En 
dernier  lieu,  l'importance  exagérée  accordée  à  la  forme  des 
éruptions  multiplie  à  l'infini  les  genres,  les  espèces  et  les  va- 
riétés. 

Ces  reproches  seraient  fondés  en  partie,  si,  comme  Wil- 
lan, on  croyait,  avec  la  méthode  séméiologique,  établir  une 
classification  de  maladies.  Mais  quand  on  ne  l'accepte  que 
pour  la  détermination  des  genres,  en  se  réservant  de  la  com- 
pléter par  la  méthode  synthétique  pour  la  question  de  nature, 
elle  est  excellente  et  très  pratique. 

M.  Hardy  reconnaît  qu'elle  est  un  bon  guide  pour  nous 
mener  au  diagnostic  de  la  lésion  cutanée  élémentaire.  Que 
lui  im.porte?  les  lésions  élémentaires  pour  lui  n'ont  pas  d'im- 
portance, puisque  dans  les  prétendus  genres  qu'il  admet, 
dans  l'eczéma  par  exemple,  presque  toutes  peuvent  s'y  re- 
trouver. 

Quant  au  reproche  d'avoir  accordé  trop  d'importance  à  la 
lésion  élémentaire,  et  d'avoir  ainsi  multipHé  les  genres,  les 
espèces,  et  les  variétés,  il  n'est  pas  fondé,  puisque  Willan  a 
précisé  en  prenant  pour  base  de  son  classement  une  lésion 
constante,  la  période  d'état,  et  a  ainsi  limité  le  nombre  des 
affections  génériques. 

Ce  qui  a  amené  M.  Hardy  à  supprimer  les  genres  en  der- 
matologie, c'est  qu'il  est  élève  exclusif  d'Alibert.  Il  me  range 
aussi  parmi  les  élèves  d'Alibert;  c'est  une  erreur  contre  la- 
quelle je  proteste  hautement,  car  s'il  est  vrai  que  j'ai  em- 
ployé la  méthode  synthétique  pour  arriver  à  la  connaissance 
de  la  nature  desalfections  et,  qu'à  ce  titre,  on  puisse  me  dire 


74     .  QUATRIÈME    LEÇON. 

Alibertiste,  il  est  également  juste  d'ajouter  que  j'ai  fait  une 
part  beaucoup  plus  large  que  M.  Hardy  à  la  méthode  analy- 
tique en  admettant  complètement  lès  travaux  de  Biett  et  de 
Willan,  pour  arriver  au  diagnostic  des  genres,  et  que  par 
conséquent  je  suis  aussi  Willaniste.  Je  dirai  plus,  j'aime 
mieux  être  l'élève  de  Willan  que  celui  d'Alibert,  et  en  voici 
la  raison  : 

Qu'est-ce  qu'Alibert  nous  a  enseigné?  L'emploi  exclusif  de 
la  méthode  nosologique  l'a  conduit  à  rapprocher  des  maladies 
dont  les  lésions  cutanées  sont  essentiellement  différentv^s.  Sa 
classification  n'est  ni  une  classification  nosographique,  ni 
une  classification  de  symptômes,  mais  un  rapprochement 
arbitraire  de  maladies  qui  ne  saurait  servir  en  rien  au  diag- 
nostic des  symptômes  et  des  lésions,  non  plus  qu'au  diagnos- 
tic des  maladies. 

La  séméiotique  de  la  peau  manque  complètement  dans  les 
œuvres  de  M.  Hardy.  11  a  adopté  sans  restriction  la  méthode 
nosologique  d'Alibert,  et  n'a  accepté  en  réalité  de  Willan  que 
les  dénominations.  Il  a  bien  pris  dans  Lorry  et  dans  Alibert 
la  définition  de  la  dartre;  mais  au  lieu  d'en  faire,  comme  eux, 
un.genre  à  part,  le  genre  herpès^  il  l'a  accolée  au  mot  eczé- 
ma. Il  s'est  persuadé  ainsi  qu'il  avait  admis  le  progrès  Wil- 
lanique,  et  qu'il  l'avait  perfectionné  au  point  de  vue  de  la 
nature. 

La  méthode  Alibertiste  a  conduit  notre  excellent  collègue 
à  poser  catégoriquement  la  dartre,  et  l'a  amené  à  nier  les 
ordres  et  les  genres.  Si  on  lui  objecte  que  souvent  le  trau- 
matisme, une  friction  irritante  par  exemple,  produit  de  l'ec- 
zéma, comme  pour  lui  l'eczéma  est  toujours  une  forme  de  la 
dartre^  et  que  l'affection  artificielle  dont  nous  parlons,  n'a 
aucun  des  caractères  des  dartres,  il  est  forcé  de  leur  refuser 
le  nom  d'eczéma  et  de  l'appeler  un  éi^y thème  vésiculo-pustu- 
leux. 

M.  Hardy  ne  voit  rien  entre  la  maladie  et  la  lésion.  Pour 
lui,  le  genre  est  un  type  idéal.  Il  ne  vous  a  pas  fallu.  Mes- 
sieurs, observer  longtemps  nos  malades  pour  voir  combien 


DES  GENRES  EN  PATHOLOGIE  CUTANÉE.  75 

cette  opinion  est  fausse,  et  pour  vous  apercevoir  comment  il 
était  impossible,  en  bonne  logique,  de  ne  pas  admettre  de 
genres. 

Qu'est-ce  donc  qii'im  genrel 

C'est  une  affection  commune  à  plusieurs  maladies,  ayant 
un  certain  nombre  de  caractères  que  l'on  doit  toujours  re- 
trouver dans  les  différentes  espèces,  avec  des  modifications 
légères  qui,  tout  en  imprimant  un  cachet  spécial  aux  affec- 
tions génériques  suivant  la  maladie  dont  elles  sont  la  mani- 
festation, laissent  cependant  parfaitement  reconnaissables 
les  traits  principaux  auxquels  on  reconnaît  cette  affection. 

Je  vous  ai  dit,  messieurs,  que  l'existence  des  genres  ne 
pouvait  se  nier.  M.  Hardy  lui-même  nous  en  fournira  des 
exemples. 

Ne  le  voyons-nous  pas  admettre  en  réalité  un  psoriasis 
syphilitique,  quoiqu'il  n'ose  lui  donner  ce  nom,  et  avouer 
qu'il  ressemble  beaucoup  au  psoriasis  dartreux?  Il  y  a  donc 
un  genre  psoriasis  ! 

De  même  pour  l'acné  qui  est  rangée  dans  les  inflamma- 
tions, dans  les  hypc"crliiies,  dans  les  syphilides  f  syphilide 
acniforme).  La  négation  des  genres  est  donc  chez  lui  plus 
apparente  que  réelle. 

En  résumé  Willan,  avec  la  méthode  analytique,  a  rendu 
d'immenses  services,  et  a  jeté  les  bases  de  la  séméiotique  cu- 
tanée, tout  en  croyant  établir  un  classement  nosologique. 

L'école  d'Alibert^  en  appliquant  faussement  la  méthode 
synthétique  à  Tétude  des  lésions^  n'a  produit  que  de  la  con- 
fusion dans  l'étude  de  la  dermatologie. 

Je  n'ai  pas  adopté  une  méthode  à  l'exclusion  de  l'autre; 
mais  je  les  ai  employées  toutes  deux  dans  de  justes  limites. La 
méthode  analytique  m'a  guidé  pour  tout  ce  qui  est  séméioti- 
que de  la  peau  ;  la  méthode  synthétique  m'a  servi  à  établir  le 
classement  des  maladies  et  la  classification  correspondante 
des  affections  spéciales.  De  là  la  différence  qui  me  sépare  de 
M.  Hardy  dans  la  manière  do  comprendre  Tcczéma. 

Pour  M.  Hardy,  l'eczéma  est  toujours  une  forme  de  la  dar- 


76  QURTRIÈME   LEÇON. 

tre  dont  il  présente  les  principaux  caractères.  Dans  sa  défini- 
tion il  fait  bon  marché  delà  lésion  élémentaire,  qui,  dit-il, 
est  très  variable,  ce  qui  revient  à  n'en  point  admettre  de  ca- 
ractéristique ;  l'eczéma  pour  lui  n'est  pas  une  affection,  c'est 
une  maladie  idiopathique. 

Pour  moi,  l'eczéma  n'existe  pas  comme  entité  morbide. 
C'est  une  affection  générique  appartenant  à  l'ordre  des  vési- 
cules, que  l'on  retrouve  dans  plusieurs  maladies  dont  elle  ne 
doit  être  considérée  que  comme  la  manifestation.  C'est  ainsi 
qu'on  peut  avoir  des  eczémas  traumatiques,scrofuleux,liorpc- 
tiques,  arthritiques. 

Il  vous  est  facile  de  voir.  Messieurs,  que  du  côté  de  M. 
Hardy,  il  n'y  a  qu'obscurité  et  incertitude,,  tandis  que 
la  définition  Willanique  brille  au  contraire  par  la  clarté  et  la 
précision. 

Cette  étude  des  genres  vous  permettra  de  poser  un  dia- 
gnostic avec  une  sûreté  presque  mathématique.  Devant  une 
affection  cutanée,  vous  avez  toujours  à  résoudre  le  triple  pro- 
blème de  la  lésion  élémentaire,  de  l'affection  générique  et  de 
la  nature.  Je  ne  saurais  trop  vous  le  répéter,  parce  que  c'est 
là  le  point  capital  dans  l'étude  de  la  pathologie  cutanée. 

Comment  arrivez-vous  au  diagnostic  de  la  lésion  élémen- 
taire? Je  vous  l'ai  déjà  dit  dans  une  des  dernières  leçons;  c'est' 
l'observation  pure  et  simple  qui  vous  y  conduit.  Il  n'est  pas 
besoin  d'un  grande  habileté  pour  reconnaître  que  l'on  a  af- 
•  faire  à  une  tache,  à  un  bouton,  à  une  exfoliation,  à  un  ulcère, 
à  une  cicatrice.  Poussant  plus  loin  votre  investigation,  il  vous 
est  facile  de  voir  si  une  tache  est  sanguine  ou  pigmen taire, 
si  un  bouton  est  solide  ou  liquide  ;  si  c'est  une  vésicule,  une 
bulle  (boutons  séreux),  ou  une  pustule  (bouton  purulent). 

La  tache  sanguine  sera  extra  ou  intra-vasculaire;  la  pre- 
mière peut  être  congestive  ou  inflammatoire;  mais  pour  sa- 
voir si  la  tache  congestive  est  une  tache  initiale,  une  simple 
maculature,ou  si  elle  constituela  période  d'état  de  l'affection, 
il  est  nécessaire  de  bien  connaître  la  valeur  absolue  et  relative 


DES  GENRES  EN  PATHOLOGIE  CUTANÉE.         77 

des  taches,  c'est-à-dire  de  bien  posséder  les  éléments  de  la  sé- 
méiotiqiie  cutanée. 

Voilà  donc  une  premier  moyen  de  diagnostiquer  la  lésion 
élémentaire.  On  peut  y  arriver  par  un  autre  procédé,  par 
l'étude  des  genres;  ainsi  nous  avons  vu  précédemment  que, 
dans  l'eczéma,  on  n'était  appelé  qu'exceptionnellement  à  voir 
les  vésicules,  à  cause  de  leur  durée  éphémère.  Mais  aurons- 
nous  besoin  dé  voir  les  vésicules  pour  déclarer  l'affection:  vé- 
siculeuse?  Non  certainement,  et  quand  nous  aurons  sous  les 
yeux  une  affection  cutanée  caractérisée  par  des  surfaces  d'un 
rouge  ponctué,  avec  un  suintement  plus  ou  moins  abon- 
dant, et  des  croûtes  plus  on  moins  humides,  nous  pourrons 
être  sûrs  que  la  lésion  élémentaire  a  été  une  vésicule.  Il  est 
vrai  d'ajouter  que  cette  méthode  présente  des écueils  souvent 
difficiles  à  éviter  pour  les  médecins  peu  expérimentés,  c'est 
que  l'on  prend  quelquefois  pour  la  lésion  élémentaire  elle- 
même,  des  états  qui  ne  sont  que  consécutifs  et  qu'il  faut  une 
certaine  habitude  pour  reconstituer  par  la  pensée  la  lésion 
élémentaire  à  sa  période  d'état;  ce  qui  explique  les  erreurs 
si  fréquentes  que  l'on  fait  dans  le  diagnostic  des  genres.  Ainsi 
dans  l'eczéma,  par  exemple,  en  s'attachant  à  ces    phases 
consécutives  de  l'éruption,  on  peut  croire  à  un  pityriasis,  à 
un  psoriasis,  à  un  lich?n,  suivant  que  l'on  observe  l'affection 
à  une  période  oîi  elle  présente  de  petites  squames  furfura- 
cées,  des  squames  larges  et  sèches,  ou  enfin  des  papules. 

Le  diagnostic  de  l'affection  générique  repose  tout  entier 
sur  la  connaissance  de  la  lésion  élémentaire.  Il  jette  dans  le 
plus  grand  embarras  ceux  qui  ne  veulent  pas  admettre  de 
genres.  Je  vais  vous  en  citer  des  exemples. 

Vous  savez  que  les  éruptions  dues  à  la  présence  de  l'aca- 
rus  de  la  gale  prennent  souvent  la  forme  de  l'eczéma;  tous 
les  dermatologistes  les  désignent  sous  le  nom  d'eczéma 
psorique.  M.  Hardy  ne  peut  leur  donner  que  le  nom  de  gale 
vésiculeuse. 

Il  en  est  de  même  de  la  mentagre,  affection  pustuleuse, 
qui,  pour  moi,  peut  être  artificielle,  parasitaire  ou  arthritique. 


78  QUATRIÈME    LEÇON. 

M.  Hardy  n'admet  que  le  sycosis  parasitaire;  or  comme  l'ob- 
servation lui  a  démontré  que  tous  les  sycosis  ne  guérissaient 
pas  par  les  parasiticides,  il  est  forcé  de  faire  rentrer  les  au- 
très  variétés  dans  l'eczéma  dont  elles  n'ont  aucun  caractère. 

Vous  avez  pu  observer  chez  nos  arthritiques,  de  ces  taches 
d'un  rouge  yinenx  dont  les  bords  sont  nettement  arrêtés  et 
relevés  au  dessus  des  parties  environnantes,  dont  la  forme 
est  régulièrement  arrondie,  je  veux  parler  de  l'éry thème 
marginé. 

Quelquefois  l'éruption  va  jusqu'à  la  vésiculation;  il  y  a  un 
véritable  herpès  circiné  qui  pour  moi,  est  une  manifestation 
de  l'arthritis.  Pour  M.  Hardy,  tous  les  herpès  circinés  sont 
parasitaires  ;  il  n'est  pas  étonnant  après  cela,  que  MM.  Ga- 
zenave  et  Chausit  viennent  dire  aux  médecins  qui  admettent 
des  affections  parasitaires  :Vous  dites  que  l'herpès  circiné  est 
produit  par  un  parasite;  nous  l'avons  recherché  avec  soin 
et  nous  ne  l'avons  pas  trouvé  dans  tous  les  cas.  Puisque  le 
parasite  n'est  pas  constant,  il  n'est  donc  que  secondaire.... 
Us  ont  confondu  l'ér^^thème  marginé  arthritique  avec  l'herpès 
circiné  parasitaire;  on  s'explique  ainsi  qu'ils  aient  trouvé  le 
champignon  dans  un  cas,  et  qu'ils  ne  l'aient  pas  vu  dans  l'au- 
tre. 

H  y  a  une  affection  très  grave,  caractérisée  par  des  tumeurs 
grosses  comme  des  tomates  et  finissant  par  donner  naissance 
à  des  ulcères  fongueux,  livides  et  d'un  aspect  tout  par- 
ticulier. Vous  avez  tous  reconnu  le  mycosis  fongoïde.  Les 
tumeurs  du  mycosis  sont  précédées  de  plaques  érythémateu- 
ses  et  lichénoïdes.  M.  Hardy,  n'admettant  pas  de  genre,  sera 
forcé  d'en  faire  une  dartre  [lichen  hyper trophique) ,  ce  qui 
est  un  contresens  évident;  car  le  mycosis  n'a  jamais  eu  les 
caractères  assignés  aux  dartres  par  notre  savant  confrère. 

Enfin  il  est  certaines  affections  qui  se  transforment  insitn. 
Je  vous  ai  parlé  de  l'impétigo^  se  changeant  peu  à  peu  en 
scrofulide  maligne,  de  l'acné  en  lupus  acnéïque,  de  l'eczéma 
en  scrofulide  ulcéreuse.  Pour  moi,  ces  différentes  formes 
de  l'afTection  cutanée  correspondent  à  autant  d'affections 


DES  GENRES  EN  PATHOLOGIE  CUTANÉE.  79 

génériques  qui  sont  les  manifestations  d'une  même  entité,  la 
scrofule.  M.  Hardy,  pour  être  logique,  devrait  admettre  que 
l'affection  a  été  d'abord  une  dartre,  et  est  devenue  ensuite 
une  scrofulide  maligne.  Mais  il  préfère  nier  le  fait  et  dire 
qu'on  n'observe  jamais  de  ces  transformations,  ce  qui  est 
une  grande  erreur. 

Nous  arrivons  en  dernier  lieu  au  problème  de  la  nature 
de  l'affection  générique  observée. 

Gomment,  Messieurs,  peut-on  parvenir  à  reconnaître  que 
telle  ou  telle  affection  est  arthritique  plutôt  que  scrofuleuse, 
herpétique  ou  syphilitique?  Je  vous  l'ai  déjà  dit,  la  maladie 
déteint  sur  le  symptôme  :  les  affections,  tout  en  conservant 
les  caractères  fondamentaux  qui  distinguent  les  genres, 
présentent  une  physionomie  particulière  dans  chaque  ma- 
ladie, et  offrent  des  variétés  dans  la  forme,  la  couleur,  le 
siège,  le  mode  d'évolution  et  de  terminaison des  érup- 
tions, variétés  qui  permettent  de  les  rattacher  à  des  entités 
morbides  distinctes. 

Mais  les  caractères  objectifs  des  affections  cutanées  ne 
constituent  pas  l'unique  source  d'indications  propres  à  nous 
en  révéler  la  nature  ;  pour  compléter  le  diagnostic,  il  faut  en- 
core interroger  les  antécédents  du  malade, ceux  de  sa  famille, 
s'enquérir  des  résultats  de  la  thérapeutique  déjà  mise  en 
usage,  etc.,  etc.  Le  cadre  restreint  de  cette  leçon  ne  me  per- 
met pas  de  revenir  sur  un  sujet  que  j'ai  traité  et  longuement 
développé  dans  les  leçons  des  années  précédentes.  Je  ter- 
minerai par  une  remarque  importante,  c'est  que  quelque- 
fois les  caractères  particuliers  de  l'espèce  sont  si  tranchés 
qu'ils  obscurcissent  ceux  du  genre  et  de  l'ordre.  Gela  arrive 
fréquemment  dans  la  syphilis,  et  vous  verrez  souvent  des 
médecins  très-instruits  n'être  nullement  embarrassés  pour 
déclarer  syphilitique  une  éruption  dont  ils  auraient  peine  à 
déterminer  le  genre  et  même  la  lésion  élémentaire, 


CINQUIÈME   LEÇON. 


Messieurs, 

Dans  cette  leçon  je  me  propose  de  répondre  aux  objections 
que  l'on  a  élevées  contre  l'arthritis  et  les  arthritides. 

Ces  objections  (et  le  nombre  en  est  fort  considérable) 
nous  offrent  d'abord  ceci  de  curieux  à  noter  qu'elles  ne  se 
ressemblent  nullement  au  point  de  vue  de  la  forme  et  du 
fond,  et  souvent  même  se  contredisent  de  la'  manière  la  plus 
formelle.  C'est  ici  le  cas  d'appliquer  le  vieil  adage  : 
Tôt  capita^  quot  sensus. 

«  L'arthritis  n'existe  pas  ;  la  goutte  et  le  rhumatisme  sont  deux 
«  maladies  essentiellement  différentes. 

Hardy;  Monneret. 
L'arthritis  existe  comme  maladie  constitutionnelle  ;  mais  les 
affections  cutanées  arthritiques  n'ont  pas  de  caractères  propres  à 
faire  reconnaître  leur  origine. 

GérinRoze  {de  l'arthritis,  thèse  inaugurale,  1861  ) 

«  L'arthritide  est  de  Lorry.  » 
Devergie  {Traité  pratique  des  maladies  de  peau,  3^  édit.,  p.  69  ) 

La  goutte  et  le  rhumatisme  engendrent  des  affections  de  peau 
qui  n'ont  pas  de  caractères  spéciaux. 

Monneret  et  autres. 


OBJECTIONS  CONTRE  l'aRTHRITIS    ET   LES    ARTHRITIDES.       81 

Les  arthritides  de  M.  Bazin  sont  des  dartres  légèrement  modi- 
fiées par  le  tempérament  et  la  constitution.  Hardy. 

Les  eczémas,  les  hémorrhoïdes,  les  douleurs  rhumatismales 
coexistent  souvent  chez  le  même  sujet.  Cet  ensemble  d'affections 
ne  constitue  qu'une  manifestation  de  Vherpétisme. 

Lafont  Gouzi  (mémoire  cité). 

«  Nous  nous  croyons  en  droit  de  faire  à  M.  Bazin  le  reproche 
«  d'avoir  compliqué  d'un  élément  nouveau  le  diagnostic  des  ma- 
»  ladies  de  peau,  alors  qu'il  ne  nous  donnait  pas  les  moyens  suf- 
«  fisants  pour  y  arriver  avec  certitude.  » 

Corn  IL  {Archives  de  médecine,  juin  1862.) 

Je  répondrai  d'abord  à  ceux  qui  rejettent  l'arthritis  comme 
unité  pathologique,  qui,  ne  voulant  admettre  aucune  assimi- 
lation de  la  goutte  au  rhumatisme,  établissent  entre  ces  deux 
formes  morbides  dps  différences  fondamentales. 

Ghomel,  dont  personne  ne  mettra  en  doute  la  vaste  expé- 
rience, faisait,  au  commencement  de  sa  carrière  médicale, 
la  distinction  entre  la  goutte  et  le  rhumatisme.  Plus  tard, 
une  appréciation  plus  rigoureuse  des  faits  lui  démontra  que 
cette  distinction  ne  reposait  que  sur  des  signes  de  peu  de  va- 
leur, et  il  ne  fit  qu^une  seule  entité  morbide  de  ces  deux  va- 
riétés de  l'arthritis.  Et  cependant  Ghomel  n'avait  vu  de  l'ar- 
thritis que  les  manifestations  articulaires  et  viscérales  ; 
qu'eût-il  donc  dit  s'il  avait  été  à  même  d'en  observer  les  ma- 
nifestations cutanées  ? 

Permettez-moi,  Messieurs,  de  vous  rappeler  en  quelques 
mots  combien  sont  illusoires  les  caractères  que  l'on  a  don- 
nés comme  distinctifs  entre  les  deux  maladies  : 

On  a  dit  que  la  goutte  était  la  maladie  des  riches,  des  gens 
qui  se  nourrissent  bien  et  vivent  dans  l'oisiveté;  que  le 
rhumatisme  s'observait  surtout  dans  les  classes  pauvres, 
chez  l'ouvrier  soumis  à  une  mauvaise  alimentation  et  exposé 
à  toutes  les  intempéries  des  saisons.  Rien,  Messieurs,  n'est 
plus  faux.  Allez  à  Bicêtre;  allez  à  la  Salpêtrière;  allez  dans 
les  asiles  où  se  réfugie  le  pauvre,  et  vous  verrez  que  la  goutte 
y  sévit  pour  le  moins  autant  que  dans  la  classe  riche. 


82  CINQUIÈME    LEÇON. 

On  a  prétendu  que  la  goutte  attaquait  les  petites  articula- 
tions, et  le  rhumatisme  les  grandes  ;  que  l'une  produisait  des 
concrétions  articulaires  que  l'on  ne  retrouvait  pas  dans  l'au- 
tre. 

Il  suffît  d'avoir  vu  un  grand  nombre  d'arthritiques  pour 
savoir  que  rien  n'est  absolu  dans  ces  signes;  qu'il  est  fré- 
•quent  de  voir  le  rhumatisme  envahir  les  petites  articulations 
et  la  goutte  les  grandes,  de  voir  la  maladie  donner  lieu,  dans 
l'un  et  l'autre  cas,  à  la  même  série  de  phénomènes  locaux. 
Quant  aux  concrétions  topheuses,  on  les  retrouve  dans 
l'une  et  l'autre  forme.  Dans  chacune  des  deux  variétés,  les 
urines  sont  chargées  d'urates. 

Du  reste,  qui  devons  n'a  observé  ces  exemples  si  fréquents 
de  personnes  ayant  eu  des  rhumatismes  dans  leur  jeunesse 
et  la  goutte  dans  un  âge  plus  avancé  ?  —  Direz-vous, 
dans  ce  cas,  que  le  même  sujet  a  eu  deux  maladies  différen- 
tes ?  n'est-il  pas  plus  rationnel  d'admettre  tout  simplement 
qu'il  était  sous  l'influence  d'une  même  maladie  constitution- 
nelle, l'arthritis  ? 

La  différence  entre  la  goutte  et  le  rhumatisme  est  si  peu 
radicale,  en  théorie  comme  en  pratique,  qu'il  est  des  cas  oîi 
les  plus  ardents  défenseurs  de  la  séparation  de  ces  deux  for- 
mes morbides  sont  obligés  eux-mêmes  de  confesser  en  quel- 
que sorte  leur  identité  de  nature  et  d'admettre  un  moyen 
terme,  un  anneau  de  transition  de  l'une  à  l'autre^  le  rhuma- 
tisme noueux. 

Il  me  semble  que  ces  raisons  (et  il  en  est  bien  d'autres) 
sont  assez  péremptoires  pour  que  l'on  soit  autorisé  à  réunir, 
sous  le  nomd'(2r^//!nVz5,  les  manifestations  articulaires  delà 
goutte  et  du  rhumatisme.  La  chose  n'est  d'ailleurs  pas  nou- 
velle, ainsi  que  nos  adversaires  pourront  s'en  convaincre, 
s'ils  veulent  bien  se  donner  la  peine  de  relire  les  auteurs  qui 
ont  écrit  jusqu'à  Baillou  ;  ils  y  verront  que  presque  tous  ad- 
mettaient l'arthritis  comme  unité  pathologique  indivise,  et 
que  par  conséquent  cette  maladie  n'est  pas ,  comme  on  l'a 
dit,  éclose  un  beau  matin  dans  notre  cerveau. 


OBJECTIONS  CONTRE  LARTHRITIS  ET    LES    ARTHRITIDES.       83 

Aurais-je  copié  l'arthritis  et  les  arthritides  dans  Lorry? 
C'est  une  assertion  tout  à  fait  contraire  à  la  vérité,  et 
M.  Devergie,  qui  lance  cette  accusation^  aurait  dû  au  moins 
l'appuyer  sur  des  preuves  plus  sérieuses  qu'une  simple  affir- 
mation. Que  ne  cite-t-il  les  textes?  J'en  suis  à  me  demander 
si  mon  très-honoré  collègue  a  lu  Lorry.  Quant  à  moi,  j'ai 
longtemps  cherché  dans  cet  auteur,  sur  la  foi  de  M.  Devergie, 
les  passages  pouvant  se  rapporter  au  sujet  qui  nous  occupe  ; 
je  n'ai  jamais  trouvé,  et  je  suis  persuadé  que  M.  Devergie 
n'a  pu  trouver  davantage,  rien  qui  ressemble,  de  près  ou  de 
loin,  à  ma  classe  des  arthritides.  Ce  que  j'ai  vu,  et  ce  que 
vous  pouvez  tous  voir,  c'est  que  Lorry,  comme  tous  les  méde- 
cins de  l'antiquité,  comme  tous  les  bons  esprits,  avait  signalé 
la  coïncidence  d'affections  cutanées  avec  la  goutte  et  le  rhu- 
matisme. Je  n'ai  jamais  contesté  ce  fait  ;  mais  il  y  a  loin  de 
là  à  admettre  l'arthritis  comme  unité  morbide,  à  en  décrire 
l'évolution,  et  à  donner  des  caractères  particuliers  pour  re- 
connaître les  arthritides,  même  en  l'absence  des  manifesta- 
tions articulaires. 

Répondons  maintenant  aux  adversaires  des  arthritides.  Ils 
se  partagent  en  deux  camps  : 

Les  uns  (Monneret,  Gérin  Roze)  veulent  bien  admettre  des 
affections  cutanées  se  produisant  sous  l'influence  de  la  goutte 
et  du  rhumatisme,  mais  ils  repoussent  en  même  temps 
comme  ihusoire  tout  caractère  pouvant  servir  à  les  différen- 
cier des  autres  affections  cutanées. 

Pour  les  autres,  les  arthritides  sont  des  dartres.  C'est  l'o- 
pinion  de  M.  Hardy,  et  avant  lui  d'Alibert. 

Aux  premiers  je  dirai  :  à  quoi  sert-il  d'admettre  des  ar- 
thritides, si  vous  leur  déniez  tout  caractère  propre  à  en  ré- 
véler l'existence?  C'est  absolument  comme  si  vous  n'en  ad- 
mettiez pas.  La  coïncidence  pure  et  simple  de  ces  affections 
cutanées  avec  les  manifestations  articulaires  de  la  goutte  et 
du  rhumatisme  ne  prouve  absolument  rien,  et  l'on  pourra 
toujours  objecter  que  ce  sont  des  complications,  des  mani- 
festations d'une  autre  diathèse. 


84  CINQUIÈME    LEÇON. 

Je  m'arrêterai  davantage  à  la  deuxième  opinion, 

Alibert  avait  établi  une  famille  de  dermatoses  dartreuses 
avec  les  genres  herpès ,*varus,  mélitagre,  esthiomène. 

M.  Hardy,  son  élève,  a  éliminé  avec  juste  raison  l'esthic- 
mène  (lupus  exedens)  que  tout  le  monde  range  parmi  les 
scrofulides,  et  le  varus,  qui  correspond  à  l'acné  des  auteurs 
modernes.  Il  reste  encore,  de  la  classe  fondée  par  Alibert, 
toutes  les  affections  cutanées  que  je  désigne  sous  le  nom  d'ar- 
thritides,  les  scrofulides  bénignes, et  enfin  les  dartres  propre- 
ment dites,  que  M.  Hardy  réunit  sous  le  nom  commun  de 
dartres. 

Chaque  année,  mon  savant  collègue  fait  un  siège  en  règle 
des  arthritides;  il  s'étend  toujours  complaisamment  sur  les 
mêmes  objections,  quoique  j'y  aie  répondu  déjà  plusieurs 
fois.  Dans  ses  leçons  sur  les  affections  cutanées  dartreuses,  il 
a  reproduit  avec  de  plus  grands  développements  la  même 
argumentation  ;  il  y  a  déployé  toutes  les  ressources  de  sa  dia- 
lectique. Quelque  facile  que  soit  la  réfutation  de  son  système, 
je  vous  demanderai  la  permission  d'y  revenir  encore  cette 
année  :  à  toute  attaque  il  faut  une  défense  nouvelle,  et  le  si- 
lence a  quelquefois  ses  dangers. 

«  Admettons  pour  un  instant,  dit  M.  Ilardy,  l'existence  de  celle 
«  dialhèse  arthritique.  Est-elle  une  cause  d'éruptions  cutanées  ? 
<(  Tel  est  le  problème  que  nous  avons  à  résoudre.  Il  n'est  pas 
H  d'élève  qui,  dans  les  hôpitaux,  n'ait  vu  bon  nombre  de  rbuma- 
c  tisants;  a-t-il  jamais  observé  d'arthritides  ?  Malgré  la  loi  de  ba- 
«  lancement  timidement  formulée  par  M.  Bazin,  cette  absence 
«  constante  d'un  signe  aussi  manifeste  de  l'arthrilis  nous  semble 
«  une  objection  d'une  grande  valeur.  » 

{Loco  citato,  page  45.) 
Cette  dernière  réflexion  de  M.  Hardy  prouve  que  pour  bien 
observer  il  faut  que  l'attention  soit  appelée  sur  le  sujet  à 
observer.  Si  j'allais  dire  à  M.  Hardy  :  Vous  avez  eu  dans 
votre  service  beaucoup  de  malades  affectés  de  chancres  indu- 
rés ;  mais  auriez-vous  par  hasard  remarqué  que  ces  chan- 


OBJL^CTlOiNS  COîNTKIi  L'AUlHKllltJ  Kl    LliS    AUTlllUTlULS.       85 

cres  fussent  habituellement  accompagnés  de  gommes?  Il  me 
répondrait  certainement  qu'il  n'a  jamais  observé  cette  coïn- 
cidence. Irai-je  pour  cela  soutenir  que  le  chancre  induré  et 
les  gommes  ne  sont  pas  produits  par  la  même  maladie,  la  sy- 
philis ?  Ce  serait  absurde  î  11  en  est  tout  à  fait  de  môme  pour 
ï'arthritis.  Chaque  manifestation  d'une  maladie  constitu- 
tionnelle a  son  heure  marquée  dans  l'évolution  de  l'unité 
morbide,  et  de  ce  qu'un  malade  ayant  une  affection  cutanée 
avec  tous  les  caractères  que  j'ai  assignés  aux  arthritides  n'a 
pas  eu  de  rhumatismes,  cela  ne  prouve  pas  qu'il  n'est  pas 
arthritique. 

M.  Hardy  sait,  du  reste,  aussi  bien  que  moi  que  l'on  diag- 
nostique souvent  et  avec  raison,  soit  une  syphilide,  soit  une 
scrofalide,  bien  que  l'on  ne  puisse  découvrir  aucun  antécé- 
dent syphilitique  ou  scrofuleux.  Pourquoi  veut-il  donc  faire 
du  rhumatisme  l'antécédent  obligé  de  l'arthritide  ? 

La  loi  de  balancement  entre  les  manifestations  cuLanees 
et  les  manifestations  articulaires  de  1  arthritis,  qui  est  mise 
en  doute  par  M.  Hardy,  est  bien  connufj  des  médecins  qui  se 
sont  donné  la  peine  de  suivre  consciencieusement  le  malade. 
Ce  balancement  n'est  pas  un  fait  nouveau,  et  Lorry  a  dit  de- 
puis longtemps  que,  dans  les  familles  de  goutteux  les  uns 
avaient  des  attaques  de  goutte  sans  afïections  cutanées,  les 
autres  des  atiections  cutanées  sans  manifestations  articulaires- 
D'ailleurs,  il  est  faux  de  dire  avec  mon  excellent  collègue 
que  les  arthritides  ne  se  voient  jamais  dans  le  cours  du  rhu- 
matisme et  de  la  goutte.  J\L  Bouillaud,  Legruux  et  beaucoup 
d'autres  auteurs  ont;,  au  contraire,  fréquemment  observé  ces 
coïncidences  que  vous  avez  pu  vous-mêmes  constater  aujour- 
d'hui chez  trois  de  nos  malades  de  la  salle  Sainte-Foy  :  au 
n°  3,  je  vous  ai  montré  une  fennne  déjà  âgée  qui  présentait 
à  la  fois  une  attaque  de  goutte  aiguë  et  une  poussée  de  pem- 
phigus  aigu  ;  vous  avez  vu  également,  au  n"  10,  une  autre 
malade  qui  a,  en  même  temps  qu'un  érythème  herpétiforme 
de  la  face  dorsale  des  mains  et  des  avant-bras,  un  rhuma- 
tisme àes  deux  genouvct  de  l'articulation  tibio-tarsienne 

.     5 


86  CINQUIÈME  LEÇON. 

gauche  ;  et  enfin  une  troisième,  au  n"  40,  nous  offrait  l'exein- 
ple  d'un  érythème  noueux  des  jambes  ainsi  que  d'un  éry- 
thème  papulo-tuberculeux  de  la  face  et  du  dos  des  mains 
existant  en  même  temps  qu'un  rhumatisme  des  genoux  et 
des  poignets. 

Ce  qui  fait  que  les  élèves  de  M.  Hardy  ne  peuvent  recon* 
naître  ces  coïncidences,  c'est  qu'ils  les  regardent  comme  des 
complications  :  ce  sont  des  maladies  accidentelles  de  la  peau 
ou  bien  des  dartres  survenant  accidentellement  chez  des 
rhumatisants. 

Mais  voyons  un  peu  les  autres  arguments  de  M.  Hardy  : 

«  Les  indications  que  donne  M.  Bazin  concernant  le  siège  des 
«  arthritides  sont,  il  faut  l'avouer,  assez  élastiques,  puisque,  sauf 
«  le  dos,  le  ventre  et  le  segment  moyen  de  la  cuisse,  il  énumère 
«  toutes  les  régions  du  corps.  Encore  trouvons-nous,  malgré  le 
«  vague  de  cette  localisation,  plusieurs  contradictions  soit  dans  les 
H  observations  citées  par  lui  (Observ.  IV,  p.  338  ;  observ.  VIII, 
«  p.  34i).  soit  dans  le  texte  de  son  ouvrage,  qui  contient  les 
«  phrases  suivantes  : 

«  Toutes  les  parties  de  la  peau  peuvent  être  le  siège  de  Vurticaire 
«  arthritique^  p.  106);  et  plus  loin,  parlant  du  pityriasis  rubra  : 
«  Il  se  développe^  dit-il,  ordinairement  sur  la  face,  le  cuir  chevelu 
o  et  le  tronc,  très-rarement  sur  les  membres.  A  propos  de  l'herpès 
«  arthritique,  nous  trouvons  encore  la  phrase  suivante  :  L'herpès 
«  arthritique  se  manifeste  sur  toutes  les  parties  du  corps  et  plus  par- 
ai ticulièrement  sur  les  lèvres,  les  joues,  le  cou,  la  poitrine  et  les  bras; 
«  mais  il  se  développe  aussi  sur  les  membres  inférieurs,  le  tronc,  le 
K  prépuce,  les  grandes  et  les  petites  lèvres,  le  col  de  l'utérus...  de  telle 
«  sorte  que  l'éruption  occupe  la  plus  grande  partie  de  la  peau  dans 
«  l'espace  d'un  mois  à  six  semaines  {ç.  202).  —  Voyez  encore  l'ob» 
«  servation  IX,  où  M.  Bazin  nous  présente  un  peraphigus  arthri* 
«  tique,  qui  se  termina  par  la  mort  à  une  époque  où  les  bulles 
«  avaient  envahi  toute  la  surface  du  corps  et  de  la  muqueuse  buc- 
K  cale  (p.  3/i7)  —  Joignons  y  un  psoriaris  également  arthritique 
*.  (p. 351)  oîi  l'éruption,  débutant  par  un  point  limité,  ne  tarda  pas 

à  se  généraliser.  —  Et  que  ferons-nous  alors  de  cette  proposi-i 


OBJECTIONS  CONIBE  t'ARTHRIÎIS  ET  LES  ARTHRITIDES.        87 

4  don  :  Varthritide  ne  se  généralise  jamais^  L'examen  de  tels  faits 
in  ne  nous  amènerait-il  pas  à  reconnaître  deux  sortes  d'éruptions 
«  arthritiques,  l'une  se  développant  sur  des  poiats  électifs  limités, 
«  l'autre  occupant  toute  la  surface  du  corps?  Si  bien  que  nous  ne 
«  pouvons  plus  tirer  aucun  caractère  positif  du  siège  de  l'affec- 
«  tion,  et  qu'en  serait  presque  en  droit,  en  se  basant  uniquement 
«  sur  ce  signe,  de  multiplier  les  espèces,  et  de  créer  deux  variétés 
«  distinctes  avec  les  différentes  manifestations  de  la  même  maladie. 
«  Ceci,  il  faut  l'avouer,  devient  plus  que  de  l'obscurité.»  (p.  48,  Zi9.) 

Toute  l'obscurité  est  du  côté  de  M.  Hardy.  Que  veut-il  dire 
avec  ses  espèces  et  ^q?,  variétés  distinctes  faites  des  différentes 
manifestations  de  la  même  maladie?  Je  regrette  qu'il  ne  s'ex- 
plique pas  davantage  là-dessus,  et,  quant  à  moi,  il  me  semble 
que  j'ai  donné  à  ces  mots  un  sens  assez  précis  pour  qu'on  ne 
puisse  faire  aucune  confusion.  Dans  cette  argumentation, 
que  se  propose-t-il  ?  De  démontrer  que  tues  artliritides  n'exis- 
tent pas  et  qu'on  doit  les  faire  rentrer  dans  la  classe  des  dar- 
tres. Pour  y  arriver,  il  prend  tour  à  tour  le  siège,  la  forme,  la 
couleur,  l'absence  de  prurit,  etc.,  et  montre  qu'un  de  ces 
signes  peut  manquer.  Puis  il  conclut  du  particulier  au  géné- 
ral. Mon  savant  collègue  ne  prouve  rien  en  voulant  trop 
prouver.  Pourquoi  vouloir  qu'il  en  soit  autrement  dans  la 
pathologie  cutanée  que  dans  la  pathologie  ordinaire?  Et,  pour 
citer  des  exemples,  ne  voit-on  pas,  dans  les  jQèvres  érup- 
tives,  manquer  le  signe  le  plus  caractéristique,  Téruption  ? 
N'existe-t-il  pas  des  varioles,  des  rougeoles,  des  scarlatines 
incontestables  sans  exanthème  ? 

Ressort-il  de  l'argumentation  de  M.  Hardy  que  la  ques- 
tion du  siège  ne  soit  pas  importante?  Nullement  S'il  est 
vrai  que,  dans  les  syphilides  exanthématiques  [précoces^  de 
M.  Hardy),  il  n'y  a  pas  lieu  de  tenir  compte  de  ce  carac- 
tère à  cause  de  la  généralisation  de  l'éi'uption,  dans  les  sy- 
philides circonscrites  [intermédiaires  de  M.  Hardy)  le  siège 
devient  utile  à  considérer  pour  le  diagnostic.  Pourquoi  n'en 
serait-il  pas  de  même  dans  l'arthritis?  En  disant  que  l'ar- 
thritide  ne  se  généralisait  pas^,  je  n'ai  jamais  parlé  des  affec- 


88  CINQUIÈME   LEÇON. 

lions  pseiido  exanthématiques.  L'observation  de  pemphigus 
chronique  généralisé,  terminé  par  la  mort,  que  [M.  Harchr 
invoque  contre  mon  opinion  est  un  exemple  assez  mal  choisi. 
Il  s'agit  là  d'une  arthritide  maligne,  et,  par- conséquent,  ne 
pouvant  pas  être  comparée  à  la  forme  commune,  qui  est  celle 
où  l'on  observe  la  limitation  des  éruptions. 

Quant  à  l'observation  XT  (p.  35Î)  de  psoriasis  arthritique 
généralisé,  elle  est  également  citée  mal  à  propos.  L'éruption 
occupait  les  parties  génitales,  les  avant-bras,  les  jambes  et  le 
cuir  chevelu, c'est-à-direlesiégede  prédilection  des  arthritides. 
Est-ce  là  ce  que  M.   Hardy  appehe  un  psoriasis  généralisé? 

A  l'occasion  du  pemphigus  chronique,  je  me  suis  de- 
mandé bien  souvent  s'il  n'y  aurait  pas  lieu  de  fonder  une 
classe  spéciale  intermédiaire  aux  maladies  constitutionnelles 
et  aux  diathèses,  et  d'admettre  comme  plusieurs  auteurs,  et 
entre  autres  Jean-Paul  Tessîer,  une  classe  de  maladies  ca- 
cftectiques  comprenant  le  pemphigus  chronique,  la  maladie 
d'Addison,  le  scorbut,  le  diabète  sucré,  etc.,  etc.,  toutes  ma- 
ladies, qui  ont  pour  caractère  principal  une  atteinte  profonde 
à  la  nutrition?  N'allez  pas  croire  cependant.  Messieurs,  qu'il 
y  ait  paresse  ou  obstination  de  ma  part,  si  j'hésite  encore  à 
modifier  sur  ce  point  ma  classification  !  D'autres  considéra- 
tions plus  sérieuses  me  guident.  G'est  que,  depuis  ^quelque 
temps,  j'ai  eu  l'occasion  d'observer  plusieurs  cas'de  pemphi- 
gus chronique  sur  lesquels  j'avais  étabU  moi-même  le  plus 
fâcheux  pronostic,  et  qui  ont  parfaitement  guéri  sous  l'in- 
fluence des  alcalins  et  du  perchlorure  de  fer.  Une  autre  rai- 
soîi  qui  m'engage  à  conserver  cette  affection  dans  les  arthri- 
tides, c'est  que,  dans  les  trois  quarts  des  cas,  j'ai  rencontré 
chez  les  individus  qui  en  étaient  atteints  des  antécédents 
manifestement  arthritiques.  (I) 

«  La  forme  nummulaire  et  arrondie  ne  peut  être  un  caractère 
«  pathognomonique  de  l'arthritide,  puisque  cette  forme   se  ren^ 


(1)  Voir  les  changements  que  j'ai  apportés,  eu  1865,  à  ma  classi- 
fication de?  arllirilido?. 


OBJEOtlONS   f.ONTf;E    l/AliTJlillJIS    r.l   rj:s    Af;THR!TlliKS.       8i-l 

«  contre  dans  main  te  affection  de  toute  autre  nature.  On  la  trouve 
«  dans  les  maladies  parasitaires  si  bien  délimitées,  que  quelques- 
a  unes  ont  reçu  le  nom  de  circinées  ;  elle  existe  dans  le  pityriasis 
«  dartreux,  et  nous  en  avons  rencontré  de  beaux  exemples  chez 
«  des  sujets  qui  n'offraient  aucun  antécédent,  ni  aucun  caractère 
«  arthritique.  On  retrouvera  ce  mode  de  groupement  dans  le  pso-= 
«  riasis  circiné  ou  lèpre  vulgaire,  et  cette  forme  de  développement 
B  existe  également  dansle  psoriasis  guttata  et  dans  quelques  autres 
a  variétés  de  dartres.  Du  reste,  pour  nous  en  tenir  h  la  lettre,  ou- 
«  vrons  l'ouvrage  de  M.  Bazin,  et  nous  y  trou\rerons  l'exemple 
«  d'un  psoriasis  dartreux  totalement  défavorable  à  la  doctrine  que 
a  défend  cet  auteur  :  Sur  la  partie  postérieure  du  bras  gauche^  dit- 
«  il,  existeune  plaque  rouge  arrondie;..,  plus  bas,  sur  la  imrtie  ex- 
«  terne  de  la  cuisse  gauche,  on  trouve  une  plaque  arrondie.  (Obser- 
«  vation  XIX,  p.  362.)  —  Â  la  page  suivante,  on  lit  la  description 
a  d'un  autre  psoriasis  également  herpétique  par  laquelle  nous 
«  apprenons  que  la  poitrine  et  le  dos  offraient  des  cercles  complets 
«  et  incomplets.  » 

«  En  présence  des  faits  positifs  qui  nous  révèlent,  de  l'aveu 
«  même  de  M.  Bazin,  l'existence  de  la  forme  nummulaire  et  cir- 
«  cinée  aussi  bien  dans  les  affections  dartreuses  que  dans  les  érup- 
«  tions  arthritiques,  de  même  que  son  absence  fréquente  dans  les 
m.  manifestations  cutanées  de  cette  dernière  espèce,  nous  nn  pou- 
«  vons  plus  accorder  qu'une  bien  minime  valeur  à  un  caractère 
«  aussi  incertain.  »  (p.  /|9  et  50.) 

M.  Hardy  confond  deux  formes  bien  distinctes  :  la  forme 
nummulaire  et  la  forme  circinée.  Dans  la  première,  les  élé- 
ments éruptifs  se  présentent  toujours  sous  forme  de  disques 
pleins  qui,  bien  qu'arrondis  d'une  manière  générale,  ne 
présentent  pas  cette  délimitation  si  exacte,  cette  régularité 
parfaite  de  la  forme  circinée.  Cette  dernière  offre  l'aspect  de 
bandes  annulaires  plutôt  que  de  disques,  et  quand  la  plaque 
circinée  est  pleine  ù  son  centre,  sa  circonférence  est  toujours 
•plus  nette  et  tranche  sur  le  reste^du  cercle. 

Du  reste,  en  donnant  la  forme  nummulaire  comme  carac- 
tère des   arthritides,  j'ai  eu  en  vue  les  affections  humides 


90  CINQUIÈME    LEÇON, 

plutôt  que  lés  affections  sèches.  Dans  ces  dernières,  dans  le 
psoriasis,  par  exemple,  on  retrouve  souvent  la  forme  num- 
mulaire  aussi  bien  dans  l'espèce  arthritique  que  dans  l'espèce 
herpétique  ;  mais  encore  faut-il  faire  une  distinction  impor- 
tante. 

Dans  le  psoriasis  dartreux,  la  forme  nummulaire  ne  con* 
stitue  jamais  qu'une  phase  de  transition  ;  elle  a  toujours  ét^ 
précédée  de  psoriasis  punctata  et  guttata,  et  elle  sera  suivie 
de  psoriasis  difTusa. 

Dans  le  psoriasis  arthritique,  au  contraire,  la  forme  num- 
mulaire existe  dès  le  début  et  persiste  jusqu'à  la  fin. 

«  Nous  serons  moins  sévère  en  ce  qui  concerne  la  coloration  des 
»  arlhritides.  Elles  oifrent,  en  effet,  dans  certains  cas,  une  teinte 
«  violacée  assez  bien  caractérisée  ;  nous  citerons  surtout  i'éry- 
«  thème  noueux,  l'une  des  rares  afCeclions  qu'on  pourrait,  à  la  ri- 
»  gueur,  rattacher  au  rhumatisme.  Notons  toutefois  que  cette 
«  couleur  n'appartient  pas  uniquement  à  cetle  classe  de  lésions,  et 
«  qu'elle  est  le  propre  d'un  groupe  plus  important  et  plus  légi* 
«  time,  celui  des  scrofulides.  » 

Pourquoi  citer  surtout  l'érythème  noueux?  Est-ce  q;Ué 
l'érythème  papulo-tuberculeux,  la  couperose  arthritique,  lé 
lichen  lividus,  etc..  ne  présentent  pas  la  même  coloration? 

Il  n'est  pas  tout  à  fait  exact  d'avancer  que  la  couleur  des  ' 
arthritides  est  la  même  que  celle  des  scrofulides.  Elle  en  dif- 
fère notablement. 

La  coloration  arthritique  est  d'un  rouge  vineux  ou  bien 
ressemble  à  la  couleur  de  la  framboise.  Elle  est  essentielle- 
ment congestive,  et,  le  plus  habituellement,  on  y  remarque 
des  dilatations  variqueuses  des  capillaires.il  peut  même  se 
faire  dans  le  derme  de  petites  hémorrhagies  que  l'on  recon- 
naît facilement  à  ce  que  la  rougeur  qu'elles  causent  ne  dis- 
paraît pas  sous  la  pression  du  doigt  et  passe  par  toutes  les 
teintes  de  l'ecchymose.  Cette  disposition  hémorrhagique  est 
tout  à  fait  spéciale  à  l'arthritide  et  ne  se  retrouve  jamais  dans 
la  scrofulide,  dont  la  rougeur  bleuâtre  et  blafarde  disparaît 
conoplétomont  ;i  1;i  prr?^;inn.  La  coloration  est  caractéristique 


ÔBJECTIO^iS  CONTRE   L'AUTHlUnS  ET    LES  APiTHlUlIOKS.       9i 

nôtt-seulement  pour  les  affections  cutanées,  mais  encore  pour 
les  manifestations  viscérales  de  Tarthritis. 

Je  vous  ai  annoncé  que  l'arthritique  mourait  souvent  d'un 
cancer.  J'admets  donc  un  cancer  arthritique,  que  je  distingue 
du  cancer  diathésique,  et  auquel  j'attribue  des  caractères 
spéciaux. 

Ces  signes  distinctifs,  je  les  ai  longtemps  cherchés,  et  au- 
jourd'hui je  peux  rassembler  une  vingtaine  de  faits  tendant 
ù  prouver  que  le  cancer  arthritique  n'est  autre  que  la  produc- 
tion morbide  désignée  sous  le  nom  de  fongiis  hématode  ;  or, 
vous  savez  que  ce  fongus  est  précisément  caractérisé  par  la 
vascularisation  et  la  dilatation  phlébectasique  des  vaisseaux 
portées  à  un  point  tel  que  le  tissu  malade,  mollasse  et  d'une 
couleur  lie  de  vin,  ressemble  à  une  éponge  gorgée  de  sang. 
Cette  dilatation  des  vaisseaux  les  prédispose  à  la  rupture  ;  de 
là  les  petits  kystes  sanguins  que  l'on  voit  dans  cette  forme 
de  cancer  et  ces  hémorrhagies  si  abondantes,  qu'il  ne  fau- 
drait pas  toujours  considérer  comme  le  résultat  exclusif  du 
travail  ulcératif. 

«  La  nature  des  produits  excrétés  ne  saurait  guère  mieux  nous 
u  guider  dans  notre  diagnostic.  M.  Bazin  nous  parle  de  la  séche- 
«c  resse  des  éruptio'is  ;  mais  quel  psoriasis  arthritique  ou  dartreux 
«  est  jamais  humide?  Quel  eczéma,  arrivé  à  sa  troisième  période, 
«  n'est desséciié  et  recouvert  de  squames?  » 

Vous  voyez,  Messieurs,  que  mon  contradicteur  se  bat 
contre  des  moulins  à  vent.  En  vérité,  de  pareilles  objections 
ne  mériteraient  pas  qu'on  s'y  arrêtât,  si  elles  n'émanaient 
d'un  homme  aussi  éminent  que  M.  Hardy.  Qui  a  jamais  dit 
que  le  psoriasis  fût  humide,  et  que  vient  faire  cette  affection 
qui  n'est  nullement  en  cause?  Mon  savant  collègue  confond 
un  caractère  restreint  avec  un  caractère  absolu,  général. 
C'est  comme  s'il  venait  dire  que  le  râle  crépitant  de  la  pneu- 
monie ne  signifie  rien  parce  qu'on  le  retrouve  dans  d'autres 
maladies  du  poumon.  Je  n'ai  jamais  conteste  qu'un  ecziniia, 
quelle  que  fût  du  reste  sa  nature,  ne  pût  être  de^:s6ché  et  re- 
couvert de  squames  à  sa  troisième  période.  Ce  que  j'ai  dit  et 


9'2  riNoi  itiMi:    JK(nN. 

ce  que  je  maintiens,  c'est  que  l'eczéma  artiiritique  présente 
le  plus  ordinairement  ce  caractère  de  sécheresse  dès  son  dé- 
but et  le  conserve  jusqu'à  la  fin,  ce  qu'on  ne  voit  pas  dans 
les  autres  espèces]  d'eczéma. 

M  La  multiplicité  des  lésions  élémentaires  ne  forme  pas  plus  un 
«  caractère  particulier  de  Tarthritisme  que  de  la  dartre  et  de  la 
«  syphilis.  Ce  mélange  et  cette  multiplicité  existent,  il  est  vrai. 
«  dans  ce  que  Al.  Bazin  a  décrit  sous  le  nom  d'arthritides  ;  mais  ne 
«  voyons-nous  pas  chaque  jour  les  vésicules  d'un  eczéma  dartreux 
«  type  se  mêler  aux  pustules  de  l'impétigo,  s'accroître  et  simuler 
«  la  bulle,  ou  enfin  so  confondre  pêle-mêle  avec  les  papules  du  li- 
«  chen?  Que  de  fois  les  taches  exanthématiques  de  la  roséole  sy- 
«  philitique  ne  se  compliquent-elles  pas  d'une  éruption  papuleuse? 
«  Que  de  fois  encore  ne  se  recouvrent-elles  pas  de  squames!  Ge 
a  mélange  existe  donc  réellement  ;  rien  même  n'est  plus  fréquent; 
«  mais  on  le  rencontre  dans  la  syphilis  et  dans  la  dartre  comme 
«  dans  l'arthritis,  si  bien  que  nous  ne  saurions  à  aucun  titre  y 
K  voir  un  caractère  spécifique  des  éruptions  symptomatiques  de 
«  cette  dernière  diatlièse.  »  (p.  50  et  51.) 

Non,  nous  ne  \u\  uns  pas  tous  les  jours  les  vésicules  d'un 
eczéma  dartreux  type  .se  mêler  aux  pustules  de  l'impétigo, 
s'accroître  et  simuler  la  bulle,  et  enfin  se  confondre  pêle-mêle 
avec  les  papules  du  lichen.  Je  m'inscris  en  faux  contre  cette 
proposition,  qui  ne  peut  être  vraie  qu'à  la  condition  de  con- 
fondre tous  les  genres  et  de  faire  rentrer  la  plus  grande  par- 
tie des  affections  cutanées  dans  l'eczéma,  à  l'exemple  de  mon 
estimé  collègue  qui,  du  reste,  est  le  seul  de  son  avis. 

Je  ne  conteste  pas  cette  multiplicité  des  lésions  élémen- 
taires dans  la  syphilis.  Mais  qui  ira  jamais  confondre  une 
syphilide  avec  une  arthritide  ?  Les  caractères  objectifs  des 
deux  affections  sont  bien  différents  et  ne  permettent  pas 
l'hésitation.  Je  comprendrais  plutôt  que  Ton  confondît  l'ar- 
thritide  avec  une  éruption  artificielle  oij  les  lésions  élémen' 
taires  sont  également  multiples.  Et  cependant,  là  encore  la 
connaissance  des  antécédents  lève  tous  les  doutes.  Quant  à 


ohjjj   IIONS  t  UN  IJIE  j.  AlililiilliS    J:I    ifs    A  ri  1  llftl  J  IJ)J'.S,       9^'» 

la  darf.re,  jamais  on  n'y  voit  le  mélange  des  différentes  lé- 
sions, et  toujours  on  observe  des  affections  simples. 

«  La  récidive,  d'après  notre  savant  collègue,  aurait  toujours 
«  lieu  à  la  môme  place  et  constituerait  ainsi  un  caractère  différentiel 
«  important  entre  la  dartre  et  Tarthritis.  Pour  ruiner  cette  asser- 
«  tion,nous  n'avons  qu'à  user  des  armesque  nous  fournit  M,  Bazin, 
«  et  à  retourner  une  fois  encore  aux  observations  qui  servent  à 
K  appuyer  les  lois  qu'il  a  voulu  formuler  :  nous  y  trouverons  l'his- 
u  toire  d'un  psoriasis  qui  siège  sur  un  avant-bras  et  sur  le  dos 
«  des  mains  (Observ.  XI,  p.  351).  Tournons  quelques  feuillets; 
«  relisons  l'histoire  d'un  autre  fait  que  nous  avons  déjà  eu  l'oc- 
«  casion  de  citer  (Observ.  IX,  p.  347)  et  jugeons  par  nous-mêmes 
a  de  la  valeur  et  de  la  constance  des  récidives  sur  place.  » 

Les  faits  que  cite  M.  Hardy  ne  sont  pas  aussi  probants  qu'il 
le  croit  contre  mes  doctrines.  Le  premier  est  un  fait  excep- 
tionnel et  ne  peut  infirmer  la  règle  ;  quant  au  second,  il 
m'est  complètement  impossible  d'y  voir  un  cas  de  récidive, 
puisqu'il  est  dit  que  l'affection  n'a  jamais  quitté  le  malade. 
Elle  s'est  montrée  d'abord  sur  une  main,  puis  a  envahi  l'au- 
tre sans  quitter  la  première.  Est-ce  là  ce  que  M.  Hardy  ap- 
pelle récidive?  Pour  moi,  je  n'y  vois  qu'une  extension  de 
l'affection. 

Vous  savez,  Messieurs,  que  j'ai  encore  donné  comme  ca- 
ractères des  arthritides,  d'une  part  l'asymétrie,  de  l'autre 
la  nature  du  prurit,  qui  consiste  plutôt  dans  des  picotements 
et  des  élancements  que  dans  de  véritables  démangeaisons. 
Poursuivant  son  argumentation,  M.  Hardy  attaque  égale- 
ment ces  deux  caractères,  et,  à  force  de  recherches,  il  a  pu 
trouver  dans  les  observations  que  j'ai  citées  quelques  faits  où 
ils  n'existent  pas.  Il  en  tire  sa  conclusion  ordinaire,  c'est  que, 
puisqu'ils. peuvent  manquer  et  se  retrouver  dans  des  affec- 
tions d'une  autre  nature,  ils  ne  sont  pas  spéciaux  îil'arthritis. 

Toute  l'argumentation  de  M.  Hardy  repose  sur  des  vices 
de  logique.  Il  conclut  du  particulier  au  général.  Pour  dé- 
truire l'arthrilis,  il  ne  suffii  pas,  comme  le  fait  mon  savant 
collègue,  de  prendre  chaque  caractère  en  particulier  etd 


94  Cl?(QmÈMÉ   LEÇON. 

démontrep  qu'on  ne  îe  retrouve  pas  danâ  tôUê  les  cas.  A  ce 
compte,  peu  d'entités  morbides,  même  de  celles  que  tout  le 
monde  admet  sans  conteste,  résisteraient  à  une  telle  manière 
de  procéder,  car  il  n'est  aucune  affection  dont  un  ou  plusieurs 
signes  même  importants  ne  puissent  manquer.  Il  faut  dé- 
montrer qu'il  n'y  a  aucune  relation  entre  les  manifestations 
cutanées  et  les  manifestations  articulaires  et  viscérales  de 
l'arthritis,  quand  l'observation  de  chaque  jour  prouve  le 
balancement  qui  existe  entre  elles  ;  il  faut  s'attaquer  à  l'en- 
semble des  caractères  des  arthritides  ;  il  faut  surtout  s'ap- 
puyer sur  des  faits  et  ne  pas  s'en  tenir  h  de  simples  affirma- 
tions, comme  le  fait  M.  Hardy» 

«  ^lalgré  toutes  ces  contradictions,  malgré  la  nullité  de  tous  les 
«  signes  que  nous  venons  de  passer  en  revue,  nous  ferions  cepen- 
«  dant  abstraction  de  toutes  les  erreurs  et  de  toutes  les  singula- 
a  rites  que  nous  rencontrons  dansla  théorie  de  l'arthritis, pournous 
««  ranger  à  l'opinion  de  notre  collègue,  si  nous  avions  pu  constater 
M  l'efficacité  d'un  traitement  spécial  et  particulier  à  cette  dia- 
«  thèse...  Malheureusement,  sous  ce  rapport,  rien  n'est  venu 
«  confirmer  les  divisions  établies  par  M.  Bazin.  Aujourd'hui,  noua 
«»  avons  eu  à  traiter  trop  de  sujets  atteints  de  prétendues  arthri-^ 
«  tides  pour  baser  quelque  espoir  sut  l'omploi  isolé  des  médica- 
«  lions  anti-arthritiques.  Non-seulement  elles  ne  nous  ont  presque 
tt  jamais  tourni  que  des  insuccès;  mais  nous  avons  toujours  vu  les 
«  médications  antiherpétiques  en  triompher  mieux  que  toute  autre 
«  et  les  guérir  aussi  vite  et  aussi  sûrement  que  les  affections  dar* 
«t  treuses  les  mieux  dessinées  Les  cas  réfractaires  à  la  thérapeu 
«  tique  des  dartres  l'ont  été  également  à  l'emploi  des  alcalins;  . 
«  aussi,  jusqu'ici,  rien  ne  nous  autorise-t-il  à  séparer  du  groupe 
«  des  dartres  quelques-unes  des  manifestations  morbides  qui  lui 
«  appartiennent  légitimement,  et  qu'on  s'efforce  de  ranger  dans 
«  la  classe  nouvelle  des  arthritides.  o 

Je  m'explique  difiiciloment  que  M.  Hardy  n'ait  jamais  eu 
que  des  insuccès  dans  le  traitement  des  dartres  par  les  alca- 
lins, quand  des  observateurs  aussi  distinguos  que  MM.  Ga- 
aenave,  Dever2:ieet  Gibert  ont  vu  roussir  cette  médication 


OBJECTIONS  CONTRE  l'aRTHRITIS  ET    LES    ARTHRITIDES,       95 

dans  un  grand  nombre  de  cas.  Je  renonce  à  l'espoir  de  con- 
vaincre mon  honorable  collègue  et  je  ne  crois  pas  qu'il  ad- 
mettrait davantage  les  artliritides ,  s'il  voyait  ces  affections 
modifiées  par  les  alcalins.  N'a-t-il  pas  une  porte  de  derrière 
toujours  ouverte?  Quand  il  voit  guérir  les  scrofulides  béni- 
gnes par  les  antiscrofuleux,  il  ne  soutient  plus  que  «  celte 
épreuve  thérapeutique  est  lapierre  de  touche  par  excellence  » 
et,  loin  de  faire  de  ces  affections  une  manifestation  de  la 
scrofule,  il  persiste  à  dire  que  ce  sont  des  dartres  sur  un  ter- 
rain scrofuleux ,  et  qu'on  ne  les  a  guéries  que  parce  qu'on  a 
modifié  le  terrain.  Vous  voyez  donc,  messieurs,  quil  n'y 
aurait  aucune  raison  pour  M.  Hardy  d'admettre  les  arthri  - 
tides,  alors  même  qu'il  viendrait  à  reconnaître  l'utilité  delà 
médication  alcaline.  Là  encore  il  pourrait  avancer  que  l'on 
n'a  fait  que  modifier  le  support. 

En  admettant,  comme  le  fait  M.  Bazin,  une  relation  certaine 
«  entre  les  lésions  de  la  peau  et  le  rhumatisme,  pour  peu  que  le 
a  sujet  ait  offert  antérieurement  des  symptômes  rhumatismaux* 
a  soit  par  lui-môme,  soit  môme  uniquement  dans  quelques-uns  de 
«  ses  ascendants,  on  ne  tarderait  pas  à  rattacher  la  majorité  des 
a  maladies  de  la  peau  à  cette  affection  constitutionnelle.  Quel  est, 
«  en  effet,  le  malade  qui,  arrivé  au  milieu  de  sa  vie, peut  se  van- 
«  ter  de  n'avoir  jamais  subi  aucune  atteinte  de  rhumatisme  aigu 
a  ou  chronique,  musculaire  ou  articulaire,  ou  d'être  issu  de  pa- 
«  rents  aussi  heureux  que  lai  à  cet  égard  ?  » 

L'argument  de  M.  Hardy  vient  tout  à,  fait  corroborer  ma 
manière  de  voir.  C'est  précisément  parce  que  la  goutte  et  le 
rhumatisme  sont  si  fréquents  dans  nos  climats,  que  l'on 
observe  tant  d'arthritides,  et  que  ces  dernières  forment  les 
trois  quarts  des  dartres  de  mon  savant  collègue,  ce  qui  n'est 
pas  peu  dire,  car  les  dartres  de  M.  Hardy  comprennent  l'im- 
mense majorité  des  affections  cutanées. 

Il  me  reste,  messieurs,  à  répondre  à  MM.  Lafond  Gouzi  et 
Gornil. 

Le  premier,  d'après  M.  Ameuille,  regarde  les  eczémas, 
les  affcf^tions  rhumatismales  et  la  disposition  héraorrhoïdaire 


9(;  (iNoriÈMi:  i.KroN. 

comme  une  des  maalfestationsles  plus  ordinaires  de  riierpé- 

tisme. 

Quand  on  met  l'hypothèse  à  la  place  de  l'observation,  on 
va  nécessairement  à  la  dérive.  C'est  ce  qui  est  arrivé  pour 
M.  r<afond  Gouzi.  Qu'est-ce,  en  effet,  que  cette  monstruosité 
pathologique,  décorée  par  lui  du  nom  d'herpétisme  ?  Quel  est 
ce  caméléon  qui  peut  revêtir  tous  les  aspects,  prendre  toutes 
les  couleurs?  Où  a-t-il  vu  le  principe  herpétique  dans  les 
hémorrhoïdes  ?  A  quels  signes  ra-=t-il  reconnu  dans  les  dou- 
leurs articwlaires  et  le  rhumatisme?  Je  n'ai  pas  la  prétention 
d'expliquer,  et  encore  moins  de  justifier  d'aussi  étonnantes 
découvertes. 

Mais  l'observation  nous  tient  un  tout  autre  langage.  C'est 
elle  qui  nous  montre  les  rapports  des  affections  entre  elles, 
le  lien  qui  les  unit,  l'ordre  de  leur  apparition  et  la  place 
qu'elles  occupent  dans  l'évolution  de  la  maladie  dont  elles 
dépendent.  C'est  elle  aussi  qui  nous  apprend  que  l'érysipèle, 
les  hémorrhoïdes,  les  pneumonies  et  toutes  les  affections  qui 
se  montrent  indistinctement  au  début,  au  milieu  ou  vers  la 
fin  des  maladies  constitutionnelles  ne  sauraient  être  regar- 
dées tout  au  plus  que  comme  des  complications  ou  des  mala- 
dies intercurrentes. 

M.  Hardy -{S'étonne  que  je  n'aie  point  admis  une  pneumo- 
nie arthritique,  de  môme  qu'il  existe,  dit-il,  une  pneumonie 
scrofuleuse;  mais  jamais,  dans  aucun  cas,  la  phlegmasie  du 
poumon  ne  m'a  présenté  quelque  chose  de  spécial  qui  permît 
de  la  rattacher  soit  à  la  scrofule,  soit  à  la  dartre,  soit  à  l'ar- 
thritis.  La  pneumonie  d'ailleurs  se  montre  indistinctement, 
comme  je  viens  de  le  dire,  à  toutes  les  périodes  de  la  maladie 
constitutionnelle. 

En  admettant  que  le  terrain  scrofuleux  modifie,  d'une 
manière  toute  spéciale,  les  maladies  telles  que  la  syphilis,  ia 
dartre,  la  pneumonie,  M.  Hardy  abuse  étrangement  de  cette 
hypothèse  des  terrains,  bonne  tout  au  plus  ù  expliquer  cer- 
taines modifications  des  affections  parasitaires. 

Ai-je  compliqué,  comme  le  dit  M.  Gornil,  d'un  élémeni^ 


OBJLCllUiNS  tOMlïL  LAlllllKl'l  IS  i>T    LES   Alil  JIHHIUES.       07 

nouveau  le  diagnostic  des  maladies  de  peau,  sans  donner  des 
moyens  suffisants  pour  arriver  au  diagnostic? 

Je  ne  puis  accepter  ce  reproche.  Avec  les  caractères  que 
j'ai  donnés,  on  arrive,  au  bout  de  quelques  mois  de  pratique, 
ù  reconnaître  les  arthritides  et  à  les  différencier  des  autres 
affections  cutanées  beaucoup  plus  facilement  qu'on  ne  distin- 
gue les  scrofulides  des  sypliilides.  Qu'y  a-t-il  donc  de  difficile 
dans  le  diagnostic  de  l'érythème  noueux,  de  l'acn*  pilaris, 
de  l'acne  rosea,  de  l'eczéma  vernal  et  périodique,  de  l'herpès 
préputial?....  Je  ne  saurais  toutefois  disconvenir  qu'il  est 
des  cas  oii  le  diagnostic  de  l'arthritide  et  de  l'herpétidc 
humides  peut  offrir  de  sérieuses  difficultés,  mais  ce  sont 
là  des  cas  exceptionnels  et  qui  se  présentent  aussi  bien  pour 
les  scrofulides  et  les  sypliilides  que  pour  les  manifestations 
cutanées  de  l'arthritis  et  de  la  dartre. 

N'ai-je  pas  donné  les  caractères  généraux  de  l'unité  consti- 
tutionnelle et  les  caractères  particuliers  aux  arthritides  soit 
aiguës,  soit  chroniques  ? 

Je  n'ai  rien  de  plus  à  répondre  à  M.  Cornil,  si  ce  n'est  que 
ces  signes  sont  toujours^suffîsants  pour  celui  qui  aborde  le  lit 
du  malade  sans  idée  préconçue,  avec  le  seul  désir  de  recher- 
cher la  vérité. 


SIXIÈME  LEÇON. 


Messieurs 


La  leçon  d'aujourd'hui  sera  consacrée  à  l'examen  des  objec- 
tions que  Ton  a  faites  à  la  dartre,  considérée  comme  maladie 
constitutionnelle. 

Commençons  par  l'argumentation  de  M.  GaîUeton ,  au- 
teur d'un  mémoire  sur  l'eczéma.  Voici  ce  que  nous  lisons 
dans  ce  mémoire  : 

«  M.  Bnzin,  ayant  besoin  d'une  maladie  plus  palpable  pour 
marcher  de  pair  avec  la  scrofule,  la  syphilis  et  le  rhumatisme, 
créa  de  toutes  pièces  la  maladie  que  nous  allons  décrire,  en  lui 
empruntant  sa  description  : 

«  Dartre  s 

«t  Première  péfiode.  —  Affections  superficielles  de  la  peau  et 
des  muqueuses.  Ophthalmies.  Coryzas. 

«  Deuxième  période.  —  Affections  plus  fixes,  plus  adhérentes. 
—  Les  affections  cutanées  sont  opiniâtres;  l'eczéma  est  rangé 
dans  cette  catégorie.  Catarrhes  pituiteux,  utéro-vaginaux. 

«  Troisième  période.  —  Les  affections  tendent  à  se  générali- 
ser ;  souvent  elles  se  suppriment  et  se  portent  sur  les  organes 
internes,  la  vessie,  leioie,  l'estomac,  la  rate,  le  poumon.  —  Fiè- 
vre périodique,  vomissements,  catarrhe  vésical,  apoplexie  ner- 
veuse, hydropisie  avec  ou  sans  métastase. 

«  Quatrième  période  —  Les  accidents  sont  fixes  i  la  marche 
progressive  est  fatale  vers  une  fâcheuse  terminaison.  —  Ramol- 
lissement de  la  muqueuse  gastrique,  cancer  de  l'estomac,  du  foie  ; 
engorgement  hypertrophique  du  foiCj  de  la  rate,  du  pancréas  ; 
tumeurs  des  ovaires,  de  l'utérus  ;  maigreur^  anasarque,  infiltra- 
tion générale. 

«  Une  pareille  maladie  ne  tenferme-t-elle  pas  tous  les  maux  de 


OBJECTIONS  FAITES   A   LA   DARTRE  99 

la  boîte  de  Pandore?  Une  même  cause  produit  la  simple  plaque 
de  l'eczéma,  et  le  cancer,  et  les  tumeurs  fibreuses,  etc.,  A  cet 
énoncé,  vous  attendez  les  preuves  qui  vont  changer  vos  croyances, 
et  vous  faire  embrasser  la  vérité  nouvelle. 

a  Ecoutez  la  preuve  : 

«  Quelle  est  la  nature  des  altérations  viscérales  propres  à  la 
dartre,  et  comment  les  distinguer  des  lésions  d'origine  scrofuleuse 
et  syphilitique?  La  fausse  direction,  imprimée  de  nos  jours  aux 
recherches  d'anatomie  pathologique,  est  cause  que  tout  est  encore 
à  faire  sur  cet  intéressant  sujet. 

{Leçons  sur  la  scrofule.  —  Bazin.) 

c(  Lorry  et  Alibert  même,  dans  plusieurs  passages  de  leurs  livres 
célèbres,  ont  avancé  aussi  ces  asssertions  lugubres;  mais  l'obser- 
vation avait  fait  justice  de  ces  hypothèses,  et  M.  Bazin  ne  nous 
paraît  pas  avoir  étayé  leur  doctrine  sur  des   observations  plus 
concluantes.  Reconnaissant  la  coexistence  de  l'eczéma  avec  diverses 
alTeclions,  le  médecin  de  Saint-Louis  a  cru  que  les  deux  maladies 
étaient  toujours  dominées  par  une  cause  d'un  ordre  plus  élevé.  Les 
faits,  malheureusement,  prêtent  peu  à  cette  interprétation: Un  en- 
fant est  affecté  d'entérite,  une  femme  de  {jastralgie,  tous  deux  ont 
un  eczéma;  je  guéris  l'entérite  de  l'un,  la  gastralgie  de  l'autre,  par 
les  moyens  ordinaires,  tout  disparait.  Que  devient  alors  l'idée  de 
la  dartre  ?  M.  Hardy  ne  croit  pas  aux  entérites,  aux  bronchites 
dartreuses,  et,  si  nous  prenons  un  organe  accessible  à  nos  moyens 
d'investigation,  l'utérus,  et  sur  lequel  la  dartre  exerce  un  grand 
empire,  suivant  l'opinion  de  plusieurs,  M.  Bi^cquerel  nous  mon- 
trera que  ces  prétendues  manifestations  dartreuses  n'ont  jamais 
existé  que  dans  l'imagination  de  ceux  qui  les  ont  inventées.  Ces 
affections  de  l'utérus  ou  du  col,  qui  coïncident  ou  alternent  avec 
des  maladies  herpétiques,  M.  Becquerel  ne  les  a  pas  vues;  et  quant 
à  l'herpétisme  comme  cause  des  granulations,  sur  plusieurs  cen- 
taines d'observations,  cet  observateur  n'a  rien  noté  qui  autorise 
cette  assertion. 

(Becquerel,  tome  II,  p.  485,  Traité  dès  maladies  de  l'utérui). 


lOU  SIXIÈME    LL(jU^'. 

«  Avant  de  croire  à  la  dartre  viscérale,  nous  attendrons  qu'on 
nous  ait   convaincu  par  de  rigoureuses  observations. 

a  En  résumé,  nous  refusons  de  voir  dans  la  cause  unique  de 
M.  Hardy,  ou  les  quatre  causes  de  M.  Bazin,  le  privilège  de 
présider  à  la  naissance  de  l'eczéma,  et  nous  allons  chercher  dans 
les  conditions  générales  ou  locales  les  causes  de  cette  affection 
cutanée,  » 

Gailleion,  mémoire  cite  (dans  le  Bulletin  <ies  travaux  de  la  So- 
ciété médico-pratique  de  Paris;  années  1860,  61,  02  ;  p.  53  et 
suivantes). 

Permettez -moi  d'abord,  messieurs,  une  petite  rectifica- 
tion :  le  tableau  des  aflections  engendrées  par  la  dartre,  dont 
M.  Gailleton  dit  m'avoir  emprunté  la  description,  difTère 
notablement  de  celui  que  j'ai  donné.  On  ne  peut,  en  eflet, 
sans  tronquer  la  maladie  constitutionnelle,  et  sans  en  lais- 
ser le  cadre  imparfait,  supprimer,  dans  la  première  période, 
la  migraine  franche  (hémicranie),  dont  les  douleurs  lanci- 
nantes, souvent  suivies  de  vomissements,  sont  si  distinctes 
des  pesanteurs  de  tête,  des  céphalalgies  congestives  de  l'ar- 
thrjtis,  et  qui  constitue  une  manifestation  dartreuse  par 
excellence.  De  plus,  l'eczéma  dartreux,  que  M.  Gailleton 
range  exclusivement  dans  la  deuxième  période,  appartient 
également  à  la  première;  c'est  même,  après  les  pseudo- 
exanthèmes,  une  des  affections  les  plus  fréquentes. 

Dans  la  deuxième  période,  mon  honorable  contradicteur 
ne  dit  pas  un  mot  des  affections  sèches,  comme  le  psoriasis, 
dont  la  nature  dartreuse  est  incontestable  dans  la  plupart  des 
cas  et  qui  constitue  presque  un  type  d'herpétisme.  J'ai  éga- 
lement fait  rentrer  dans  cette  période  les  névralgies  franches. 

Dans  la  troisième  période,  M.  Gailleton  a  oublié  des  affec- 
tions très  importantes,  comme  la  bronchite  capillaire,  afiec- 
tion  sur  laquelle  j'ai  tant  de  fois  appelé  toute  votre  attention. 

Passons  maintenant  aux  arguments  du  savant  chirurgien 
de  l'Antiquaille  : 

Je  crois  qu'après  avoir  entendu  l'extrait  que  je  viens  de 
vuus lire,  vous  ne  pourrez  douter  ({uoiM.  Gailleton  ne  soif 


OBJECTIONS  FAITES    A    LA    IjARTRE  101 

organicieii  à  la  façon  de  M.  le  professeur  Monneret.  Il  con- 
fond la  maladie  et  l'affeclion,  admet  la  génération  des  affec- 
tions par  les  affections,  des  symptômes  parles  symptômes, 
des  phénomènes  par  les  phénomènes.  Il  ne  croit  pas  à  la 
darfre  comme  unité  pathologique  ;  il  ne  veut  pas  que  la  gas- 
tralgie et  l'entérite  en  puissent  être  des  manifestations  ;  il 
préfère  subordonner  la  production  des  dartres  à  la  gastralgie 
et  à  l'entérite.  Je  vous  ai  fait  voir  tout  ce  que  cette  doctrine 
a  d'erroné.  J'ai  également  réfuté^  avec  vous,  l'argument  que 
M.  Gailleton  tire  de  la  thérapeutique  de  ces  deux  affections, 
en  vous  montrant  qu'il  n'était  pas  toujours  vrai  de  dire  qu'on 
guérit  l'eczéma  en  traitant  la  gastralgie.  Cela  n'arrive  que 
si  l'on  attaque  la  gastralgie  par  une  médication  qui  s'adresse 
à  la  maladie  constitutionnelle  dont  dépendent  gastralgie  et 
eczéma,  c'est-à-dire,  par  les  arsenicaux  pour  la  dartre,  par 
les  alcalins  pour  l'arthritis.  Les  autres  médications,  comme 
l'opium, qui  réussissent  dans  les  gastralgies  non  constitution- 
nelles, n'ont  aucune  action  sur  l'eczéma. 

M.  Gailleton  m'accuse  d'avoir  créé  la  dartre  de  toutes  piè- 
ces. «  Une  semblable  maladie,  s'écrie-t-il;,  ne  renferme-t-elle 
.  pas  tous  les  maux  de  la  boîte  de  Pandore  ?  Une  môme  cause 
produit  la  simple  plaque  de  l'eczéma,  et  le  cancer,  et  les  tu- 
meurs fibreuses,  etc..»  Mais  M.  Gailleton  pourrait  en  dire, 
autant,  si  bon  lui  semble,  de  la  scrofule,  de  la  syphilis  et  de 
bien  d'autres  maladies.  Une  même  cause  produit  également 
quelques  gourmes  dans  l'enfance,  et  le  lupus  et  la  carie,  et 
la  tuberculisation  pulmonaire,  etc.  Une  même  cause  produit 
encore  la  simple  tache  de  la  roséole,  et  la  syphilide  tubercu- 
leuse, et  les  gommes  et  l'ostéite  et  la  nécrose,  etc.  Or,  de  quel 
droit  refuserait-il  à  la  dartre  ce  qu'il  est  forcé  d'accorder  à 
la  syphilis  et  à  la  scrofule? 

Et,  du  reste,  voyons  un  peu  ce  que  le  chirurgien  de  l'An- 
tiquaille met  à  la  place  de  l'étiologie  que  j'ai  proposée. 

Il  partage  les  eczémas  en  trois  groupes  d'après  la  cause 
présumée  : 

Dans  un  premier  groupe,  il  place  les  eczémas  sous  la  dé- 

6 


102  SIXIÈME    LEÇON. 

pendance  de  maladies  ^'générales  (scrofule,  syphilis,  rhuma- 
tisme, é(,at  puerpéral,  causes  m.orales.^ 

Que  dire,  messieurs,  des  causes  morales  considérées 
comme  maladies  générales,  et  placées  sur  la  même  ligne  que 
la  scrofule,  la  syphilis,  le  rhumatisme?  En  vérité  cela  n'est 
pas  sérieux.  Admettez-vous  aussi,  dans  ces  dernières,  l'état 
puerpéral,  qui  est  un  état  physiologique?  De  plus,  ne  vous 
serable-t-il  pas  curieux  de  voir  M.  Gailleton,  après  avoir  an- 
noncé qu'il  refuse  de  voir  dans  les  quatre  causes  de  M.  Bazin 
le  privilège  de  présider  à  la  naissance  de  l'eczéma,  admettre 
des  eczémas  scrofuleux,  des  eczémas  sous  l'influence  du  rhu- 
matisme, et  même  des  eczémas  syphilitiques? 

Dans  le  deuxième  groupe  se  rangent  les  eczémas  sous  la 
dépendance. des  nic^ladies  internes  locahsées,  telles  que  affec- 
tions des  organes  diges'^ifs;  affections  catarrhales;  troubles 
delà  menstruation;  suppre'ssion  de  flux  habituels.  M.  Gail- 
leton rattache  à  celte  classe  des  eczémas  produits  par  la 
diarrhée  des  nouveau-nés,  la  dentition,  la  gastralgie  et  la 
gaslro -entérite. 

Le  deuxième  groupe  a  encore  moins  de  raison  d'être  que 
le  premier.  La  suppression  des  flux,  les  désordres  de  la  mens- 
truation sont  des  causes  banales  que  l'on  retrouve  dans  tous 
les  anciens  auteurs  etqui  n'ont  rien  de  particulier  àl'eczéma. 
On  ne  doit  pas  les  considérer  comme  des  causes,  mais  bien 
comme  des  prodromes  de  la  maladie. 

Quant  à  ce  qui  est  de  la  gastralgie  et  de  la  gastro-entérite 
considérées  comme  causes  d'eczéma,  c'est  faire  jouer  un  trop 
grand  rôle  aux  afTections  du  tube  digestif.  Il  y  a  longtemps 
que  l'observation  a  fait  justice  de  la  doctrine  de  Broussais, 
oij  la  gastro-entérite  avait  une  part  si  large  dans  la  produc- 
tion de  toutes  les  maladies.  La  coexislenco  d'une  gastralgie 
avec  un  eczéma  ne  suffit  pas^pour  démontrer  que  la  première 
du  Ce'S  affections  produit  la  seconde;  ou  bien  alors,  il  faut 
admettre  comme  cause  d'eczéma  les  maux  de  tête  et  la 
migraine  et  plusieurs  autres  aircctions  dont  la  coïncidence 
est  aussi  fréquente  que  celle  des  troubles  de  l'estomac. 


OBJECTIONS    FAITES  A   LA    DARTRK  1  OM 

Il  m'est  complètement  impossible  de  regarder  l'eczéma  dû 
à  l'entérite  des  nouveau-nés  comme  produit  par  une  maladie 
interne  localisée.  Cette  variété  serait  beaucoup  mieux  placée 
dans  le  troisième  groupe;  car  la  seule  cause  que  l'on  puisse 
admettre  ici  raisonnablement,  c'est  le  contact  des  matières 
irritantes,  des  fèces  qui  souillent  continuellement  la  peau 
des  nouveau-nés.  M.  Gailleton  aurait  pu  ajouter  que  cet 
eczéma  est  d'autant  plus  étendu  et  plus  grave  que  l'enfant 
reste  plus  longtemps  en  contact  avec  ses  langes  sales. 

Le  travail  de  la  dentition,  rangé  encore  par  mon  honorable 
confrère  dans  cette  catégorie,  doit  être  considéré  comme  une 
cause  prédisposante  et  non  une  cause  efficiente  d'eczéma. 

Enfin  le  troisième  et  dernier  groupe  comprend  les  eczémas 
sous  la  dépendance  de  causes  locales  (agents  irritants  divers). 
C'est  celui  des  trois  qui  est  le  plus  naturel;  il  correspond  à 
ma  classe  des  eczémas  artificiels. 

Vous  voyez,  messieurs,  que  les  divisions  proposées  par 
M.  Gailleton  dans  l'étiologie  del'eczéma  sont  peu  rationnelles 
et  donnent  même  des  idées  fausses  sur  les  causes  de  cette 
affection.  Du  reste  peut-on,  comme  le  fait  cet  auteur,  me 
reprocher  de  n'avoir  admis  que  quatre  causes  d'eczéma?  Je 
proteste  énergiquement,  et  je  vais  vous  montrer  que  M.  Gail- 
leton n'a  qu'une  idée  imparfaite  de  mes  doctrines  et  qu'il 
confond  la  nature  avec  la  cause  des  affections,  à  l'instar  do 
M.  Devergie. 

J'admets  pour  l'eczéma,  comme  pour  toute  affection  géné- 
rique, trois  ordres  de  causes  : 

—  Efficientes  ; 

—  Prédisposantes  ; 

—  Occasionnelles  ; 

Les  premières  sont  les  plus  importantes.  Chacune  d'elles 
imprime  un  cachet  tout  à  fait  spécial  aux  différentes  affec- 
tions génériques  de  la  peau,  et  leur  donne  des  caractères 
particuliers  qui  permettent  toujours  d'en  reconnaître  la  na- 
ture. Aussi  est-ce  sur  cet  ordre  de  causes  qu'on  doit  fonder 


104  SIXIÈME  LEÇOK. 

toute  bonne  classification  des  affections  spéciales  de  la  peau. 
Ces  causes  sont  : 
Externes  (eczémas  parasitaires  :  eczémas  artificiels.) 

Internes  (eczémas  constitutionnels  :  scroluleux,  arthriti- 
ques, herpétiques,  syphilitiques). 

De  là  les  deux  grandes  divisions  qui  font  la  base  de  ma 
classification  des  affections  en  voie  d'évolution. 

Quelle  que  soit  la  maladie  constitutionnelle  du  sujet,  il 
faut  toujours,  pour  que  ce  dernier  soit  affecté  d'eczéma,  une 
certaine  prédisposition  que  nous  retrouvons  dans  l'âge,  le 
sexe,  le  tempérament,  la  constitution,  les  époques  critiques, 
telles  que  la  dentition,  la  puberté,  l'âge  de  retour,  la  fécon- 
dation et  l'état  puerpéral. 

Enfin,  le  troisième  ordre  de  causes  que  j'admets  se  com- 
pose des  causes  occasionnelles  qui,  comme  leur  nom  l'in- 
dique, font  éclater  la  maladie  et  en  provoquent  les  manii'es- 
tations. 

Ces  causes  peuvent  être  morales  ou  physi([ues.  Les  pre- 
mières (frayeur,  colère,  émotions)  sont  plus  particulières  aux 
dartres  ;  les  secondes  (action  du  froid)  se  retrouvent  souvent 
dans  les  arthritides. 

Voilà,  il  me  semble,  une  division  simple,  méthodique  et 
philosophique,  des  causes,  qui  vaut  beaucoup  mieux  que  celle 
de  M.  Gailleton. 

Mais  reprenons  son  argumentation  : 

M.  Hardy,  dit-il,  ne  croit  pas  aux  entérites  et  aux  bron- 
chites dartreuses.  Gela  peut  être  vrai  ;  mais  il  faut  d'abord 
savoir  ce  que  l'on  entend  par  ces  mots.  Si  l'on  veut  désigner 
par  bronchites  et  entérites  dartreuses  l'eczéma  de  la  mu- 
queuse bronchique  ou  intestinale  avec  tous  ses  caractères  de 
■vésiculation,  de  ponctuation  et  de  suintement,  moi  aussi  je 
les  rejette,  parce  que  je  n'ai  jamais  rien  vu  de  semblable; 
mais  si  l'on  entend  par  là  des  catarrhes  bronchiques  et  intes- 
tinaux sous  la  dépendance  des  maladies  constitutionnelles, 
cela  est  bien  différent,  et  l'observation  journalière  en  démon- 
tre l'existence.  Vous  n'avez  qu'à  suivre  attentivement  les 


OBJECTIONS   FAITES  A  LA  DARTRE.  !  05 

malades  pour  voir  le  même  sujet  atteint  successivement  d'un 
eczéma  et  d'une  bronchite  catarrhale  opiniâtre  :  quand  l'une 
de  ces  affections  guérit,  l'autre  reparaît  pour  quitter  à  son 
tour  le  malade  et  faire  place  à  la  première,  jusqu'à  ce  que 
toutes  deux  deviennent  permanentes  et  prennent  définitive- 
ment droit  de  domicile  sur  le  sujet.  Ces  faits  sont  extrême- 
ment fréquents.  Ce  balancement  entre  les  affections  cutanées 
et  les  affections  catarrhales  se  retrouve  surtout  dans  l'her- 
pétisme  dont  il  constitue  un  signe  pathognoraonique. 

Il  est  également  faux  d'avancer  avec  Becquerel  que  les 
manifestationsdartreuses  de  l'utérus  n'existent  quedans  l'ima- 
gination de  ceux  qui  les  ont  inventées.  Il  ne  se  passe  pas  de 
semaine  que  jo  ne  voie  soit  à  ma  consultation  de  la  ville,  soit 
à  celle  de  l'hôpital,  des  femmes  parvenues  à  l'âge  de  retour 
et  venant  se  faire  traiter  pour  un  eczéma  vulvaire.  Eh  bien! 
je  dois  le  dire^dans  presque  tous  les  cas  l'examen,  au  spécu- 
lum, m'a  montré  la  propagation  de  l'eczéma  aux  parois  du 
vagin  et  au  col  de  l'utérus.  J'ai  pu  constater  bien  des  fois, 
sur  ce  dernier,  les  vésicules,  l'état  rouge  et  ponctué  et  un 
suintement  ■  séro-purulent.  Ces  femmes  se  plaignaient  en 
même  temps  de  douleurs  hypogastriques  et  lombaires.  Voilà. 
il  me  semble,  une  véritable  métrite  eczémateuse,  qui  ne  peut 
être  niée  que  parles  médecins  qui  se  contentent  d'un  examen 
superficiel  et  négligent  l'examen  des  parties  profondes. 

Maintenant,  peut  on  dire  que  cet  eczéma  soit  une  cause 
de  granulations  du  col?  Je  ne  le  crois  pas,  et  pour  moi,  les 
granulations  sont  toujours  dues  à  une  cause  externe.  Elles 
sont  l'effet  du  catarrhe  utérin  :  il  se  produit  là  la  même 
chose  que  dans  le  catarrhe  nasal  postérieur  lorsqu'on  voit  se 
former  la  variété  d'angine  dite  folliculaire,  par  suite  de  l'ir- 
ritation que  f.iit  subir  aux  follicules  du  pharynx  le  muco- 
pus  qui  tombe  dans  la  gorge.  Ces  catarrhes  ne  sont  pas  dar- 
treux,  mais  plutôt  arthritiques.  Est-ce  à  dire  que  l'arthrilis 
Êoit  la  seule  cause  efficiente  des  granulations?  Non  ;  il  y  a 
deux  causes  principales  beaucoup  plus  fréquentes  :  ce  sont 
la  blennorhagie  et  l'accouchement.  Mais  il  n'en  est  pas  raoiria 


106  SIXIÈME    LEÇOiN. 

vrai  que  le  caianiie  utérin,  et  par  suite  les  granulations  peu- 
vent être  aussi  observés  comme  symptômes  des  maladies 
constitutionnelles.  A  une  époc[ue  plus  avancée  de  ces  mala- 
ladies,  ce  ne  sont  plus  des  granulations  que  l'on  observe, 
mais  bien  des  dégénérescences  cancéreuses,  des  fongus, 
comme  je  vous  l'ai  fait  voir  dans  la  précédente  leçon,  en 
vous  faisant  remarquer  toutefois  que  cette  dernière  forme 
était  surtout  celle  que  l'on  observait  dans  l'arthritis. 

Vous  voyez,  messieurs,  d'après  ces  faits,  qu'il  ne  faut  pas 
s'en  tenir  aux  assertions  de  Becquerel^  comme  le  fait  mon 
honorable  contradicteur,  et  que  l'observation  démontre  que 
les  affections  utérines  sous  l'influence  de  l'herpétisme 
sont  au  contraire  très-fréquentes.  C'est,  du  reste,  l'opi- 
nion de  médecins  aussi  expérimentés  que  pouvait  l'être 
Becquerel,  et  je  n'ai  qu'à  vous  citer  les  noms  de  Chomel, 
MM.  Gueneau  de  Mussy,  Fontan,  Durand  Fardel,  pour 
vous  prouver  que  Tidée  de  rattacher  certaines  affections 
utérines  à  l'herpétisme  est  représentée  par  une  foule  de 
bons  observateurs. 

Ce  qui  fait  que  l'on  nie  la  relation  des  dégénérescences 
organiques  avec  la  scrofule,  la  syphilis,  la  dartre,  l'arthritis, 
c'est  que,  par  suite  d'une  éducation  médicale  première  vi- 
cieuse, on  a  l'habitude  de  ne  voir  la  scrofule  que  dans  les 
écroueUes,  l'arthritis,  que  dans  les  arthrites  rhumatismales 
ou  goutteuses,  la  syphilis  que  dans  le  virus.  Rien  n'est  plus 
absurde,  car  il  est  bien  évident  qu'on  peut  être  scrofuleux, 
par  exemple,  sans  avoir  eu  d'adénite  strumeuse.  N'existe-t-il 
pas,  dans  toutes  les  maladies  constitutionnelles,  une  forme 
fixe  primitive  (tumeur  blanche,  phthisie  scrofuleuse)  qui  ne 
se  révèle  à  nos  investigations  que  par  une  seule  manifesta- 
lion?  C'est  en  méconnaissant  ces  faits  qu'on  se  fait  une  fausse 
idée  de  la  symptomatologie  des  maladies  constitutionnelles 
et  qu'on  est  porté  à  nier  les  rapports  des  affections  entre  elles. 

Quand  j'ai  rattaché  à  la  scrofule,  à  l'arthritis,  à  la  dartre, 
certaines  affections  cutanées  ou  viscérales,  un  cri  général  de 
réprobation  s'est  élevé  contre  moi,  Les  uns,  avec  M.  Gaille- 


.OBJJiCnOAS  FAITES  A    LA  UAUJRi:.  107 

ton,  me  reprochent  d'avoir  créé  la  dartre  de  toutes  pièces. 
D'autres,  avec  M.  Pidoux,  me  reprochent  de  hii  avoir  fait  une 
part  trop  large  et  de  l'avoir  mise  sur  le  môme  pied  que  l'ar- 
thritis  et  la  scrofule.  Pour  ce  dernier  observateur,  la  dartre 
n'est  jamais  qu'un  produit  métis  de  l'arthritis  et  de  .la  scro- 
fule, servant  d'intermédiaire  entre  ces  deux  maladies^  mais 
ne  méritant  pas  par  elle-même  le  titre  de  maladie  constitu- 
tionnelle. Il  n'admet  que  trois  maladies  chroniques  capitales 
(îcrofule,  arthritis,  syphilis),  qu'il  appelle  primitives  ou  ini- 
tiales, dont  toutes  les  autres  peuvent  sortir  par  subslitulion 
régressive  ou  dégénération.  Entre  les  maladies  chroniques 
initiales  et  \es  maladies  chroniques  finales  ou  organiques 
(phthisie,  cancer,  atrophies,  hypertrophies,  différents  tabès, 
névroses  graves  et  organiques),  il  place  une  longue  série  de 
maladies  chroniques  formant  des  degrés  intermédiaires  dont 
kl  gradation  est  insensible,  et  qui,  pour  lui,  constitue  l'her- 
pétisme.  Les  maladies  appartenant  aux  degrés  les  plus  voi- 
sins des  trois  maladies  initiales  eu  conservent  encore  cer- 
tains caractères,  qu'on  ne  retrouve  plus  à  mesure  que  l'on 
s'approche  des  maladies  organiques. 

Pour  M.  Pidoux,  ma  classe  des  dartres  n'est  composée  que 
fles  affections  mixtes  qui  ne  se  souviennent  plus  de  leur  ori- 
gine, c'est-à-dire  qui  ne  retiennent  plus  aucun  des  carac- 
tères propres  aux  maladies  capitales  dont  elles  sont  issues 
par  voie  de  dégénération.  Elles  se  maintiennent  plus  ou 
moins  longtemps  dans  cet  état  intermédiaire;  mais  cela  ne 
les  élève  pas  au  rang  de  maladies  chroniques  capitales  ;  car, 
en  supposant,  ce  que,  dit-il,  il  nie  absolument,  qu'elles  puis- 
sent naître  d'emblée  et  sans  avoir  été  amenées  par  l'action 
altérante  préalable  d'une  maladie  capitale,  cela  ne  change 
pas  leur  nature,  ni  la  place  qu'elles  occupent  dans  l'échelle 
descendante  des  maladies  constitutionnelles  et  héréditaires. 

Cette  série  de  maladies  chroniques  initiales,  de  transition, 
et  finales  ne  s'observe  pas  nécessairement  chez  le  même  indi- 
vidu. Pour  mon  savantcollègue,c'estdans  l'espace  de  plusieurs 
générations,  qu'elle  se  complète.  Ainsi,  tandis  que  le  grand- 


108  SIXIÈME    LEÇON. 

père  aura  été  arthritique,  !e  père  aura  une  des  nombreuses 
maladies  chroniques  que  M.  Pidoux  range  dans  l'herpétisme, 
et,  enfin,  le  fils  aura  d'emblée  une  maladie  organique. 

M.  Pidoux  et  moi,  Messieurs,  nous  sommes  loin  de  nous 
entendre.  Vous  voyez,  tout  d'abord,  que  noi  s  nous  faisons 
l'un  et  l'autre  une  idée  fort  difïerente  de  la  maladie. 
M.  Pidoux  confond  les  affections  et  les  maladies,  tandis  que 
j'établis  entre  elles  une  ligne  de  démarcation  bien  tranchée. 
Cela  vous  explique  comment  il  se  fait  que  M.  Pidoux  décom- 
pose nos  maladies  constitutionnelles  pour  transformer  les 
affections  qui  constituent  leurs  diverses  périodes  en  autant 
de  maladies  différentes.  11  n'y  a  pas  de  maladies  qu'on 
puisse,  à  proprement  parler,  appeler  initiales,  intermé- 
diaires ou  finales,  parce  que  toutes  les  maladies  ont  un  com- 
mencement, un  milieu  et  une  fin. 

Les  faits  d'observation  sur  lesquels  M.  Pidoux  fait  reposer 
son  étrange  doctrine  sont  loin  d'avoir  la  signification  qu'il 
leur  donne. 

L'herpétisme  est  un  état  intermédiaire...,  et  pourquoi? 
Sans  doute,  comme  je  le  disais  tout  à  l'heure,  parce  que  l'on 
voit  le  début  de  la  scrofule  dans  l'écrouellc,  le  début  de  l'ar- 
thritis  dans  l'arthropathie  rhumatismale  ou  goutteuse,  etc., 
mais  c'est  là  une  très-grande  erreur  que  je  combats  depuis 
longtemps,  en  démontrant  par  des  faits  que,  dans  la  forme 
commune,  les  maladies  constitutionnelles  commencent  par 
la  peau,  c'est-à-dire  par  les  tissus  les  plus  superficiels,  et  atta- 
quent des  tissus  d'autant  plus  [profonds  qu'elles  s'éloignent 
davantage  de  leur  début. 

On  voit,  dit-on,  des  malades  qui  n'ont  que  de  V herpêtisme 
(en  donnant  à  ce  mot  la  signification  que  lui  donne  M.  Pi- 
doux); ou  envoit  d'autres  qui  n'ontque  des  lésions  organiques. 
Peut-on  raisonnablement  admettre  chez  eux  l'existence  d'une 
maladie  constitutionnelle?  Assurément  oui,  puisque  toute 
affection  constitutionnelle  présente  des  caractères  spéciaux 
qui  font  reconnaître  sa  nature  ou  son  origine.  N'avons-nous 


OBJECTIOINS  FAITES  A  LA  DARTRE.  i  09 

pas  admis,  pour  toutes  les  maladies  constitutionnelles^  une 
forme  fixe  primitive  représentée  par  une  seule  affection  ? 

De  ce  que,  dans  trois  générations  successives,  on  observe 
la  même  maladie  constitutionnelle  héréditaire,  s'en  suit-il 
qu'il  n'y  ait  là  qu'une  seule  maladie  dont  la  première  pé- 
riode s'observerait  chez  le  grand-père,  la  seconde  chez  le 
père  et  la  troisième  sur  le  fils?  Les  faits,  je  ne  crains  pas  de 
le  dire,  sont  en  opposition  avec  cette  manière  de  voir  :  ce 
rapport,  posé  a  priori  entre  la  succession  des  générations  et 
la  succession  des  périodes  de  la  même  maladie  constitution- 
nelle n'existe  que  dans  l'imagination  de  mon  excellent  col- 
lègue, le  docteur  Pidoux. 

On  pourrait  objecter  à  l'opinion  qui  considère  la  'dartre 
comme  une  entité  morbide  distincte,  que  sa  troisième  pé- 
riode ne  présente  jamais  d'altérations  osseuses,  comme  cela 
s'observe  dans  la  scrofule,  l'arthritis  et  la  S3q3hilis  :  c'est 
vr'cù;  mais  elle  a  un  autre  grand  cai'actère  qui  la  distingue 
des  autres  maladies  constitutionnelles,  c'est  !a  mobilité  et  la 
métastase  des  affections.  Rien  n'est  plus  fréquent  que  de, 
voir  des  ascites,  des  hydropéricardes,  des  œdèmes  succéder  à 
la  brusque  disparition  des  éruptions  dartreuses  et  alterner 
avec  elles.  Ce  balancement,  qui  d'abord  était  parfait,  se  fait 
ensuite  incomplètement  et  enfin  ne  se  fait  plus  du  tout  : 
hydropisies  et  éruptions  cutanées  deviennent  fixes  et  ne 
quittent  plus  le  malade  dans  la  quatrième  période. 

L'alternance  des  affections  cutanées  avec  les  affections 
catarrhales  et  névralgiques  s'observe  dans  toutes  les  mala- 
dies constitutionnelles  :  celle  des  affections  cutanées  avec 
les  hydropisies  et  les  paralysies  est  exclusivement  réservée  à 
l'herpétis  (1). 

J'ai  répondu  l'année  dernière  à  Thypothèse  des  métis.  Je 
n'y  reviendrai  pas  ;  je  vous  rappellerai  seulement  que,  pour 
moi,  les  maladies  constitutionnelles  ne  s'excluent  pas  sur  le 

'^i\  Je  dis  herpétis  cl  iiom  herpélisine  pour  faire  biei)  eoMiprendie 
qu'il  s'agit  ici  d'une  maladie  et  non  d'an  principe  ou  d'une  cau^e 


1  10  SIXIÈME    LEÇON. 

même  sujet,  mais  qu'elles  ne  peuvent  dans  aucun  cas  par 
leur  combinaison  donner  naissance  à  des  produits  intermé- 
diaires tenant  à  la  fois  des  deux  maladies  génératrices. 

Je  terminerai  cette  leçon  par  l'exposition  de  quelques  do- 
'  cuments  statistiques  qui  pourront  vous  donner  une  idée  de 
la  fréquence  relative  des  affections  cutanées  scrofuleuses, 
arthritiques  et  herpétiques. 

Sur  un  total  de  837  malades,  ayant  des  affections  cutanées, 
qui  sont  venus  réclamer  mes  soins  du  28  août  1862  au 
1"  juin  1863,  j'ai  observé  : 


Arlhritides 

565 

Scrofulides 

172 

Herpélides 

100 

Total  837 

c'est-à-dire  que  l'on  voit  un  peu  plus  de  o  arlhritides  pour 
1  herpétide,  et  de  3  arthritides  pour  1  scrofulide. 
Sur  les  S6o  arthritides,  j'ai  compté  : 


Eczémas 

2i6 

Pityriasis 

92 

Acnés 

98 

Sycosis 

23 

Erythèmes 

21 

Urticaires 

21 

Lichen 

20 

Prurigo 

17 

- 

Prurits 

13 

Psoriasis 

16 

Furoncles 

17 

Eclhyma 

1 

Hydro-adénite 

1 

Herpès 

9 

Pemphigus 

5 

Hydroa 

3 

Aphthes 

'2 

Total 

565 

Sur 

les  172  scrofulides,  j'ai  com 

ipté  : 

OBJECTIONS  FAITES    A    LA    PJLRTBE. 

Eczémas  ;  impétigo  ;  eczémas  impétigineux  80 

Acnés  66 

Lichen  2 

Erythèmes  indurés  et  engelures  scrofuleuses  à: 

Lupus;  scrofulides  inflammatoires  et  fibro-plastiques  20 


ni 


172 


Sur  1 00  herpétides,  j'ai  compté  : 

Psoriasis  ii6 

Eczémas  42 

Lichen  6 

Pityriasis  5 

Pemphigus  1 


100 
Si  maintenant  nous  prenons  chaque  genre  en  particulier, 
nous  verrons  que  3  genres  seulement  sont  communs  aux 
3  maladies  constitutionnelles.  Ce  sont  :  l'eczéma,  le  lichen  et 
le  prurigo  ; 

Veezéma  a  été     2^6  fois  arthritique 

80  fois  scrofuleux 

42  fois  herpétique 

Le  lichen  a  été       20  fois  arthritique 

2  fois  srcofuleux 

6  fois  herpétique 

Le  prurigo  a  été    30  fois  arthritique, 

0  —  scrofuleux 

0  —  herpétique 

Deux  genres  sont  communs  aux  arl.hritides  et  aux  scro- 
fulides. 

Ce  sont  :  l'érythème  et  l'acné  : 

L'acné  a  été  trouvée  98  fois  arthritique. 

66  fois  scrofuleuse. 
Vérjthènie        —  21  fois  arthritique. 

h  fois  scrofuleux. 
(Juatre  genres  sont  fonimuns  aux  arthritide^  et  twn  her- 
pétides. 


112  SIXIÈME   LEÇON. 

Ce  sont  le  psoriasis,  le  pityriasis,  le  peraphigiis,  l'urti- 
caire  : 

Le  psoriasis  a  été  16  fois  artbriiique. 


fi6  - 

herpétifjne. 

Le  pityriasis 

9=2  ~ 

arthritique. 

5  •— 

her[  étique. 

Le  pemphigus 

5  — 

arthritique. 

1   - 

herpétique. 

Vurticaire 

21  — 

arthritique. 

' 

0  — 

herpétique. 

Le  sycosis,  Vh'jdioa,  \^  furoncle  sont  propres  à  l'arthritis. 

Le  lupus  à  la  scrofule. 

J'ai  interrogé,  au  point  de  vue  des  antécédents,  les  ma- 
lades affectés  de  psoriasis. 

Sur  les  IG  psoriasis  arthritiques,  8  seulement  ont  été 
interrogés  r- 
J'ai  noté  chez  7  des  antécédents  rhumatismaux. 
Sur  les  46  psoriasis  herpétiques,  9  seulement  ont  été  inter- 
rogés, 7  ctaiont  sans  antécédents  arthritiques,  2  avaient  eu 
des  rhumatismes. 

Eniin,  je  puis  vous  donner  quelques  renseignements  sur 
le  siège  des  arthritides.  . 

Sur  170  malades  pris  au  hasard,  l'aiîection  cutanée  arthri- 
tique occupait  : 

La  face  Ixl  fois. 

L'anus  cL  ks  parties  sexuelles  /i6 

Le  cuir  chevelu  20  , 

Ongles,  doigts,  mains  19 

Ensemble  divers  sièges  d'élection       16 
Lèvres  6 

Seins  2 

Membres  inférieurs  6 

Pieds  2 

Aisselles  1 

Nombril  ,  1 

Etait  dispersée  indistinctement  3 


SEPTIÈME  LEÇON. 


Messieurs, 

Ali  mois  d'août  et  de  septembre  de  l'année  dernière,  M.  le 
professeur  Ciiausit  a  écrit  et  publié  un  long- article  contre  le 
parasitisme  et  les  parasitophiles  (Remarques  et  observations 
cliniques  sur  les  maladies  de  peau,  dites  parasitaires,  dans 
V Union  médicak,  1863,  numéros  101,  103,  105,  106,  108, 
110,  i  11).  Dans  ce  travail  ou  plutôt  cette  diatribe,  qui  se 
tient  sur  la  limite  des  écrits  que  l'on  doit  dédaigner,  il  a 
accumulé  les  erreurs  et  les  faits  controuvés;  il  a  donné  place 
à  toutes  les  objections  faites  au  parasitisme,  quelque  absurdes 
qu'elles  lu?'  -ent,  les  a  amplifiées  et  en  a  tiré  des  conclusions 
erronées.  Il  a  doctoralement  résumé  son  travail  en  une 
phrase  et  a  cru  pouvoir  annoncer  au  public  médical,  que 
M  dans  l'état  actuel  de  la  dermatologie,  il  n'y  a  point  de 
«  maladie  de  nature  essentiellement  parasitaire  végétale,  ni 
«  de  thérapeutique  antiparasitaire  » 

Quelque  fastidieuse  que  soit  pour  vous  l'appréciation  de 
cette  prétendue  argumentation,  quoiqu'il  eût  peut-être  mieux 
valu  n'en  point  parler,  et  ne  pas  attirer  ainsi  sur  le  nom  de 
l'auteur  le  retentissement  que  n'a  pu  lui  donner  son  travail, 
j'ai  résolu,  néanmoins,  d'y  consacrer  les  leçons  qu'il  me  reste 
à  vous  faire  ;  je  vous  en  dirai  tout  à  l'heure  les  raisons. 
Mais  d'abord,  permettez-moi  quelques  réflexions  nécessaires 
à  l'intelligence  du  sujet. 


114  SEPIIÈME    LEÇON, 

Les  vérités  scieiUifiqueb  ne  sont  presque  jamais  acceptées 
déprime  abord  :  l'envie,  la  mauvaise  foi,  l'ignorance,  sont 
autant  de  barrières  que  certains  soi-disant  savants  élèvent 
pour  cacher  une  lumièrequi  blesse  leur  intérêt  et  leur  amour- 
propre.  Les  découvertes  choquent  comme  autant  de  person- 
nalités ceux  qui  ne  les  ont  point  faites.  Ce  que  je  vous  dis  là 
peut  s'appliquer  au  parasitisme. 

Il  y  a  douze  ans  que  j'ai  fait  connaître  les  affections  para- 
sitaires, et  que  je  les  ai  établies  sur  des  bases  inébranlables  : 
avant  moi,  à  l'hôpital  Saint-Louis,  la  méihode  des  frictions 
partielles  dans  la  gale,  était  exclusivement  en  usage;  c'est 
assez  dire  que  l'on  n'obtenait  que  des  guérisons  qui  se  fai- 
saient longtemps  attendre.  J'ai  fait  voir  que  les  acares  pou- 
vant siéger  sur  toutes  les  parties  du  corps,  il  fallait,  pour  les 
détruire,  que  la  friction  fût  générale.  J'ai  ainsi  institué  le 
traitement  rationnel  de  la  gale  dont  j'ai  réduit  la  durée  à 
quel([ues  jours.  De  même, en  prouvant  que. les  teignes  étaient 
produites  par  des  champignons  qui  attaquent  non  seulement 
la  partie  libre  des  poils,  mais  encore  la  partie  intra-cutanée, 
j'ai-démontré  la  nécessité  de  ne  point  se  borner  à  des  appli- 
cations extérieures  d'agents  antiparasitaiies,  mais  de  faire 
pénétrer  ces  agents  jusque  dansle  bulbe  pileux.  J'ai  fait  voir 
ainsi  que  l'épilation  devait  être  le  préliminaire  obligé  des 
applications  parasiticides. 

Eh  bien  !  vous  le  rappellerai -je  ?  A  l'époque  oii  j'ai  proposé 
ces  traitements  de  la  gale  et  de  la  teigne,  un  cri  général  de 
réprobation  s'est  élevé;  de  vives  oppositions  ont  surgi  de 
toutes  parts.  Au  nom  des  vieilles  théories  humorales, 
des  doctrines  galéniques,mon  honoré  collègue,  M.  Devergie, 
a  protesté  l'un  des  premiers  et  a  professé  que  les  acares  de  la 
gale  n'étaient  que  le  produit  et  non  la  cause  de  la  maladie. 
Mais,  peu  à  peu, le  calme  s'est  rétabli,les  beaux  succès  que 
ces  traitements  ont  procurés  dans  des  cas  que  l'on  jugeait 
autrefois  désespérés,  ont  ramené  de  mon  côté  les  incrédules 
de  bonne  foi.  Le  traitement  de  la  teigne,  qui  depuis  long- 
temps était  abandonné  à  l'empirisme  des  frères  Mahon,  leur 


LE  PARASITISME  El  LES  PAilASlTOPHILES.  i  lîî 

a  été  enlevé  peu  à  peu,  et  aujourd'hui  Jes  six  médecins  de 
riiôpital  Saint-Louis,  il  n'y  en  a  plus  qu'un  qui  leur  confie 
des  teigneux.  Cet  exemple  a  été  suivi  en  pro\ince^  et  bien  des 
villes  se  sont  affranchies  du  tribut  qu'elles  payaient  aux 
Mahon,  en  établissant  sur  mes  indications  un  traitement 
rationnel. 

Dans  cet  hôpital,  notre  vénérable  doyen  M.  Gibert,  qui 
s'était  d'abord  tant  élevé  contre  moi,  a  eu  la  bonne  foi  d'ab- 
jurer avant  de  partir,  et  a  écrit  que  la  dermatologie  était  re- 
devable à  M.  Bazin,  du  seul  progrès  important  que  puisse 
revendiquer  notre  époque.  C'est  un  acte  de  loyauté  et  d'hon- 
nêteté scientifiques  dont  je  ne  saurais  trop  le  remercier. 

Mais  hélas  !  son  exemple  n'est  malheureusement  pas  suivi 
par  tous  mes  confrères  :  M.  Cazenave,  depuis  dix  ans,  ne 
cesse  de  protester  soit  par  lui-même,  soit  par  M.  Chausit, 
son  élève. 

Cette  obstination,  et  même,  j'ai  le  regret  de  le  dire,  cette 
mauvaise  foi  de  sa  part  sont  extraordinaires  et  me  surpren- 
nent beaucoup.  A  quoi  peuvent-elles  tenir  ?  Un  moment  j'a- 
vais espéré  que  le  silence  fait  autour  du  nom  de  M.  Cazenave, 
que  l'oubli  dans  lequel  sont  tombées  ses  doctrines  le  ramène- 
raient à  des  sentiments  meilleurs.  Il  n'en  était  rien  :  l'année 
dernière;  il  m'a  lancé  un  dernier  manifeste;  car,  bien  que 
l'article  soit  signé  par  M.  Chausit,  il  est  facile  de  voir  d'où 
part  le  coup.  A  l'œuvre  on  reconnaît  l'ouvrier. 

Ce  manifeste  ne  m'a  pas  ému;  mais  il  m'a  attristé,  pour 
ne  pas  me  servir  d'une  expression  plus  forte.  Jusqu'à  pré- 
sent, je  n'y  ai  pas  répondu,  non  plus  que  MM.  Hardy  et  Ro- 
bin qui  y  sont  également  en  cause.  M'étant  proposé^  dans  le 
cours  de  cette  année,  de  réfuter  avec  vous  toutes  les  attaques 
contre  mes  doctrines,  je  ne  puis  passer  sous  silence  celles  de 
M.  Cazenave  et  de  son  trop  fidèle  disciple.  Je  vous  en  parlerai 
donc  pour  deux  raisons  :  la  première,  parce  que  l'argumen- 
tation, développpée  par  M.  Chausit,  est  la  plus  fidèle  repro- 
duction des  opinions  contraires  aux  miennes  en  matière  de 
parasitisme;  la  seconde,  pour  vous  montrer  que  la  doctrine 


H 6  SEPTIÈME   LEÇON. 

qu'il  défend,  si  toutefois  l'on  peut  donner  ce  nom  au  système 
qui  consiste  à  nier  sans  preuve  ce  que  tout  le  monde  admet 
pour  vrai,  pour  vous  montrer^  dis-je,  que  sa  doctrine  ne  re- 
pose que  sur  des  discussions  de  mots,  de  subtiles  avocasse- 
ries  et  ne  renferme  aucun  argument  sérieux  contre  le  parasi- 
tisme. Toutefois^  je  dois  le  dire,  c'est  la  dernière  fois  que  je 
réponds  aux  parasitopliobes,  n'étant  pas  désireux  de  perdre 
mon  temps  à  continuer  la  discussion  avec  des  hommes  sans 
justice,  à  faire  résonner  la  vérité  à  des  oreilles  qui  se  bou- 
chent pour  ne  pas  l'entendre. 
Entrons  donc  en  matière  : 

«  Les  recherches  qui  ont  pour  but  d'éclairer  la  nature  des  nia- 
«  ladies,  d'apprécier  leurs  véritables  causes  et  de  fournir  aux 
«  praticiens  les  bases  d'une  thérapeutique  efficace,  présentent  de 
u  nombreux  problêmes  à  résoudre.  C'est,  d'elles  que  l'on  peut  dire  : 
«  Expericntia  fallax;  on  ne  saurait  trop  se  prémunir  contre 
«  les  chances  d'erreur  qui  naissent  du  but  tnème  à  atleindrc,  mais 
«  surtout  d'une  tendance  exclusive  fi  rattacher  révolution  des 
«  faits  pathologiques  oi>servés  à  up.e  cause  unique  el  invariable.  » 

Dès  les  premières  lignes  de  l'article,  on  voit  percer  le  bout 
de  l'oreille  :  c'est  toujours  la  théorie  du  morbidisme  végétal; 
c'est  toujours  cette  vieille  hypothèse  de  M.  Cazenave,  que 
M.  Ghausit  caresse.  Depuis  dix  ans  que  j'ai  établi  une  classe 
d'affections  parasitaires,  en  ai-je  augmenté  le  cadre  d'une 
seule  affection  nouvelle? Où  a-t-on  vu  les  envahissements  de 
ce  morbidisme  végétal  ?  C'est  se  battre  contre  des  moulins  à 
vent.  Que  MM.  Cazenave  et  Ghausit  se  rassurent  !  Depuis 
mon  Mémoire  sur  les  teignes,  ils  ont  pu  voir  dans  mes  autres 
publications  que  le  nombre  des  affections  parasitaires  est 
resté  le  même  pour  moi.  Loin  d'obéir  à  cette  tendance  qui 
rattache  les  phénomènes  observés  à  une  seule  cause,  n'au- 
rais-je  pas  plutôt  encouru  le  reproche  que  me  l'ait  M.  Dever- 
gie  d'avoir,  à  force  de  catégoriser,  fait  une  classification 
inacceptable  ? 

«  Que  cette  cause  puisse  être  attribuée  à  une  altération  des  se- 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.  117 

«  lides  ou  des  liquides,  ou  bien  à  la  présence  anormale  au  sein  de 

«  l'organisme  de  corps  étrangers  d'origine  végétale  ou  animale, 

M  peu  importe.  » 
Je  trouve,  au  contraire,  qu'il  imporle  beaucoup  et  qu'il 

serait  regrettable  de  confondre  les  afTections  dues  à  une  alté- 
ration des  solides  ou  des  liquides  et  les  affections  parasi- 
taires, car  les  unes  et  les  autres  diffèrent  essentiellement. 

«  La  question  à  résoudre  est  toujours  la  même.  C'est  d'assigner 
a  d'abord  des  caractères  ciistinctifs  à  ces  lésions  ou  à  ces  corps 
«  étrangers  avant  de  fixer,  à  l'aide  de  la  cliniqre,  le  rôle  qui  leur 
«  convient  dans  le  développement  des  maladies.  » 

Pas  le  moins  du  monde.  Les  lésions  ne  sont  pas  des  causes, 
mais  des  produits  de  la  maladie.  Il  faut  suivre  une  marche 
tout  à  fait  opposée  à  celle  indiquée  par  M.  Chausit.  On  doit 
d'abord  étudier  les  maladies,  les  affections,  et  ensuite  en 
rechercher  les  causes.  Ainsi,  par  exemple,  dans  le  psoriasis, 
des  micrographes  allemands  ont  découvert  des  parasites 
végétaux;  m'est-il  venu  un  instant  à  l'idée  d'en  faire  une 
affection  parasitaire  ?  Nullement,  parce  que  la  clinique  m'a 
montré  que,  si  dans  le  psoriasis  il  peut  y  avoir  production 
de  cryptogames,  ceux-ci  ne  sont  qu'accessoires,  n'influen- 
cent en  rien  la  marche  et  ne  présentent  aucune  indication 
pour  le  traitement  de  celte  affection,  qui  est  toujours  la  pure 
expression  de  la  dartre  ou  de  l'arthritis.  Il  est  donc  faux  de 
dire  qu'on  doit  assigner  les  caractères  des  végétaux  parasites 
du  psoriasis,  avant  de  rechercher  par  la  clinique,  quel  rôle 
ils  jouent  dans  sa  production. 

a  Lorsque  les  altérations  révélées  par  l'anatoraie  pathologique 
a  ont  paru  insuffisanles  pour  expliquer  les  mystères  de  la  patho- 
«  logie,  on  a  demandé  la  solution  du  problême  à  des  moyens  d'in- 

«  vestigaiion  empruntés  aux  sciences  physiques  et  chimiques 

«  La  chincialrie  n'a  pas  encore  envahi  le  domaine  de  la  pallio'ogie 
«  cutanée  5  mais  par  compensation,  et  sous  l'iiifluence  de  quelques 
«  recherches  micrographiques,  l'étude  des  maladies  de  la  peau  ne 
«  tendrait  à  rien  moins  qu'à  devenir  une  étude  du  parasitisme.» 

7 


118  SEPTIÈME    LEÇON. 

«  En  effet,  le  nombre  des  affections  cutanées  dites  parasitaires 
«  augmente  incessamment  et  n'a  d'égal  que  la  facilité  avec  laquelle 
«  on  découvre  de  nouvelles  spores  cryptogamiques.  Il  est  donc 
«r  permis,  il  y  a  inlêret,  au  point  de  vue  pratique,  de  considérer 
«  dans  son  ensemble  et  de  juger  dans  ses  détails  ce  nouveau  sys- 
«  tème  d'origineallemandequi,  selon  la  remarque  deM.  HazenavCi^ 
«  tend  à  rdhstïiuer,  pour  toutes  les  maladies  de  la  peau,  LE 
«  MORBiDiSME  VÉGÉTAL,  avx  phénomènes  pathologiques  quel'expé- 
«  rience  nous  a  appris  à  voir  dans  ces  affections.  » 

«  fCAZENAYE,   Traité  des  maladies  du  cuir  chevelu,  p.  222.)  » 

Que  vient  faire  ici  la  chimiatrie  et  quel  rapprochement 
M.  Ghausit  \eut-il  en  faire  avec  l'étude  du  parasitisme?  Y 
a-t~il  quelque  chose  de  comparable  entre  les  théories  al)surdes 
des  anciens  chimistes  et  les  observations  microscopiques  et 
cliniques  des  parasites  que  Ton  doit  à  tant  de  savan-ts  éclairés 
et  de  médecins  instruits? 

M.  Ghausit,  une  fois ena^agé  dans  l'hypothèse  de  l'envahis- 
sement du  morbidisme  végétal,  n'en  sort  pas  facilement, 
comme  vous  le  voyez.  G'est  toujours  la  même  idée  qu'il  met 
en  avant  pour  donner  le  change  et  faire  croire  que  chaque 
j"our  on  découvre  une  nouvelle  affection  parasitaire.  Mais  il 
se  contente  de  la  simple  affirmation,  et  le  lecteur  attendra 
longtemps  qu'il  nomme  les  affections  parasitaires,  nouvelle- 
ment découvertes.  Non,  il  n'est  pas  vrai  de  dire  que  les 
parasites  envahissent  tout  le  domaine  de  lapathologie  cutanée, 
et  que  les  parasitophiles  voient  des  champignons  partout. 
Vous  éviterez  facilement  l'erreur,  si  vous  avez  présente  à 
Tesprit  cette  phrase  que  j'écrivais  dans  mes  leçons  sur  les 
affections  cutanées  parasitaires  (p.  9).  «  Peut-être  quelques 
«  esprits  rêveurs  sont-ils  aujourd'hui  disposés  à  voir  des 
«^champignons  dans  toutes  les  affections,  dignes  émules  de 
«  Raspail,  qui,  vous  le  savez,  admet,  dans  toutes  les  mala- 
«  dies,  des  animaux  parasites  auxquels  il  attribue  une  im- 
«portance  capitale.  Tenez-vous  toujours  dans  une  grande 
«  défiance,  en  présence  de  doctrines  entachées  d'une  si  évi- 
te dente  exagération;  mais  n'allez  pas  non  plus,  avec  M. 
«  Gazenave,  vous  jeter  dans  un  excès  contraire,  et  par  une 


LK  PARASITISME  El    LES  PARASITOPHILES,  419 

«  crainte  exagérée  du  morbidisrae  végétal,  nier  jusqu'à  l'exi- 
«  stence  des  végétaux  parasites.  Vous  êtes  entre  deux  écueils 
«  qu'il  faut  savoir  également  éviter.  » 

«Ce  système,  dit  M.  Chausit,  repose  sur  l'existence  de  certains 
champignons  qui  ne  sont  appréciables  qu'au  microscope  et  à  un 
«  fort  grossissement.  » 

On  les  voit  à  l'œil  nu.  Est-il  besoin  de  forts  grossissements 
pour  voir  les  godets  si  caractéristiques  du  favus,  pour  voir 
ces  gaines  d'un  blanc  neigeux  qui  recouvrent  les  poils  cas- 
sés dans  la  deuxième  période  de  la  teigne  tonsurante. 

«  En  admettant  pour  vrai  le  fait  de  l'existence  des  végétaux 
»  parasites,  toute  la  question  est  de  savoir  si  ces  champignons 
«  jouent  le  rôle  qu'on  voudrait  leur  attribuer.  Sur  ce  point,  et 
«  sans  méconnaître  l'autorité  des  micrographes,  nous  croyons 
«  avec  M.  Cazenave,  que  les  parasites  observés  —  en  tant  qu'ils 
«  le  soient  réellement —  peuvent  exister  accidentellement  et  cons- 
«  tituer  un  phénomène  anormal,  mais  qu'ils  ne  sauraient  être 
«  considérés  comme  cause  essentielle  d'aucune  des  formes  des 
«  maladies  de  la  peau.  » 

Je  ferai  remarquer  à  M.  Chausit^  que  les  convictions  de 
M.  Cazenave,  qu'il  partage,  ne  paraissent  pas  être  fondées 
sur  des  bases  bien  solides,  puisqu'il  en  a  changé  jusqu'à  trois 
fois  en  dix  ans. 

Il  a  d'abord  nié  complètement  l'existence  des  parasites 
dans  le  favus  qu'il  rangeait  dans  les  affections  pustuleuses. 
Les  godets  n'étaient  pour  lui  que  du  pus  concrète. 

Mais  l'impossibilité  de  démontrer  la  pustule  qui  précède 
le  godet,  l'a  conduit  à  adopter  une  seconde  opinion  :  il  a 
avancé  que  le  godet  n'était  autre  que  de  la  matière  sébacée 
altérée. 

Enfin  M.  Chausit  nous  apprend  que  M.  Cazenave  pense 
aujourd'hui  qu'il  peut  y  avoir  des  parasites  dans  le  favus., 
mais  qu'ils  ne  sont  qu'accessoires.  Voilà  déjà  une  petite 
concession,  et  M.  Cazenave  montre  qu'il  se  laisse  déjà  un 
peu  envahir  par  le  morbidisme  végétal  dont  il  a  une  si  grande 


120      ^  S'SPIIÈMt;    LEÇON. 

peur.  Espérons  qu'il  changera  une  quatrième  fois  d'opinion, 
et  qu'il  voudra  bien  enfin  admettre  la  nature  exclusivement 

parasitaire  des  croûtes  faveuses. 

«  Pour  i\îM.  Bazin  et  Hardy,  qui  ont  défendu  le  parasitisme 
«  avec  plus  de  convictiou  que  de  vérité,  nous  n'hésitons  pas  à  le 
«  dire,  le  cryptogame  joue  le  triple  rôle  de  cause,  de  lésion,  et  de 
«  symptômo.  Entraînés  par  une  ardeur  fiévreuse  à  constituer  une 
«  classe  de  maladies  parantaires  caractérisées  par  une  éliologie 
«  invariable  et  une  thérapeutique  nouvelle,  les  honorables  méde- 
«  cins  de  l'hôpital  Saint-Louis  ne  paraissent  même  pas  supposer 
«  qu'on  puisse  mettre  en  doute  la  nature  végétale  des  corpuscules 
«  observés  dans  le  champ  du  microscope,  x* 

Que  vient  faire  ici  M.  Hardy  ?  ïl  n'a  jamais  défendu,  ni 
attaqué  le  parasitisme;  il  a  simplement  adopté  la  classe  des 
affections  parasitaires.  Le  but  de  M.  Ghausit  est  facile  à  voir, 
et  en  associant  mon  nom  à  celui  de  mon  honorable  collègue, 
il  a  voulu  me  faire  endosser  la  responsabilité  des  erreurs  de 
ce  dernier,  qui  admet  la  nature  parasitaire  de  l'acné  punc  - 
tacta,  et  de  l'acné  varioliforme.  Il  se  donne  ainsi  beau  jeu  et 
peut  ainsi  déclamer  avec  quelque  apparence  de  raison  contre 
le  parasitisme.il  aurait  pu  tout  aussi  bien  m'accoler  à  M.Mar- 
tin de  Marseille,  qui  admet  que  toute  affection  syphilitique 
est  parasitaire. 

«  L'enseignement  de  la  clinique  nous  montre  dans  cette  théorie. 
«  végélale  non  pas  tant  les  divergences  d'opinion  auxquelles  nous 
«  attachons  peu  d'importance,  mais  des,  conséquences  praligues 
«  1res  gravt^,  ne  serait-ce  qu'au  point  de  vue  des  propriétés 
«  contagieuses  attribuées  à  plusieurs  maladies  de  peau  qui,  heu- 
«  reusement,  ne  jouissent  pas  de  ce  triste  privilège.  » 

Les  conséquences  pratiques  si  graves  de  cette  théorie  vé- 
gétale consistant  dans  la  guérison  de  la  teigne  qui,  malgré 
les  dénégations  de  M.  Ghausit,  ne  fait  plus  comme  autrefois 
la  honte  et  l'opprobre  de  notre  art,  depuis  qu'un  traitement 
rationnel,,  basé  sur  la  connaissance  parfaite  de  l'étiologie,  est 
iBn  vigneur. 


LE    PARASITISME  ET    LES    PARASITOPHILES.  121 

Quant  à  la  négation  des  propriétés  contagieuses  des  véri- 
tables affections  parasitaires,  j'ai  peine  à  croire  que  ce  soit 
réellement  là  l'opinion  de  M.  Chausit,  et  je  pense  qu'il  ne  se 
servirait  pas  volontiers  du  même  rasoir  et  des  mêmes  pei- 
gnes que  les  malades  affectés  de  mentagre  ou  de  pelade.  La 
contagion  des  affections  parasitaires  est  un  fait  clinique  des 
mieux  démontrés  pourceux  qui  veulent  observer  les  faits  avec 
attention  et  impartialité. 

«  Une  classe  de  maladies  parasitaires  ne  pourrait  être  admise 
«  dans  le  cadre  de  la  pathologie  cutanée,  qu'aux  trois  conditions 
«  suivantes,  démontrant  ; 

«  1»  L'existence  constante  d'un  cryptogame  à  caractères  non 
«  douteux  au  début  de  la  maladie  cutanée,  dont  il  constitiitrait 
«  ainsi  ie  phénomène  initial,  indispensable. 

2°  La  propriété  contagieuse  de  tes  maladies  par  l«s  spor* 
«  cryptogamiques  transmises  des  individus  malades  aux  indivi- 
«  dus  sains.  » 

«  3"  La  nécessité  d'un  traitement  nouveau,  consistant  dans  l'em- 
«  ploi  de  moyens  particuliers  et  donnant  des  résultats  plu-s  prompts, 
«  plus  décisifs  que  les  traitements  précédemment  usités.  » 

Les  conditions  dont  parle  M.  Chausit  ont  été  remplies  par 
moi;  j'ai  démontré  la  présence  constante  des  cryptogames 
et  leurs  propriétés  contagieuses  dans  les  affections  parasi- 
taires. Quant  au  traitement,  je  vous  laisse  apprécier  vous- 
mêmes  si  les  résultats  que  j'ai  obtenus  ne  sont  pas  plus 
prompts  et  plus  décisifs  que  ceux  de  mes  prédécesseurs.  I 
me  suffira  de  vous  rappeler  qu'autrefois  la  teigne  était  à  peu 
près  incurable,  que  les  malheureureux  atteints  de  cette  re- 
doutable affection,  objets  de  dégoût  et  de  répulsion  générale, 
subissaient  en  vain  les  traitej^^ents  les  plus  douloureux  et 
terminaient  une  misérable  existence,  après  avoir  passé  par 
tous  les  degrés  du  marasme,  et  cela,  sans  que  le  médecin  eût 
pu  leur  apporter  aucun  soulagement.  Quelquefois  le  malade 
après  avoir  gardé  son  affection  dix,  vingt  ans.  guérissait 
spontanément^  mais  au  prix  d'une  calvitie  irrémédiable.  Au- 
jourd'hui, je  peux  le  dire  avec  orgueil,  la.  terminaison  par  .la 


122  SEPTIÈME    LEÇON, 

mort  n'est  plus  observée,  et  aucune  teigne,  quelque  ancienne 
qu'elle  soit,  ne  résiste  aux  moyens  de  traitement  que  j'ai 
proposés  et  guérit  avec  reproduction  des  cheveux,  si  les  folli- 
cules pileux  ne  sont  pas  définitivement  détruits.  Vous  avez 
pu  constater  vous-mêmes  bien  des  fois  ces  heureux  résultats 
dans  mon  service. 

Pour  circonscrire  le  groupe  des  affections  parasitaires,  j'ai 
suivi  une  marche  beaucoup  plus  naturelle  que  celle  qui  est 
proposée  par  M.  Chausit  :  je  n'ai  pas  tout  d'abord,  comme 
on  me  le  reproche,  cherché  du  champignon  dans  toutes  les 
affections  cutanées  et  séparé  celles  dans  lesquelles  j'en  avais 
trouvé.  L'expérience  m'avait  démontré  que  parmi  les  af- 
fections de  cause  externe,  les  unes  guérissaient  par  les  moyens 
simples  (repos,  émollients),  tandis  que  les  autres  étaieat  re- 
belles à  ces  moyens.  J'ai  donc  été  amené  à  faire  deux  sec- 
tions dans  le  groupe  des  affections  de  cause  externe,  et  c'est. 
en  étudiant  les  affections  de  la  deuxième  section  que  j'ai 
constaté  dans  toutes  la  présence  constante  d'un  champignon. 

Si  j'avais  été  inspiré  par  l'idée  de  M.  Chausit,  si  j'avais 
commencé  par  chercher  quelles  sont  les  affections  dans  les- 
quelles on  trouve  des  parasites,  je  serais  arrivé  à  faire  la 
même  chose  que  les  micrographes  qui  m'ont  précédé,  c'est- 
à-dire  à  signaler  un  fait  curieux,  la  présence  du  cryptogame, 
mais  sans  apprécier  son  rôle  dans  la  palhogénie  des  affec- 
tions et  sans  en  tirer  les  conséquences  pratiques,  qui  m'ont 
fait  établir  un  traitement  rationnel  de  la  teigne. 

<•  Les  maladies  de  la  peau  que  les  travaux  successifs  des  micro- 
«  graphes  et  des  médecins  ont  rendues  tributaires  du  parasitisme, 
«  dans  l'état  actuel  de  la  question,  sont  :  le  favus,  l'herpès  ton- 
«  snrant,  Therpès  circiné,  l'herpès  squameux,  l'herpès  iris,  la 
«  mentagre,  le  vitiligo,  le  pityriasis  versicolor,  les  éphélides  des 
«  femmes  enceintes,  l'acné  punctata,  l'acné  moUuscum.  b 

Ainsi,  depuis  dix  ans,  MM.  Gazenaveet  Chausit,  en  fouil- 
lant à  toutes  les  sources,  n'ont  pu  trouver  que  onze  affections 
parasitaires,  et  ils  ne  cessent  de  s'écrier  :  Le  cercle  des  affec- 
tions parasitaires  tend  à  ton  i  riivahir!  Et  encore  faut-il  ajouter 


LE   PARASITISME   ET    LES   PARASITOPHILES.  123 

que  dans  ces  onze  affections,  il  y  en  a  quatre  :  l'herpès  ton- 
surant^  l'herpès  circiné,  l'herpès  squameux,  l'herpès  iris, 
qui  ne  sont  que  des  variétés  insignifiantes  de  la  même  affec- 
tion, et  que,  par  conséquent,  il  n'y  a  pour  les  citer  séparé- 
ment aucutie  raison.  Il  faut  encore  retrancher  les  éphélides 
des  femmes  enceintes  qui  ne  diffèrent  pas  du  pityriasis  ver- 
sicolor.  Enfin  il  faut  en  distraire  l'acné  punctata  et  l'acné 
molluscum.  Personne  autre  que  M.  Chausit  n'a  eu  l'idée  d'en 
faire  des  affections  parasitaires.  M.  Hardy  lui-même,  qui  a 
cru  trouver  un  parasite  dans  ces  deux  affections,  -ne  les  a  pas 
rangées  dans  les  affections  parasitaires  et  les  a  conservées 
dans  le  genre  acné. 

Vous  voyez,  Messieurs,  que  le  nombre  des  affections  pa- 
rasitaires n'est  pas  très-considérable  ;  aussi  M.  Chausit 
éprouve-t-il  le  besoin  de  le  grossir. 

«  Les  parasites  végétaux  qui  jouent,  ^î'après  les  partisans  de  ce 
«  système,  le  rôle  de  cause  pathogéniqiie  inévitable,  appartien- 
«  nent  à  plusieurs  espèces  de  la  tribu  des  Torulacès  et  des  Oïdiés^ 
«  et  sont  désignés  sous  les  noms  de  :  Achorton  Schoenleinii,  de 
»  Trichophyton  torsurans,  de  J)Jicrosporo?i  furfur,  et  de  micros- 
«  poron  Audouini,  auxquels  il  convient  d'ajouter  la  Pvccinia  favi, 
«  découverte  par  !!ll.le  docteur  Ardsten,  de  Christiania,  et  dont 
«<  les  récents  travaux  des  parasilophiJes  français  ne  font  nullement 
-  mention.  » 

«  Nous  ne  devons  pas  oublier  àà  joindre  à  celte  nomenclature 
«  de  parasites  végétaux  les  nouvelles  spores  cryptogamiques  dé- 
«  couvertes  par  M.  Uardy  dans  l'acné  punctata  et  l'acné  variolj- 
«  forrap,  que  nous  proposerons  de  désigner  par  le  nom  de  leur 
<  inventeur,  le  mlçrosporon  Hardii,  en  attendant  que  ce  derma- 
«  tologue  fasse  connaître  la  tribu  botanique  à  laquelle  elles  appar- 
at tiennent.  » 

Et  c'est  avec  de  pareilles  plaisanteries  que  l'on  veut  jeter 
du  doute  sur  les  causes  si  évidentes  des  affections  parapi- 
t'd'wes'? Le  microspoî'on  Hardii,  le  mot  parasitophile  ne  vous 
semblent-ils  pas  charmants?  Gomme  M.  Chausit  sait  noils 
rendre  la  science  agréable  par  son  esprit!  Pour  moi,  je  pré- 


i2i  SEPTIÈME    LEÇOK. 

'  fé refais  un  peu  moins  de  se!  attiqiie,  et  un  peu  plus  de  rai- 
sons sérieuses.  Toute  îa  causticité  de  M.  Chausit  n'empê- 
chera pas  les  végétaux  parasites  d'avoir  pour  tous  les  obser- 
vateurs de  bonne  foi  une  existence  et  une  influence  patho- 
génique  aussi  certaines  que  le  pou  et  l'acare. 

Quel  savant  micrographe  que  M.  Chausit!  Il  reproche  aux 
parasitophiles  français  d'avoir  oublié  dans  leurs  ouvrages  la 
puccinia  favi  !  Pourquoi  en  auraient-ils  fait  mention?  Son 
existence,  si  tant  est  qu'elle  soit  bien  prouvée,  n'est  pas  con- 
stante dans  le  favus  ;  elle  est  donc  accessoire.  Ce  parasite  des 
parasites  n'imprime  aucune  modification,  ne  se  révèle  par 
aucun  symptôme  particulier  et  ne  change  rien  au  traitement, 
raisons  que,  je  l'espère,  M.  Chausit  voudra  bien  trouver 
suffisantes  pour  m'excuser  de  n'avoir  pas  fait  place  à  la  puc- 
cinia favi  dans  des  ouvrages  entièrement  pratiques. 

«  On  peut  diviser  en  2  classes  les  maladies  dites  parasitaires:  la 
«  première  ne  comprend  qu'une  seule  maladie,  le  favus,  qui  a 
«  d'ailleurs  servi  de  point  de  départ  à  la  théorie  végétale  de  cer- 
«  taines  affections  de  la  peau,  et  dans  laquelle  on  s'explique  jus- 
«  qu'à  un  certain  point  que  la  présence  de  parasites  puisse  être 
«  sérieusement  discutée  et  admise;  dans  la  seconde  se  rangent 
a  toutes  les  autres  maladies  où  Texistcnce  du  cryptogame  ne  peut 
«  être  entrevue  qu'avec  les  yeux  d'une  foi  robuste  ou  la  tendance 
«  à  considérer  comme  des  spores  végétales  tous  les  corps  arrondis 
«  qui  ne  présentent  pas  les  caractères  micrographiques  du  céru- 
«  men,  des  globules  de  pus,  ou  des  globules  de  la  graisse.  » 

Cette  division  est  essentiellement  mauvaise.  Est-ce  que  le 
trichophyton  et  le  microsporon  ne  sont  pas  aussi  faciles  à  voir 
que  l'achorion?  Ce  n'est  pas  une  foi  robuste  qu'il  faut  pour 
les  reconnaître,  mais  simplement  de  la  bonne  foi,  et  je  crains 
bien  qu'à  ce  compte  M,  Chausit  soit  encore  longtemps  sans 
les  voir. 

«  Première  classe.—  Favus  —  Malgré  l'extension  donnée  à  la 
*  classe  des  maladies  parasitaires  et  qui,  d'après  les  tendances  ac- 
«  tuelles,  pourrait  bien  ne  r^!]  ivoir  de  limites,  c'est  toujours  à 


LE    PARASITISME  ET    LES  PARASITOPHILES.  \  15 

«  l'histoire  du  favus  que  micri»graph''s  et   médecin?   empruntent 
«  leurs  principaux  arguments.  » 

Pas  le  moins  du  monde.  Les  micrographes  et  les  médecins 
connaissent  tout  aussi  bien  les  autres  espèces  de  teigne,  et  il 
n'est  pas  vrai  de  dire  qu'ils  n'empruntent  leurs  arguments 
qu'à  l'histoire  du  favus. 

Vous  avez  vu,  Messieurs,  ce  qu'il  fallait  penser  des  craintes 
chimériques,  des  appréhensions  simulées  de  M.  Chausit  sur 
l'extension  croissante  des  affections  parasitaires.  Il  montre 
assez  qu'il  a  le  sentiment  du  peu  de  valeur  de  son  opinion, 
puisqu'il  affecte  de  l'appuyer  constamment  sur  des  faits  qu'il 
sait  parfaitement  être  faux. 

«  Examen  microscopique  du  favus.  —  Si  la  matière  faveuse  est 
«  uniquement  constituée  par  un  végétal.  Tachorionde  Schoenlein, 
«  l'examen  microscopique  ne  devrait  laisser  aucune  incertitude  sur 
«  la  nature  de  cette  production.  Nous  empruntons  à  la  thèse  de 
«  M.  Tarnier  le  passage  où  l'auteur  expose  le  résultat  de  ses  rc- 
«  cherches  micrographiques  entreprises  dans  le  but  d'éclairer  ce 
"  point  si  controversé.  C'est  uiie  étude  consciencieuse,  la  pluscom 
«  plète  que  nous  connaissions  sur  la  question  en  litige,  exposant 
«  à  la  fois  ce  que  nous  croyons  être  la  vérité,  et  les  différences  qui 
«  existent  entre  celte  description  et  celle  de  plusieurs  autres -mi- 
«  crographes.  M.  E.  Tarnier  se  félicite,  d'ailleurs,  d'avoir  reçu  de 
«  la  part  de  JVIM.  Decaisne  et  Léveillé  «  de  précieux  et  utiles 
«  renseîgnemi^nts  ■pour  la  rédaction  de  la  partie  botaniiue  de  son 
«  travail.  » 

L'incertitude  sur  la  nature  du  favus  n'existe  que  pour 
M.  Chausit.  Aussi  sent-il  bien  son  isolement,  et  va-t-il  cher- 
cher du  renfort  oii  il  peut.  Remarquez  un  peu  quelles  sont 
les  autorités  sur  lesquelles  il  s'appuie!  M.  Tarnier  n'est 
connu  en  dermatologie  que  par  les  éloges  que  lui  décerne 
M.  Chausit.  Mais  peu  importe  à  ce  dernier;  il  lui  suffit  qu'on 
soit  de  son  avis  pour  être  à  cent  pieds  au-dessus  de  MM.  Ro- 
bin, Lebert,  Gruby,  etc.,  dont  tout  le  monde  connaît  les 
consciencieux  travaux  micrographiques. 

Quanta  MM.  Decaisne  et  L'Heillé,  dont  on  invoque  ici 


126  SEPTIÈME     LEÇON. 

l'opinion,  que  viennent-ils  faire  dans  l'histoire  du  favus? 
J'accorde  parfaitement  à  M.  Ghausit  que  ce  sont  de  savants 
naturalistes,  de  célèbres  botanistes;  mais  cela  ne  suffit  pas 
pour  qu^ils  soient  compétents  dans  la  question.  Il  faut  être 
médecin  et  avoir  pu  observer  sur  le  malade  le  développement 
de  l'affection  qui  nous  occupe;  il  faut,  en  un  mot,  pouvoir 
poser  soi-même  le  diagnostic  du  favus,  afin  d'être  sûr  que  ce 
sont  bien  les  croûtes  de  celte  espèce  de  teigne  que  Ton  a  sous 
les  yeux. 

«  L'aspect  de  la  production  sousl«  microscope,  dit  M.  Tarnier, 
«  a  été  parfaitement  décrit  par  MM.  Ch.  Robin  et  Bazin,  pour 
«c  ce  qui  a  trait  aux  corps  ovoïdes  ayant  de  0,003  à  0,008""°  et  que 
«  les  micrographes  ont  cru  être  les  spores  du  champignon  de 
«  Schoenlein  j  mais  on  trouve  beaucoup  moins  de  tubes  qu'ils  ne 
«  ne  1  ont  dit  ;  ces  tubes,  dont  l'organisation  n'est  pas  bien  accusée, 
«  ne  ressemblent  pas  aux  lubes  que  l'on  voit  dans  les  prépara- 
«  lions  d'un  oïdium  ou  d'un  torula,  qui  devrait  en  contenir  beau- 
d  coup  moins,  d'après  M.  Robin,  qui  rauge  la  production  favique 
«  dans  la  tribu  des  o'idiées,  dont  l'organisation  est  plus  complète 
«  que  celle  des  torulacées.  » 

«  On  ne  trouve  que  par  hasard,  dans  les  préparations  de  favus 
«  de  vrais  tubes  que  l'on  puisse  rapporter  à  du  mycélium,  et  même 
«  alors  ces  tubes  sont  peu  ramifiés,  quand  ils  le  sont  ;  leur  cavité 
«  n'est  jamais  nette,  même  à  600  diamètres  ;  en  un  mot,  leur  as- 
«  pect  n'est  pas  le  même  que  si  l'on  examine  un  vrai  cryptogame. 
«  Cependant,  il  arrive  quelquefois  de  rencontrer,  dans  de  la  matière 
«  laveuse  vieillie  sur  des  sujets  malpropres,  des  tubes  ressemblant 
*  assez  à  du  mycélium;  mais  ce  n'est  qu'exceptionnellement,  et  je 
«crois  qu'alors  il  y  a  bien  réellement  un  champignon  développé 
«  sur  une  matière  animale,  la  matière  faveuse  en  décomposition  ; 
c(  ce  serait  alors  une  moisissure  ou  l'analogue  de  ces  cryptogames 
«  qui  croissent  sur  les  matières  animales  et  végétales  en  décom- 
«  position.  » 

«  Les  sporidies  m'ont  toujours  échappé  dans  le  favus,  et  si  quel- 
"  quefois  on  rencontre  une  série,  une  réunion  de  cellules  ou  de 
«  corpuscules  bout  à  bout»  on  ne  sait  réellement  à  quoi  rapporter 


LE  PARASniSME  Kl    LLS  PARASITOPHILES.  127 

«  cet  aspect,  qui  n'a  rien  de  régulier,  et  ne  ressemble  nullement 
«  aux  chapelets  de  cellules  et  aux  sporidies  qu'on  trouve  dans  les 
«  préparations  d'un  toru'a  ;  en  un  mot,  il  suffît  de  comparer  deux 
«  préparations,  l'une  de  favus,  l'autre  d'oïdium  ou  de  torula,  pour 
«  se  convaincre  que  ces  productions,  loin  d'être  identiques,  sont 
«  complètement  différentes,  de  sorte  que  le  microscope  me  parait 
«  infirmer  l'opinion  de  M.  Bazin,  qui  prétendait  tirer  de  l'examen 
«  raicrofecopique  une  preuve  en  faveur  de  la  nature  végétale  du 
n  favus  et  de  l'identité  d'aspect  et  de  structure  de  la  production 
«  favique  et  des  moisissures  qui  croissent  sur  les  matières  ani- 
«  rnales  et  végétales  en  décomposition. 

«  Cette  conclusion  de  M.  Bazin,  dit  M.  Chausit,  en  faveur  de  la 
«  nature  végétale  du  favus  me  paraît  d'autant  plus  extraordinaire 
«  qu'il  avait  parfaitement  vu  les  différences  qui  existent  dans  les 
M  deux  cas  ;  car,  tout  en  concluant  à  l'identité  entre  les  deux  sub- 
«  stances,  il  ajoute  :  Sauf  la  différence  des  sporu'es  dont  les  parois 
"  sont  plus  noires,  plus  épaisses,  plus  accusées,  dont  la  double  en- 
ce  velo[>j)e  s"a[icrçoit  â  un  moindre  grossissement,  sauf  la  différence 
«  des  tubes,  qui  sont  plus  rectilignes,  M.  Bazin  aurait  dû  ajouter 
«  sauf  l'aspect  général,  sauf  l'ensemble.  » 

L'opinion  de  M.  Tarnier  est  inadmissible.  Comment 
poLirra-t-il  expliquer  que  MM.  Robin  et  Bazin,  qui  ont  par- 
faitement décrit  les  spores,  aient  si  mal  vu  les  tubes,  quand 
les  uns  et  les  autres  se  pressent  en  si  grand  nombre  sur  la 
même  préparation?  Vous  le  savez  tous  par  expérience,  Mes- 
sieurs, il  ne  vous  a  pas  fallu  une  grande  habitude  du  micros- 
cope pour  reconnaître  dans  une  parcelle  de  croûte  faveuse^ 
quelque  petite  qu'elle  soit,  tous  les  éléments  dont  j'ai  donné 
la  description,  c'est-à-dire  des  sporules  ovoïdes  dont  le  dia- 
mètre peut  atteindre  jusqu'à  0,008  mil.  et  paraissant  former 
deux  enveloppes,  des  tubes  vides  (mycélium)  ou  pleins  de 
sporules  (sporidies)  flexueux,  simples  ou  ramifiés,  formant 
des  tiges  plus  ou  moins  larges  et  quelquefois  articulées. Vous 
avez  pu  voir  que  ces  tubes  ne  sont  pas  rares,  et  existent  non 
pas  seulement  chez  quelques  sujets  malpropres,  coiimie  veut, 
bien  nous  rapprendre  M.  Tarnier,  mais  indistinctement  chez 


128  SEPTIÈME    LEÇON. 

tous  les  malades  affectés  d'un  favus  ancien  ou  nouveau.  Que 
viennent  vous  dire  mes  contradicteurs?  Que  les  tubes  de 
mycélium  qu'on  trouve  dans  le  favus  ne  sont  autres  que  des 
moisissures  développées  sur  des  matières  animales  ou  végé- 
tales en  putréfaction.  C'est  une  grande  erreur.  Il  y  a,  il  est 
vrai,  une  grande  analogie  entre  les  moisissures  et  le  champi- 
gnon du  favus,  mais  il  y  a  aussi  des  nuances  qui  en  font  des 
variétés  distinctes.  La  preuve  la  plus  évidente  qu'on  puisse 
donner  de  la  différence  capitale  qu'il  y  a  entre  ces  crypto- 
games, preuve  qui  n'exige  pas  le  secours  du  microscope, 
vous  la  trouverez  dans  l'inoculation.  Chez  le  même  sujet,  in- 
sérez sousl'épiderme,  d'une  part,  un  fragment  de  moisissure, 
et  de  l'autre  une  parcelle  de  croûte  faveuse  :  dans  le  premier 
cas,  vous  n'obtiendrez  jamais  aucun  résultat  ;  dans  le  second, 
vous  verrez  toujours  se  produire,  dans  un  espace  de  temps 
assez  court,  du  favus  épidermique  si  la  pointe  de  votre  lan- 
cette n'a  rencontré  que  l'épiderme,  du  favus  en  godet  si  elle 
a  rencontré  l'orifice  du  follicule  pileux.  Puisque  la  moisissure 
ne  germe  jamais  sur  la  peau,  tandis  que  le  champignon  du 
favus  se  reproduit  toujours  par  inoculation,  on  est  bien  forcé 
d'admettre  logiquement  que  ces  deux  substances  sont  bien 
différentes. 

M.  Ghausit  s'appuie  sur  l'opinion  de  M.  Léveillé  : 

«  La  croûte  de  la  teigne,  dit  ce  botaniste,  n'est,  poui-  moi, 
«  qu'une  masse  composée  de  parcelles  membraneuses,  de  globules 
«  graisseux  et  d'autres  globules  dont  j'ignore  la  nature,  et  qui 
«  sont  altérés  dans  leurs  formes  ot  agglutinés  les  uns  aux  autres.  ' 
«  Ce  qui  semble  le  prouver  d'une  manière  incontestable,  c'est  que 
«  la  sérosité  qui  s'écoule  d'une  surface  qu'on  vient  de  mettre  à  nu 
«  en  enlevant  la  croûte  est  formée  de  globules  absolument  sem- 
K  blables  ;  seulement,  ils  sont  plus  visibles,  parce  qu'ils  sont  dcga- 
«  gés  de  toute  matière  étrangère. 

«  Pour  se  convaincre  du  peu  d'identité  qui  existe  entre  la  teigne 
«  et  des  champignons  microscopiques,  il  suffit  de  les  comparer  en 
«  nature  aUernativempnt,  au  lieu  de  consulter  .un  dessin  ou  une 


DU  PARASITISME  £T   DIU    PARASITOPHILES.  129 

«  description  qui,  pour  des  objets  aussi  petits,  laissent  toujours 
«  de  l'incertitude.  »  {Considérations  mycologiqueSy  suivies  d'une 
nouvelle  classification  des  champîgno7is,  p.  31.) 

Tl  est  bien  évident,  d'après  ce  que  vous  venez  d'entendre, 
que  l'on  a  présenté  àM.Léveillé  des  malades  affectés  d'eczéma 
ou  d'impétigo,  et  non  de  favu-^.  Dans  cette  dernière  affection 
il  n'y  a  pas  de  suintement,  quand  on  a  enlevé  la  croûte,  et  la 
raison  en  est  facile  à  comprendre.  Le  godet  se  développe 
entre  deux  lames  d'épiderme faciles  à  démontrer,  et  quand  on 
l'enlève,  la  lame  profonde  reste  intacte,  et  il  n'y  a  pas  de  sur- 
face dénudée. 

«  Il  est  vrai  que  les  adeptes  du  parasitisme  n'hésitent  point  à 
«  considérer  comme  les  spores  du  champignon  ces  corps  arrondis 
«  dont  M.  Léveillé  ignore  la  nature.  S'il  est  permis  d'établir  une 
>»  comparaison,  nous  dirons  qu'ils  ressemblent  moins  à  un  végétal 
«  qu'à  la  matière  sébacée  dont  Kolliker  a  donné  la  description  et 
«  le  dessin  {Histologie  humaine]^  et  qui,  d'après  ce  savant  histo- 
0  logue,  provient,  par  métamorphose,  des  cellules  d'épithélium 
«  nucléaire  tapissant  la  face  interne  des  conduit?  glandulaires.  » 

Il  y  a  dix  ans  que  j'ai  fait  voir  la  différence  fondamentale 
qu'il  y  a  entre  la  matière  faveuse  et  la  matière  sébacée  :  la 
première  se  dissout  dans  l'alcool,  l'éther,  le  chloroforme,  ce 
que  ne  fait  pas  la  seconde  ;  la  potasse,  l'acide  nitrique,  l'acide 
sulfurique  ont  également  une  action  distincte  sur  les  deux 
substances.  J'ai  démontré  également  que,  si  la  matière  fa- 
vique  n'était  que  le  produit  d'une  hypersécrétion  des  glandes 
sébacées,  on  devrait  trouver  ces  dernières  hypertrophiées 
chez  les  faveux.  Il  n'en  est  rien  cependant.  Tout  cela  n'em- 
pêche pas  M.  Chausit  de  revenir  toujours  à  cette  altération 
de  la  matière  sébacée,  hypothèse  que  M.  Cazenave,  poussé 
dafts  ses  derniers  retranchements,  a  mise  en  avant  en  dése- 
poir  de  cause,  sans  pouvoir  donner  aucun  semblant  de  preuve 
à  l'appui.  Il  faut  avoir  une  grande  envie  de  voir  les  choses  où 
"  elles  ne  sont  pas  pour  trouver  quelque  analogie  entre  les 
planches  et  la  description  que  Kolliker  a  données  de  la  matière 


430  SEPTIÈME    LEÇON . 

sébacée  et  les  éléments  du  favus.  Je  vous  fais  passer  les  plan- 
ches de  Kolliker  et  celles  de  M.  Lebert,  afin  que  vous  puis- 
siez les  comparer  et  juger  par  vous-mêmes  du  peu  de  fonde- 
ment des  assertions  de  M.  Ghausit,  ce  qui  vous  donnera  en 
même  temps  une  idée  de  la  force  de  ses  arguments. 


HUITIÈME   LEÇON. 


Messieurs. 

Dans  mon  Mémoire  de  1832,  sur  la  nature  et  le  traite- 
ment des  teignes,  j'a^'  établi  que  la  nature  végétale  de  ces 
affections  était  nettement  démontrée  par  la  micrographie, 
la  chimie  et  l'anatomie  pathologique.  M.  Ghausit  a  adopté 
dans  son  argumentation  le  même  ordre.  Dans  la  dernière 
leçon,  je  vous  ai  montré  que  ses  objections  tirées  de  la  micro- 
graphie étaient  sans  valeur;  je  consacrerai  la  séance  d'au- 
jourd'hui à  vous  faire  voir  que  les  arguments  qu'il  tire  de  la 
chimie  et  de  Tanatomie  pathologique  ne  sont  pas  plus  sérieux. 

Réactifs  chimiques. 

«  Sans  doute,  dit  M.  Ghausit,  l'élher,  le  chloroforme,  l'ammo- 
a  Iliaque,  l'acide  nitrique,  la  potasse  caustique  se  comportent  avec 
«  la  matière  faveuse  d'une  manière  différente  qu'avec  le  pus,  les 
«matières  crasses,  le  cérunen,  les  productions  épidermiques; 
«  sur  ce  point,  nous  sommes  d*accord  avec  M.  Bazin.  Mais  ce  sont 
«  là  des  preuves  indirectes  et  desquelles  on  ne  saurait  conclure  à 
«  la  nature  végétale  du  favus.  » 

M.  Ghausit  est  incomplet.  Permettez-moi,  Messieurs,  de 
rétablir  les  faits.  Je  n'ai  pas  seulement  démontré  que  les 
réactifs  chimiques  se  comportent  d'une  manière  différente 
sur  la  matière  faveuse  d'une  part,  et  sur  différents  produits 
animaux  de  l'autre;  j'ai  encore  fait  voir  que  ces  mêmes 
réactifs  ont  absolument  la  même  action  sur  la  matière  fa- 
veuse et  sur  les  moisissures.  Est-ce  là,  je  vous  le  demande, 
une  premo  indirecte  ? 

Du  reste,  puisqu'il  admet  l'exactitude  de  mes  recherches 


132  HUilîÈME    LEÇON. 

chimiques,  pourquoi  M.  Chausit  remet-il  toujours  sur  le 
tapis  l'hypothèse  de  l'hypersécrétion  d'une  matière  sébacée 
altérée^  sur  laquelle  nous  nous  sommes  expliqué  dans  la 
dernière  leçon.  Si,  comme  il  le  dit,  il  est  d'accord  avec  moi, 
s'il  sait  que  la  matière  sébacée  est  dissoute  par  l'éther  et  le 
chloroforme,  tandis  que  la  matière  faveusene  l'est  pas^  pour- 
quoi admet-il  toujours  l'identité  des  deux  produits  ? 

M.  Chausit  croit  avoir  trouvé  le  triomphe  de  sa  cause 
dans  la  cellulose  : 

««  Si  la  matière  faveuse  est  formée  entièrement  par  un  cham- 
«  pignon  comme  on  l'affirme,  elle  doit  contenir  à  profusion  de  la 
«  cellulose  végétale, base  constitutive  des  véritables  champignons, 
«  et  dont  les  réactions  caractéristiques  se  dessinent  au  contact  de 
a  l'iode.  C'est  là  une  épreuve  concluante,  mais  qui  nous  a  tou- 
«c  jours  donné  des  résultats  négatifs.  » 

Pourquoi  en  contiendraient-ils  à  profusion  .^  Je  me  suis 
borné  à  dire  que  le  champignon  des  teignes  et  les  moisis- 
sures, dont  personne  ne  conteste  la  nature  végétale,  ont  les 
mêmes  réactions  chimiques. 

«  En  traitant  préalablement  la  matière  faveuse  par  l'acide  sul- 
««  furique,  nous  n'avons  jamais  pu  obtenir,  au  moyen  de  la  tein- 
te ture  d'iode,  cette  coloration  bleue  d'iodure  d'amidon  dont  parle 
«  M.  Bazin,  coloration  qui  ne  fait  jamais  défaut  quand  on  agit  sur 
«  de  véritables  moisissures.  » 

M.  Chausit  a  raison  et  tort  tout  à  la  fois.  Je  m'explique: 
Dans  mon  Méinoire  sur  la  nature  et  le  traitement  des  teignes, 
je  n'ai  pas  parlé  de  la  coloration  bleue  des  spores  du  favus  par 
l'iode;  ce  fait  se  trouve  dans  mes  Leçons  sur  les  Affections 
parasitaires.  C'est  une  addition  de  M.  Pouquet,  le  rédacteur 
de  ces  leçons,  qui  a  cité  inexactement  une  expérience  de 
M.  Robin.  Voilà,  du  reste,  le  passage  de  M.  Robin  : 

«  La  teinture  d'iode  employée  seule  colore  en  brun  jaunâtre 
0  foncé  les  spores,  presque  au  même  degré  qu'elle  le  fait  lorsqu'on 
«  opère  sur  des  substances  purement  azotées.  Cela  tient  à  ce  que 
«  la  paroi  de  cellulose  de  ces  corps  ne  se  colore  pas  en  bleu  par 


LE    PARASnrSME  ET    LES     l'ARASlTOl'HlLES.  133 

a  l'iiction  de  l'iode  seul;  de  plus,  le  liquide  contenu  est  azoté,  et 
«  l'iode  le  colore  en  bran;  or,  comme  la  paroi  de  cellulose  est 
«  fort  mince  et  ne  se  sépare  pas  du  contenu,  elle  semble  aussi  tor- 
«  tement  colorée  que  lui.  Si  avant  d'ajouter  l'iode,  on  traite  d'a- 
ct  bord  les  spores  par  les  acides  chlorhydrique  ou  nitrique  isolé- 
«  ment  ou  mélangés,  ou  même  par  l'acide  sulfurique  chaud,  le 
«  contenu  azoté  est  coagulé  ;  il  se  contracte  et  se  détache  des  pa- 
«  rois  de  la  spore  et  reste  séparé  vers  le  centre  de  celle-ci.  Quel- 
«  quefois  alors  la  teinture  d'iode  la  colore  seule  en  brun,  et  donne 
«  une  teinte  verdâtre  à  la  môme  paroi  de  cellulose  :  cette  colora- 
«  lion  verte  est  due  à  la  combinaison  delà  couleur  jaune  foncé  de 
«  la  teinture  d'iode,  vue  par  transparence,  avec  la  teinte  bleuâtre 
«  qu'elle  donne  à  la  cellulose  modifiée  par  les  acides.  »  (Robin  ; 
Histoire  naturelle  des  végétaux  parasites  qui  croissent  sur 
l'homme  et  les  animaux  vivants,  1853,  page  263). 

J'ai  toujours  obtenu  les  mêmes  résultats  que  M.  Robin. 

Mais,  s'il  est  vrai  de  dire  que  l'on  n'obtient  pas  décoloration 
bleue  en  traitant  par  l'iode  les  champignons  des  teignes,  il 
est  tout  à  fait  inexact  d'avancer  que  cette  coloration  ne  fait 
jamais  défaut  quand  on  agit  sur  des  moisissures.  Voici  l'avis 
de  M.- Robin: 

«  Il  y  a  des  variétés  de  cellulose  que  ni  l'iodo -chlorure  de  zinc, 
«  ni  l'iode  et  l'acide  sulfurique  ne  colorent  en  bleu,  (cellulose  des 
«  cellules  des  moisissures).  »  [loco  citato,  page  120). 

<«  La  liqueur  de  Scliwveitzer  et  celle  de  M.  Péligot  dissolvent 
«  la  cellulose.  J'ai  employé  la  liqueur  indiquée  par  M.  Péligot, 
«  qui  dissout  un  poids  de  cellulose  à  peu  près  égal  au  poids  du 
«  cuivre  qu'elle  contient.  La  matière  faveuse,  plongée  dans  ce 
«  liquide,  se  désagrège  comme  elle  le  ferait  dans  l'eau,  mais  con- 
«  serve  ses  caractères  que  l'on  peut  retrouver  sous  le  microscope. 
«  Et  tandis  que  l'addition  d'acide  chlorhydrique  dans  la  hqueur 
»  où  se  trouve  dissoute  la  cellulose,  amène  la  précipitation  de 
«  flocons  blanchâtres  de  cellulose,  dont  on  peut  reconnaître  les 
«  caractères,  cette  addition  d'acide  reste  sans  effet  lorsqu'il  s'agit 
€  de  la  matière  faveuse  qui  se  trouve  ainsi  distinguée  d'avec  les 
«  champignons  microscopiques  et  la  cellulose.  » 

8 


134  HUITIÈME   LEÇON. 

Tout  cela  est  du  roman,  et  M.  Ghausit  n'a  certes  pas  vu 
ce  qu'il  dit.  Les  moisissures  ne  donnent  pas  plus  de  cellu- 
lose que  la  matière  favique,  quand  on  les  traite  par  la  liqueur 
de  Péligot  et  qu'on  ajoute  de  l'acide  chlorliydrique.  J'ai  répété 
plusieurs  fois  ces  expériences  avec  M.  le  docteur  Lemaire, 
qui  s'est  beaucoup  occupé  de  cette  question.  Dans  aucun  cas 
nous  n'avons  obtenu  la  dissolution  des  matières  traitées.  Ce 
fait  se  trouve  confirmé  dans  un  passage  extrait  des  Leçons 
de  chimie  de  Malaguti  (deuxième  édition,  p.  356).  Ce  savant 
chimiste  dit  en  parlant  du  liquide  ciqwo  ammoniacal  de 
Péligot  : 

«  Si  l'on  répète  l'expérience  avec  la  moelle  de  certains  arbres 
«  et  le  tissu  fongueux  des  champignons,  substances  considérées 
«  jusqu'à  présent  comme  de  la  cellulose  presque  pure,  on  observe 
M  que  le  nouveau  dissolvant  n'a  pas  de  prise  sur  eux.  » 

Et  plus  loin  : 

u  Enfin,  tandis  que  le  tissu  utriculaire  des  fruits  et  les  fibres 
«  corticales  de  tous  les  végétaux  se  dissolvent  dans  le  nouveau 
«  réactif,  les  fibres  ligneuses  lai  résistent  et  restent  indissoutes 
M  autant  que  le  tissu  médullaire  et  celui  des  champignons.  » 

Mais  revenons  aux  objections  ^de  M.  Ghausit  : 

«  Avons-nous  besoin,  dit-il,  d'invoquer  encore  les  résultats  des 
«  analyses  chimiques  qui  démontrent  dans  la  production  faveuse 
«  70  °/o  d'albumine? Aussi  M.  Lombard  a-t-il  pu  demander 
«  pourquoi  le  prétendu  champignon  de  la  teigne  a  été  mis  dans 
«  le  règne  végétal  :  ««  Nulle  part,  dit-il,  nous  n'avons  pu  trouver 
««  une  seule  analyse  chimique  d'un  véritable  cryptogame  où  l'on 
H  signalât  une  telle  proportion  d'albumine,  70  %•  Si  le  rayco- 
«  derme  est  un  vrai  parasite,  il  faut  avouer  qu'il  est  d'une  cons- 
«  titution  tout  animale,  et  qu'il  n'a,  quant  à  sa  nature,  rien 
«  d'analogue  parmi  les  êtres  du  règne  végétal.  »  (Bulletin  de  l'A- 
cadémie royale  de  Belgique,  p.  /|71,  1853). 

La  cause  de  l'erreur  de  M.  Lombard  est  facile  à  concevoir, 
quand  on  songe  qu'il  est  matériellement  impossible  de  sépa- 
rer complètement  la  matière  champignoneuse  des  teignes  des 


LE  PARASITISME  ET    LES  PARASITOPIIILES.  135 

produits  animaux,  tels  que  poils,  épiderme,  matière  séba- 
cée, etc qui  l'entourent.  Qu'y  a-t-il  d'étonnant  dès-lors, 

que  l'on  trouve  de  l'albumine  dans  une  analyse  qui  a  porté 
à  la  fois  sur  le  cryptogame  et  sur  ces  diverses  substances 
animales?  Ce  n'est  pas  là  une  raison  suffisante  pour  affirmer 
que  le  mycroderme  est  d'une  constitution  animale. 

En  résumé,  vous  voyez,  Messieurs,  que  les  arguments 
tirés  de  l'analyse  chimique  et  invoqués  par  M.  Ghausit 
contre  la  nature  végétale  des  spores  du  favus,  ne  soutiennent 
pas  un  examen  sérieux.  M.  Ghausit  n'a  pas  mieux  été  inspiré 
pour  l'anatomie  pathologique.  Écoutez-le  : 

«  Les  argaments  empruntés  à  l'anatomie  pathologique  se  ré- 
«  duisent,  en  définitive,  à  cette  seule  objection,  que  les  favi  ne 
«  sont  pas  le  produit  d'une  inflammation  simple,  ni  spécifique, puis- 
«  qu'ils  ne  présentent  pas  les  caractères  d'une  affection  pustu- 
«  leuse,  mais  l'absence  de  ce  caractère  pustuleux,  que  personne 
«  n'admet  plus  aujourd'hui.  «  (C'est  bien  heureux  !  î)  «  a  con- 
««  duit  les  adeptes  du  parasitisme  à  deux  conclusions  également 
«  erronées  :  1°  à  nier  l'ensemble  des  phénomènes  inflammatoires 
«  qui  précèdent  et  accompagnent  le  développement  de  la  matière 
«  faveusej  2"  à  admettre,  par  contre  la  nature  végétale  de  cette 
«  production,  ce  qui  n'a  pas  encore  été  démontré.  » 

M.  Ghausit  veut  bien  admettre  que  la  matière  favique 
n'est  pas  produite  par  des  pustules;  mais  alors,  puisqu'il 
accorde  une  importance  capitale  h  l'inflammation  qui  pré- 
cède et  accompagne  son  développement;,  peut-il  nous  dire 
quelle  forme  anatomique  elle  revêt.  Si  l'on  n'observe  pas 
de  pustules,  voit-on  davantage  des  papules,  des  tubercules? 
Qu'est-ce  donc,  en  résumé,  que  cette  matière  favique,  pour 
M.  Ghausit  ?  Est-ce  du  tubercule  ?  est-ce  du  cancer  ?  Il  se- 
rait bien  embarrassé  de  le  dire.  Il  abandonne  à  regret  l'hy- 
pothèse de  la  matière  sébacée  altérée,  et  essaie  de  prouver 
que  le  cryptogame  est  l'effet  et  non  la  cause  du  favus.  Voyez 
la  preuve  qu'il  donne  : 

«  On  peut,  sans  doute,  à  l'autorité  de  Muller  qui  trouve  une 


136  HUITIÈME    LEÇON. 

M  certaine  analogie  d'aspect  entre  la  matière  faveuse  et  celui  du 
«  torula  cerevisia  [Archives  de  physiologie),a]o\iiQr  celle  de  Vogel 
«  qui  trouve  que  les  croûtes  se  composent  en  grande  jmrtie  de 
«  champignons  unis  par  une  matière  amorphe...  !!  Cependant  ce 
M  dernier  auteur  ajoute  im  peu  plus  loin  :  Je  suis  fermement  per- 
«  suadé  que,  dans  la  teigne,  V exsudation  qui  a  lieu  par  les  vais- 
«  seaux  de  la  peau  constitue  le  phénomène  primitif,  la  condition 
«  première.  » 

Si  tout  cela  suffit  à  M.  Chausit;,  il  faut  avouer  qu'il  n'est 
pas  très  exigeant.  Sont-ce  des  preuves  directes  de  cette  na- 
ture qu'il  réclamait  à  grands  cris  pour  accepter  la  nature 
végétale  delà  matière  favique  ? 

M.  Ghausit  adopte  enfin  l'opinion  de  M.  Didot  de  Liège, 
pour  lequel  «la  croûte  du  favus  n'est  qu'un  véritable  plasma, 
«  c'est-à-dire,  le  résidu  sec  de  la  sérosité  du  sang,  sortie  des 
«  vaisseaux  et  plus  ou  moins  chargée  de  fibrine  dissoute.  Mais 
«  ce  plasma  a  été  liquide  d'abord,  et,  avant  de  se  dessécher, 
i(  il  a  subi  un  commencement  d'organisation  élémentaire, 
«  c'est-à-dire  que,  outre  la  fibrine  fibrillaire  et  granuleuse, 
«  il  renferme  aussi  la  cellule  granulée  qui  en  dérive  et  qui 
«  n'est  elle-même  qu'une  forme  organique  plus  avancée  de  la 
«  fibrine  sortie  des  vaisseaux.  »  (Bulletin  de  l'Académie 
royale  de  Belgique,  18S3,  p.  303.) 

Quehe  hypothèse  obscure  !  il  ne  faut  pas  avoir  observé  de 
malades  affectés  de  favus'pour  avancer  de  tels  faits.  Qu'est-ce 
que  c'est  que  cette  fibrine  d'im  nouveau  genre  qui,  placée 
sur  la  tète  d'un  individu  sain,  reproduira  la  matière  favique  ? 
L'examen  microscopique  ne  donne  même  pas  une  apparence 
déraison  à  l'opinion  de  M.  Didot,  et  il  suffit  de  jeter  les  yeux 
sur  des  préparations  de  matière  favique  d'une  part  et  de. 
différentes  espèces  de  fibrine  de  l'autre,  pour  voir  qu'il  ne 
saurait  y  avoir  un  seul  instant  confusion. 

Nous  venons  de  voir  que  M.  Ghausit  accusait  les  adeptes 
du  parasitisme,  de  nier  l'ensemble  des  phénomènes  inflam- 
matoires qui  précèdent  et  accompagnent  le  développement  de 
la  matière  faveuse.  Je  lui  répondrai  qu'il  se  trompe;  aucun 


LE  PARASITISME  ET   LES  PARASITOPHILES.  437 

parasitophile  n'a  jamais  nié  l'inflammatiou  qui  accompagne 
la  germination  du  parasite;  tous,  au  contraire,  admettent  par- 
faitement que  la  présence  d'un  parasite  animal  ou  végétal  peut 
déterminer  des  éruptions  inflammatoires  symptomatiques. 
Quant  à  l'inflammation  qui  précède  le  développement  de  la 
matière  faveuse,  c'est  autre  chose,  et^  pour  mon  compte,  \q 
la  nie  complètement.  Non  que  je  veuille  dire  par  là  qu'on 
n'observe  jamais  de  phénomènes  inflammatoires  avant  l'ap- 
parition des  godets,  mais  alors  on  doit  admettre  que  ces  phé- 
nomènes inflammatoires  sont  indépendants  du  favus,  et  qu'il 
s'agit  d'une  teigne  entée  sur  une  afl'ection  préexistante, 
comme  par  exemple,  un  eczéma  ou  un  impétigo. 

Ce  qui  vient  à  l'appui  de  cette  opinion,  c'est  que  ces  phé- 
nomènes inflammatoires,  loin  d'être  observés  constamment, 
comme  ils  devraient  l'être,  s'ils  avaient  l'importance  qu'on 
veut  leur  donner,  sont  au  contraire  relativement  rares. 

Peut-on  dire,  avec  M.  Chausit,  que  c'est  l'absence  de  pus- 
tules qui  m'a  conduit  à  admettre  la  nature  végétale  du  favus? 
Pas  le  moins  du  monde,caf  ces  pustules  existent  quelquefois. 
Mais,  pour  moi,  vous  le  savez,  elles  ne  constituent  qu'une 
éruption  symptomatique  de  la  présence  des  parasites.  Ce  qui 
m'a  démontré  la  nature  végétale  du  favus,  c'est  l'examen 
microscopique. 

M.  Chausit  a  pris  dans  la  brochure  de  M.  Rochard,  sans 
en  indiquer  la  provenance,  un  argument  qu'il  trouve  très 
fort.  C'est  une  phrase  de  mon  propre  livre  sur  les  parasites, 
que  l'on  tourne  contre  moi  : 

M  IM.  Bazin  lui-même,  évidemment  à  son  insu,  fournit  des 
«  arguments  qui  viennent  à  l'appui  de  cette  opinion  et  qui  sont 
«  contraires  à  ses  idées  sur  la  nature  végétale  du  fuvus.  En  par- 
H  lant  de  rhypersécrétion  d'épiderme  qui  caractérise  la  première 
«  période  de  la  teigne  scutiforme,  en  cercles,  et  dont  le  dévelop- 
0  pement  précède  de  plusieurs  septénaires  l'apparition  au  dehors 
«  du  godet  faveux  lui-même,  cet  auteur  s'exprime  ainsi  ;  chose 
remarquable  !  il  semble  que  cette  production  d'épidcrme  se  trans- 
forme insensiblement  dans  les  éléments  du  parasite  végétal»  Les 


138  HUITIÈME  LEÇON. 

cellules  épidermiques  deviennent  de  plus  en  plus  allongées  et  ne 
sont  bientôt  plus  que  des  tubes  de  mycélium  auxquels  se  joignent 
plus  tard  des  sporules,  longtemps  avajît  que  Vœil  puisse  fiistiU' 
guer  la  couleur  jaune  de  la  matière  faveuse.  Le  doute  n'est  donc 
plus  permis,  s'écrie  M.  Chausit;  ce  sont  bien  des  cellules  épider- 
miques qui  se  transforment  en  les  éléments  du  végétal,  en  tubes 
de  mycélium.  Nous  reviendrons  plus  loin  sur  ce  point.  La  seule 
conclusion  que  nous  voulions  tirer  pour  le  moment  de  cet  exa- 
men microscopique  fait  par  M.  Bazin  lui-même,  c'est  que  le  cham- 
pignon n'est  pas  le  phénomène  initial  de  la  maladie  teigneuse, 
puisqu'il  est  consécutif  à  une  hypersécrétion  d'épiderme  existant 
déjà  depuis  plusieurs  semaines.  Sa  formation  serait  même  indé- 
pendante de  la  matière  faveuse,  car  elle  a  lieu  longtemps  avant 
que  l'œil  puisse  distinguer  la  couleur  jaune  de  la  matière  fa^ 
veuse.  » 

C'est  une  objection  plus  spécieuse  que  solide.  Une  telle 
interprétation  d'une  phrase  isolée  de  mon  livre  ne  peut  avoir 
d'action  que  sur  des  demi-savaiits,  des  médecins  peu  au 
courant  des  questions  dermatologiques;  des  gens  du  monde 
enfin,  auxquels,  du  reste,  M.  Rochard  adresse  sa  brochure* 
J'ai  commencé  la  phrase  qu'on  me  reproche  par  :  il  semble 
que..,,  etc;  c'est  assez  dire  que  je  ne  suis  pas  sûr,  que  je  me 
défie  d'une  apparence  trompeuse.  J'ai  donc  avancé  le  fait 
sus-mentionné  comme  une  chose  douteuse  qui  pourrait  bien 
n'être  qu'une  illusion  d'optique  et  non  comme  un  fait  cer- 
tain, définitivement  acquis  à  la  science. 

Je  n'ai  jamais  dit  qu'il  y  avait  avant-  la  germination  du 
parasite  une  hypersécrétion  d'épiderme.  Cette  hypersécrétion 
accompagne,  rtiais  ne  précède  pas  le  développement  du 
cryptogame. 

D'ailleurs,  de  ce  que  cette  hypersécrétion  d'épiderme 
s'observe  longtemps  avant  que  l'on  puisse  apercevoir  la 
couleur  jaune  de  la  matière  favique,  que  veut-on  en  con- 
clure? Que  le  champignon  ne  préexiste  pas.  Rien  de  moins 
fondé  qu'une  pareille  assertion.  La  couleur  jaune  n'apparaît 
que  lorsque  la  matière  favique  est  en  masses  appréciables  à 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.  139 

l'œil  nu;  mais  on  ne  saurait  l'observer  au  début,  alors  que 
les  spores  et  les  tubes  sont  relativement  rares  si  on  les  com- 
pare à  ceux  que  Ton  trouve  dans  une  parcelle  infiniment 
petite,  mais  cependant  visible  à  l'œil  nu,  de  matière  favique. 
Tout  le  monde  sait,  du  reste,  que  le  champignon  peut  ger- 
mer longtemps  sous  l'ongle,  avant  qu'on  observe  la  moindre 
coloration  jaune.  Dans  le  favus  pityriasique  que  l'on  voit  si 
souvent  sur  le  corps  des  malades  affectés  depuis  longtemps  de 
favus  du  cuir  chevelu,  et  dont  le  développement  est  dû  à  une 
sorte  d'inoculation  de  l'achorion  par  les  ongles  du  malade 
qui  se  livre. à  de  fréquents  grattages,  dans  le  favus  pityriasi- 
que, dis  -je,  on  ne  voit  pas  de  couleur  jaune,  et  cependant  il 
suffît  de  racler  légèrement  les  plaques  farfuracées  pour  obte- 
nir des  milliers  de  spores  cryptogamiques  mêlées  à  des  cellu- 
les épidermiques. 

M.  Ghausit  porte  un  intérêt  tout  spécial  aux  champignons 
que  je  "n'admets  pas.  II  revient  sur  la  puccinia  favi  d'Ards- 
ten  : 

«  Deux  motifs^  dit-il,  nous  obligent  à  en  parler.  Le  premier, 
c'est  le  silence  immérité  des  dermatologues  français,  au  sujet  d'une 
découverte  qui  devrait  pourtant  intéresser  lesparasitophiles.  Mais 
le  silence  a  ses  avantages  ;  il  dispense  de  toute  explication.  Le  se- 
condmotif,  c'est  que  l'interprétation  donnée  par  M.  Robin,  le  seul 
qui  en  ait  tait  mention,  est  une  flagrante  contradiction  clinique.  » 

Pendant  qu'il  était  en  train  de  s'enthousiasmer  pour  des 
champignons  méconnus,  M.  Ghausit  aurait  dû  citer  le  mi- 
crosporon  en  huit  de  chiffre  de  M.  Devergie. 

J'avoue  que  ces  champignons  m'intéressent  très  peu,  et 
pour  une  bonne  raison,  c'est  qu'ils  n'expliquent  aucun  fait 
clinique,  et  que  leur  existence,  s'il  est  bien  prouvé  qu'ils  exis- 
tent réellement^  n'a  aucune  influence  sur  le  développement, 
la  marche  et  le  traitement  des  affections  parasitaires.  Ge  ne 
sont  que  des  épiphénomènes,  n'ayant  rien  de  constant,  et, 
par  conséquent,  dont  le  rôle  est  fort  accessoire.  Rappelez- 
vous,  Messieurs,  ce  que  M.  Cliausit  lui-même  veut  bien 
admettre,  c'est-à-dire  qu'il  faut,  pour  qu'une  affection  puisse 


140  HUITIÈME    LEÇON. 

être  dite  parasitaire,  que  le  champignon  joue  le  triple  rôle 
de  cause,  de  symptôme  et  de  lésion  :  ainsi  yous  savez  que 
dans  l'acné  on  trouve  souvent  un  insecte,  ledémodex;  mais 
comme  il  ne  modifie  en  rien  l'affection  acnéique,  cette  der- 
nière ne  doit  pas  être  rangée  dans  les  affections  parasitaires. 
Le  démodex  est  le  parasite,  non  de  l'acné,  mais  de  la  matière 
sébacée;  il  est  l'analogue  de  l'acarus  du  fromage.  De  même 
la  puccinia  favi  décrite  par  Arndstep  doit  être  considérée 
comme  le  parasite  du  parasite. 

Est-il  vrai  qwe  l'opinion  de  M.  Robin  sur  la  puccinia  favi 
soit  une  véritable  contradiction  clinique  ?» 

Pas  davantage.  Suivant  M.  Ghausit,  ce  champignon  ne 
saurait  être  un  épiphénomène,  parce  que,  dit-il,  il  siège  sur- 
tout dans  les  squames  épidermiques  qui  précèdent  le  déve- 
loppement de  la  matière  faveuse  et  que,  par  conséquent  il 
existe  avant  cette  dernière. 

Je  suis  complètement  de  l'avis  de  M.  Robin,  et  je  trouve 
que  dans  cette  question  le  microscope  est  parfaitement  d'ac- 
cord avec  la  clinique.  Je  vous  ai  fait  voir,  en  effet,  qu'alors 
môme  que  l'affection  parasitaire  n'est  encore  qu'à  la  période 
pityriasique,  le  champignon  est  déjà  très  développé  au  mi- 
lieu des  squames  épidermiques  et  appréciable  au  microscope, 
quoiqu'il  ne  soit  pas  encore  visible  à  l'œil  nu  sous  fo  rme  de 
matière  favique  jaune.  Par  conséquent,  le  fait  de  la  présence 
de  la  puccinia  favi  dans  les  squames  épidermiques  ne  prouve 
pas  qu'elle  préexiste  à  l'achorion  Schaînleinii. 

Nous  en  avons  fini  avec  l'histoire  du  favus.  Vous  avez  pu 
voir.  Messieurs,  qu'aucune  des  objections  de  M.  Ghausit  n'a 
de  valeur  réelle,  et  que  l'examen  microscopique,  la  chimie, 
Tanatomie  pathologique,  loin  de  fournir,  comme  voudrait  le 
faire  croire  M.  Ghausit,  des  preuves  convaincantes  contre  les 
opinions  que  j'ai  énoncées  dans  mes  leçons  sur  les  affec- 
tions parasitaires,  sont  au  contraire  d'accord  pour  démon- 
trer d'une  manière  évidente  la  nature  végétale  de  la  matière 
faveuse. 

Nous  arrivons  maintenant  à  la  deuxième  catégorie  d'af* 


LE    PARASITISÎME  ET  LES    l'AliASlTOl'Il  ILES.  141 

fections  parasitaires  dans  laquelle  M.  Ghausi!;  range  l'herpès 
tonsnrant,  l'herpès  circiné, l'herpès  iris,  l'herpès  squameux, 
la  mentagre,  le  vitiligo,  le  pityriasis  versicolor,  les  éphélides 
des  femmes  enceintes,  l'acné  punctata,  l'acné  yarioliforme 
ou  molluscum  : 

«  On  aurait  sans  doute  le  droit  d'être  surpris  du  nombre  tou- 
jours croissant  des  maladies  dites  parasitaires,  si  rexpérience 
n'avait  déjà  démontré  que  les  systèmes  les  plus  réprouvés  par  la 
clinique,  trouvent  des  défenseurs  convaincus  et  des  preuves  plus 
pu  moins  solides.  Le  parasitisme  ne  pouvait  se  soustraire  à  cette 
loi  ;  mais  s'il  a  trouvé  des  défenseurs  très  convaincus,  les  preuves 
sur  lesquelles  il  s'appuie  sont  peu  convaincantes;  et  la  facilité 
avec  laquelle  on  découvre  de  nouvelles  spores  végétales  démon- 
trerait, au  bes-oin,  que,  pour  certains  dermatologues,  la  classe  des 
maladies  parasitaires  repose  sur  cette  maxime  : 

«  Prend-on  du  champignon,  on  n'en  saurait  trop  prendre.  » 

C'est  toujours  la  même  idée,  le  morbidisme  végétal  I 
M.Chausitpense  peui-être  aussi  qu'il  n'en  saurait  trop  pren- 
dre. Je  mp  suis  déjà  expliqué  avec  vous  sur  ce  point,  et  vous 
ai  montré  ce  qu'il  en  fallait  penser.  Je  n'y  reviendrai  pas.  Les 
nouvelles  spores  végétales  que  l'on  découvre  si  facilement 
n'existent  que  dans  l'imagination  de  M.  Ghausit,  oii  nous  les 
laisserons,  si  vous  voulez  bien,  végéter  et  se  flétrir  sans  autre 
discussion  : 

«  Mais  à  mesure  que  le  nombre  de  ces  maladies  augmente,  on 
voit  diminuer  et  la  valeur  et  la  netteté  des  caractères  attribués  aux 
cryptogames  qui  leur  donnent  naissance.  Ces  champignons,  uni- 
quement constitués  par  des  spores,  sont  de  moins  en  moins  visi- 
bles; ils  deviennent  plus  rares;  dans  beaucoup  de  maladies,  leur 
existence  est  difllcile  à  constater;  elle  est  souvent  hypothétique, 
soupçonnée  plutôt  que  démontrée.  » 

Il  est  assurément  très  commode  pour  M.  Ghausit  de  nier 
des  faits  qui  contrarient  son  opinion.  Mais  il  n'en  est  pas 
moins  vrai,  et  je  vous  l'ai  fait  constater  à  tous,  que  les  spores 
du  trichophyton  sont  aussi  faciles  à  voir  au  microscope  que 
celles  de  l'achorion  : 


142  HUITIÈME   LEÇON. 

«  Ainsi  nous  les  avons  vainement  cherchés  dans  le  vitiligo,  dans 
l'herpès  squameux,  l'herpès  iris,  l'herpès  circiné  non  tonsurant. 
M.  Bazin  prétend,  il  est  vrai,  qu'à  la  première  période  de  la  tei- 
gne tonsuraate  (herpès  circiné  de  tous  les  auteurs)  on  trouve  les 
éléments  àa  parasite  sur  le  bouton  et  la  racine  du  cheveu.  C'est 
une  déclaration  bien  vague,  et  l'on  a  le  droit  de  demander  quels 
sont  ces  éléments,  à  quels  caractères  distinctifs  on  peut  les  recon- 
naître. » 

Si  M.  Ghausit  n'a  pas  vu  de  champignons  dans  les  affec» 
lions  qu'il  cite,  c'est  qu'il  n'a  pas  voulu  les  voir  ouïes  a  mal 
cherchés.  Il  mérite  plus  que  moi  l'accusation  qu'il  me  lance 
bien  mal  à  propos  d'obéir  à  des  nécessités  de  système.  Le 
■  sien  consiste  à  nier  ce  que  tout  le  monde  admet  aujourd'hui. 
U  se  demande  ce  que  peuvent  être  les  éléments  d'un  végé- 
tal qui,  parvenue  son  entier  développement,  est  uniquement 
composé  de  spores.  C'est  jouer  sur  les  mots  ;  car  il  est  bien 
évident  qu'en  disant  que  l'on  trouve  les  éléments  du  parasite 
sur  le  bouton  et  la  racine  du  cheveu  dans  la  première  pé- 
riode de  la  teigne  tonsurante,  j'ai  volilu  parler  des  spores 
cryptogamiques  elles-mêmes.  Du  reste^  s'il  est  vrai  qu'à  la 
période  de  parfait  développement  on  n'observe  dans  la  tei- 
gne tonsurante  que  des  spores  je  suis  porté  à  croire,  d'après 
mes  propres  expériences,  qu'au  début  ainsi  qu'à  une  pé- 
riode avancée  de  la  maladie,  on  trouve  aussi  des  tubes  de 
mycélium-. 

J'ai  donné  d'ailleurs  plus  de  détails  que  ne  veut  bien  le 
dire,  M.  Chausit  sur  les  altérations  du  poil  au  début  de  la  tei- 
gne tonsurante.  Vous  pouvez  lire,  en  effet,  à  la  page  194  de 
mes  leçons  sur  les  affections  parasitaires,  (deuxième  édi- 
tion) : 

«  A  une  période  moins  avancée  delà  teigne  tonsurante,  à  la 
période  herpétique,  on  peut,  non  sans  difficultés,  extraire  de  leurs 
bulbes  l(?s  poils  malailes.  On  voit  alors,  sur  la  partie  intra-cuta- 
néc,  des  altérations  du  morne  genre,  mais  moins  avancées  que 
celles  dont  nous  venons  de  parler.  Des  spores  existent  encore 
autour  du  poil  et  dans  son  épaisseur,  mais  elles  ont  des  diamètres 


LE   PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.  143 

différents,  sont  moins  nombreuses,  moins  régulièrement  arron- 
dies; quelques-unes  même  sont  allongées  et  se  rapprochent  ainsi 
des  tubes  de  mycélium.  Une  altération  remarquable  des  poils, 
plus  remarquable  cependant  dans  la  pelade  que  dans  la  teigne 
tonsurante,  consiste  en  des  renflements  olivaires  ou  tubéreux  qui 
paraissent  formés,  au  moins  en  grande  partie,  par  une  accumula- 
tion de  matière  parasitaire  et  sont  plus  fréquents  et  plus  prononcés 
sur  la  racine  que  sur  la  tige » 

Aussi  doit-on  considérer  comme  une  grave  erreur  l'asser- 
tion de  M.  Ghausit,  qui  prétend  que  : 

«  C'est  dans  l'herpès  tonsurant  parvenu  à  sa  période  d'état  et 
jamais  au  début  que  l'on  constate  autour  da  poil  et  dans  sa  partie 
centrale,  l'existence  de  ces  petits  corps  arrondis  que  l'on  croit 
être  de  nature  végétale.  »> 

Plus  loin,  il  ajoute  : 

«  Dans  quelques  cas  de  mentagre  tuberculeuse,  nous  avons 
rencontré  aussi  à  la  base  des  poils,  des  granulations  arrondies 
qui  nous  paraissaient  présenter  une  grande  analogie  de  configu- 
ration avec  les  corpuscules  de  l'herpès  tonsurant.  Nous  avons 
voulu  connaître  l'avis  d'un  homme  compétent  sur  la  nature  pro- 
bable de  ces  granulations,  et  nous  nous  sommes  adressé  à  robli- 
geance  bien  connue  du  savant  et  modeste  professeur  Moquin- 
ïandon.  Cet  éminent  botaniste  nous  a  envoyé  la  note  suivante 
constatant  le  résultat  de  son  examen  microscopique,  le  8  septem- 
bre 1858  :  A  la  base  des  poils  qui  me^sont  présentés,  je  ne  vois 
rien-  qui  ressemble  à  un  végétal  quelconque  :  mais  je  trouve  des 
granulations  dont  je  ne  comprends  pas  bien  la  nature.  » 

M  A  un  autre  point  de  vue,  cette  déclaration  du  professeur 
Moquin-Tandon  rappelle  l'opinion  de  M.  Léveillé  sur  la  nature 
des  globules  de  la  matière  faveuse.  Et  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  de  faire  remarquer  que,  dans  cette  étude  du  parasitisme 
appliqué  à  l'étude  des  maladies  de  peau,  ce  sont  précisément  les 
botanistes  qui  nient  ou  hésitent  à  admettre  l'existence  du  cham- 
pignon, tandis  que  les  médecins  afiirmenl  sans  preuves,  trop  dé- 
cisives à  l'appui,  que  la  matière  faveuse  ou  les  autres  corps  arron- 
dis situés  autour  des  poils  sont  réellement  de  nature  végétale.  » 


144  HUITIÈME  LEÇON. 

Que  répondre  à  M.  Chausit,  sinon  qu'il  est  resté  étranger 
aux  progrès  de  la  science  accomplis  depuis  dix  ans  ?  Il  u'est 
plus  permis  de  voir,  comme  M.  Chausit,  dans  l'herpès  cir- 
ciné,  le  pityriasis  alba,  et  dans  le  sycosis,  trois  maladies  dif- 
férentes, alors  que  les  externes  de  cet  hôpital  les  moins  expé- 
rimentés saventque  ce  sont  trois  périodesdelamêmemaladie, 
de  la  teigne  tonsurante,  qui  reconnaissent  une  même  cause, 
le  trichophyton.  Ne  vous  ai-je  pas  rnontré  ces  trois  affections 
sur  le  même  malade  assez  de  fois  pour  vous  faire  voir  qu'il 
y  avait  là  plus  qu'une  simple  coïncidence? Je  crois,  du  reste, 
qu'il  y  a  plus  d'affectation  que  de  conviction  dans  le  dire  de 
mon  contradicteur  :  il  connaît  parfaitement  les  rapports  qui 
existent  entre  les  trois  périodes.  La  preuve,  c'est  que  dans 
un  mémoire  sur  le  sycosis  [Gazette  hebdomadaire,  d85G)  il 
a  cherché  à  s'approprier  une  partie  de  mes  idées  en  préten- 
dant avoir  signalé  le  premier  la  présence  de  disques  érythé- 
mateux  dans  cette  affection.  J'ai  apprécié  à  sa  juste  valeur 
cette  prétention  {loco  citato,  p.  lo8)  en  montrant  la  parenté 
étroite  qui  existe  entre  ces  disques  érythémateux  et  les 
éruptions  que  j'ai  décrites  dans  la  première  période  de  la 
teigne  tonsurante.  Comme  le  plagiat  était  trop  visible, 
M.  Chausit  a  supprimé  le  moyen  terme,  la  deuxième  pé- 
riode, le  pityriasis  alba,  mais  cette  modification  de  mes  idées 
n'est  pas  heureuse,  et  je  ne  crois  pas  qu'elle  suffise  pour  cou- 
vrir de  gloire  son  auteur. 

Ce  qui  fait  que  M.  Chausit  ne  voit  pas  le  parasite,  c'est 
qu'il  le  cherche  mal,  vous  ai-je  dit  tout  à  l'heure.  Et,  en  effet, 
ne  vient-il  pas  nous  dire  lui-même  que  c'est  sur  des  poils  de 
sycosis  tuberculeux  qu'il  a  demandé  l'avis  de  M.  Moquin- 
Tandon.  Or,  j'ai  démontré  depuis  longtemps  (p.  177)  que 
lorsque  la  teigne  tonsurante  arrivait  à  l'état  de  sycosis  tu- 
berculeux, une  sécrétion  purulente  assez  abondante  avait 
lieu  dans  le  follicule  pileux  dont  les  parois  étaient  enflam- 
mées dans  toute  leur  étendue.  Le  pus  sécrété  joue  à  l'égard 
du  champignon  qu'il  baigne  le  rôle  d'un  agent  parasiticide. 
Le  cryptogame  est  donc  détruit  du  moins  en  grande  partie, 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.       145 

et  il  est,  sinon  impossible,  au  moins  très  difficile  de  trouver 
des  spores  sur  les  poils.  C'est  sur  les  gaines  blanches  qui 
recouvrent  les  poils  cassés  et  non  dans  les  pustules  qu'il  faut 
chercher  le  trichophyton. 

«  Nous  avons  voulu  les  soumettre  (champignons  de  la  deuxième 
catégorie)  à  l'épreuve  des  réactifs  chimiques  et  combler  ainsi  une 
lacune  dans  Thistoire  de  ces  maladies  parasitaires.  Ni  M.  Hardy, 
ni  M.  Bazin  ne  parlent  de  ces  expériences  qu'ils  ont  seulement 
appliquées  à  l'étude  de  la  matière  faveuse.  » 

Pourquoi  toujours  Hardy  et  Bazin  ?Pourquoi  ne  pas  par- 
ler aussi  de  MM.  Gibert  et  Devergie?  Ce  dernier  n'a-t  il  pas' 
aussi  son  parasite,  son  microsporon  en  huit  de  chiffre  ? 

«  Mais,  comme  pour  le  favus,  les  réactifs  chimiques  ne  four- 
nissent pas  de  preuves  plus  décisives  en  faveur  de  la  nature  végé- 
tale des  granulations  que  l'on  rencontre  sur  les  poils  brisés  de 
l'herpès  tonsurant  ou  sur  ceux  de  la  mentagre.  » 

Si  je  n'ai  pas  traité  par  les  réactifs  chimiques  '  le  tricho- 
phyton, c'est  qu'il  ne  se  présente  pas  en  masses  assez  consi- 
dérables pour  être  isolées  sûrement  des  matières  qui  l'en- 
tourent et  qu'il  est  impossible  de  ne  pas  comprendre  ces 
matières  dans  l'analyse  chi /nique.  M.  Chausit  ne  s'est  point 
inquiété  de  ces  causes  d'erreur;  ses  nombreuses  expériences 
ne  prouvent  donc  absolument  rien. 

Pour  le  môme  auteur,  les  corps  arrondis  que  l'on  observe 
sur  les  poils  cassés  de  la  teigne  tonsurante  ne  sont  autres 
que  les  éléments  du  poil  lui-même  modifiés  parla  maladie. 
Il  prétend  trouver  dans  mes  leçons  la  preuve  de  ce  qu'il 
avance.  Malheureusement  pour  lui,  ces  preuves  se  réduisent 
à  peu  de  chose.  J'ai  écrit,  à  la  vérité,  qu'il  semldait  à  l'ob- 
servateur que  les  cellules  d'épiderme  se  transformassent 
insensiblement  dans  les  éléments  du  végétal,  mais  il  faut 
aussi  ajouter  que  c'est  une  apparence,  une  sorte  de  com- 
paraison que  je  voulais  étabhr  pour  donner  une  idée  de  la 
germination  du  parasite,  et  j-non  un  fait  certain  que  je 
donnais  comme  démontré. 


146  HUITIÈME    LEÇON. 

M.  Ghausit  tire  un  autre  argument  des  planches  de  mon 
ouvrage  où,  dit-il,  les  stries  transversales  et  les  globules  pig- 
mentaires  étoiles  ressemblent  à  s'y  méprendre  aux  filaments 
tubuleux  et  aux  sporules  de  l'achorion. 

Mes  planches  ne  sont  pas  irréprochables.  M.  Robin  l'a  dit 
bien  avant  M.  Ghaasit  {loco  citato,  p.  423)  et  j'accepte  ses 
observations  comme  parfaitement  justes.  La  faute  en  est  à 
mon  dessinateur  M.  Bion,qui,  comme  tous  les  artistes  étran- 
gers à  la  science,  s'est  laissé  un  peu  entraîner  par  sa  fan- 
taisie au  lieu  de  copier  rigoureusement  ce  qu'il  voyait. 

Nous  arrivons  à  la  nature  et  à  la  contagion  des  maladies 
parasitaires. 

M.  Ghausit  commence  par  dire  que  la  contagion  ne  doit 
être  établie  que  par  la  clinique.  Je  suis  parfaitement  de  son 
avis,  et  je  ne  puis  que  répéter  ce  que  je  vous  ai  déjà  dit,  c'est 
que  j'avais  observé  que  certaines  affections  cutanées  sont 
contagieuses,  bien  avant  d'y  avoir  trouvé  des  cryptogames. 
C'est  même  ce  qui  m'avait  engagé  aies  séparer  des  autres 
affections  et  à  rechercher  pourquoi  elles  sont  si  rebelles  aux 
traitements  ordinaires.  . 

«Nous  avons  vu  que  les  caractères  des  objets  déclarés  de  na- 
ture végétale,  d'après  l'inspection  î^microscopique,  devenaient  de 
moins  en  moins  visibles  à  mesure  que  l'on  s'éloigne  de  l'étude 
de  la  matière  faveuse  ;  nous  avons  même  pu  affirmer  que,  dans 
certaines  maladies,  on  ne  rencontrait  absolument  aucun  vestige 
d'une  germination  cryptogamique  De  même,  au  point  de  vue  de 
la  contagion,  on  peut  dire  que  la  classe  des  maladies  parasitaires 
a  été  successivement  constituée  par  des  maladies  dont  la  propriété 
contagieuse  n'est  pas  irrévocablement  établie,  et  enfin,  par  des 
maladies  qui,  heureusement,  ne  jouissent  pas  de  ce  triste  privi- 
lège. » 

Il  faut  renverser  la  proposition  de  M.  Ghausit,  et  dire  qu'il 
est  aussi  facile  de  distinguer  le  cryptogame  dans  toutes  les 
espèces  déteigne,  quand  on  prend  les  précautions  que  j'ai 
indiquées. 

M.  Ghausit  veut  bien  admettre  la  contagion  du  favus  et  de 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.  147 

l'herpès  tonsurant  ;  c'est  très  heureux  !  mais  il  prétend  que 
personne  n'a  jamais  pu  constater  la  contagion  du  pityriasis 
versicolor,  et  il  m'objecte  l'opinion  de  M.  Hardy  qui  la  nie  et 
admet  que  dans  cette  affection  le  parasite  est  un  épiphéno- 
mène  de  la  dartre. 

La  contagion  du  pityriasis  versicolor  est  au  contraire 
aujourd'hui  un  fait  parfaitement  démontré. Longtemps  avant 
qu'on  eut  découvert  un  champignon  dans  cette  affection, 
j'avais  observé  plusieurs  cas  de  contagion.  C'est  ainsi,  qu'à 
cette  époque  un  jeune-commerçant,  sur  le  point  de  se  ma- 
rier, et  affecté  de  pityriasis  versicolor,  m'avait  consulté  pour 
savoir  si  son  affection  était  contagieuse.  N'ayant  pas  alors 
observé  encore  de  faits  de  contagion,,  je  fis  une  réponse 
négative.  Trois  mois  après,  mon  malade  revint  me  voir  et 
m'amena  sa  femme,  à  laquelle  il  avait  communiqué  son 
pityriasis. 

Un  second  fait  semblable  me  donna  l'éveil.  Un  malade 
vint  réclamer  mes  soins  pour  l'affection  en  question.  J'appris 
en  causant  que  sa  femme  présentait  des  taches  semblables 
aux  siennes;  je  demandai  et  obtins  l'examen  et  constatai 
chez  elle  un  beau  pityriasis  versicolor.  Depuis,  ces  faits  se 
sont  multipliés,  et,  une  fois  mon  attention  éveillée,  j'ai  pu  en 
recueillir  un  grand  nombre. 

A  côté  de  l'opinion  de  M.  Hardy,  que  l'on  m'oppose,  il  y 
a  celle  de  M.  Gibert.  Ce  n'est  pas  d'aujourd'hui  que  ce  der- 
nier a  dit  : 

«  Le  morbidisme  végétal  ne  peut  rien  contre  la  doctrine  des 
teignes,  pas  plus  que  Raspail  contre  la  gale.  » 

Rien,  du  reste,  ne  justifie  l'opinion  de  M.  Hardy  et  la 
récidive  fréquente  du  pityriasis  versicolor  sur  laquelle  on  se 
fonde  pour  admettre  que  le  parasite  n'est  que  secondaire  et 
que  le  terrain  dartreux  est  tout,  la  récidive  ne  prouve  rien, 
sinon  que  l'on  a  cessé  le  traitement  trop  tôt.  Dans  cette 
affection,  en  effet,  sous  l'influence  des  lotions  parasiticides  et 
des  bains  sulfureux,  la  couleur  café  au  lait  des  taches  s'efface 
rapidement  et  l'on  peut  croirele  malade  définitivement  guéri. 


(48  HUITJÈME    LEÇUX, 

Il  n'en  est  rien,  cependant,  et  Tobservation  m'a  démontré 
qu'après  cet  effacement  des  taches  on  pouvait  encore  trouver 
des  spores  du  microsporon  furfur.  Si  donc,  se  fiant  sur  cette 
guérison  apparente,  on  cesse  le  traitement, les  spores  ne  lar- 
deront pas  à  se  multiplier  et  à  reproduire  l'affection  parasi- 
taire. Si  au  contraire,  on  continue  les  lotions  parasiticides 
quinze  jours,  trois  semaines  après  la  disparition  des  taches,^ 
on  n'observera  jamais  de  récidive. 

«  Ecoutons  M.  Bazin  plaider  la  contagion  du  favus  par  l'air 
comme  véhicule  des  spores  cryptogamiques  :  Est-il  donc  si 
absurde  ou  si  difficile  d" admettre  qu'une  de  ces  nombreuses  spores, 
d'une  ténuité  extrême,  qui  recouvrent  la  tête  d'un  teigneux, 
puisse  être  emportée  par  un  léger  mouvement  dans  Vair  et  dépo- 
sée sur  la  tête  d'un  frère  ou  d'un  camarade? ..  Mais  puisque  l'on 
ne  croit  plus  aujourd'hui  aux  générations  spontanées,  et  que  la 
teigne  dépend  toujours  de  la  présence  sur  les  poils  d'un  végéial 
parasite,  n  est-il  j^as  évident  qu'il  faut  de  toute  nécessité  admet- 
tre la  contagion  dans  la  production  de  ces  affections  de  la  peau.  » 
(Page  55). 

«  N'est-ce  pas  une  accumulation  d'hypothèses? On  commence 
par-admettre,  ce  qui  n'est  pas  encore  démontré,  que  la  matière 
faveuse  est  un  végétal  parasite,  puis  on  conchit  que  la  contagion 
doit  avoir  lieu  par  les  spores  de  ce  prétendu  végétal,  qu'un  léger 
mouvement  de  l'air  dépose  sur  la  tête  d'un  frère  ou  d'un  cama- 
rade.  » 

«  On  pourrait  croire,  au  moins,  qu'on  a  eu  occasion  de  voir  ces 
spores  transportées  par  l'air.  Mais  on  fait  encore  une  supposition  : 
Est-il  donc  si  absurde  ou  si  difficile  d'admettre...  etc.  Il  ne  s'agit 
pas  de  savoir  s'il  est  absurde  ou  difficile  d'admettre  ce  transport  ; 
il  s'agit  de  prouver  qu'il  a  lieu.  Or,  nous  affirmons  qu'on  ne  l'a 
point  démontré  et  que  personne  n'a  vu,  pas  même  M.  Bazin,  ces 
spores,  nous  ne  dirons  pas  dans  l'atmosphère  en  général,  mais 
même  dans  l'atmosphère  limitée  que  respirent  les  teigneux  dans 
une  salle  d'iiôpitel.  » 

Que  M.  Chausii  soit  satisfait  !  ces  spores  existent  dans 
l'air  et  y  ont  été  vues.  Gela  ne  fait  plus  l'objet  d'un  doute 


LE  PARASITISME  ET  LES  PAKASlTOl'fllLES.  149 

depuis  l'expérience  de  M.  le  docteur  Lcmairc.  Je  laisse  la 
parole  à  ce  médecin  distingué  pour  la  grande  édification  de 
M.  Ghausit  : 

«  Un  malade  âgé  de  16  ans,  atteint  de  favus  depuis  7  ans,  avait 
tout  le  cuir  chevelu  envahi  par  li;  mal.  Il  n'avait  suivi  aucun  trai- 
tement. Je  plaçai  ce  malade  à  rcxucmité  du  casier  d'un  bureau, 
de  manière  que  sa  tète  dépassât  la  planche  qui  termine  supérieu- 
rement ce  casier.  Je  plaçai  à  50  centimètres  de  la  tète  deux  vases 
allongés  remplis  de  glace  et  reposant  sur  une  petite  cuvette.  Alors 
un  courant  d'air  fut  établi  de  manière  à  transporter  la  poussière 
faveuse  vers  ces  vases.  Je  fis  agiter  les  cheveux  et  les  croûtes  en 
les  faisant  gratter  par  le  malade,  et  l'air  emporta  à  une  assez 
grande  distance  des  parcelles  de  matière  favique,  visibles  à  l'œil 
nu,  dans  lesquelles  le  microscope  me  permit  de  constater  l'exis- 
tence de  l'achorion.  Ce  premier  résultat  avait  déjà  son  intérêt, 
mais  celui  que  j^attendais  des  vases  remplis  de  glace  devait  en 
avoir  un  autre  plus  important,  et  mon  attente  ne  fut  pas  trom- 
pée. En  eifet,  le  courant  d'air  qui  passait  sur  la  tête  du  malade 
venait  de  frapper  ces  réfrigérants,  y  déposait  l'eau  qu'il  tenait  en 
suspension,  et  cette  eau,  découlant  le  long  des  parois,  se  réunis- 
sait dans  la  cuvette.  C'est  dans  ce  liquide  que  j'ai  trouvé  un  grand 
nombre  de  spores  isoim.  Il  est  difficile  de  préciser  la  distance  à 
laquelle  ces  spores  peuvent  être  transportées,  mais  on  ne  saurait 
douter  qu'elles  ne  puissent  l'être  fort  loin.  » 

M  L'expérience  a  été  répétée  plusieurs  fois  devant  M.  le  doc- 
teur Deffis,  et  une  autre  fois  en  présence  de  M.  Bazin,  de  son  in- 
terne et  d'une  douzaine  d'élèves.  Tous  ont  constaté  dans  une 
seule  goutte  de  liquide  l'existence  d'une  trentaine  de  spores  iso- 
lées. Une  autre  expérience  faite  dans  des  conditions  beaucoup 
moins  favorables  a  été  aussi  couronnée  de  succès.  » 

«  Ainsi,  nul  doute,  les  spores  de  l'achorion  sont  charriées  par 
l'air  atmosphérique.  L'hypothèse  de  M.  Bazin  est  aujourd'hui  dé- 
montrée. 

(Note  à  l'Académie  des  sciences,  séance  du  18  juillet  186/t  ] 

M.  Ghausit,  comme  tous  les  parasitophobes,  glisse  légè- 
rement   sur    les   inoculations.    Il  se  contente  d'affirmer 

lu 


iSO  HUITIÈME    LEÇON. 

qu'elles  neréussisseiitpas  toujours,  et  que,  lorsqu'elles  réus- 
sissent, elles  ne  iDroduisent  qu'un  demi  ou  un  quart  de  faYUS 
qui  disparaît  après  quelques  jours  de  durée. 

Que  veut-il  dire  avec  son  demi  et  son  quart  de  favus  ? 
L'inoculation  réussit  toujours;  il  y  a  seulement  des  diffé- 
rences qui  résultent  des  conditions  diverses  de  l'expérience. 
Je  vous  ai  déjà  dit  tout  à  l'heure  que  pour  obtenir  du  favus 
en  godet,  il  fallait  de  toute  nécessité  que  la  pointe  de  la 
lancette  atteignît  l'orifice  du  conduit  pileux  et  y  déposât  les 
spores  dont  elle  étai-t  chargée.  Vous  comprendrez  aisément 
que  c'est  le  hasard  et  non  la  volonté  de  l'expérimentateur 
qui  amène  ce  résultat.  C'est  ce  qui  explique  la  rareté  relative 
du  favus  en  godet,  à  la  suite  de  l'inoculation.  Mais,  je- me 
Mte  d'ajouter  que  si,  à  la  vérité,  on  n'obtient  pas  toujours 
le  favus  en  godet,  il  ne  faut  pas  en  conclure  que  l'inoculation 
n'a  pas  réussi.  On  observe  alors  au  bout  de  quinze  ou  vingt 
jours,' sur  le  point  piqué,  une  production  de  squames  blan- 
châtres striées  de'jaune,  que  le  microscope  démontre  être 
formées  de  spores  et  de  cellules  d'épiderme.  C'est  du  favus 
épidermique.  Le  champignon  inoculé  n'avorte  jamais;  mais 
il  peut]  sommeiller  pendant  un  certain  temps,  comme  l'aca- 
rus  de  la  gale,  quand  il  ne  trouve  pas  les  conditions  néces- 
saires à  son  existence.  Quoique,  dans  l'état  actuel  de  la 
science,  nous  ne  connaissions  pas  ces  conditions,  le  fait  n'en 
est  pas  moins  établi. 

«  Nous  avons  le  droit  de  faire  remarquer  qu'en  cherchant  à 
expliquer  les  mystères  de  là  contagion  et  de  l'inoculation  des  ma- 
ladies cutanées  par  le  transport  des  spores  cryptogamiques  dont 
l'existence  n'est  pas  solidement  étabhe,  M.  Bazin  place  la  ques* 
tion  dans  un  cercle  vicieux.  Moc  erat  demonstrandum.  » 

Et  moi,  je  me  crois  en  droit  de  conclure  que  l'inoculation 
favique  a  fait  disparaître  le  mystère  qui  entourait  la  conta- 
gion de  l'affection  qui  nous  occupe  et  a  démontré  la  nature 
Végétale  des  spores,  puisqu'il  n'y  a  qu'un  animal  ou  un 
Végétal  qui,  inséré  sous  l'épiderme,  puisse  reproduire  un 
être  semblable  à  lui. 


NEUVIÈME  ET  DIXIÈME  LEÇONS. 


Messieurs, 

La  leçon  d'aujoiird'Iuii  sera  employée  à  terminer  l'examen 
critique  des  articles  de  M.  Gliausit  contre  le,  parasitisme. 
Nous  allons  reprendre  cet  examen  oii  nous  l'avons  laissé  : 
je  Yous  ai  fait  voir  dans  la  dernière  séance,  et  c'est  par  là  que 
j'ai  terminé,  que  la  contagion  des  affections  parasitaires,  et 
particulièrement  la  contagion  par  inoculation,  étaient  des  ar- 
guments sans  réplique  contre  l'opinion  de  M.  Cliausit,  et 
démontraient  la  nature  végétale  des  teignes.  J'ai  examiné  la 
question  surtout  pour  le  favus  ;  il  me  reste  donc^  en  suivant 
l'ordre  adopté  par  M.  Gliausit  à  vous  montrer  que  les  autres 
affections  cutanées  qu'il  range  dans  sa  deuxième  catégorie 
sont  tout  aussi  contagieuses  que  le  favus. 

MENT AGEE. 

«  C'est  encore  à  l'aide  des  mêmes  hypothèses,  dit  M.  Chausit, 
que  l'on  admet  la  contagion  de  la  mentagre  transmise,  dit-on, 
par  le  rasoir  du  barbier,  mais  sans  que  personne  puisse  se  flatter 
d'avoir  vu  des  spores  trichophyfiques  sur  le  rasoir, le  linge  ou  les 
autres  objets.  On  en  suppose  l'existence,  parceque  le  système  le 
commande. 

La mentagi'e  n'est  pas  contagieuse^  la  cliniquele  démontre  sur- 
abondamment. 3) 

Entendons-nous  bien.  Qu'appelez- vous  mentagre  ? 

Pourmoi^  la  mentagre  est  une  inflammation  des  follicules 


152  NEUVIÈME    ET  DIXlÈBlE  LEÇONS. 

pileux  caractérisée  par  l'existence  de  pustules  siégeant  à  la 
base  des  poils,  précédées  ou  suivies  d'une  induration  qui  ne 
dépasse  pas  ordinairement  les  téguments,  mais  peut  cepen- 
dant occuper  le  tissu  cellulaire  sous-cutané. 

Ainsi  définie,  la  raentagre  est-elle  contagieuse  ?  Evidem- 
ment non.  C'est  une  affection  générique  commune  àplusieurs 
maladies.  Elle  peut  être  artificielle  (action  de  substances  ir- 
ritantes), (action  mécanique  de  mauvaisrasoirs);  elle  peut  être 
parasitaire,  c'est-à-dire  due  à  la  présence  du  trichophyton  ; 
enfin  elle  peut  être  sous  l'influence  d'une  cause  interne  (ar- 
tliritis,  scrofule,  syphilis).  Faisons  abstraction  des  mentagi'es 
scrofaleusc  et  syphilitique,  qui  n'existent  jamais  seules,  il 
nous  restera  trois  espèces  de  mentagres  dont  deux,  l'arti- 
ficielle et  l'arthritique,  ne  sont  pas  contagieuses.  Ce  n'est 
pas  dans  l'affection  elle-rpême,  dans  le  pus  de  la  pustule 
mentagreuse  qu'il  faut  rechercher  l'explication  de  la  conta- 
gion, c'est  dans  la  cause  qui  a  produit  le  sycosis.  Pour  moi^la 
mentagre  parasitaire,  que  je  distingue  avec  soin  des  autres 
espèces,  est  seule  contagieuse.  C'est  donc  de  cette  variété  que 
je  veux  parler,  et  non  de  la  mentagre  artificielle  que  l'on  peut 
produire  à  volonté  avec  un  mauvais  rasoir,  et  en  se  rasant 
à  contre  sens.  C'est  en  confondant  ensemble  les  différentes 
espèces  de  sycosis  que  M.  Chausit  peut  invoquer  la  clinique 
à  l'appui  de  son  opinion. 

«  La  mentagre  complique  quelquefois  une  maladie  cutanée  es- 
sentiellement contagieuse,  l'herpès  tonsurant  de  la  barbe;  et  ce 
qui  n'était  qu'un  accident,  est  devenu,  dans  l'opinion  de  M;  Bazin, 
une  condition  finale,  obligatoire,  la  dernière  période  de  la  germi- 
nation du  parasite  de  l'herpès  tonsurant Nous  avons  démon- 
tré que  la  mentagre  se  développe  très  souvent  d'emblée,  sans  être 
précédée,  ni  accompagnée  d'un  herpès  tonsurant.  « 

Quatre-vingt-dix  neuf  fois  sur  cent,  la  mentagre  parasi- 
taire est  précédée  d'herpès  circiné  et  de  pityriasis  alba.  Est-ce 
làunesimplecomplication?  Ces  rapports  de  ces  trois  affections, 
de  ces  trois  périodes  de  la  teigne  tonsurante,  sont  démontrés 


LE    PARASITISME.  1,^3 

d'une  manière  si  évidente  par  la  clinique,  que  M.  Cliausit 
lui  jxiôme,  mon  contradicteur,  a  tenté  de  se  les  approprier, 
en  supprimant  la  période  moyenne,  le  pityriasis  alba^  et  en 
a::nonçant  que  le  sycosis  était  souvent  précédé  de  disques 
érythémateux  qu'il  aurait  découverts  le  premier.  Je  vous  ai 
fait  voir  que  cette  découverte  de  M.  Cliausit  était  un  véri- 
table larcin,  et  que  personne  n'avait  signalé  avant  moi  la 
liaison  et  la  succession  invariable  des  trois  affections. 

En  1832,  à  l'époque  oii  j'ai  fait  connaître  ces  faits,  qui  me 
furent  démontrés  d'abord  par  la  clinique,  puis  par  l'obser- 
vation microscopique,  l'école  de  M.  Cazenave  se  contenta  de 
les  nier;  puis  M.  Ghausit,  se  rendant  à  l'évidence,  a  inventé 
un  sycosis  érythémateux.  Aujourd'hui  il  vient  nous  dire  que 
la  mentagre  n'est  contagieuse  que  par  sa  complication  avec 
l'herpès  tonsurant.  Je  l'admets  aussi  dans  un  certain  sens, 
puisque  pour  moi  l'herpès  tonsurant  précède  presque  tou- 
jours la  nieniagTO  parasitaire  ;  mais,  d'une  autre  part,  il 
m'est  impossible  de  ne  voir  là  qu'une  compHcation.  Ce  qui 
induit  M.  Chausit  en  erreur,  c'est  qu'il  connaît  imparfaite- 
ment mes  idées  sur  le  sycosis  :  c'est  qu'il  veut  absolument 
que  pour  moi  toutes  les  mentagres  soient  parasitaires.  Qu'y 
a-t-il  d'étonnant  dès  lors  qu'il  ait  pu  rassembler  60  cas  de 
mentagre  sans  coïncidence  de  cercles  herpétiques?  Ses  obser- 
vations ont  porté  évidemment  sur  des  sycosis  arthritiques  ou 
artificiels.  Ne  vient-il  pas  lui-même  nous  le  dire  ? 

«  11  n'est  pas  nécessaire  de  chercher  une  cause  occulte,  pour  le 
moins  hypothétique,  à  l'évolution  de  phénomènes  pathologiques 
qu'on  peut,  en  quelque  sorte,  produire  à  volonté.  Il  suffit  de  se 
raser  très  près  de  la  peau,  et  surtout  à  contre  sens  des  poils,  pour 
voir  se  développer  de  la  cuisson,  une  rougeur  vive,  suivie  bientôt 
d'une  inflammation  réelle,  si  l'on  persiste  dans  cette  manière  de 
se  raser.... 

«  Il  importe,   dit  plus  loin  M.  Chausit,  de  réfuter   une  preuve 

que  M.  Bazin  invoque  toujours  avec   insistance  et  qu'il  croit  de 

nature  à  démontrer  irrévocablement  la  contagion  de  la  mentagre 

ot  l'idenlité  de  sa]nature  avoc  l'herpès  tonsurant:  c'est^fdans quel* 


154  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME   LEÇONS, 

ques  cas,  la  coexistence  de  cercles  herpétiques  au  dos  des  mains 
des  mentagreux  :  Et  sans  aller  plus  loin,  dit  M.  Bazin,  voyez 
nos  infirmiers  épileurs  qui  portent  en  permanence,  sur  le  dos  des 
mains,  un  ou  plusieurs  cercles  herpétiques.  Cet  argument,  dont 
MM.  Bazin  et  Hardy  font  grand  bruit,  il  faut  bien  le  dire,  ne 
prouve  nullement  ce  que  pensent  les  honorables  médecins  de  l'hô- 
pital Saint-Louis  :  la  contagion  de  la  mentagre  et  l'identité  de  sa 
nature  avec  l'herpès  tonsurant.  Une  seule  raison  suffit  pour  ré- 
duire à  néant  cette  argumentation,  c'est  que  les  cercles  herpéti- 
ques du  dos  des  mains  n'existent  point  chez  les  mentagreux 
dont  l'affection  est  primitive,  et  s'est  développée  sans  être  précédée 
d'herpès  tonsurant  de  la  barbe.  » 

C'est  toujours  la  même  confusion  !  J'adipets  parfaitement 
aussi  que  les  malades  affectés  de  mentagre  primitive,  c'est- 
à-dire  non  précédée  d'herpès  tonsurant,  n'auront  jamais  de 
cercles  herpétiques  sur  les  mains;  mais  alors  je  ne  consi- 
dère pas  l'affection  comme  parasitaire;  elle  est  le  plus  souvent 
arthritique. 

ïJne  autre  preuve  que  donne  M.  Ghausit  de  la  non-identité 
de  nature  entre  la  mentagre  et  l'herpès  tonsurant  est  la  sui^ 
vante  :  c'est  que  : 

«  Les  épileurs  du  service  de  M.Bazin  portenten  permanence, sur  le 
dos  des  mains,  un  ou  plusieurs  cercles  herpétiques  sans  qu'aucun 
d'eux  ait  jamais  été  jusqu'ici  atteint  de  mentagre.  Est-ce  que  le 
trichophyton  ne  peut  pas  être  transporté  du  dos  des  mains  à  la 
barbe  de  la  même  manière  qu'il  est  transporté  de  la  barbe  au  dos 
des  mains  ?  Donc,  les  épileurs  ont  des  cercles  herpétiques  et  non 
pas  des  mentagres,  par  cette  raison  bien  simple  qu'ils  ne  peuvent 
contracter  que  des  maladies  communicables.  L'herpès  tonsurant 
est  contagieux;  il  est  tout  naturel  qu'ils  puissent  en  être  atteints. 
La  mentagre  n'est  pas  cont.ngieuse;  il  est  tout  naturel  qu'ils  n'en 
soient  pas  atteints.  Et  cependant  on  ne  pourra  pas  dire  qu'ils  s'abs- 
tiennent de  tout  contact  immédiat  avec  des  mentagreux.  » 

La  réponse  est  bien  facile,  et  le  moins  expérimenté  des 
élèves  de  cet  hôpital  la  ferait  immédiatement  :     , 


LE    PARASITISME.  !So 

S'il  est  vrai  que  les  malades  affectés  de  mentagre  parasi- 
taire essaient  de  calmer  leurs  démangeaisons  en  se  frottant 
le  menton  avec  le  dos  des  mains,  et  s'inoculent  ainsi  le  tri- 
chophyton  qui  se  manifeste  par  des  cercles  herpétiques,  la 
réciproque  n'a  pas  lieu  :  qu'un  malade  ait  sur  le  clos  des 
cercles  d'herpès  circiné,  il  est  beaucoup  plus  probable  qu'il 
se  servira  pour  se  gratter  des  doigts  de  la  main  opposée 
plutôt  que  du  menton.  Du  reste,  M.  Ghausit  s'appuie  sur  un 
fait  inexact,  et  j'ai  observé  plusieurs  fois  des  herpès  circinés 
du  dos  des  mains  suivis  de  mentagre.  Le  fait  est  rare,  mais 
il  existe.  Son  peu  de  fréquence  s'explique  très  bien,  si  l'on 
songe  que  les  épileurs  de  mon  service,  à  force  de  manier  des 
teigneux  et  de  m'entendre  parler  de  la  teigne,  savent- par- 
faitement à  quoi  s'en  tenir  sur  la  contagion  de  cette  affec- 
tion. Aussi  prennent-ils  leurs  précautions,  et  ne  vont-ils  pas 
s'amuser,  quand  ils  ont  des  cercles  herpétiques  sur  le  dos 
des  mains,  à  s'inoculer  sciem-ment  le  champignon  sur 
la  face. 

L'herpès  squameux,  Therpès  circiné  non  tonsurant,  ne 
sont  pas  des  affections  contagieuses  pour  M.  Ghausit.  Il 
s'appuie   sur  quatre  observations.  Malheureusement  pour 
lui,  il  a  bien  mal  choisi  ses  exemples.  Vous  n'aurez,  en  effet, 
qu'à  jeter  un  coup  d'œil  sur  ces  observations  pour  voir  .qu'il 
ne  s'agit  pas  là  d'affections  parasitaires,  affections  essentiel- 
lement chroniques,  mais  bien  d'éruptions  aiguës  qui  se  sont 
comportées  comme  de  véritables  pseudo-exanthèmes,  c'est-à- 
dire  qu'après  un  peu  de  fièvre,  de  malaise,  de  courbature,  on 
a  vu  apparaître  des  disques  érythémateux  nombreux  occu- 
pant la  plus  grande  partie  du  corps.  Est-ce  là  la  marche  de  ' 
l'herpès  circiné  parasitaire,  dont  les  cercles  généralement 
peu  nombreux,  surtout  au  début,  persistent  le  plus  souvent 
pendant  des  mois  ?  Il  n'est  pas  jusqu'à  la  cause  qui  ne  plaide 
en  faveur  d'un  pseudo-exanthème.  Dans  les  deux  cas  oii  cette 
cause  est  relatée,  on  trouve  une  fois  un  refroidissement,  et 
l'autre  une  violente  colère. 
Que  M.  Ghausit  ne  s'étonne  donc  pas  si  son  ami  le  docteur 


lo6  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME   LEÇONS. 

DufoLir  n'a  pas  pu  trouver  chez  ces  malades  les  spores  cry^ 
ptogamiques;  la  première  condition  pour  voir  ces  spores  étant 
de  les  chercher  dans  une  affection  réellement  parasitaire  I 
J'en  dirai  autant  d'une  observation  de  prétendu  pityriasis 
versicolor  dans  lequel  on  n'aurait  pu  trouver  les  spores  du 
microsporon.  Il  faut  qu'il  y  ait  eu  une  erreur  de  diagnostic, 
et  qu'on  l'ait  confondu  avec  le  pityriasis  riibra  maculata,  car 
s'il  est  une  affection  où  les  spores  cryptogamiques  soient  fa- 
ciles à  voir,  c'est  bien  certainement  le  pityriasis  versicolor. 
Du  reste,  l'auteur  est  entré  dans  trop  peu  de  détails  pour  que 
l'on  puisse  mettre  en  ligne  de  compte  une  observation  en 
contradiction  avec  les  faits  si  nombreux  vus  par  tous  les  cli- 
niciens et  les  micrographes  compétents. 

vrriLiGO. 

Que  doit-on  entendre  par  vitiligo  ? 

Le  mot  est  pris  dans  des  acceptions  diverses  par  les  diffé- 
rents auteurs. 

Pour  les  anciens,  il  était  synonyme  de  lèpre,  leucè  des 
Grecs,  morphée  blanche,  alphos,  etc....  Alibert,  M.  Rayer, 
M. "Hardy  ont  confondu  le  vitiligo  avec  l'achromie  vraie, 
M.  Gazenave  avec  la  teigne  pelade  achroraateuse.  Quant  à 
moi,  j'ai  résert'é  le  nom  de  vitiligo  à  une  affection  dyschro- 
mateuse  de  la  peau,  essentiellement  constituée  par  des  taches 
qui  résultent  de  l'inégale  répartition  du  pigment  cutané  sur 
les  points  oii  elles  siègent  (affections  cutanées,  artificielles, 
p.  428).  C'est  donc  une  simple  difformité  ^w^  l'on  doit  dis- 
tinguer avec  soin  de  la  pelade  achromateuse,  affection  pa- 
thologique en  voie  dévolution. 

Quand  M.  Chausit  parle  de  vitiligo,  il  fait  allusion  à  ma 
pelade  achromateuse. 

Ces  préliminaires  établis,  (et  ils  étaient  nécessaires  pour 
éviter  dans  votre  esprit  la  confusion),  je  passe  aux  argu- 
ments de  M.  Chausit  : 

«  La  contagion  du  vitiligo»  n'est  pas  un  fait  établi;  on  l'admet 
surtout  par  induction,  parcequ'on  croit  avoir  trouvé  sur  les  poils 


LE    PARASITISME.  157 

qui  n'existent  plus  ou  sur  le  duvet  grisâtre  rampant  à  la  surface 
de  l'épiderme,  quelque  chose  qui  ressemble  à  des  spores,  et  l'idée 
des  spores  a  conduit  naturellement  à  la  contagion  ;  les  fais  clini- 
ques invoqués  à  l'appui  de  cette  opinion  n'ont  pas  la  valeur  qu'on 
leur  suppose.  » 

Le  vitiligo,  comme  l'entend  l'école  de  M.  Cazenave,  n'est 
pas  nécessairement  contagieux,  et  vous  le  comprenez  aisé- 
ment maintenant  que  je  vous  ai  montré  ce  qu'elle  désigne 
par  ce  mot.  Mais  si  l'on  fait  avec  moi  la  distinction  du  vitiligo 
difformité,  et  delapeladeachromateuse,  on  voit  que,  dans  le 
premier  cas,  il  n'y  a  point  contagion,  tandis  que,  dans  le 
second,  la  clinique  démontre  d'une  manière  évidente  que 
l'affection  peut  se  communiquer  d'un  individu  malade  à  un 
individu  sain.  Le  fait  de  Gillette,  malgré  le  dire  de  M.  Ghau- 
sit,  est  parfaitement  probant,  et,  s'il  est  vrai  que  les  observa- 
tions ne  soient  pas  détaillées, on  ne  saurait  méconnaître  làdes 
cas  de  pelade  achromateuse.  Quelle  autr^  affection,  en  effet, 
pourrait  présenter  des  plaques  remarquables  par  la  blan- 
cheur, dégarnies  complètement  de  cheveux,  s'élargissant 
peu  à  peu  et  s'observant  successivement  chez  8  individus 
qui  vivent  ensemble  ?  M.  Ghausit  s'appuie,  pour  récuser  ces 
faits,  sur  ce  que,  chez  deux  de  ces  malades,  il  y  avait  une  fois 
des  croûtes  d'impétigo,  et  l'autre  une  desquamation  furfu- 
racée.  N'est-il  pas  évident  qu'il  y  avait  là  une  complication, 
et,  dans  tous  les  cas,  ne  reste-t-il  pas  six  autres  faits  où  l'on 
n'a  pas  observé  ces  accidents  ? 

Les  faits  de  contagion  ne  sont  d'ailleurs  pas  rares.  Bien 
souvent  j'ai  eu  l'occasion  de  voir  l'affection  transmise  de  la 
mère  aux  enfants  par  l'usage  du  môme  peigne. 

Dernièrement  encore  j'ai  donné  des  soins  à  un  malade  de 
la  ville,  affecté  de  pelade  achromateuse^,  qui,  ignorant  le 
danger,  s'était  servi  des  peignes  de  sa  sœur.  Il  m'amena 
bientôt  cette  dernière,  chez  laquelle  je  constatai  la  même 
affection. 

Quand  M.  Ghausit  vient  dire  que  c'est  parce  qu'on  croit 


458  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME    LEÇO^'S. 

avoir  trouvé  dans  le  vitiligo  des  spores  cryptogamiqiies  que 
l'on  déclare  par  induction  l'affection  contagieuse,  il  ne  prend 
pas  garde  à  ce  qu'il  a  dit  plus  haut,  à  savoir  que  le  désir 
d'expliquer  la  contagion  de  certaines  affections  cutanées 
avait  fait  admettre  aux  parasitophiles  l'hypothèse  du  cham- 
pignon. 

L'observation  VI,  de  M.  Gliausit,  parle  d'un  vitiligo  du 
cuir  chevelu  traité  sans  succès  par  l'épilation  pendant  cinq 
années  consécutives  au  dispensaire  de  l'hôpital,  par  M.  Ba- 
zin lui  même.  La  malade  a  été  guérie  par  M.  Çazenave  avec 
des  frictions  ammoniacales,  et  des  onctions  avec  une  pom- 
made probablement  philocôme. 

Je  répondrai  à  M.  Ghausit  que  la  première  condition  pour 
qu'un  traitement  réussisse,  c'est  qu'il  soit  parfaitement 
appliqué.  Or  là  jeune  Villiot,  dont  il  cite  l'exemple,  est  venue, 
si  j'en  crois  mes  notes,  très  irrégulièrement  au  dispensaire; 
dans  l'espace  de  cinq  ans,  elle  a  été  épilée  une  dizaine  de 
fois  :  ce  n'est  certes  pas  suffisant  pour  guérir  une  pelade  ayant 
dégarni  toute  la  tête  au  moment  oîi  elle  me  fut  présentée, 
ainsi  que  le  constate  M.  Ghausit  lui-même.  Et  d'ailleurs,  le 
traitement,  bien  que  mal  appliqué,  n'a  pas  été  aussi  infruc- 
tueux que  veut  bien  le  dire  mon  contradicteur,  puisqu'il 
ajoute  plus  loin  que  les  sourcils  étaient  repoussés  en  grande 
partie^  ainsi  que  les  ongles. 

De  ce  que  le  frère  de  la  jeune  Villiot  n'a  pas  eu  de  pelade, 
quoiqu'il  ait  partagé  longtemps  le  lit  de  sa  sœur,  M.  Ghausit 
veut  conclure  que  la  pelade  n'est  pas  contagieuse.  Que  prouve 
un  fait  isolé,  le  seul  qu'il  puisse  citer,  contre  les  nombreuses 
observations  contraires  que  j'ai  pu  recueillir?  M.  Ghausit  ne 
sait-il  pas  que,  dans  toutes  les  affections  contagieuses,  cer- 
tains individus  jouissent  d'une  immunité  absolue,  sans  qu'on 
puisse  en  donner  aucune  explication  ?N'ai-je  pas  dit,  et  tout 
le  monde  n'admet-il  pas  que  pour  qu'une  affection  parasit 
taire  se  développe,  il  faut  un  état  particulier  de  l'organisme? 
il  faut  certaines  concîîtions  organiques,  inconnues  dans  leur 
essence  !  Si  donc  le  frère  de  la  jeune  Villiot  n'a  pas  contracté 


LE    PARASITISME.  159 

la  pelade,  ce  n'est  pas  parce  que  cette  affection  n'est  pas 
contagieuse,  mais  bien  parce  que  le  sujet  ne  présentait  pas 
les  conditions  nécessaires  au  développement  du  microsporon. 

«  Les  symptômes  de  cette  curieuse  affection,  dit  M.  Chausit  en 
parlant  de  la  même  observation,  se  concilient  fort  peu  du  reste 
avec  l'existence  d'un  parasite.  D'abord  son  début  n'est  accompa- 
gné, ni  de  ce  prurit  franc,  ni  de  cette  hypersécrétion  d'épiderme 
qui,  d'après  M.  Bazin,  caractérisent  essentiellement  la  période  de 
germination  des  parasites  (page  /|7.)  A  peine  peut-on  signaler 
l'existence  de  quelques  démangeaisons;  elles  sont,  en  général,  si 
légères,  si  fugaces,  qu'elles  n'attirent  pas  l'attention  du  malade.  »> 

Si  M.  Gliausit  avait  lu  dans  mes  leçons  sur  les  affections 
parasitaires,  l'article  pelade,  il  aurait  vu  précisément  que  le 
prurit  est  ordinairement  modéré  dans  cette  affection;  et  que 
l'hypersécrétion  d'épiderme  ne  s'observe  pas  dans  la  pelade 
achromateufe,  c'est-à-dire  dans  la  variété  de  teigne  dont 
était  afTectée  la  malade. 

i«  Le  phénomène  le  plus  curieux  de  cette  affection  est,  sans  con- 
tredit, la  décoloration  des  surfaces  envahies.  Pour  M.  Bazin,  cette 
altération  de  la  peau  constitue  un  symptôme  dont  le  développe- 
ment est  ou  non  lié  à  l'existence  d'un  parasite;  c'est-à-dire  qu'il 
existe  un  vitiligo  simple  et  un  vitiligo  parasitaire  ;  distinction  que 
M.  Bazin  reproche  aux  auteurs  qui  l'ont  précédé,  de  n'avoir  point 
su  faire.  Voici  les  caractères  à  l'aide  desquels  on  pourra  doréna- 
vant, et  à  la  simple  inspection,  distinguer  la  décoloration  du  viti- 
hgo  simple  delà  décoloration  du  vitiligo  parasitaire  : 

Autour  des  parties  blanches  dépourvues  de  pigmentum,  dit-il, 
dans  le  vitiligo  simple,  on  trouve  une  coloration  beaucoup  plus 
foncée  de  la  peau,  une  hypersécrétion  pigmentaire  qui  n'existe 
jamais  dans  le  vitiligo  parasitaire.  Il  semble  que,_  dans  le  vitiligo 
simple,  il  n'y  ait  pas,,  en  somme,  dans  la  peau,  une  moindre 
quantité  de  matière  pigmenlaire:  mais  cette  matière,  pigmentaire 
se  répartit  inégalement  sur  les  divers  points,  et  de  cette  inégale 
repartition  résulte  l'affection  dyschromateuse.  Dans  l'autre  cas, 
au  contraire,  le  pigment  est  clélruit,  absorbé  par  le  yirasite,  et 
non  plus  refoulé  sur  les  parties  environnantes.  »  (Page  205). 


160  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME  LEÇONS. 

"  Le  diagnostic  est  facile  assurément,  et  nous  ne  demanderions 
pas  mieux  que  de  le  croire  exact,  au  point  de  vue  pathogénique, 
si  M.  Bazin  lui-même  n'avait  pris  soin  d'en  atténuer  la  valeur,  en 
décrivant  quelques  pages  avant,  une  variété  de  vitiligo  parasitaire 
(pelade  décalvante)  ,  caractérisée  par  de  larges  places  dénudées, 
sinueuses  et  sur  lesquelles  la  peau  a  conservé  sa  couleur  normale 
et  qui  peut  exister  en  même  temps  que  l'autre  variété  (pelade 
achromateuse)  sur   le  môme  sujet  (p.  200).  » 

«  Il  est  difficile  de  comprendre  comment  le  même  cryptogame, 
existant  sur  deux/égions  contiguës,  détruit  et  absorbe  le  pigmen- 
tum  sur  l'une  et  non  pas  sur  l'autre.  Est-ce  un  caprice  de  parasite?» 

Je  ne  vois  p,as  en  quoi  les  signes  différentiels  que  j'ai  don- 
nés pour  distinguer  le  vitiligo  simple  de  la  pelade  peuvent 
être  atténués  par  l'admission  d'une  variété  (pelade  décal- 
vante), oiî  la  peau  conserve  sa  couleur  normale.  N'est- il  pas 
évident  qu'il  sera  toujours  facile  de  distinguer  cette  pelade 
décalvante  du  vitiligo  simple,  puisque,  dans  celte  dernière 
affection,  non  seulement  la  coloration  de  la  peau  n'est  pas 
normale,  mais  encore  les  taches  qui  la  constituent  sont 
caractérisées  par  le  défaut  de  pigmentum  sur  certains  points, 
et  ?ur  d'autres  par  un  amas  de  ce  pigmentum  en  plus  forte 
proportion  que  sur  la  peau  saine.  Et  du  reste,  n'existe-t-il 
pas  d'autres  signes  pour  faire  le  diagnostic  qui  embarrasse 
tant  M.  Ghausit  ?  Sans  parler  des  caractères  microscopiques, 
n'avons-nous  pas  la  chute  des  cheveux,  qui  n'existe  pas  dans 
le  vitiligo  simple  où  ils  sont  seulement  décolorés.  N'avons- 
nous  pas  la  marche  si  rapidement  envahissante  de  la  pelade 
décalvante  à  opposer  à  l'état  presque  stationnaire  des  taches 
du  vitiligo? 

Pourquoi  le  microsporon  décoloretil  les  plaques  de  pelade 
achromateuse  et  ne  décolore-t-il  pas  celles  de  la  pelade  dé- 
calvante existant  sur  la  même  tête.  C'est  que  dans  le  premier 
cas,  le  parasite  s'étend  dans  les  couches  profondes  de  l'épi- 
derme  et  absorbe  le  pigment,  tandis  que  dans  le  second  il 
paraît  surtout  s'étendre  en  surface,  comme  le  démontre 
l'extension  rapide  de  l'affection.  C'est  là  un  fait  qui  ne  pré- 


LE     PAIiASinSME.  161 

sente  d'autre  intérêt  que  celui  de  la  curiosité,  et  dont  il  est 
impossible  de  donner  l'explication.  La  coïncidence  des  deux 
variétés  de  teigne  pelade  sur  le  même  individu  est,  du  reste, 
rare. 

«  D'ailleurs  la  confusion  augmente  encore,  et  M.  Bazin  réfute 
lui-même  cette  distinction  qu'il  prétendait  établir  entre  le  vitiligo 
simple  et  le  vitiligo  parasitaire,  en  parlant  d'une  variété  de  teigne 
acliromateuse  consistant  uniquement  dans  la  décoloration  des 
poils  :  (t  Une  autre  variété  de  teigne  achromateuse  qui,  jusqu'à 
présent,  ne  parait  pas  avoir  frappé  l'attention  des  observateurs, 
est  celle  qui  consiste  uniquement  dans  la  décoloration  des  poils, 
sur  une  chevelure  noire  ou  châtain  foncé,  on  voit  çà  et  là  de 
petits  bouquets  de  cheveux  tout  à  fait  blancs.  Déjà  deux  fois  nous 
avons  eu  l'occasion  de  donner  nos  soins  à  de  jeunes  personnes 
offrant  celle  altération  de  la  chevelure,  et  nous  avons  été 
assez  heureux  pour  la  voir  céder  complètement  au  traite- 
ment qui  nous  a  si  bien  réussi  contre  les  teignes.  »  (Considéra- 
lions  générales  sur  h.  menta^^re  et  les  teignes  de  la  face,  p.  33)  » 

«  La  contradiction  est  manifeste,  et  l'on  voit  qu'au  point  de 
vuenosologique,  comme  au  point  de  vue  thérapeutique,  M.  Bazin, 
évidemment  à  son  insu, efface  la  lignede  démarcation  qu'il  croyait 
établir  entre  la  teigne  achromateuse,  avec  conservation  des 
poils  décolorés,  et  la  teigne  achromateuse  ^avec  alopécie.  Ce  sont 
deux  variétés  de  l'affection  vitiligineuse,  comme  nous  le  soute- 
nons avec  M.  Cazenave,  parfaitement  curables  dans  certai- 
nes conditions,  et  qui,  dans  d'autres  circonstances  indétermi- 
nées, résistent  à  toute  médication.  Le  symptôme  alopécie  n'est 
pas  un  critérium  infaillible,  indiquant  une  différence  de  nature. 

«  Les  parasitophiles  l'admettent,  parcequ'ils  ne  peuvent  pas 
comprendre  la  chute  du  poil  sans  l'intervention  préalable  d'un 
cryptogame.  » 

Le  fait  auquel  M.Ghausit  fait  allusion  est  exceptionnel. 
Il  est  extrait  d'un  de  mes  premiers  travaux  sur  les  teignes  et 
remonte  à  une  époque  oîj.  je  n'avais  pas  encore  l'expérience 
que  m'ont  donnée  de  nombreux  faits  semblables.  Il  y  a  eu 
erreur  de  diagnostip  dans  ce  cas  où  il  s'agit  évidemment 


162  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME   LEÇONS. 

d'achromie  vraie,  affection  qui  est  presque  toujours  congé- 
niale  et  que  caractérisent  des  taches  blauches  sur  lesquelles 
les'cheveux^oussent  décolorés.  On  ne  saurait  donc  s'appuyer 
sur  ce  fait  pour  effacer  la  distinction  du  vitiligo  simple  et  du 
vitiligo  parasitaire.  Pour  moi,  la  chute  des  poils,  et  surtout 
Tabsence  d'hyperchromie,  sont  les  signes  caractéristiques 
du  vitiligo  parasitaire. 

Si  donc  le  vitiligo  est,  comme  le  disent  MM.  Gazenave  et 
Chausit,  tantôt  curable,  tantôt  incurable,  cela,  s'explique 
parfaitement.  Dans  le  premier  cas,  nous  avons  affaire  à  une 
difformité  qui  ne  disparait  qu'exceptionnellement  ;  dans  le 
second^,  il  s'agit  d'une  affection  produite  par  un  champignon 
que  nous  pouvons  toujours  attaquer  et  détruire. 

«  Enfin,  s'il  fallait  admettre  l'interprétalion  de  M.  Bazin,  il 
resterait  toujoars  à  expliquer  la  persistance  de  la  décoloration, 
lorsque  la  maladie  est  arrivée  à  la  3^  période,  que  le  champignon 
est  mort  faute  de  nourriture,  et  que  la  perte  des  cheveux  est  de- 
venue irrémédiable.  Il  semble  que  le-  pigméntum  n'étant  plus 
alors  absorbé  par  le  parasite,  ni  refoulé  sar  les  parties  environ- 
nantes, devrait  être  déposé  dans  le  corps  muqueux  pour  re- 
donner à  la  peau  sa  couleur  normale.  >> 

C'est  ce  qui  arrive  en  effet;  la  coloration  de  la  peau  rede- 
vient toujours  normale  quand  le  bulbe  pileux  et  les  cellules 
pigmentaires  ont  été  épargnés. 

«  Dans  tous  les  cas,  nous  devons  signaler  le  génie  malfaisant 
du  raicrosporon  Audouini.  Ce  champignon,  le  plus  petit  de  tous 
les  champignons  connus  jusqu'à  ce  jour,  détruit  non  seulement  le 
poil  comme  tous  les  autres  champignons  plus  ou  moins  teigneux; 
niais  il  dévore  encore  la  matière  pigmentaire  en  exerçant  sur 
elle  une  influence  si  pernicieuse,  que  tout  retour  du  pigméntum 
est  impossible,  même  après  la  mort  de  ce  méchant  petit  crypto- 
game. » 

Je  n'ai  jamais  rien  dit  de  semblable.  J'ai  toujours  vu  au 
(Contraire,  quand  le  parasite  était  définitivement  détruit,  les 
cheveux  repousser  aussi  beaux  et  aussi  colorés  que  sur  les 


LE    PARASITISME.  163 

parties  saines,  pourvu,  je  le  répète,  que  le  bulbe  pileux  et  les 
cellules  pigmentaires  n'aient  pas  été  détruits. 

«  Mais  là  s'arrête,  selon  M.  Bazin,  l'influence  du  parasite  :  La 
pelade,  dit-il,  est  une  affection  plus  sérieuse  que  les  autres  espè- 
ces de  teignes,  quoique,  dans  les  mêmes  cas  où  elle  se  généralise 
sur  tout  le  corps,  elle  ne  détermine  aucune  altération  de  la  santé 
_ générale  chez  les  sujets  qui  en  sont  affectés.  Toute  la  gravité  est 
relative  au  système  pileux  (p.  207.)  » 

«  M.  Ilardy  pense  différemment  sur  la  même  question  ;  lorsque 
l'affection  s'étend  à  la  totalité  de  l'enveloppe  cutanée,  on  voit  sur- 
venir fréquemment  des  phénomènes  généraux  assez  graves  ;  ainsi 
les  enfants  perdent  leur  gaité,  maigrissent,  s'arrêtent  dans  leur 
dévelo|»p»ment.  Dans  ces  conditions,  il  est  difficile  de  déterminer 
quelle  est  la  cause  qui  trouble  si  profondément  l'organisme.  En 
effet,  est-ce  l'extension  démesurée  du  parasite  qui  envahit  une 
surface  trop  grande  et  absorbe  une  quantité  trop  considérable  de 
sucs  nutritifs  aux  dépens  de  l'individu?  ou  bien  l'altération  delà 
nutrition  est-elle  primitive  et  favorise-t-elle  seulement  le  déve- 
loppement du  cryptogame?  Jusqu'ici,  ces  questions  n'ont  pas  reçu 
de  solution  satisfaisante.  »  (Leçons   chniques,  p.  177,  2®  partie). 

«  Le  doute  exprimé  par  M.  Hardy  a  déjà  été  exprimé  par  tous 
les  observateurs  sérieux  depuis  que  l'idée  du  parasitisme  a  envahi 

le  domaine  de  la  pathologie  cutanée Mais  alors  nous  avons 

le  droit  de  faire  observer  à  M.Hardy  que  cette  réserve  est  une 
contradiction  manifeste  avec  l'idée  fondamentale  du  système 
qui  attribue  au  cryptogame  le  rôle  de  cause  des  maladies  pa- 
rasitaires. » 

M.  Ghausit  confond  les  causes  prédisposantes  avec  les 
causes  occasionnelles  et  efficientes.  Les  diverses  cachexies 
favorisent  le  développement  du  favus,  mais  ne  le  produisent 
pas.  J'ai  eu  souvent  l'occasion  de  faire  l'autopsie  de  scrofu- 
leux  a^^ant  passé  par  tous  les  degrés  du  marasme,  et  sur 
lesquels  je  découvrais,  post  mortem^  un  ou  plusieurs  godets 
faviques  sur  le  corps.  Dira-t-on  dans  ces  cas  que  c'est  l'alté- 
ration des  solides  et  des  liquides  qui  a  produit  le  favus  ?  Nul- 
lement; cette  altération  n'est  que  la  cause  prédisposante; 


164  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME    LEÇONS. 

c'est  elle  qui  a  préparé  le  terrain  favorable  au  développement 
de  l'achurion;  mais  là  s'est  arrêté  son  rôle. 

Une  altération  de  l'organisme  peut  aussi  bien  favoriser  le 
développement  du  champignon  de  la  pelade.  Mais  il  importe 
de  ne  pas  confondre  les  états  primitifs  'de  l'organisme  ni  avec 
les  états  consécutifs  ni  avec  les  causes  efficientes  des  ma- 
ladies parasitaires. 

Quant  aux  faits  énoncés  par  mon  estimable  collègue 
M.  Hardy,  je  dois  avouer  que,  malgré  le  grand  nombre  de 
teigneux  qui  ont  été  confiés  jusqu'à  ce  jour  à  mes  soins,  je 
n'ai  jamais  observé  les  phénomènes  généraux  dont  il  parle. 
Même  encpre  aujourd'hui,  j'ai  à  traiter  la  petite  fille  d'un 
notaire  de  province  pour  une  pelade  qui  depuis  un  an  a 
envahi  toute  la  surface  du  corps  et  détruit  la  presque  totalité 
'des  cheveux  et  des  poils  follets. Eh  bien  I  malgré  cette  géné- 
ralisation de  l'affection,  la  santé  générale  est  on  ne  peut 
plus  florissante. 

Les  phénomènes  dont  parle  M.  Hardy  s'observent  seule- 
ment dans  le  favus.  Hs  étaient  bien  plus  fréquents  autrefois, 
alors  que  le  traitement  était  encore  à  trouver.  La  terminai- 
son funeste  n'était  pas  rare,  et  arrivait  après  une  agonie  dont 
les  anciens  auteurs  nous  ont  laissé  le  triste  tableau.  Aujour- 
d'hui nous  ne  voyons  plus  guère  que  des  chloroses  parasi- 
taires dont  j'ai  eu  l'occasion  pendant  le  courant'  de  ces  le- 
çons de  vous  montrerplusieurs  exemples,  et  tous,  vous  avez 
pu  voir  que  cette  affection  est  d'autant  plus  prononcée  que 
le  favus  est  plus  étendu.  S'agissait-il  là,  je  vous  le  demande, 
de  méchants  petits  cryptogames  ? 

«  Pour  légitimer  la  création  d'une  classe  de  maladies  parasi- 
taires, on  affirme  que  le  cryptogame  joue  le  rôle  de  cause  ;  puis, 
quand  on  interroge  la  clinique  sans  prévention,  on  hésite,  et  l'on 
se  demande  si  le  cryptogame  est  réellement  la  cause  productrice, 
ou  bien,  s'il  n'est  pas  plus  conforme  à  l'observation  de  ne  voir 
dans  l'altération  des  solides  et  des  liquides  qu'un  milieu  favorable 
à  son  développement.  » 

Je  réponds  catégoriquement  à  M.  Ghausit:  J'inocule  la 


•LE  PARASITISME  ET  LES  l'ARASlTOPHlLES.  l65 

matière  faveuse;  elle  me  donne,  suivant  les  conditions  de 
l'expérience,  du  favus  en  godet  on  du  favus  épidermique. 
Oii  est  donc,  dans  ce  cas,  cette  fameuse  altération  des  so- 
lides et  des  liquides  ? 

Il  y  a  plus,  permettez-moi  de  vous  rappeler  un  fait  que 
j'ai  déjà  cité  dans  d'autres  parties  de  mes  ouvrages  :  ily  a 
quelques  années,  un  habitant  de  Fontenay-aux-Roses  vint  à 
Paris  et  s'y  fit  raser.  Au  bout  de  quelque  temps  il  vit  se 
développer  des  cercles  d'herpès  circiné.  11  continua  à  se  faire 
raser  chez  le  barbier  de  son  village,  et  voilà  que  bientôt  tous 
les  habitants  de  Fontenay-aux-Roses  qui  venaient  se  faire 
raser  chez  le  même  barbier  contractent  la  même  affection  1 
Dira-t-on  qu'ils  avaient  une  altération  des  solides  et  des  li- 
quides, ou  bien  admettra- t-on  qu'une  sorte  de  constitution 
médicale  avait  modifié  le  terrain? 

En  supposant  que  cette  altération  des  solides  et  des  li- 
quides existe  chez  certains  sujets,  elle  ne  joue  que  le  rôle  de 
cause  prédisposante:  il  n'en  faut  pas  moins  tenir  compte  de 
la  cause  immédiate,  du  champignon. 

De  qui  M.  Ghausit  veut-il  parler  quand  il  dit  :  quand  on 
interroge  la  clinique?  Est-ce  de  M.  Hardy  ?  Ce  serait  complè- 
tement à  tort,  car  la  clinique  a  démontré  à  mon  honorable 
collègue  aussi  bien  qu'à  moi-même  qu'on  devait  admettre 
une  classe  de  maladies  parasitaires,  et  il  a  écrit  quelque  part, 
sans  hésiter^  que  c'était  le  groupe  le  plus  naturel.  S'il  est 
Vrai  que  M.  Hardy  diffère  d'opinion  avec  moi  pour  le  pity- 
riasis versicolor,  le  chloasma,  l'acné  varioliforme,  la  diver- 
gence ne  porte  que  sur  des  points  tout-à-fait  accessoires,  et 
M.  Ghausit  n'est  pas  en  droit,  ce  me  semble,  d'affirmer  pour 
cela  que  mon  excellent  collègue  fait  opposition  aux  idées 
nouvelles. 

M.  Ghausit  croit  pouvoir  résumer  ainsi  la  valeur  clinique 
du  parasitisme  : 

«  De  loin  c'est  quelque  chose,  et  de  près  ce  n'est  rien.  » 

Je  trouve  que  ce  vers  serait  beaucoup  mieux  placé  en  épi- 

11 


!l66  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME    LEÇONS. 

graphe  de  son  propre  mémoire.  Il  caractériserait  très  bien 
la  valeur  des  arguments  qui  y  sont  développés. 

*€<  Cet  examen  clinique  des  maladies  parasitaires  nous  dispense 
«  de  présenter  des  remarques  générales,  au  point  de  vue  noîolo- 
«  giqué,  sur  cette  classe  de  maladies  de  la  peau,  dans  laquelle  on 
«  trouve  rangés,  comme  étant  de  même  nature  et  reconnaissant 
«  la  même  cause,  le  favus  à  côté  des  éphélides  des  femmes  en- 
«  ceintes,  riii^r[rès  tonsuiant  à  côlé  du  pityriasis  versicolor.  la 
«  raentagre  à  côlé  du  vitiligo.  » 

l'ont  beau,  M.  Chausit!  Vous  allez  un  peu  trop  loin.  Au- 
cun parasitopliile  n'a  jamais  eu  l'idée  de  rapprocher  le  favus 
des  éphélides  des  femmes  enceintes,  etc.  Cette  manière  de 
présenter  les  choses  donne  une  idée  de  la  bonne  foi  avec 
laquelle  on  me  fait  la  guerre.  Voici  ma  division  des  affections 
cutanées  parasitaires  végétales  : 

J'admets  deux  catégories  d'affections  cutanées  parasitaires 
produites,  dans  la  première,  par  des  végétaux  qui  vivent  aux 
dépens  des  poils  et  des  ongles;  dans  la  seconde,  par  des  végé- 
taux qui  vivent  aux  dépens  de  l'épiderme.  ^ 
Dans  la  première  classe,  je  range  : 

A'  Favuj.  \  Ur.-eolaris. 

(.AcLorion  Scliœnleinii)i  ^''"'"'^'^• 
' (  Squarrosa. 

B  Teigne  tonsurante  CCirciiiata.  l  Herpès  cip 

(Trichophylontonsurans)    "^"n'fia.  Trois  périodes  :  ]  l'Hyria  is  î 

^  "^  \  Oyrata.  )  Sycosis  uu 

e  Tpigne  pelade.  lOphia-iiiue. 

(Miciosporon  Aud)uini)  I  Acliromalfuse. 

Dans  la  seconde  classe,  il  n'y  a  qu'un  seul  champignon 
(microsporon  furfur)  et  une  seule  affection  parasitaire  diver- 
sement dénommée  :  pityriasis  versicolor,  pi  yriasis  nigra, 
chloasma,  taches  hépatiques,  éphélides  lenticulaires. 

Vous  voyez  Messieurs,  que  mes  divisions  diffèrent  à  tous 
égards  du  classement  que  prête  M.  Chausit  auxparasitophiies, 
classement  que,  pour  ma  part,  je  ne  puis  accepter,  parce 
qu'il  rassemble  des  affections  dissembl  ibles.  Une  bonne  clas- 
sification doit  reposer  sur  les  ressemblances  et  les  analogies 


i-iïie. 
alba. 
Mentagre 


LL    PARASITISME   Kl   LES  PAltASlTul'lilLtS.  1 07 

des  espèces  morbides.  La  base  doit  varier  snivint  qu'on 
\ent  établir  un  classement  nosologique  ou  un  classement 
séméiologique.  Dans  le  premier  cas,  il  ne  faut  pas  s'attacher 
à  un  seul  caractère,  mais  les  prendre  tous  ;  dans  le  deuxième, 
on  prend  un  seul  symptôme  et  l'on  indique  ses  modifications 
dans  les  différentes  maladies. 

C'est  pour  ne  pas  avoir  compris  ce  but  des  cl  ssifîcntions 
que  M  Gihert,  après  avoir  rapproché  toutes  les  syphiiides, 
dans  son  Trai lé  de  la  syphilis^  les  a  dispersées  dans  tous  les 
chapitres,  dans  son  TraUé  des  maladies  de  la  peau. 

Au  point  de  vue  nosologique,  la  famille  parasitaire  végétale 
est  une  des  plus  naturelles.  Elle  présente  des  caractères  beau- 
coup plus  tranchés  que  d'autres  classes  d'affections  cutanées 
admises  par  tous  les  auteurs.  Je  vais  vous  rappeler  en  deux 
mots  ces  caractères  : 

Les  affections  parasitaires  végétales  sont  toujours  sous 
la  dépendance  d'une  cause  externe,  qui  est  la  présence  d'une 
plante  parasite.  Elles  sont  contagieuses  :  elles  produisent 
des  exfoliations,  dont  la  forme  et  la  couleur  sont  caractéris- 
tiques pour  chacune  d'elles.  Tantôt  elles  s'accompagnent  de 
la  chute  des  poils;  tantôt  elles  produisent  des  taches  ou 
crasses  parasitaires.  En  outre,  elles  donnent  lieu  à  des  symp- 
tômes congestifs  accessoires,  comme  pustules,  tubercules, 
furoncles.  Enfin  elles  disparaissent  par  les  parasiticides,  dont 
l'application  doit  être  favorisée  par  des  procédés  mécaniques 
variables  suivant  que  le  parasite  vit  aux  dépens  des  poils 
(épilation),  des  ongles  (limage),  del'épiderme  (frictions). 

Dans  cette  classe  des  affections  parasitaires,  j'ai  changé 
les  dénominations  wlllaniques  toutes  les  fois  que  j'ai  trouvé 
confondues  sous  un  môme  nom  des  affections  de  nature 
différente  {Vitiligo  et  pelade^  etc.).  J'ai  élagué  les  formes  en 
apparence  identiques,  mais  différentes  de  nature  (distinction 
des  différents  sycosis)  en  faisant  voir  ce  qu'on  devait  en- 
tendre par  ces  mots  genres,  espèces. 

«  Ainsi  au  nom  de  la  nature  présumée  de  1  herpès  circiné  et 
«  de  l'herpès  tonsurant,  ces  variétés  ne  foot  plus  partie  du  groupe 


ifi8  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME  LEÇONS. 

«  de  l'herpès.  Pour  Al.  Bazin,  elles  représentent  la  première  et  la 
«  deuxième  périodes  de  la  teigne  fonsurante...  Citons  encore  pour 
«  exemple  l'étude  de  l'acné,  rangée  par  Alibert  dans  la  famille  des 
«  dartres,  et  qu'î  M.  Flardy  considère  comme  une  maladie  acci- 
«  dentelle,  tandis  que  M.  Bazin  en  fait  une  expression  de  la  scro- 
«  fuie.  » 

M.  Ghausit  affecte  de  ne  pas  connaître  mes  doctrines.  Oîi 
a-t-il  jamais  vu  que  Therpès  circiné  ne  faisait  plus  partie 
pour  moi  du  groupe  des  herpès? Qu'il  veuille  bien  se  reporter 
à  la  page  104  de  mes  leçons  sur  les  affections  génériques,  il 
pourra  lire  ces  mots  : 

«  Nous  admettons  deux  classes  d'herpès  :  les  herpès  de 
«  cause  externe  et  les  herpès  de  cause  interne. 

((  Les  herpès  de  cause  externe  sont  les  herpès  circiné, 
((  simple,  h  anneaux  multiples  et  nummulaire,  qui  recon- 
«  naissent  pour  cause  l'existence  d'un  parasite  végétal,  et 
«  les  herpès  prceputialis,  vulvaris,  labialis,  qui,  dans  certains 
«  cas,  sont  dus  à  l'action  de  substances  irritantes,  telles  que 
«  la  matière  sébacée  qui  s'accumule  entre  le  gland  et  le 
«prépuce....» 

Pourquoi  dire  que  je  fais  de  l'acné  l'expression  de  la  scro- 
fule, quand  j'admets  des  acnés  artificielles  (action  de  certains 
médicaments),  des  acnés  arthritiques,  des  acnés  syphiliti- 
ques? 

THÉRAPEUTIQUE. 

Les  principaux  arguments  de  M.  Ghausit  sont  empruntés 
à  la  plaisanterie.  Mais  il  aura  beau  faire,  il  n'empêchera  pas  la 
statistique  de  parler  plus  haut  que  ses  facéties;  il  n'effacera 
pas  les  magnifiques  résultats  qu'a  produits  la  doctrine  du 
parasitisme;  il  lui  sera  impossible  d'en  imposer  à  tant  de 
médecins  éclairés  qui  ont  vu  les  nouvelles  idées  sanctionnées 
par  la  pratique. 

Est-il  besoin  de  vous  rappeler,  Messieurs,  ce  qui  existait 
avant  moi?  Personne  de  vous  n'ignore  qu'avant  que  j'eusse 
démontré  la  nécessité  des  frictions  générales,  M.  Gazenave, 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.  169 

qui  ne  faisait  que  des  frictions  partielles,  guérissait  peu  de 
galeux.  Ils  sont  guéris  aujourd'hui  en  quelques  heures. 

Avant  I80O,  les  teigneux  n'étaient  plus  guère  admis  dans 
les  services  de  l'hôpital  Saint-Louis  que  comme  objets  de 
curiosité,  comme  sujets  de  clinique,  et  la  thérapeutique  était 
impuissante  à  arrêter  les  progrès  de  cette  terrible  affection^ 
qui  finissait  à  l'amphithéâtre,  où  l'on  recherchait  sur  le  ca- 
davre les  aliéralions  des  solides  et  des  liquides.  Parcourez  mes 
salles  de  teigneux,  consultez  les  registres  du  dispensaire  de 
l'hôpital  et  vous  verrez  si  le  traitement  rationnel  fondé  sur 
la  connaissance  exacte  de  la  nature  des  teignes  ne  cons- 
titue pas  un  véritable  progrès.  Voici  pourtant  ce  qu'écrit 
M.  Ghausit  : 

«  Pour  le  traitement  des  autres  affections  cutanées  dites  para- 
ce  sitaires,  les  partisans  de  ce  système  continuent  à  les  combattre 
«  par  les  mêmes  moyens  que  leurs  adversaires,  les  "Willanistes 
t  par  exemple.  Ainsi  M.  Hardy  n"a  proposé  aucun  traitement 
<(  nouveau  pour  la  guérison  de  l'acné  punctata  et  de  l'acné  varioli- 
«  forme  dans  lesquelles  il  a  eu  pourtant  l'insigne  honneur  de  dé- 
«  couvrir  de  nouvelles  spores  végétales.  Grâce  à  cette  découverte, 
«  nous  savons  que  les  mêmes  médicaments  guérissent  aujourd'hui 
'«  l'acné  punctala  et  l'acné  varioiiforme  en  vertu  d'une  propriété 
»  nouvelle  inconnue  jusqu'alors  :  leur  propriété  antiparasitaire. 
«  N'est-ce  pas  là  un  véritable  progrès?  >» 

De  pareilles  plaisanteries  n'ont  pas  besoin  de  com- 
mentaires. 

«  Qu'est-ce  que  le  traitement  antiparasilaire  des  éphélides  chez 
«  les  femmes  enceintes?  La  thérapeutique  nouvelle  diffèrc-t-elle 
«  de  la  thérapeutique  ancienne?  Autrefois,  la  clinique  démontrait 
«  que  la  grossesse  est  la  condition  la  plus  favorable  au  développe- 
«  ment  des  éphélides  sur  le  visage,  et  l'expérience  apprenait  aussi 

«  que  le  meilleur  moyen  pour  en  obtenir   la  guérison  était 

«  raccouchement  naturel.  »  (Pourquoi  naturel?;.  «Aujourd'hui, 
«  ^ous  l'empire  du  parasitisme,  on  nous  apprend  que  la  grossesse 
«  favorise  la  germination  du  microsporon  iurfurqui,  après  l'ac- 
«  couchement,  meurt  faute  de  nourriture,  et  alors  les  éphélides 


^70  NKDVIÈMEET   DIXIÈME  LEÇONS. 

«  disparaissent.  Mais  Ips  pommades  et  les  lotions  parasiticides 
«  sont  vainement  emp'oyé^s  durant  le  cours  de  la  grossesse.  11  faut 
«  se  résignera  attendre  la  guérison  naturelle.  Tout  lecteur  aura 
«  bien  compris  la  différence  qui  existe  entre  l'ancienne  et  la 
«  nouvelle  manière  d'apprécier  cliniqueraent  et  tliéiapeuliquement 
«  les  éphélides  des  femmes  enceintes.  » 

Chez  la  femme  enceinte,  il  y  a  deux  choses  :  des  taches 
hyperchromateuses,qui  disparaissent  avec  la  grossesse,  et  sur 
lesquelles,  vous  le  comprenez  aisément,  le  traitement  anti- 
parasitaire  ne  saurait  avoir  d'action;  mais  il  y  a  aussi  le 
masque  proprement  dit,  dont  on  obtient  facilement  la  gué- 
rison parles  lotions  parasiticides.  M.  Ghausit  confond  tout 
cela  sous  le  nom  d'éphélides. 

Favus. 

«...  Il  nous  est  impossible  d'accorder  à  M.  Bazin  l'honneur 
«  d'avoir  introduit  une  thérapeutique  nouvelle  dans  le  traitement 
«du  favus.  M.  Bazin  épile  avec  des  pinces  comme  le  conseillait 
«  Samuel  Plumbe.  Parmi  les  topiques  employés  avant  lui,  il  a  fait 
*  choix  du  tuibith  minéralen  pommade,  du  sublimé  et  de  l'acé- 
«  tafee.  dii  cuivre  en  lotions.  » 

Oui;  ou  epiliit  avant  moi  ;  je  n'ai  jamais  dit  le  contraire. 
Mais  on  épilait  mal  et  sans  savoir  ce  que  l'on  faisait  ;  aussi 
obteiiait-0[i  aussi  peu  de  guérisons  que  par  les  autres  moyens, 
ce  qui  avait  fait  oublier  ce  procédé  thérapeutique,  et  considé- 
rait-on le  favus  comme  une  affection  trèsgrave,  tandis  qu'en 
réalité  c'est  l'espèce  de  teigne  la  plus  facile  à  guérir.  Je  n'en 
veux  d'autre  preuve  que  la  parole  du  maître  de  M.  Ghausit 
lui-même,  de  M.  Gazeaave,  dont  mon  contradicteur  ne 
saurait  récuser  l'autorité. 

Je  trouve  dans  le  Traité  des  maladies  du  cuir  cheve'u  de 
M.  Gazenave  (i85i)},  à  l'article  pronostic  et  traitement  du 
favus  : 

«  Pronostic.  —  Tn  résumé,  1h  favus  est,  envisagé  à  tous 
«  les  points  de  vue,  une  alloclion  toujours  grave  par  sa 
«  j  11  acité,  qui  se  joue  souvent,  de  tous  les  efforts  de  la  méde- 


LE   PARÂSITISBIE  ET  LKS  PARASITOPHILES.  171 

i(cine;  il  jouit  du  triste  privilège  de  ne  disparaître  quen 

a  laissant  des  rrmtilatiojîs  irréparables La  guérison 

((  spontanée  du  favns  est  excessivement  rare. 

((  Traitement.  —  Il  a  été  bien  exposé  par  les  anciens  qui, 
«  indépendamment  des  moyens  locaux,  avaient  avec  raison 
<(  confiance  dans  un  ^mî7^me«^,<7ener«/peut-être trop  négligé 

«aujourd'hui.... 
«Ghezlesindividusforts,  vigoureux,  eW«««^20?î55«w^î«*»e5, 

«  et  notamment  application  de  sangsues  derrière  les  oreilles, 
«  purgatifs  administrés  de  temps  en  temps;  soins  de  pro- 
((  prêté;  bains  généraux;  alimentation  substantielle,  des 
<  amers,  des  toniques...  le  sirop  de  Portai,  le  sirop  anti- 
«  scorbutique  du  codex,  plus  tard  vin  de  quinquina,  solu- 
((  lion  de  chlorure  de  calcium  cristallisé,  iodure  de  potas- 
«  sium,  huile  de  foie  de  morue...  Biett  ne  craignait  pas 
((  d'employer  les  préparations  arsenicales,  et  nous  avons  vu 
((  un  favus  presque  général  guéri  par  la  solution  de  Pear- 
I  son. 

«Quelle  que  soit  l'énergie  des  moyens  généraux,  il  est 
«  rare  qu'ils  suffisent  pour  guérir  le  favus;  un  traitement 
M  local  est  indispensable. 

«Les  anciens  ont  conseillé  une  fouie  de  moyens  :  cresson, 
«  alcalins,  cantharides,  emplâtre  d'arsenic,  le  mercure..., 
«le  sublimé  en  cataplasmes  avec  de  la  mie  de  pain...,  la 
«  calotte  de  Roger  de  Parme,  les  bandelettes  d'Héliodore. 

«Lorry  conseillait  les  caustiques^  (tineâ  bene  curalâ  sem- 
«  per  sequitur  calvities) . 

«  C'est  un  moyen  que  l'on  peut  employer  quand  le  favus 
«  s'est  développé  accidentellement  sur  un  autre  point  du 
«corps,  comme  dans  l'exemple  que  j'ai  rapporté  plus  haut 
«  d'un  confrère  qui  l'avait  contracté  à  la  joue  jiour  l'avoir 
«  longtemps  laissée  uppuyéesur  un  accotoir  de  diligence.  — 
«  Après  avoir  détaché  la  croûte,  on  cautérise  avec  un  crayoi 
«  de  nitrate  d'argent,  l'extrémité  du  conduit  plifère;  on  peut 
€  y  revenir  à  diverses  reprises. 

«  Le  véritable  traitement  consiste  à  suspendre  la  sécrétion 


I  72  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME  LEÇONS- 

«  morbide  pendant  un  temps,  assez  long  pour  qu'elle  puisse 
«  revenir  à  l'état  normal,  lise  résume  en  deux  faits  :  laisser  se- 
M  journer  les  croûtes  le  moins  possible;  annihiler  la  sécrétion 
«  par  l'absence  du  poil. 

€  Une  foule  de  moyens  depuis  les  cataplasmes  jusqu'aux 
«  pommades  de  toute  espèce  rendent  facile  la  première  opé-    • 
«  ration  ;  quant  à  la  deuxième,  l'épilation,  on  a  proposé  pour 
j(  elle  plusieurs  moyens  de  valeur  et  de  nature  différentes...» 

Ces  moyens  se  réduisent,  suivant  M.  Cazenave,  au  traite- 
ment  des  Mahon,  aux  bandelettes  agglutinatives,  aux 
cataplasmes  de  sulfhydrate  de  chaux.  Il  n'est  point  parlé 
de  V épilation  par  la  pi?ice. 

Vous  voyez,  messieurs,  qu'il  n'est  guère  de  médication 
tant  interne  qu'externe  qui  ne  soitconseillée  parM. Cazenave. 

II  y  en  a  pour  tous  les  'goûts:  émissions  sanguines, antiscrofu- 
leux,  antidartreux,  antisyphilitiques.  Mais  cette  richesse  thé- 
rapeutique est  plus  apparente  que  réelle,  puisque  M.  Cazenave 
nous  annonce  que  le  favus  déjoue  souvent  les  efforts  de  la 
médecine  (il  aurait  dû  dire  de  sa  médecine). 

En  18S2  j'ai  inauguré  mon  traitement  des  affections  para- 
sitaires qui  bien  appliqué,  m'a  permis  d'obtenir,  chez  tous 
mes  malades  atteints  de  favus,  des  guérisons  durables,  sans 
que  j'aie  été  obligé  de  les  payer  de  ces  mutilations  irrépa- 
rables dont  parle  M.  Cazenave.  Je  vous  laisse  à  juger  si  j'ai 
rendu  un  véritable  service  à  la  science  et  à  l'humanité. 

A  l'époque  ou  j'ai  proposé  ce  traitement,  un  grand  nom- 
bre de  récriminations  s'élevèrent  sur  sa  valeur.  iVujourd'hui 
qu'on  ne  peut  plus  nier  l'efficacité  de  ma  thérapeutique,  M. 
Chausit  vient  dire  que  ce  traitement  n'est  pas  nouveau. 
Pourquoi?  Parceque  Samuel  Plumbeépilait  avant  moi;  parce 
qu'on  se  servaitde  substances  parasiticides  avant  moi. Qu'est- 
ce  que  cela  prouve  ?  Je  répondrai  à  M.  Chausit  qu'il  n'y  a 
rien  de  nouveau  en  médecine;  que  tout  a  été  dit  et  est  encore 
à  redire  :  Nihil  sub  sole  novum.  La  véritable  question  est  de 
savoir  si,  avant  moi,  on  guérissait  le  favus.  Eh  bien,  non, 
on  ne  le  guérissait  pas  et  tous  les  tra,ités  anciens  en  font  foi  ! 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASIIOPHILES.  173 

La  raison  en  est  bien  simple  ;  c'est  que  tous  les  médecins 
qui  m'ont  précédé  n'avaient  aucune  notion  exacte  sur  la  na- 
ture du  favus  qui  pût  les  diriger  dans  leur  traitement,  au- 
cune raison  qui  leur  permît  d'adopter  un  moyen  plutôt  qu'un 
autre.  Les  uns  épilaient,  pensant  produire  une  inflammation 
substitutive  remplaçantpeu  à  peul'inflammation  spéciale  dont 
la  matière  laveuse  est  l'expression  ;  aussi  ne  faisaient-ils  pas 
suivre  l'épilation  de  lotions  parasiticides.  D'autres  (Lebert) 
employaient  les  lotions  parasiticides,  mais  sans  épilation  ; 
ils  ne  détruisaient  que  les  cryptogames  de  la  partie  libre  du 
cheveu.  Dans  les  deux  cas  l'affection  se  reproduisait  bientôt. 
Je  n'ai  point  inventé  l'épilation,  je  n'ai  pas  inventé  les 
parasiticides,  mais  j'ai  montré  la  nécessité  de  leur  associa- 
tion: j'ai  don-lé  l'explication  de  leur  action,  et  j'ai  eu  le 
bonheur  de  guérir  mes  malades  par  des  moyens  qui  avaient 
échoué  dans  les  mains  de  mes  prédécesseurs. 

Je  n'ai  pas  non  plus  inventé  la  pommade  dont  on  frictionne 
les  galeux:  M.  Cazenave  s'en  servait  avant  moi;  mais  j'ai 
fait  voir  que,  l'acarus  pouvant  siéger  sur  toutes  les  parties 
du  corps,  les  frictions  insecticides  devaient  être  générales  et 
non  partielles.  J'ai  ainsi  guéri,  en  trois  jours,  des  galeux 
que  M.  Cazenave  gardait  plusieurs  semaines  dans  son  service. 
Voilà  ce  que  j'ai  fait  de  nouveau. 

Du  reste,  puisque,  si  nous  en  croyons  M.  Chausit,  ces 
moyens  thérapeutiques  étaient  employés  avant  moi,  il  faut 
avouer  que  M.  Cazenave  est  bien  coupable,  connaissant  leur 
efficacité,  d'attendre  encore  une  pommade  pour  tarir  la  sécré- 
tion vicieuse,  et  de  conseiller  la  calotte  et  les  bandelettes 
aggluti  natives! 

«  Si  la  maladie  est  produite  par  un  cryptogame,  comment  se 
«  fait-il  que  les  topiques  dits  parasiticides  seuls  ne  suffisent  pas 
«  pour  obtenir  la  guérison'?  Les  lotions  parasiticides  de  sublimé 
««  par  exemple,  devraient  pouvoir  pénétrer  dans  le  follicule  sans 
«  avulsion  préalable  du  cheveu,  en  suivant  la  même  voie  par- 
«  courue  par  les  spores  dont  le  voUime  est  certainement  plus  con-. 


ilir  NEUVIÈME  ET  DIXIÈME  LEÇONS. 

«  sidérable  que  le  volume  des  -noléciilos  liquides.  Et  cependant 
«  rex[>éi"ipnce  démontre  l'impu  Dsance   de  ces  topiques.  » 

M.  Chausit  s'étonne  de  bien  peu  de  chose.  Co.fiment 
veut  il  qu'un  liquide  puisse  pénétrer  dans  le  follicule,  c'est- 
à-dire  dans  une  cavité  plus  que  pleine  de  cryptogames, 
puisque  ceux-ci,  trop  à  l'étroit,  s'épanouissent  en  godet  à 
Textérieur  de  ce  follicule?  Pour  que  ce  liquide  pût  rénétrer, 
il  faudrait  un  vide  dans  le  follicule  ;  or,  il  n'y  en  a  jamais,  les 
spores  ne  sortant  du  conduit  pilifère  que  par  le  vis  à  tergo, 
c'est-à-dire  poussées  par, une  production  de  spores  plus 
jeunes  qui  prennent  leur  place. 

HERPÈS     TOINSUBANT. 

M.  Chausit  s'attache  à  prouver  que  la  durée  du  traitement 
n'est  pas  abrégée  par  l'emploi  de  ma  méthode.  Malheurçuse- 
ment  les  raisons  sur  lesquelles  il  s'appuie  ne  sont  pas  péremp- 
toires,  et  se  réduisent  à  peu  près  à  son  affirmation  personnelle 
et  à  l'opinion  de  M.  Gazenave. 

«  Le  pronostic  de  l'herpès  tonsurant.  dit  ce  dernier,  n'est 
jamais  grave;  il  guérit  toujoiirs  ;  seulement  la  durée  est 
«  toujours  très-longue,  rarement  moins  de  cinq  à  six  mois  ; 
{(  quelquefois  il  faut  plus  d'une  année  pour  obtenir  la  guéri- 
((  son  complète.  «  {Annales  des  maladies  de  la  peau  et  de  la 
syphilis,  t.  I",  p.  44,  1843.) 

M.  Gazenaye  est  resté  au-dessous  de  la  vérité,  en  assignant 
le  terme  d'un  an  pour  la  durée  de  l'herpès  tonsurant.  Il  n'est 
pas  rare  de  voir  la  teigne  tonsurante  atteindre  et  dépasser 
dix-huit  mais,  en  restant  à  la  période  herpétique,  et  j'en  ai 
vu,  pour  ma  part,  un  certain  nombre  de. cas  parmi  les  raa- 
la  les  n'ayant  pas  été  traités  ou  ayant  subi  un  traitement  irra- 
tionnel Du  reste,  il  faudrait  savoir  ce  que  M.  Gazenave 
entend  quand  il  dit  que  l'herpèi  tofisirant  guérit  toujours. 
Gonsidère-t-il  comme  guéris  les  malades  chez  lesquels  l'her- 
pès est  remplacé  par  un  sycosis? 

Si  l'épilation  ne  réussit  pas  aussi  vite  dans  la  teigne  ton- 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILKS.  i7o 

surante  que  dans  le  favus,  la  raison  est  facile  à  comprendre  : 
c'est  que  l'altération  des  poils  est  beaucoup  plus.considérable, 
et  qu'on  ne  peut  les  arracher  sans  en  briser  un  certain 
nombre;  la  portion  intra-cutanée  du  poil,  chargée  de  cham- 
pifrnons,  reste  donc  dans  le  follicule  pileux,  et  reproduit 
l'affection.  Malgré  ces  conditions  défavorables,  la  moyenne 
de  la  durée  du  traitement  n'est  que  de  six  mois. 

M.  Chausit  n'accepte  pas  comme  exact  ce  chiffre  de  six 
mois  que  je  vous  donne;  il  invoque  le  témoignage  de  M.  De- 
vergie,  qui  prétend  avoir  vu,  dans  mon  service,  des  enfants 
qui,  bien  qu'entrés  depu's  huit  ou  neuf  mois,  n'étaient  [as 
plus  avancés  que  le  premier  jour. 

Il  mest  im;.ossible  de  répondre  à  une  assertion  dont  on 
ne  fournit  pas  la  preuve,  M.  Devergie  n'ayant  donné  aucun 
détail  sur  ces  enfants,  et  n'ayant  ni  indiqué  leur  nombre, 
ni  publié  leurs  observations;  et  cependant  la  vérification  du 
fait  était  facile  pour  M.  Chausit,  puisqu'il  n'avait  qu'à  con- 
sulter la  statistique  de  l'hôpital,  pour  juger  sur  des  chiffres 
certains  la  durée  de  mon  t'aitcment.  Mais  ces  procédés  se  en- 
tifîqiies  sont,  sans  doute,  troj)  rigoureux  pour  lui  ;  il  préfère 
s'en  tenir  aux  explications  de  M.  Van  Gaver,  qu'il  nous  donue 
comme  une  autorité  en  matière  de  parasitisme*. 

«  Le  cryptogame  vit  malgré  tous  les  moyens,  dit  M.  V^aii 
«  Gaver,  parcourt  sur  placi-  les  phases  de  son  évolution,  et  s'éteint 
«  ensuite,  non  pas  sous  l'influence  de  l'agent  employé  dans  le  but 
<'  de  le  guérir,  m^is  bien  parceque  le  terme  naturel  de  son  exls- 
«  tence  est  arrivé.  Ce  terme,  ce  moment  de  sa  guérison  spontanée, 
«  m'a  paru  toujours  être  séparé  du  début  par  10  mois  au  moins  et 
«  un  an  au  plus.  >» 

Réflexions  sur  l'herpès  tonsurant  observé  chez  l'enfant  (thèse 
de  l'Rris,  1857.  p.  34). 

Cesquelqu  s  lignes  de  M.  Van  Gaver  prouvent  son  inex- 
périence en  matière  de  parasitisme.  11  jst  tout-à-fait  con- 
traire à  l'observation  de  dire  que  le  parasite  vit  par  tous  les 
moyens.  Dernièrement  encore  M.  Lemaire  a  guéri  deux 
entants  affectés  d'herpès  circiné,  par  de  simples  applications. 


176  NEUVIÈME    ET  DIXIÈME  LEÇONS. 

d'acide  phéniqiie.  La  durée  du  traitement  n'a  pas  été  de  dix 
mois;  elle  a  été  de  quatre  mois. 

Ce  sont  bien  les  parasiticide5,et  non  la  vieillesse  du  cham- 
pignon, qui  amènent  la  guérison  de  l'aflection  cutanée.  Ce 
qui  a  pu  induire  M.  Van  Gaver  en  erreur,  c'est  ce  que  l'on 
observe  "quand  l'herpès  circiné  siège  sur  des  parties  non 
velues  et  seulement  recouveites  de  duvet.  Là,  effectivement, 
la  guérison  spontanée  est  la  règle,  au  bout  d'un  certain 
temps,  quand  le  champignon  ne  trouve  plus  les  éléments  de 
sa  subsistance.  Mais  quand  l'herpès  circiné  siège  sur  des  par- 
ties abondamment  pourvues  de  poils,  les  choses  se  passent 
différemment.  On  voit. chaque  poil  cassé  se  recouvrir  d'une 
gaine  blanche  entièrement  formée  de  trichophyton,  en  même 
temps  que  la  matière  champignonneuse  forme,  dans  les 
intervalles  des  poils,  une  substance  floconneuse  d'un  blanc 
éclatant.  C'est  le  pityriasis  alba.  Plus  tard  encore,  le  crypto- 
game, loin  de  mourir  de  vieillesse,  enflamme  le  follicule 
pileux,  et  produit  ces  sycosis  rebelles  qui  peuvent  persister 
indéfiniment,  si  le  malade  ne  fait  aucun  traitement. 

'•'  MENTAGRE. 

«  L'épilation  n'a  pas  donné  de  résultats  plus  décisifs,  au  point 
«  de  vue  du  traitement  de  la  nientagre...  Le  traitement  le  plus 
«  efficace,  le  plus  sûr  et  en  même  temps  le  plus  prompt  des  men- 
te lagres  tuberculeuses,  consiste  dans  l'usage  persévérant  des  topi- 
(1  ques  êmollients,..  Dans  le  mémoire,  où  M. "Bazin  formulait 
»  cette  proposition  absolue  :  La  durée  du  traitement  de  la  menta- 
«  gre  se  réduit  au  temps  de  l'épilation  ;  on  trouve  des  observa- 
»  tions  dont  les  résultats  thérapeutiques  .en  sont  la  condamnation 
«  la  plus  flagrante,  puisque,  chez  tous  ces  mentagreux,  la  durée 
«  réelle  du  traitement  a  été,  en  moyenne,  de  42  jours  environ. 
«»  Et,  circonstance  aggravante,  aucun  des  malades  n'étisit  com- 
«  pléteraenl  guéri  après  une  période  de  temps  aussi    longue.  » 

M.  Ghausit  ne  comprend  pas  mes  doctrines.  Tl  confond 
toutes  les  mentagres,  et  ne  leur  reconnaît  qu'une  nature  ; 


LE  PARASITISME  ET  LES  PARASITOPHILES.  177 

ce  sont  des  inflammations.  Pour  lui,  la  mentagre  est  une 
modalité  pathogénique  ;  pour  moi,  la  mentagre  est  une  affec- 
tion générique  pouvant  être  artificielle,  parasitaire,  arthri- 
tique... Aussi  est-il  difficile  que  nous  nous  entendions. 

Est-il  vrai  que  les  topiques  émollients  soient  les  moyens  les 
plus  efficaces  contre  la  mentagre  tuberculeuse  ?  Gardez-vous 
bien  de  le  croire,  et  voyez  plutôt  les  malades  traités  pendant 
3  mois  chez  M.  Gazenave  et  renvoyés  comme  guéris,  venir 
se  faire  épiler  dans  mon  service.  M.  Chausit  a  été  lui-même' 
la  dupe  de  l'illusion  de  système  dans  laquelle  il  me  reproche 
d'être  tombé.  Avec  les  topiques  émoUients,  on  fait  dispa- 
raître les  accidents  inflammatoires,  et  l'on  renvoie  son  malade 
comme  guéri  ;  mais  le  sycosis  (je  parle  seulement  du  sycosis 
parasitaire^^  ne  tarde  pas  à  se  reproduire.  Je  pourrais  vous 
en  citer  un  grand  nombre  de  faits  ;  je  me  contenterai  de 
vous  rappeler  ceux  qui  ont  été  mentionnés  par  M.  Deffis 
dans  \q,  Moniteur  des  hôpitaux  [18^7),  en  réponse  au  mé- 
moire de  M.  Chausit  sur  le  sycosis. 

Si  j'ai  dit  que  le  traitement  (jie  la  mentagre  se  réduisait 
au  temps  de  répilation,  il  est  bien  évident  que  je  n'ai  pas 
voulu  parler  de  la  première  mentagre  venue.  J'ai  spécifié  les 
vieilles  mentagres,  celles  dans  lesquelles  il  y  a  peu  ou  il  n'y 
a  point  de  parasites,  où  le  principal  obstacle  à  la  guérison 
consiste  dans  la  présence  d'un  poil  malade  irritant  les  parois 
du  follicule.  Dans  ces  cas,  une  seule  épilation  fait  merveille, 
et  l'inflammation  tuberculeuse  ne  tarde  pas  à  disparaître. 

«  Pour  certains  parasitophiles,  l'épilalion  est  une  véritable  pa- 
ie nacée  thérapeutique.  A  ceux  quipourraient  en  douter,  nous  ferons 
«  connaître  lejugeiuent  qu'en  porte  M,  Bazin  lui-même.  Après  avoir 
«  parlé  de  l'épilation  appliquée  au  traitement  de  l:i  mentagre  der- 
«  mophytique,  l'honorable  médecin  de  l'hôpital  St  Louis  ajoute  : 
«  l'épilation  seule  peut  amener  la  guérison  de  certaines  mentagres 
«  dans  lesquelles  il  existe  peu  où  il  n'existe  point  de  cr\  [dogamesj 
«  il  est  toujours  plus  sûr  de  recourir,  iipiès  l'épilation,  à  la  lotion 
«  parasitieide.  » 

«  Ainsi  M.  Bazin  dirige  contre  des  mentagres  dans  lesquelles 


178  NEUVIÈIVIE  FT   DlXlÈâfE  LEÇONS. 

«  il  n'exiPte  point  de  cryptogamps  le  même  traitement  que  contre 
«  (iesnieniagres  parasitaires  àson  point  de  vue, cVst  à  dire  ré|iila- 
K  tion  i^t  les  loiioii?  parasilicides.  Nous  dt'von.s  demander  ici  quelle 
«  est  l'action  de  l'éjtihtion,  et  à  quel  titre  surtout  on  rtcommHriMe 
«  Pemidoid  une  lotion  paiat^iicide  dans  des  cas  dementagre  oùl'on 
«  reconnaît  d'avance  qu  il  n'existe  point  de  cryptogames  En  3et.tft 
«  circonï-tance,  nous  sommes  bien  autorisé  à  retourner  contre 
«  M.  Enzin  le  reproche  qu'il  adresse  à  ses  prédécesseurs,  à  propos 
«  du  traitement  du  favus  parl'épilation  jointeaux  lotions  parasiti- 
•«  cidt'S,  c'est  que  cette  méthode  de  traitement  ne  s'appuie  sur  au- 
«  cune  raison  scientifique,  etqu'ildonneraitdifficilementuneexpli- 
«  cation  satisfaisante  de  la  supériorité  de  l'épilation  employée  dans 
«  deux  cas  de  mentagrede  nature  essentiellement  différente.  » 

Je  viens  de  faire  la  réponse  tout  à  l'heure,  et  il  m'est  facile 
de  satisfaire  M.  Ghausit  èur  ce  point.  Par  l'épilation  on  en- 
lève l'épine  qui  entretenait  l'inflammation  tuberculeuse,  et 
celle-ci  disparaît  bientôt.  J'ai  dit  qu'il  était  toujours  plus  sûr 
de  faire  suivre  l'épilation  d'une  lotion  parasiticide,  parce 
qu'il  est  impossible,  dans  un  cas  donné  desycosis  parasitaire, 
d'être  certain  qu'il  n'y  a  plus  du  tout  de  cryptogames,  et  que 
cette  lotion  n'a  aucun  inconvénient  pour  le  malade. 

Le  rôle  que  j'attribue  au  poil  altéré  est  attesté  par  ce  que 
Ton  observe  dans  le  sycosis  arthritique  ancien.  Dans  cette 
affection,  où  il  n'existe  pas  de  parasites,  mais  oii  le  micros- 
cope tnonlre  les  éléments  du  poil  dissociés  et  écartés  par  les 
globules  purulents,  l'épilation,  qui  agit  là  également  en  fai- 
sant disparaître  une  cause  d'irritation,  est  suivie  d'un  prompt 
succès.  Le  fait  a  été  constaté  par  M.  Devergie,  et  vous  êtes 
à  même  de  l'observer  souvent  dans  mes  salles. 

«  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que,  dans  cette  question  du  trai^ 
«  tement  de  la  raentagre  par  l'épilaUnn,  la  plupart  des  parasite- 
«  philes  n'entendent  parler  que  de?  formes  lubelculeus^s.  Pour 
«  eux,  les  foruie»  pusiu  euses  du  sycoss  n'appariii  nneni  plus  à  la 
«  mentagre;  elles  sont  décrites  comme  des  varié. es  d'impétigo, 
a  MU»  U  uom  d'im^4tigo  sycosiforme  et  ioipétigo  acuiforme.  * 


LE  PARASITISME  ET  LES  PaRASITOPHILESo  179 

C'est  une  erreur  ;  j'admets  parfaitement  des  ment^gres 
pustuleuses,  furonculaires  et  même  plilegraoneuses  de  na- 
ture parasitai.'e.  Vous  pouvez  vous  en  convaincre  par  ce 
passage  de  mes  leçons  sur  les  affections  parasitaires,  p.  176  : 
«  L'inflammation  est  rarement  limitée  aux  follicules  pileux  ; 
«  elle  s'étend  aux  aréoles  voisines  du  derme  ;  aussi  les  pus- 
«  tLdes  sont-elles  ordinairement  accompagnées  ou  suivies 
«  d'indurations  profondes,  de  norlo^ités,  de  véritables  tuber- 
(f  cules  cutanés  ou  sous-cutanés  qui,  tanlôt  rares  et  isolés, 
«  tantôt  nombreux  et  agglomérés  sur  d'étroites  surfaces, 
((  donnent  aux  parties  malades  un  aspectinégal,  mamelonné 
«  tout  particulier.  Il  est  rare  de  ne  pas  trouver  aussi  quel- 
«  ques  furoncles  au  milieu  des  pustules  et  des  tubercules. 
«  Les  indurations  tuberculeuses  disparaissent  presque  tou- 
«  jours  par  résolution,  sut  tout  sous  l'influence  d  un  traite- 
«  ment  convenable.  Il  en  est  autrement  des  pustules  et  des 
«  furoncles  qui  s'ouvrent  à  l'extérieur,  et  sont  assez  souvent 
«  le  point  de  départ  de  petites  végétations  fongueuses  qui 
«  font  saillie  à  la  surface  des  téguments,  entretenues  d'ail- 
«  leurs  parles  poils  malades  qui  les  entourent.  » 

J'ajouterai  de  plus  que  les  impétigos  sycosiforme  et  acni- 
forrae  n'ont  été  admis  que  par  les  auteurs  pour  lesquels  un 
seul  genre  ne  saurait  appartenir  à  plusieurs  maladies. 

«  Nous  nous  proposons  d'examiner  sérieusement  un  travail  sur  le 
«  traitement  de  la  mentagre  par  l'épilation,  dont  la  publication 
«  prochaine  est  aimoncée  depuis  10  ans,  et  dans  lequel  on  rap- 
«  porlera  des  observations  de  meniagres  invétérées  traitées  sans 
«  succès  pendant  de  longues  années,  et  guéries  à  Tiostant  même 
a  par  l'application  du  nouveau  traitement.  » 

Je  ne  publie  pas  les  faits  qu'attend  M.  Ghausit  et  que  j'a- 
vais annoncés  en  1833.  parce  qu'aujourd'hui,  en  1864,  ils 
sont  devenus  comfdétement  inutiles  et  que  tout  le  monde, 
excei)té  M.  (Ihausit,  est  éditi';  sur  les  faits  si  nombreux  de 
ma  pratique  civile  et  hospitulière. 


180  NEUVIÈME    ET  DIXIÈME    LEÇONS. 

VITILIGO. 

«  On  a  peine  à  comprendre  que  l'on  ait  sérieusement  proposé 
«  l'épilation  comme  métiiode  rationnelle  de  traitement  du  vitiligo. 
«  Là,  les  surfaces  malades  sont  complètement  dénudées,  et  l'on  se 
«  demande  à  quel  titre  un  tel  état  morbide  réclame  l'intervention 
M  épilatoiredelapince.» 

Les  surfaces  malades  ne  sont  jamais  complètement  dénu- 
dées, à  moins  que  l'affection  ne  soit  arrivée  à  la  troisième  pé- 
riode,que  la  calvitie  ne  soit  irrémédiable.  Il  y  a  toujours  des 
poils  de  duvet  que  l'on  voit  très-bien,  en  regardant  à  contre 
jour,,  et  ce  sont  ces  poils  qu'il  faut  épiler.  Je  ne  vous  dissi- 
mulerai pas  que  l'épilation  ne  soit  très-difficile  ;  mais  elle  est 
cependant  possible,  et  mes  épileurs  triomphent  avec  de  la 
patience  et  de  l'habileté  de  ces  difficultés.  Du  reste,  à  me- 
sure que  le  traitement  avance,  cette  opération  devient  de 
plus  en  plus  facile,  parce  que  les  poils  repoussent  plus  forts 
et  plus  résistants  ;  et  ils  finissent  par  ne  plus  présenter 
aucune  différence  avec  ceux  des  parties  environnantes  ; 
c'est  alors  seulement  qu'il  faut  cesser  le  traitement. 

M.  Ghausit  s'étonne  de  ce  que  j'aie  dit  que  l'avulsion  des 
cheveux  ou  des  poils  devait  s'étendre,  dans  un  certain  rayon 
autour  des  plaques  malades.  Il  se  demande  dans  quelle  limite 
il  faut  pratiquer  l'épilation,  et  s'épouvante  à  Tidéede  s'en 
rapporter  à  l'appréciation  de  l'épileur.  L'épilation  est  un  art 
qui  exige  une  grande  expérience.  Un  épileur  habile  et  intel- 
ligent sait  toujours  apprécier  le  degré  d'adhérence  des  poils 
qu'il  arrache  ;  c'est  un  signe  qui  ne  le  trompe  pas,  et  lui 
donne  la  mesure  de  ce  qu'il  doit  épiler. 

«  On  pourrait  croire  que,  dans  le  vitiligo,  les  topiques  dits  pa- 
«  rasiticides  doivent  agir  avec  énergie  et  promptitude,  puisque  le 
»>  poil  ne  s'oppose  plus  à  leur  pénétration  dans  le  follicule  où  ils 
«  iraient  détruire  les  derniers  vestiges  des  parasites.  Malheureu- 
«  sèment  l'expérience  clinique  démontre  que  la  guérison  peut  se 
o  faire  longtemps  attendre .  » 


LE    P4RASniSME    El    LES    PARASITOPHILES.  181 

Dans  le  vitiligo,  l'épilation  ne  se  produit  pas  d'elle-même, 
comme  le  voudrait  M.  Ghausit  ;  il  reste  toujours  dans  le  fol- 
licule la  racine  du  poil  qui  est  altérée  et  infiltrée  de  cham- 
pignons. Du  reste,  le  rapprochement  des  parois  du  conduit 
pilifère  fait  obstacle  à  la  pénétration  des  liquides  dans  l'in- 
térieur du  follicule. 

«  Mais  alors  si  la  perte  des  cheveux  est  devenue  irrémédiable, 
«  la  coloration  ne  devrait  pas  persister,  puisque  le  pigmentum 
«  n'est  plus  détruit  et  absorbé  par  le  cryptogame,  ni  refoulé  dans 
«  les  parties  environnantes.  » 

Aussi  ne  persiste-t-elle  pas  ;  c'est  ce  que  l'observation 
démontre.  Aux  deuxfaitsque  rapporte  M.  Ghausit  de  pelades 
ayant  guéri  par  la  seule  application  de  pommades  aromati- 
ques, je  peux  en  opposer  15  ou  20  par  année,  soit  dans  ma 
pratique  de  la  ville,  soit  dans  ma  pratique  de  l'hôpital,  oii  la 
guérison  est  plus  radicale. 

En  définiiive,  vous  voyez,  messieurs,  à  quoi  se  réduit  la 
critique  de  M.  Ghausit,  quand  on  l'examine  de  près.  On  n'y 
trouve  que  des  sophismes  plus  ou  moins  captieux,  des  ar- 
guties qu'il  voudrait  ériger  en  arguments  sérieux,  et  par 
dessus  tout  un  parti  pris  de  n'admettre  aucune  découverte 
que  n'aurait  pas  faite  M.  Gazenave.  lime  reste  donc,  après 
vous  avoir  fait  voir  l'inanité  des  bases  du  mémoire  de 
M.  Ghausit,  à  vous  dire  les  conclusions  que  je  me  crois  en 
droit  d'opposer  aux  siennes. 

CONCLUSIONS. 

'*•  «  L'existence  de  parasites  végétaux  trouvant  à  la  surface  du 
«  corps  de  l'homme  des  conditions  favorables  à  leur  germination 
«  est  un  fait  possible.  » 

G'est  un  lait  irrécusable,  rendu  évident  à  la  fois  par 
l'examen  microscopique,  la  chimie,  l'anatomie  pathologique 
etla  clinique.  La  germination  de  ces  végétaux  parasites  est 
favorisée  par  l'existence  chez  le  sujet  d'un  terrain  favorable 

.12 


•182  ^•EuvlÈ:uE  et  dixjème   leçojxs. 

(scrofule  pour  le  favus  ;  arlhritis  et  dartre  pour  les  teignes 

tQngurante  et  pelade,  etc..) 

2o  ((  L'existence  4e  parasites  végétaux,  comme  cause  essentielle 
«  et  indispensabje  çle  certaines  maladies  de  la  peau,  n'est  pas  un 
«  fait  démontré  dans  l'élat  actuel  de  la  science  » 

C'est  la  condition  sine  quel  ?ion  d'existence  de  certaines 
affections  cutanées.  Elle  est  démontrée,  pour  tous  ceux  qui 
examinent  les  faits  avec  impartialité,  par  la  contagion  qui  se 
fait  d'une  manière  évidente  au  moyen  des  spores  cryptoga- 
miques,  et  parla  guérison  de  ces  affections  quand  on  a  détruit 
^  le  champignon  qui  les  produisait  :  Siiblatâ  causât  toUitiir 
effecms. 

3°  «L'examen  microscopique,  les  réactifs  et  analyses  chimiques, 
«  l'anatomie  pathologique  ne  prouvent  pas  la  nature  végétale  de  la 
«  matière  faveuse,  ni  des  autres  corpuscules  ovoïdes  ou  arrondis, 
«  comme  des  spores  cryptogamiques.  » 

Ces  moyens  d'investigation  ont  montré,  d'une  part,  la 
différence  de  la  matière  faveuse  et  des  produits  de  nature 
animale,  et  d'une  autre  part,  l'analogie  de  cette  même  ma- 
tière avec  les  moisissures^  dont  la  nature  cryptogamique  est 
incontestée.  L'opinion  qui  nie  la  nature  végétale  des  teignes 
n'a  pour  défenseurs  que  MM.  Gazenave,  Decaisne,  Léveillé, 
Moquin -Tandon,  Ghausit. 

h"  «  Ces  recherches  tendent  à  prouver  que  les  matériaux  de  la 
«  production  faveuse  sont  fournis  par  l'organisme,  et  que  lesau- 
«  très  corpuscules  sont  peut-être  des  modifications  anormales  d'un 
M  des  éléments  constitutifs  des  tissus  altérés.  » 

Elles  prouvent  tout  le  contraire,  les  champignons  des  tei- 
gnes n'ayant  aucune  analogie,  même  éloignée,  avec  les  diffé- 
rents éléments  anatomiques  de  nos  tissus. 

5"  «  Dans  tous  les  cas,  ces  productions  ne  constituent  pas  le 
«  symptôme  initial  des  çnaladies  de  peau  dites  parasitaires.  » 

Le  cryptogame  est  toujours  facile  à  démontrer  dans  les 
squames  abondantes  d'épiderme,  que  M.  Ghausit  regarde 


LE    PARASITISME  ET    LES  PAtlASiTOPHlLES.  183 

lui-même  comme  le  phénomène  initial  des  affections  parasi- 
taires. 

L'inoculation  de  ia  matière  faveuse  montre  que  le  cryp- 
togame est  indispensable  pour  produire  le  favus. 

6"  «  On  les  considère,  à  tort,  comme  les  agents  de  la  contagion, 
«  puisqu'on  les  trouve  avec  les  mêmes  caractères,  dans  les  raala- 
«  dies  qui  ne  sont  nullement  contagieuses.  » 

L'achorion,  le  trichophyton,  le  microsporon  Audouïni  ne 
se  retrouvent  que  dans  les  teignes.  S'il  existe  des  cryptogames 
dans  d'autres  affections,  l'observation  démontre  qu'ils  n'ont 
rien  de  constant,  et  ne  jouent  aucun  rôle  dans  la  production 
des  symptômes.  Ce  sont  des  épiphénomènes. 

L'inoculation  des  champignons  des  teignes  prouve  assez 
qu'ils  sont  les  agents  de  la  contagion. 

7'  «  Même  en  admettant  la  nature  végétale  de  ces  productions, 
"  les  paras! tophiles  ne  s'accordent  pas  sur  le  rôle  qu'il  convient  de 
«  leur  attribuer  dans  la  pathogénie  des  maladies  de  la  peau.  » 

Tous  les  médecins  qui  ont  étudié  la  question  sans  passion, 
ont  admis,  comme  incontestable,  la  classe  des  affections  para- 
sitaires. Les  prétendues  divergences  d'opinion,  dont  parle 
M.  Chausit,  ne  portent  que  sur  des  points  accessoires. 

Ces  divergences  portent  surtout  sur  l'acné  varioliforme, 
que  M.  Chausit  veut,  à  toute  force,  faire  entrer  dans  la  classe 
des  affections  parasitaires,  quoique  M.  Hardy^  qui  croit  avoir 
trouvé  des  spores  végétales  dans  cette  affection,  neTait  point 
distraite  du  genre  acné. 

'-  Conséquemment  ; 

«  Dans  l'état  actuel  de  la  dermalologic,  il  n'y  a  pas  de  maladie 
•  dénature  essentiellement  parasitaire  végétale,  ni  de  Ihérapeu- 
«  tique  antiparasitaire.  » 

Cette  conclusion  erronée  est  le  digne  couronnement  de 
l'œuvre  de  M.  Chausit  ;  elle  a  contre  elle  l'observation  de 
tous  les  médecins  instruits,  et  la  guérison  aujourd'hui  cer- 
taine et  facile  de  maladies  réputées,  en  I80O,  trèsp-raves, 
par  M.  Gazenave,  à  cause  de  la  ténacité  avec  laquelle  elles 
déjouaient  les  efforts^  de  la  médecine. 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES. 


PRÉFACE. 

PREMIÈRE    LEÇON. 

—  Objet  du  cours  :  Héfutation  des  objections  que 
Ton  a  adressées  aux  doctrines  de  M.  Bazin,  tant  pour  la 
pathologie  générale  que  pour  la  pathologie  cutanée.     ,     5 

—  Critiques  de  M.  Devergie  ;  comparaison  de  la  pa- 
thologie générale  de  M.  Devergie  à  celle  de  M.  Bazinj 
différence  des  trois  éditions  du  traité  de  M.  Devergie  à 
cet  égard 8 

—  Réfutation  des  quatre  propositions  fondamentales 
de  M.    Devergie .     .     , 

A.  La  généralité  des  maladies  de  peau  a  pour  forme 
morbide   ordinaire  l'élément  inflammatoire.     .     .     . 

B.  Les  maladies  de  la  peau  peuvent  être  déterminées 
par  toutes  les  causes  qui  produisent  les  maladies  des  au- 
tres tissus  ou  organes:  causes  physiques,  causes  mora- 
les, hérédité 

C.  Les  maladies  de  la  peau  suivent  dans  leur  évolu- 
tion la  même  marche  et  présentent  les  mêmes  terminai- 
sons que  les  maladies  des  autres  organes 

D.  Si  les  formes  morbides  sont  plus  variées  dans  les 
maladies  cutanées,  c'est  que  le  tissu  de  la  peau  est  le 

plus  complexe  des  tissus  de  l'économie lOàlS 

—  Ce  qu'il  faut  penser  du  reproche  adressé  par 
M.  Devergie  à  M.  Bazin  d'être  un  grand  réformateur  de 
mots  —  Nécessité  de  ces  reformations 15 


186  TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES. 

—  Nécessité  d'attribuer  un  sens  précis  aux  mots  ma* 
ladie,    affection,    symptôme 

Comment  M.  Devergie  confond  la  maladie  avec  la 
cause,  le  genre  avec  la  nature •-•17 

—  Triple  problème  que  soulève  le  diagnostic  des 
affections  cutanées.     . 21 

—  Les  doctrines  de  M.  Bazin  sont  essentiellement 
différentes  de  celles  de  M.  Hardy,  et  sont  à  tort  confon- 
dues dans  l'ouvrage  de  M.  Devergie  avec  ces  dernières.     24 

—  De  la  prétendue  homogénéité  des    doctrines  de 

W.   Devergie 26 

DEUXIÈME  LEÇON. 

'  Attaques  de  M.  Monneret  relatives  aux  travaux  de 
M.  Bazin  sur  la  scrofule 27 

—  Différentes  manières  de  comprendre  la  diathèse  en 
général  et  la  diathèse  scrofuleuse  en  particulier.  Opi- 
nions d'Hébra,  de  Lebert,  de  Devergie,  de  M.  Monneret, 

de  M.  Hardy 29  à  34 

—  Ce  que  M.  Bazin  entend  par  diathèse,  par  affec- 
tion. Infériorité  de  la  doctrine  des  éléments  morbides, 
de  la  génération  des  affections  parles  affection?,  adoptée 
par  l\!.  Monneret 35 

—  Il  est  illogique  d'admettre  comme  M.  Monneret  des 
dermatoses  scrofuleuses,  et  de  leur  refuser  en  même 
temps  des  caractères  spéciaux 39 

—  H  est  inexact  de  dire  que  les  leçons  de  M.  Bazin 

sur  ia  scrofule  ne  contiennent  rien  de  nouveau.    .     .     .     /lO 

—  Les  scrofulides  bénignes  ne  sont  pas  des  maladies 
purement  locales,  ou  des  complications 42 

—  Ce  ne  sont  pas,  comme  le  pense  M.  Hardy,  des 
dartres  modifiées  par  le  terrain  ou  le  tempérament.     .     43 

—  Les  scrofulides  ont  des  caractères  propres  à  les 
faire     reconnaître ^5 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES.  i87 


TROISIEME  LEÇON. 

Objections  élevées  contre  les  classifications  dermato- 
logiques de   M.  Bazin. *     • 

—  Il  n'est  pas  vrai  de  dire  avec  M.  Hardy  que  M.  Ba- 
zin dans  sa  classificaiion  des  lésions  élémentaires  a  tout 
confondu  en  voulant  trop  simplifier 47 

—  La  classification  des  lésions  élémentaires  proposée 
par  M   Hardy    ressemble  beaucoup  à  celle  de  M.  Bazin.     ?i8 

—  Pourquoi  la  classe  des  ulcères  adoptée  par  M.  Ba- 
zin et  critiquée  par  M.  Hardy  doit  subsister.     .     .     .     h^ 

—  Emprunts  déguisés  faits  par  M.  Hardy  à  M.  Bazin.     50 

—  Objpctions  dirigées  contre  la  classification  des  affec- 
tions spéciales  de  la  peau  proposée  par  M.  Bazin.  Ces  ob- 
jections s'opposent  les  unes  aux  autres 52 

La  classification  de  at.  Bazin  est  essentiellement  pra- 
tique, et  conduit  logiquement  au  diagnostic  et  au  traite- 
ment; les  attaques  de  M.  Devergie  à  cet  égard  sont  peu 
fondées 54 

—  Ce  qu'il  faut  penser  de  l'objection  faite  par  i\l.  De- 
vergie que  certaines  affections  peuvent  naître  simulta- 
nément d'une  cause  externe  et  d'une  cause  interne.     .     55 

—  M.  Bazin  n'a  pas  pris  le  principe  de  ses  classifica- 
tions dans  Hippocrate,  comme  le  dit  M.  (libert,  ni  dans 
Lorry  comme  le  prétendent  MM.  Hardy  et  Legrand  du 
Saulle • 55 

—  Les  deux  sections  des  affections  déterminées  par 
une  cause  mécanique  ou  physique  et  des  affections  pro- 
voquées ont  leur  raison  d'être,  quoi  qu'en  dise  M.  De- 
vergie  56 

—  Le  reproche  que  fait  M.  Devergie  à  M.  Bazin  d'a- 
voir distrait  l'éruption  roséoleuse  des  exanthèmes  et  d'a- 
voir rangé  le  pcmphigus   dans  les  pseudo-exanthèmes, 

est  pôU  fondé 1     .     .     ti8 


188  TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATiÈRES. 

—  M.  Devergie  confond  la  phlegmasie  véritable  avec 
l'état  inflammatoire  qui  complique  certaines  affections.     60 

—  Toutes  les  objections  adressées  par  M.  Devergie  aux 
classifications  de  M.  Bazin  se  résument  en  ce  fait  qu'il 
considère  comme  entité  morbide  ce  qui  pour  M.  Bazin 
n'est  qu'un  symptôme    de  maladie 60 

Parallèle  résumé  des  doctrines  de  M.  Devergie,  de 
M.  Hardy,  de  M.  Bazin .    63 

QUATRIÈME  LEÇON'. 

Des  genres  en  pathologie  cutanée 65 

—  Erreur  commise  par  M.  Ameuille  qui  attribue  à 

AI.  Bazin  la  définition  que  M.  Hardy  donne  de  l'eczéma.     65 

—  On  procède  à  l'étude  de  la  pathologie  cutanée  par 
deux  méthodes:  la  méthode  analytique  et  la  méthode 
synthétique.  —  Méthode  analytique  adoptée  par  Willan 

—  Services  que  cet  auteur  a  rendus  à  la  dermatologie.     66 

—  Application  des   données   Willaniques  à  l'étude 

de    l'eczéma 68 

—  Xes  objections  faites  par  M.  Devergie  à  la  défini- 
tion Willanique  de  l'eczéma  sont  plus  spécieuses  que  so- 
lides. Les  phénomènes  qu'il  propose  pour  caractériser 
l'eczéma  ne  sont  pas   constants 70 

—  La  définitition  que  M.  Hardy  a  donnée  de  l'eczéma 

est  la  négation  des  genres  en  pathologie  cutanée.     .     72 

—  Les  objections  à  la  définition  Willanique  n'ont 
plus  de  fondement  quand  on  complète,  comme  dans  la 
classification  de  M.  Bazin,  la  méthode  analytique  par  la 
méthode    synthétique ...     73 

—  M.  Bazin  n'est  pas  élève  exclusif  d'Alibert  comme 
le  prétend  M.  Hardy  —  Les  inconvénients  de  la  mé- 
thode d'Alibert  se  retrouvent  dans  celle  de  M    Hardy.     74 

—  Qu'est-ce  qu'un  genre? 75 

—  Pourquoi  M.  Bazin  ne  peut  accepter  les  définitions 

de    M.    Hardy 75 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES.  189 

—  L'étude  des  genres  permet  de  poser  le  diagnostic 
avec  une  précision  presque  mathématique 76 

—  La  négation  des  genres  entraine  M.  Uardy  à  des 
contre  sens  pathologiques 77 

—  Gomment  on  arrive  au  diagnostic  de  la  nature 
d'une  affection  générique •     ....     79 

CINQUIÈME  Leçon. 

Objections  contre  l'arthritis  et  les  arthritides  (Hardy, 
Monneret,  Gérin-Roze,  Lafont-Gouzy,  Cornil.)  Ces 
objections  sont    contradictoires 80 

—  L'arthritis  existe  réellement  comme  entité  morbide.     81 

—  M.  Bazin  n'a  pas  copié  l'arthritis  et  les  arthritides 
dans  Lorry,  comme  ledit  M.  Devergie 83 

—  Il  est  illogique  d'admettre,  comme  M.  Monneret  et 
M.  Gérin-Roze,  des  arthritides,  et  de  leur  dénier  en 
môme  temps  tout  caractère  spécial 83 

—  Les  arthritides  ne  sont  pas  des  dartres  modifiées 

par  le  terrain,  comme  le  pense  M.  Hardy.     .     ...     84 

—  Il  n'est  pas  vrai  de  dire  que  l'on  n'observe  jamais 

à  la  fois  les  arthritides  et  le  rhumatisme    .....     85 

—  M.  Hardy,  pour  renverser  la  classe  des  arthriti- 
des, suit  une  méthode  inacceptable.  Au  lieu  de  s'atta* 
cher  à  l'ensemble  des  caractères  assignés  par  M.  Bazin 
à  ces  affections,  il  s'attache  à  prouver  que  chacun  de  ces 
caractères  pris  isolément  manque  quelquefois  ou  peut  se 
rencontrer  dans  des  affections  non  arthritiques.  C'est 
ainsi  qu'il  passe  en  revue  le  siège,  la  forme,  la  couleur, 

la  sécheresse 86 

—  Confusion  que  fait  M.  Hardy  de  la  couleur  des  ar- 
thritides et  des  scrofulides.  —  Caractère  phlebectdsique 

des  affections  arthritiques 90 

—  On  ne  voit  pas  dans  la  dartre  comme  dans  l'arthritis 

la  multiplicilé  des  lésions   élémentaires 92 


i9Ô  TÀBtÉ   ANALYTIQUE   1)ES    MATIÈRES. 

—  La  récidive  sur  place,  l'asymélrie,   le  prurit   se 
présentant  sous  forme  de  picotements  sont  bien  réelle- 
ment des  caractères   spéciaux  aux  arlhritides,  malgré 
l'assertion  contraire  de  M.   Hardy.     .     .     .     .     -     .     93 

—  Il  n'est  pas  exact  de  dire  que  le  traitement  alcalin 
employé  seul  n'ait  jamais  fourni  que  des  insuccès  ;  le 
contraire  a  été  constaté  par  MM.  Gazenave,  Devergie, 
Gibert 94 

—  M.  Lafon-Gouzy  a  mis  l'hypclhèse  à  la  place  de 
l'observation,  en  rattachant  les  eczémas,  les  rhumatis- 
mes, et  les  hémorrlioïdes  à  Therpétisme.     .     ».     ».     95 

—  Le  reproche  que  fait  M.  Cornil  à  M.  Bazin  de  ne 
pas  avoir  donné  de  signes  suffisants  pour  le  diagnostic 

■  des  arthrilides  est  mal  fondé ,     .     *    .    96 

SIXIÈME  LEÇON. 

—  Objections  faites  à  la  dartre  considérée  comme 
maladie    constitutionnelle  (Gailleton,   Becquerel).  .     .     98 

—  Le  tableau  des  dilïérenteâ  aiïectlons  herpétiques, 
que  M.  Gailleton  prête  à  M.  Bastin,  diffère  notablement 

de  celui  que  M.  Bazin  a  donné ÎOO 

—  M.  Gailleton  est  partisan  de  la  génération  des 
affections  par  les  affections;  il  rejette  la  dartre  comme 
entité  morbide  . 101 

—  La  distinction  de  différentes  espèces  d'eczémas  sui- 
vant rétiologie  que  propose  M.  Gailleton  est  peu  ration- 
nelle      101 

—  Le  reproche  que  fait  M.  Gailleton  à  M.  Bazin  de 
n'admettre  que  quatre  cailses  d'eczémas  n'est  pas  fondé. 
—  Des  trois  ordres  de  causes  admises  par  M.  Bazin  dans 

la  production  de  toute  affection  générique Ii53 

—  Ce  qu'il  faut  entendre  par  bronchite  et  entérite 
dartreuses. 1Ô4 

—  L'utérus  n'éSt  pas  exempt  de  manifestations  dar- 
treusêâ,  comme  le  prétei^lBeocluorcl 105 


TABLE   ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES.  49 1 

—  Ce  qu'il  faut  penser  de  l'opinion  de  M.  Pidoùx 
pour  lequel  la  dartre  ne  serait  qu'un  produit  métis  de 
Farthritis et  de  la  scrofule;  les  maladies  constitution- 
nelles, pour  M.  Pidoux  n'accompliraient  pas  nécessaire- 
ment leur  évolution  complète  chez  le  même  individu, 
mais  bien  sur  plusieurs  générations 107 

—  La  mobilité  et  la  métastase  des  affections  est  un 
caractère  distincLif  de  la  dernière  période  delà  dartre.     Î09 

—  Les  maladies  constitutionnelles  ne  s'excluent  pas, 
mais  dans  aucun  cas  ne  donnent  lieu  à  de  produits  métis.     110 

—  Documents  statistiques  donnant  une  idée  de  la  fré- 
quence relative  des  différentes  affections  cutanées  scro- 
fuleuses,   arthritiques,  herpétiques 110 

SEPTIÈME    LEÇON. 

Le  parasitisme  et  les  parasitophiles 11 S 

—  Préliminaires  et  état  de  la  question 11-4 

—  La  marche  indiquée  par  M.  Chausit  pour  éhidier 
le  parasitisme  végétal  est  mauvaise  ;  il  faut  étudier  les 
maladies  avunt  d'en  rechercher  les  causes 117 

—  Ce  qu'il  faut  penser  du  prétondu  envahissement  du 
morbidiime  végétal  en  dermatologie 118 

—  Différentes   opinions  qu'a  professées  M.  Gazenave 

sur   les   croûtes  faveuses 119 

—  Tactique  de  M.  Chausit  qui  accole  sans  cesse  le 
nom  de  M.  Bazin  à  celui  d'autres  auteurs  pour  lui  faire 
endosser  la  responsabilité  des  erreurs  de  ces  derniers.     .     12Ô 

—  Les  trois  conditions  posées  par  M.  Chausit  pour 
admettre  une  classe  de  maladies  parasitaires  ont  été  rem- 
plies par  M.Bazin 121 

—  Comment  M.  Ba^in  a  été  amené. i  iéparer  des  au- 
tres affections  les  affections  parasitaires 122 

—  M.  Chausit  essaie  à  tort  de  grossir  le  nombre  des 
affections  parasitaires  en  donnnnt  commodes  affections 
différontr?  do  simple?  variétés.     .' •     122 


192  TABLE    ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES. 

—  Du  rôle  accessoire  de  la  puccinia  favi 12^ 

—  Les  auteurs  sur  lesquels  s'appuie  M.  Chausit  pour 
nier  la  nature  végétale  du  favus  ne  font  pas  autorité 
dans  la   science • 125 

—  Les  descriptions  que  donne  M.  Tarnier  des  croûtes 
faveuses  ei  l'interprétation  de  son  observation  sont 
inexactes  et  infirmées  par  les  travaux  de  M.  Robin  et  de 

M.    Bazin.     • 127 

—  Le  champignon  de  la  teigne  faveuse  n'est  pas  une 
moisissure  engendrée  par  la  malpropreté 128 

—  Ce  qu'il  faut  penser  des  observations  de  M.  Léveillé.  1 2d 

—  La  matière  faveuse  est  très  différente  de  la  matière 
sébacée.     ^    .    . , 129 

HUITIÈME   LEÇON. 

Suite  du  parasitisme  et  des  parasitopliiies.     .     .     .    131 

—  La  chimie  démontre  l'identité  de  nature  du  cham- 
pignon du  favus  et  des  moisissures,  et  ses  différences 
avec  les  divers  produits  animaux.     .......     131 

-—  Action  de  la  teinture  d'iode  sur  les  spores  faviques 
et  sur  les  moisissures.  Expériences  de  M.  Robin.     .     132 

—  Expériences  de  M.  Malaguti  avec  la  liqueur  Pé- 
ligot 134 

—  Ce  qu'il  faut  penser  de  l'opinion  de  M.  Lombard 
qui  doute  de  la  nature  végétale  des  croûtes  faveuses  à 
cause  de  la  forte  proportion  d'albumine  qu'il  y  a  trouvée.     134 

—  Les  arguments  que  M.  Chausit  tire  de  l'anatomie 
pathologique  ne  sont  pas  sérieux.  L'inflammation  ne 
saurait  être  regardée  comme  cause  de  la  production  des 
croûtes  faveuses;  elle  n'existe  jamais  qu'à  titre  de  com- 
plication   135 

—  L'hypothèse  de  M.  Didot  (de  Liège)  est  contraire  à 
l'observation  microscopique 136 

—  Les  prétendus  arguments  de  M.  Rochard  se  ré- 
duisent à  une  querelle  de  mots 137 


TABLE   ANALYTIQUE  DLIS  MATJÈRES.  193 

—  Les  champignons  de  la  teigne  tonsuranic,  de  la 
teigne  pelade,  des  crasses  parasitaires  sont  aussi  faciles 

à  voir  que  le  champignon  du  favus 1/»1 

—  Le  champignon  de  la  teigne  tonsurante  se  voit 
aussi  bien  au  début  que  dans  la  période  d'élat.     .     .     .  1Z|3 

—  Ce  qu'il  faut  penser  de  l'avis  de  Moquin-Tandon.  Ikk 

—  Pourquoi  l'analyse  chimique  est  peu  applicable  à 
l'étude  du  champignon  de  la  teigne    tonsuranfe.     .     .  Ihb 

La  contagion  de  toutes  les  affections  parasitaires  est 
parfaitement  démontrée  ;  il  n'y  a  pas  d'exception  pour  le 
pityriasis  versicolor,  malgré  l'opinion  contraire  de 
M.    Hardy. ihl 

—  Le  transport  des  spores  cryptogamiques  par  l'air 
atmosphérique  a  été  démontré  par   les   expériences  de 

M.   Lemaire. .     148 

—  L'inoculation  de  la  matière  favique  prouve  claire- 
ment la  contagion  des  affections  parasitaires.     .     .     .     î50 

NEUVIÈME  ET  DIXJÈME  LEÇONS. 

(Suite  du  parasitisme  et  des  parasitophiles). 

L'observation  clinique  démontre  que  la  mentagre 
parasitaire  est  aussi  contagieuse  que  le  favus  —  Ce  qui 
cause  l'erreur  de  M.  Chausit,  c'est  qu'il  confond  sous  le 
nom  de  rnentagres  des  affections  différentes.     .     .     .     151 

—  La  mentagre  parasitaire  n'est  pas  une  complication 
de  l'herpès  circiné,  mais  bien  une  période  plus  avancée 
de  la  maladie  qui  produit  l'herpès  circiné  et  le  pityriasis 

alba 152 

—  Le  prétendu  sycosis  érythémateux  de  M  Chausit 
était  décrit  bien  avant  lui  par  M.  Bazin 153 

—  Déductions  fausses  tirées  par  M.  Chausit  à  l'appui 
de  la  non-contagion  de  la  mentagre,  du  fait  des  épileurs 
de  M.  Bazin.  Les  quatre  observations  qu'il  donne  pour 
prouver  la  non-contagion  de  l'herpès  squameux  et  de 
l'herpès  circiné  ne  sont  pas  des  faits  de  maladie  parasi- 
taire  i^k 


194  TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRE'S. 

—  De  ce  qu'on  doit  entendre  par  vitiligo.  —  Confu- 
sion des  différents  auteurs  à  cet  égard.     .     »     .     .     .     156 

—  La  pelade  est  contagieuse.  —  Les  faits  cités  par 
Gillette  et  par  M.  Bazin  le  démontrent 157 

—  Les  faits  sur  lesquels  s'appuie  M.  Ghausit  pour 
nier  cette  contagion   sont  sans  valeur 158 

—  La  distinction  du  vitiligo  simple  et  du  vililigo  pa- 
rasitaire est  facile  à  faire 159 

—  M-  Bazin  n'a  jamais  dit  que  dans  la  pelade  achro- 
mateuse  le  retour  du  pigmentum   était   impossible.     .     162 

—  Les  pliénomènes  cachectiques  ne  s'observent  que 
dans  le  favus,  et  non  dans  la  pelade 164 

—  L'inoculation  de  la  matière  favique  prouve  sans 
réplique  que  la  germination  des  parasites  n'est  pas  l'effet 
d'une  altération  des  solides  et  des  liquides 164 

—  Cette  altération,  quand  elle  existe,  ne  joue  que  le 

rôle  de   cause  prédisposante 164 

—  La  division  des  affections  parasitaires  de  M.  Bazin 

ne  ressemble  pas  à  celle  que  lui  prête  M.  Chausit.     .     .     166 

—  La  famille  des  affections  parasitaires  est  extrême- 
ment naturelle.  Résumé  de  ses  caractères 167 

"-Il  n'est  pas  vrai  de  dire  avec  M.  Chausit  que 
M.  Bazin  ait  distrait  l'herpès  circiné  du  groupe  des  her- 
pès, et  a  fait  de  l'acné  une  expression  de  la  scrofule.     .     168 

—  Résultats  du  traitement  des  affections  parasitaires 
par  M.  Gazenave  comparés  à  ceux  qu'on  obtient  aujour- 
d'hui par  la  méthode   de  M   Bazin.     •     .     .     .     .     .     169 

—  Traitement  que  M.  Gazenave  proposait  en  1850 
pour  Je  favus .,,....     170 

—  Peu  de  valeur  du  reproche  que  fait  M.  Chausit  au 
traitement  de  M,  Bazin  de  ne  pas  être  nouveau.     .     .     172 

—  Pourquoi  les  parasiticides  seuls  ne  peuvent  ré- 
ussir   174 

—  Pourquoi  l'herpès  tonsurant  guérit  moins  vite  que 

le  favus.     ......     s      . 175 

—  Il  n'est  pas  vrai  de  dire  avec  M.  Van-Gaver  que  le 
parasite  meurt  non  pas  sous  l'influence  des  parasiiicides, 
mais  bien  parce  que  le  terme  de  son  évolution  naturelle 

est  arrivé -....'  175 


'  TASLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES.  195 

—  Les  topiques  émollieiits  sont  incapables  de  guérir 
d'une  manière  durable  le  sycosis  parafit;iire-;  ils  i  e  font 
qu'enlever  l'état  inflammatoire  qui  souvent  complique  le 
■sycosis  —  L'épilaiion    est  le  seul  traitement  rationnel.     177 

—  Comment  l'épilation  peut  réussir  dans  des  cas  de 
sycosis  où  il  n'y  a  point  de  parasites 178 

~  M.  Chausit  affirme  à  tort  que  M.  Bazin  n'admet 
pas  de  mentagres  pustuleuses  de  nature  parasitaire.     .     179 

—  Gomment  l'éiiilation  est  encore  applicable  au  trai- 
tement du  vitiligo,  quoiqu'elle  soit  plus  difficile  que  dans 
les  autres  affections  parasitaires.  —  Pourquoi  les  topi- 
ques parasiticides  ne  suffisent  pas 180. 

—  Des  conclusions  opposée?  par  M.  Bazin  à  celles  du 
mémoire  de  M.  Chausit 181 


TABLE  ALPHÂBËTIOUE 


DES  AUTEURS  CITÉS  ET  DES  MATIÈRES  CONTENUES 
DANS  CET  OUVRAGE. 


<9aoo®ooe» 


Achorion    Scliœnleinii.  127 

Acné.  Varioliforme  —  punctala.  i23 

Différentes  espèces  d'acné.  168 

Affection.  Qu'est-ce  qu'une  affection.      18 

—  Division  des  affections.  19 

—  Différence  qu'il  y  a  entre  les  affec- 
tions provoquées  el  les  affections 
déterminées.  o7 

—  Etiologie  des  affections  généri- 
ques. 103 

—  Diagnostic  de  l'affection  générique.      21 

—  Nature  des  affections.  79 
Agniis  chimiques,  leur  action  sur  la 

matière  faveuse  et  sur  les  différents 
produits  animaux.  131 

Aib'imine  contenue  dans   la  matière 

faveuse.  134 

Alcalin  (traitement)  dans  l'arthrilis,        94 
Alibert.  Défauts  da  sa  méthode.  74 

Espèces  de  lupus.  40 

Alopécie  dans  la  pelade  ICO 

Altératipn  des  solides  et  des  liquides 

dans  le  favus.  16i5 

Amenille.  Rapport  sur  l'eczéma.        03,  41 
Amtomie  pathologique  des  teignes.        133 
Antécédents.  Fréquence  des  antécé  ■ 
dents  arthritiques  dans  les  arthri- 
tides.  112 

Ardsten.  Puccinia  favi.  124,  159 

Arsenic.  Résultats  du  traitement  ar- 
senical des  scrofulides  bénignes.         43 
Arthritis,    Arthritides.      Objections 
contre  l'arlliritis  et  les  arthritides. 

80  à  97 
»  —  L'arthrilis  dans  Lorry.  83 

—  Opinions  de  MM.  Hardy,  Slonneret. 
Gerin-Rozc.  sur  les  arthritides.  83 

—  Objection  de  M,  Cornil.  96 

—  Urticaire  arthritique.  61 

—  Siège,  multiplicité  des  lésions  élé- 
mentaires, récidive,  prurit  des  ar- 
thritides, 83  3  94 

Artkropathie.  Sa  coïncidence  avec  les 
arthritides.  8S 


B 


Balaneement.  (Loi  de)  des  affections 
dartreues. 


109 


Batcman.  Herpès  iris.  46 

Baumes  (de  Lyon).  Classification  des 
maladies  8 

Becquerel.  Opinion  sur  les  manifes- 
tations dartreuses  de  l'utérus.  103 

Bouchul.  Traitfmeni  arsenical  des 
scrofulides  bénignes.  43 


G 


Cachexie  dans  les  maladies  pirasi- 
taires.  163 

Classe   de  maladies   cachectiques. 
(Tessier).  88 

Calvitie  .  160 

Caractères. 

—  Caractères  des  scrofulides  béni- 
gnes. 44 

—  Caractères  de  la  famille  parasitaire    167 

—  Nécessité  d'admettre  des  caractè- 
res distinclifs  dans  les  scrofulides.       39 

—  Valeur  des  caractères  que  propose 

M.  Devergie  pour  définir  l'eczéma.       71 
f-alarrhes. 

—  Bronchiques  et  intestinaux  de  na- 
ture dartreuse.  104 

Causes. 

—  Distinction  de  causes  prédisposan- 
tes,eflicienles  et  occasionnelles.-        103 

—  Part  relative  de  la  cause  eflicienle 
et  de  la  cause  occasionnelle  dans  la 
production  des  maladies  constitu- 
tionnelles. 3.1 

—  Causes  de  l'eczéma  (Gailleton).        101 

—  Causes  du  sycosis.  (Chausit.)  133 
Cazenave. 

—  Envahissement  du  morbidisme 
végétai.  118 

—  Diverses  opinions  sur  la  nature  du 
favus.  119 

—  Pronostic  du  favus.  170 

—  Traitement  du  favus.  171 
Cellulose. 

Cellulose  des  cryptogames»  132 

Chausit. 

Critique  du  parasitisme.  U3"al8J 

Chomel.  52;  SI 

Classification. 

—  Classification  de  Willan.  66 

—  de  Baumes.  8 

—  de  Lebert.  30 

—  de  Monneret.  31 


TABLE    DES    MATIÈRES. 


197 


—  Classifications  de  M.  Bazin.  4S 

—  Objections  de  M.  Hardy  aux  clas- 
sifications de  M.  Bazin.  47 

—  Objfciions  de  M.  Devergie  a  la 
rlassificarion  désaffections  spécia- 
les de  M.  Bazin.  52 

—  (classement  des  syphilides  de  M. 
Hazin  rapproch'i  de  celui  de  M. 
Hafdy.  51 

—  Classement  des  affections  parasi- 
taires. 166 

C/i/<'ro.'ïe  parnsitaire.  163 

Cklorhijdrale  de  baryte.  4î 

Cnidoxif.  17 

Col  utérin.  Manifestation  de  la  dartre 

SU"-  le  col  utérin.  lOrf 

Comil.  96 

CoiiKtitutinn.  Influence  de  la  constitu- 
tion sur  es  manifestations  de  la 
dartre  (Hirdy.)  43 

Constiluliomiftle'!   ''maladies).    Opi- 
nion de  M.  Piiloux  sur  l'évolution 
(les  maladies  constitutionnelles.        109 
Lcpiihime.  (Urticaire.)  tjl 

Conchi^iions  de  M.  Bazin  opposées  à 

celles  du  mémoire  de  M.  Chausit.      181 
Contagion. 

—  des  maladies  parasitaires.  .  146 

—  du  |)ityriasis  versicolor.  147 
Contagion  par  l'air  ailimosphérique.  149 
Couleur,  des  arlhritides  et  des  scrofu- 

lides.  90 

Croûtes  faveusps. 

Action  des  agen'n  chimiques  sur  les 
croûtes  faveuses  montrant  leur  ana- 
logie avec  les  moisissures  et  leur 
difl'érenoe  avec  les  différents  pro- 
duits animaux.  131 
Examen  microscopique  de  Tarnier.  12S 
—  de  Moquin-Tandon.  143 

—  Hyp'iiljèse  de  Didot  (de  Liège).  136 

—  Opinion  de  Lonil'irl.  134 

—  Opinion  de  Caztiiave  et  Chausit  sur 

la  proiluciion  des  croûtes  faveuses.     119 

—  Quel  rôle. joue  l'inflammation  dans 

le  favus.  137 

Cryptogames  au  psoriasis.  117 

D 

Dartre. 

—  Ohjections  "a  la  dartre.  98  à  H'S 

—  Opinion  de  M.  Pidoux  sur  la  dartre    107 

—  OartresdeM.  Hardy.  84 

—  Loi  de  balancement  des  affections 
riartrenses.  109 

—  l'réqiiiMKe    relative  des  affections 
dartreii=es.  110 

—  Manifesiations  de  la  dartre  sur  l'u- 
tcrus  (Becquerel.)  Ifl.i 

—  (Catarrhes  darireux.  104 

—  Urticaire  dartreuse.  62 
Decaisne.  123 
Décoloration,  daiis  le  vitiligo  et  la 

pelade.  159 

Deffis.  177 

Demodei. 
.Son  rôle  peu  important.  14 


Devergie. 

—  Caractères  proposés  pour  définir 
l'eczéma.  71 

—  Affections  qu'il  reconnaît  comme 
éiaiii  (le  nature  scrofuleuse.  40 

—  Cf  qu'il  entend  par  dialhèse.  30 

—  Critique  de  la  pathologie  généi'ale 
deM.lî:izin.  6  à  20 

—  Critique  de  la  classification  des 
aiîeciiiiiis  spéciales  de  M.  Bazin.  52 

Diagnostic. 

—  Nécessité  du  diagnosticdela  lésion 
élémentaire,  de  l'affection  géné- 
rique, de  la  nature  de  l'affection. 

—  Diagnostic  de  la  lésion  élémen- 
taire. 

—  Diagnostic  des  diverses  espèces 
de  vesieules. 

—  Diagnosticdes  différentes  espèces 
d'urticaire, 

—  Diagnostic  de  la  tache  considérée 
comme  lésion  élémentaire. 

Didot  (de  Liège.) 
Divisions. 

—  Divisions  de  Lorry  dans  l'étude  de 
la  dermatologie. 

—  Division  londamentale  des  scro- 
fulides 

Doctrines. 

—  Uiip|iiochement  des  trois  doctrines 
dei\l  Hardy,M.  Devergie,  M.Bazin. 

—  Doctrine  des  éléments  morbides 
adoptée  par  M.  ]\Ionneret 

Dufour.  Examen  microscopique  de 
l'herpès  sq'jammeux  et  de  l'herpès 
circiné. 

Durée  du  traitement  de  l'herpès  ton- 
surant. 


Ecrotielle  —  ne  constitue  pas  a  elle 

seule  la  scrofule. 
Eczéma. 

—  Définition  de  M.  Bazin. 

—  de  iVI.  Hardy 

—  Caractères  de  la  vésicule  d'eczéma. 

—  Caractères  qui   doivent  servir  't 
définir  l'eczéma  pour  M. Devergie. 

—  Espèces  d'eczéma  admises  par  M. 
Bazin. 

—  Nature  de  l'eczéma  (Lafon-Çouzi). 

—  Mémoire  sur  l'eczéma  (Gailleton.) 

—  lîapport  de  M.  AmeuiUe  sur  l'ec- 
zéma. 

Ephétidfs. 
Ephelide  solaire. 

—  des  femmes  enceiutes. 
Ëpilaiion.  170, 177, 
Epileurs  (fait  des  ...) 
Eruption  du  col  utérin. 
Erythème  solaire. 

—  marginé 

—  vésiculo-pusiuleux  ilelW.  Hardy. 
Etat  in/!ammaloirc. 

—  Confusion  «lu'tu  fait  M.  Devergie 
avec  l'infiamuiaiion   véritable. 


21 
76  . 

Cl 

48 
13') 

56 
41 

63 
36 

155 
174 

100 

66 
71 
69 

71 

62 
95 
41 

Cî 

!Î8 
169 
180 
151 
105 
58 
78 
S9 

CO 


198 

rp 

—  Etat  inflammatoire  qui  complique 

la  teigne  faveuse.  137 

Etiologie.  Rôle  respectif  des  causes 
occasionnelles  et  prédisposantes.         SS 

—  Affections  qui  sont  sur  la  limite 
des  affections  produites  par  une 
cause  externe  et  de  celles  qui  sont 
produites  par  une  cause  interne.         62 

—  Etiologie  de  l'eczéma  (Gailleton).      101 

—  Etiologie  des  affections  génériques.    103 
Evolution  des  maladies  constitution- 
nelles pour  M.  Pidonx.  109 

Exfoliation.  Critique  de  M.Hardy.  48 

Expériences  de  Malagati.  134 

—  de  Lemaire.  149 

—  de  Robin.  132 


P 


Famille  parasitaire;  ses  caractères.  167 
Favus.  Diverses  opinions  sur  la  nature 
du  favus.            119, 123, 128, 134, 136 

—  Action  des  agents  chimiques  sur  la 
matière  faveuse.  129 

—  Inoculation  du  favus.               128,  150 

—  Contagion  par  l'air.  149 

—  Cachexie  survenant  dans  le  favus.  163 

—  Epilation  dans  le  favus.  170 

—  Traitement  ancien.  171 
Fièvre  ortiée.  62 
Fongushématode.  91 
Forme  des  arthritides.  89 

—  Insuffisance  des  formes  de  lésions 
élémentaires  de  Willan.  49 

Fournier  (Louis).  Qu'est-ce  que  l'af- 
fection? 33 

Fréquence Tc\al]\eàes  arthritides,  des 

scrofulides,  des  herpétides.  110 

r-  Fréquence  du  siège  des  arthritides.  112  ' 

—  Fréquence  des  antécédents  rhuraa- 

t   iiiaux  dans  les  arthritides.  112 

Fur  ..des  dans  la  mentagre.  179  j 


FABLE     DES    MATIÈRES. 


G 


Gailleton. 

Objections  a  la  dartre.  98 

Etiologie  de  l'eczéma.  101 

Gale.  Caractères  des  vésicules  de  la 
gale.    "  ,.  ,,.,.:       69 

Gastralgie  considérée  comme  cause 
d'affections  cutanées.  i    i  37 

Génération Ati  affections  parles  affec- 
tions, (poclriije.M^jflineret^),,    ..,,  ,         36 

Générique  (affection) 

—  Etiologie  générale.  103  i 

—  Diagnostic.  ,  21 
Genre. 

,— Des  genres  en  pathologie  cutanée. 

65  a  79 

—  Qu'est-ce  qu'un  genre?  73 
Suporession  de<  genres  par  M.  Hardy.  72 
P^rin-Boîe.  Objection  aux  arthritides.      83 

■Grfi'ert..    _,; S5,  US,  147. 167. 

£^2'/«//e.  Contagion  delà  pelade,  ^.^v.^     .^7 


Goutte.  Doit  former  avee  le  rhuma- 
tisme une  seule  entité  morbide.         81 

Granulations.  Cause  des  granulations 
du  col  utérin.  103 


H 


Hardy. 

—  Influence  de  la  diathèse  sur  les 
maladies  de  la  peau.  31 

—  Erythème  vésiculo-pustuleux.  39 

—  Opinion  sur  les  scrofulides  béni- 
gnes. 45 

—  Influence  du  terrain,  de  la  consti- 
tution comme  modiflcaleurs  de  la 
dartre.  43 

—  Idem  dans  la  récidive  du  pityria- 
sis versicolor.  147 

—  Classement  des  syphilides.  51 

—  Objections  aux  classiQcatiousde 

M.  Bazin.  47 

—  Idem  aux  arthi  itiJes.  84  a  93 

—  Définition  de  l'eczéma.  71 

—  Pneumonie  scrofuieuse.  C6 

—  Rapprochement  de  sa  doctrine 
avec  celle  de  M.  Bazin  et  celle  de 

M.  Devergie.  C.* 

—  Cachexie  dans  les  maladies  para- 
sitaires. 163 

—  Acnés  punctata  et  varioliforme.       125 
Hémorrhoïdes.   Opinion  de    Lafon- 

Gouzi.  95 

Hébra  (de  Vienne).  30 

Herpès. 
Objections  de  Chausit  contre  la 
nature  parasitaire    végétale    des 
herpès  çirciné,  squammeux,  tonsu- 
surant,  iris.  144, 132, 154 

—  Contagion  de  l'herpès  circiné.  163 
Traitement.  174 

—  Différentes  espèces  d'herpès  ad- 
mises par  M.  Bazin.  168 

-^  Caractères  de  la  vésicule  d'herpès      69 

—  Herpès  iris  de  Bateman.  16 
Hermétisme.  (Voyez  Dartre.) 

Huile  de  noix  d'acajou.  42 

Hippocrate.  53 

Htjdroa. 

—  Caractère  de  la  vésicule  d'hydroa.      70 

—  Signification  donnée  au  mot  hy- 
droa  par  M.  Bazin.  13 

Hypersécrétion  d'épiderme  dans  le 
favus.  138 

I 

Inflammation. 

Son  rôle  accessoire  dans  la  produc- 
tion du  favus.         :  137 
Rôle  que   joue  l'inflammation  pour 
M.  Devergie  dans   la  pathogénie 
des  maladies  de  la  peau.  9 
hiqculaliuH  du  favus.                             150 
Impétigo. , Se  .naXure.                             i40 
Iç^e  (teinture  d'),  sou  açitipi)  spla 


Wipatière  faveuse..  ^  ..  ,,)Hi  jf,  ^  ^.■. 


132 


TABLE    DES    MATIÈRES. 


199 


Kolliker  129 


Lafon-Gouzi.  9o 

Léberl.  Opinion  sur  la  scrofule  con-   ■ 
sidérée  comme  entité  morbide.  30 

Legraml  du  Saulle,  S3 

Lemaire. 
Expériences  sur  la  contagion   du 
favus  par  l'air.  149 

—  Guérison  de  l'horpès  circiné  par 
l'acide  phénique.  173 

Lésions  élémentaires. 

—  Leur  diagnostic.  21,  76 

—  Leur  multiplicité  dans  les  arlhri- 
tides.  92 

Léveillé. 

Opinion  sur  la  nature  du  favus.  128 

Lichen.  Prurit  dans  le  lichen,  37 

Liqueurs  de  Schweitzer  et  de  Péligot    133 

Lomkurd. 

Opinion  sur  la  nature  du  favus.  131 

Lorry. 

—  Arthritis  dans  Lorry.  83 

—  Divisions  qu'il  admettait  pour  l'é- 
tude des  maladies  cutanées,  56 

M 
Maladie. 

Définitions  galénique,  hippocralique, 
—de  AL  Bazin.  18 

—de  M.  Monneret.  32 

Malaguti. 

Expériences  sur  la  cellulose.  13i 

Marche  suivie  par  M.  Bazin  pourg  ons- 

tituerla  classe  parasitaire.        117,  122 
Matière  faveuse  (Voy.  Favus). 

sébacée  129 

Médication  (Voy.  traitement) 
iHenlagre. 
Objections  a  la  contagion.  l!îl 

—  au  traitement  par  l'épilation.  177 
— Que  dnit-oii  entendre  par  mentagre?    152 

—  Topiques  émollienls  dans  la  men- 
tagre.  ■  177 

—  Complications    furonculaires  pus- 
tuleuses, phlegmoneuses.  179 

Méthode  de  Willan  66 

'— d'Alibert,  74 

Microsporon  Audouini.  166 

Mtkenl.  40 
Mitiaire  sudorale. 

Caractère  de  la  vésicule.  69 

Molliiscum  (acné).  123 
Monneret. 
Négation  des  caractères  spéciaux  des 

arihrilides.  83 

—  Classiliiation  des  maladies  de  la 
peiiu.  31 

—  Opinion  sur   la  malad'e,  la  dia- 
thése.  32 

—  Doctrine  des  éléments  morbides.  36 

—  Prurigo  des  vieillards.  38 


—  Réponse  a  M.  Monneret, 


27  a  43  { 


Moquin-Tandon.  143 

Morbidisme  végétal.  116,  118,  i4l 

—  i/ou/e.ç  (Urticaire  des).                   (31 

Mycosis  fongoïdes.  7c; 


N 


Nature. 

—  Problème  de  la  nature  des  affec- 
tions cutanées.  21 

—  Objections  à  la  nature   végétale 

des  teignes.  113,183 

0 


Objet  du  cours. 


Parasitaires  {zSetWons) 

—  Objections  élevées  contre  les  af- 
fections parasitaires.  113  à  l83 

— Caractères  généraux  de  ces  affec- 
tions. 167 

—  leur  classiflcation,  IGO 

—  Chlorose  parasitaire.  \iî\ 

—  Coalagiou  des  affections  parasi- 
taires, lie 

—  Traitement  de  ces  affections.  16^ 
Parasiticides. 

Insuflisance  des  parasiticides    eni-. 

ployés  seuls.  173  a  ISf 

Parasitisme  et  parasitopkiles, 
Réponsea  M.  Chausit.  113  a  183 

Pathologie  générale. 
Objections  sur  la  pathologie  générale 

par  M.  Devergic.  6  a  26 

—  Idem  p^r  M.  Monneret.  29  à  45 
Pelade. 

Distinction  avec  le  vitiligo.  '       156 

Contagion  de  la  pelade.  157 

Alopécie  dans  la  pelade.  157 

Prurit,  159 

Altération  du  pigment.  160 

Cachexie  dans  la  pelade.  163 

Variétés  de  pelade,  166 

Traitement,  180 

Pe7iiphigus. 

—  Différentes  espèces  de  pemphigus.      59 

—  Peuiphigus  chronique  arthritique.  88 
Pidoux. 

—  Opinion  sur  la  dartre.  107 

—  Evolution  des  maladies  constitu- 
tionnelles. 10) 

Pigmenlum.  Son   altération  dans    le 

vililiyo  et  la  pelade.  ICO 

pityriasis. 

—  Pityriasis  alba  (2"^  période   de  la 
leigne  tonsurantei.  149* 

—  Pityriasis  ver^ieolur, 

—  ':oiil;lgioil,  .  117 

—  Cause  (les  récidives.  147 
?/»<;«/'(?  (Samuel).  170 
Prtfuwo/o'e  scr;iluleuse  il(>  ILirly.  96 
Poil.  Ses  altérations  diiis  les  teignes 

tonsurauie  et  pelade.  143 


200 


Table  des  matières. 


l'umpkolyx.  Réhabilitation  du  mot.  17 
l'réUisposanles'.  (Causes.)  10Ô 

Pronostic  de  M.  Oazenave  sur  le  favus  170 
Provoquées  (Affections.)  .t.^-j,  ^■vjç,.  *,,  B7 
Prurigo  des  vieill;irds.  ^  Cf^>X>-  ^g 
Prurit  dans  le  lirhcn.  57 

—  dans  les  affections  arthritiques.  93 
Pneudo-exanlhèmes.  ii8 
Psoriasis.  100,117 
Vuccinia  favi.  124  à  139 
Piinciata.  Voy.  Acné, 

Pus.  Diffennces  avec  la  matière  fa- 
veuse.  151 

—  Action  parasilicide  du  pus  dans  la 

ineiitiuT.'.  ^^^ 

Pustules  dans  la  nientagie.  179 

Q 

()««//■'«//«  période  delà  dartre.      98;  109 

H 

Récidiie  i\n  pityriasis  virsicolor.  147 

(les  ariliritides. 
■Réponse  niix  objections.   Votcz  les 

iioni'i  d'arjicurs. 
iîé«?««é  des  c.lassilications.  160 

—  des  caractères  de  la  famille  para- 
sitaire. 1C7 

Rhumaiisnif. 

—  Doit  être  réuni  a  la  goutte.  81 

—  Âiiiècédi  ms  iliumalismaux  dans 

•les  arlhritides.  H^ 

Rooi'i.  120,  127, 132 

Rochard.  13S 

RospiT  (Acné).  37 

Roséole  pseudo-exanthémalique.  58 


Scrofule. 

Diverses  opinions  sur  la     scrofule 
considérée  comme  entité  morliide. 

(I.eber',   Hebra.    Monneret.  Dever- 
gie,  Aliberl,  Milcent,  Hardy.) 
Voyez  ces  mots. 

Scrofalides. 

—  Création  du  irot  scrofulide.  RO 

Divisions  génériile^;  dess''rofulides      41 

_  Cariii'ièrcs  propres  aux  scrofulides 
bénignes.    .  44 

(Coïncidence  des  s  bénignesel  des 
s.  ni»lignes.  44 

0[iinion  de  M.  Hardy  sur  les  scro- 
fulides bénignes.  43 

~  lieipience  relative  des  scrofulides.     110 
hœntein.  Voyez  achorion.  .,^,  „ 

— '"bacée  (matière). 


Ses  différences  avec   la  aitilière  l'a 

veuse. 
Siiéye  des  arlhritides. 
Sirop  de  Devergie. 
Solaire.  Voy.  Erythème.^ 
Sudamina. 

('aractères  des  vésicules. 
Sycosis.  Voyez  Mentagre. 
Sycosis  érythémateux  de  M.  Chausit. 
Siimptôme.  Déflnilion. 
Siiphitides. 
Classement  de  M.  Bazin. 

de  M.  Hardy. 

de  M.  Giberi. 


T 


Tiiche.  Diagnostic  de  la  tache  comme 

lésion  élémentaire. 
Tarnier. 
Teifiite^ 
— Sis;nilication  donnée  un  mot  teigne. 

—  Teigne  laveuse.  (Voy.  favus.) 

Instiiution  d'un  iraitemeni  ra- 
tionnel. 

—  Teigne  pelade.  (Voy.  pelade). 

—  Teigne  to«surante. 

—  ses  irois  périodes. 

—  Sa  contagion. 

—  Son  traitement. 
Triçhnphiiltn. 
Tuberculeuse  (.Mentagre). 


129 
80 
20 


69 

144 

18 


51 
167 


48 
125 


114 


144 
15i 
174 
145 
143 


U 


Ulcère.  Critique  de  la  classe  des  ul- 
cères par  M.  Hardy.  49 

Urticaire. 

Diverses  espèces  d'urticaire  et  leurs 
caractères.  61 


Van-Gaver. 

Varicelle.  Caractères  de  la  vésicule. 

Varioliforme.  Voy.  Acné. 

Vésicule. 

Différentes  espèces  de  vésicules. 

Vitilipo. 

—  Qu  est-ce  que  le  vililigo? 

—  Contagion  du  vitiligo. 

—  Décoloration  dans  le  vililigo. 

—  l^rûiioslic. 

—  Traitement. 


vv 


Willan 


175 

09 


69 

ISO 
150 
159 
163 
180 


66 


FIN. 


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